les ulis

Mardi 16 mai


Hier j'ai corrigé le brevet blanc de M. Et ça m'a déprimé.

M. est une élève de 3ème A(pocalypse), et fait partie du dispositif ULIS, réservé aux mômes qui ont de sérieuses difficultés d'apprentissage. M. partage donc sa scolarité entre les cours avec F., l'enseignante référente qui travaille avec les ULIS en tous petits groupes, et des cours “classiques” car dans le cadre de l'école inclusive, les élèves à profil particulier doivent suivre un maximum de cours avec le reste des mômes. Démarche que je comprends et à laquelle je souscris. Isoler des gamins foirerait un peu l'une des missions du collège, découvrir l'atroci… Les joies de la sociabilisation.

Seulement, c'est difficile, pour M. M. ne pige presque rien au cours de français, surtout en cette fin de troisième. Alors, avec T., on individualise, on simplifie certaines démarches, on raccourcit les textes. Du coup M. comprend mieux. Et aux évaluations aménagées, ses notes et ses compétences sont très correctes.

Sauf que du coup M. ne pige pas. Elle ne pige pas pourquoi elle ne pourra pas aller en Seconde Générale avec un bulletin qui la dit volontaire. Et puis elle ne veut pas aller en CAP, “ma mère elle veut, mais le CAP c'est pour les bêtes, monsieur !” (La revalorisation des filières professionnelles contre les préjugés, ce combat pas du tout colossal…)

Du coup M. a passé le même brevet blanc que les autres. Et elle va se prendre une immense taule. Une partie pas très reluisante de moi-même se dit que peut-être qu'ainsi, elle pigera. Elle se prendra la gifle qui la fera revenir à la réalité.
Une autre partie me souffle qu'on ne gifle pas les mômes, quelle que soit la raison.

M. est l'une de ces élèves mal accueillie, parce qu'on doit se dépatouiller avec des moyens inadaptés. Ça nous rend peu heureux. Ça la rend peu heureuse.

Malgré ça faut avancer.