lena headay

(5172) DREDD ★★

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Dredd lock de Pete Travis avec Karl Urban, Olivia Thirlby, Lena Headay, Wood Harris, Warrick Grier, Scott Sparrow, Langley Kirkwood et Jason Cope. Scénario: Alex Garland, d'après les personnages créés par John Wagner et Carlos Ezquerra. Musique: Paul Leonard-Morgan. Montage: Mark Eckersley. Photo: Anthony Dod Mantle. Durée: 1h35 - 2012 - 19/1/13 - Grande-Bretagne/USA/Afrique du Sud - TF: “Dredd”

Je connais pas du tout les bandes dessinées mettant en scène Judge Dredd et en dépit de la présence de mon Sly bien aimé, je garde un mauvais souvenir de l’adaptation ciné de 95, donc forcément, l’idée de retrouver ce flic du futur, juge et bourreau, avec son casque vissé sur la tête, ne provoquait pas vraiment d'afflux sanguin vers mes corps spongieux et caverneux.

Puis j’ai vu la bande annonce. Qui révèle non seulement une ambiance d’anticipation ultra-réaliste bien violente mais aussi une intrigue enthousiasmante, qui semble calquée sur celle de The Raid avec Dredd coincé dans un immeuble massif au sommet duquel un trafiquant en chef contrôle tout, et surtout l’armée de toxicos/dealers équipés d’un arsenal à te faire passer celui d’un texan moyen pour des accessoires de poupée Barbie redneck. Bref, la BA promet un spectacle intellectuellement facile d’accès avec défouraillage à gogo et avalanche de punchlines à la sauce testostérone.

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Et bien il ne s’agissait pas de publicité mensongère.

                                              - ATTENTION SPOILERS -

Sans perdre une seconde, Dredd pose le décor : Mega-City, 800 millions d’habitants, 17.000 crimes graves par jour, des gangs qui jouent à l’intifada dans les rues, une population terrorisée qui vit recluse dans des mega-buildings, et pour faire régner la loi dans tout ce bordel : les Juges, dont un en particulier : (c’est le troisième « : » que j’ouvre dans une phrase, un record personnel, j’avais envie de le souligner) Dredd (Karl Urban)  sorte de surhomme impassible et inexpressif dont on ne voit que la bouche (très bonne idée de jamais lui enlever le casque) coincée dans un éternel rictus qui ressemble à celui que l’on pourrait faire vous et moi lorsque sur les toilettes, on se voit obliger de forcer un peu pour faciliter le transit.

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Ou alors Urban s'est lancé pour défi d'imiter au mieux un smiley triste.

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Bon, peu importe, Urban est parfait en ne faisant pas grand chose, puisque c'est précisément ce que demande ce rôle!

Donc, ça commence par une intro vite expédiée avec course poursuite puis prise d’otage nous montre trois choses :

1)      Dredd il fait super flipper les toxicos qui paniquent dès qu’ils en voient l’uniforme.

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2)      Dredd il est carrément sans pitié, il est l’aile dure de l’application des peines et n’hésite qu’entre prison à vie et peine de mort, donc si vous espériez de la clémence de sa part, allez plutôt vous faire cuire un cul.

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3)      Y’a une drogue qui prolifère dans Mega-City, elle s’appelle Slo-Mo et c’est pas pour rien : quand les tox se l’injectent, ils voient tout au ralenti avec des supers couleurs lumineuses et un halo un peu comme si t’étais au paradis ou si tu entrais dans une chambre où t’attendais Marilyn Jess et Brigitte Lahaie telle qu’elles étaient dans les années 70, ce qui revient au même.

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Ah et puis y’a un 4ème élément (juste avant celui de Besson) dévoilé dans l’intro : ça va être gore, très généreux en hémoglobine et éclatage de corps humains, le tout dopé à la B.O. techno agressive qui me fait headbanguer devant l’écran tellement la techno agressive aux accents rock électrique, sur le spectacle d’un carnage décomplexé et bourrin, ben ça me met en joie.

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D’autant que tout fonctionne tout de suite bien. Les décors pètent à l’image, les trucages sont parfaits, l’illusion d’une mégalopole hallucinante marche à fond, les effets autour de l’illustration du Slo-Mo sont bien jouissifs, on sent que l’envie d’en foutre plein la gueule visuellement est là, et donc il n’est pas difficile d’entrer dans Dredd comme dans une paire de pantoufle : avec bonheur et promesse de détente.

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Après cette mise en bouche comme on dit dans Gorge Profonde, l’intrigue démarre vraiment avec Dredd et une jeune recrue blonde, sélectionnée pour devenir Juge, non pas à cause de ses boobs ou de ses résultats au concours d’entrée mais en raison de ses talents de psychic qui lui permettent de lire dans les pensées, ce qui va se révéler plus tard bien utile.

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Donc nos deux acolytes sont envoyés sur une scène de crime qui a eu lieu au pied d’une cité réputée pour sa violence et son taux très élevé de criminalité sauvage. Entendez par là : y’a des corps dépecés qui tombent du ciel et s’explosent dans une bouillabaisse de sang et de cervelle au pied des mamans à poussette.

Et pour cause : la cité est entre les mains de Ma-Ma, une ex-pute qui s’est débarrassée de son proxo en l’émasculant avec les dents.

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Depuis, Ma-Ma est devenue leader sur le marché du Slo-Mo après avoir éradiqué tous les autres gangs du quartier, ce qui nous est expliqué via des images flashback bien saignantes et aussi des schémas explicatifs modélisés sur ordinateur qui permettent de tout bien comprendre de la progression du gang de Ma-Ma.

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Alors là, les mecs ont eu L’IDEE qui fait que Dredd est mieux que la plupart des autres prod dont le niveau intellectuel est inversement proportionnel au nombre de coups de feu tirés puisqu’ils ont choisi de faire incarner Ma-Ma par Lena Headay, et que Lena Headay n’est nulle autre que cette salope de Cersei Lannister dans Game of Thrones et retrouver cette comédienne avec les cheveux courts coupés en broussaille, une cicatrice lui barrant un côté du visage, les dents gâtés, dans le rôle d’une cruelle, sadique, vénéneuse et impitoyable chef de gang, ben c’est juste génial.

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Quand elle prend le micro pour annoncer que l’immeuble est verrouillé et appeler toute la population à tuer les deux Juges qui s’y trouvent, puis menace de façon extrêmement explicite ceux qui songeraient à la trahir, le tout avec un ton de voix, doux, calme, presque sensuel, susurré, c’est un grand moment de cinoche de genre.

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Les auteurs de ce Dredd ont réussi leur méchant, ils ont donc, en partie, réussi leur film.

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Film qui se déroule donc exactement de la même façon que The Raid avec Dredd et Anderson (sa recrue) qui se coltinent un prisonnier, enfermés au cœur d’un immeuble high tech où tous les habitants sont des dangers potentiels pour leur vie.

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D’ailleurs, les scénaristes de Dredd (dont Alex 28 Jours Plus Tard Garland) s’ils ont tout copié (ou pas, mais est-il possible d'avoir à ce point la même idée en presque même temps?) sur The Raid, ont aussi repris le gros problème du film de Gareth Evans à savoir une mauvaise gestion des scènes spectaculaires qui empêche d’avoir un crescendo et de fait, de nous titiller l’attention sans relâche. En ne gardant pas pour la fin ses meilleurs moments, Dredd accuse un problème de rythme qui gâche un peu le plaisir pris à son visionnage.

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Parce qu’il y en avait à conserver pour le final. Comme la fusillade d’un groupe de tox alors qu’ils sont tous sous Slo-Mo avec les impacts de balles vus au ralentis, le souffle d’une explosion provoquant de gros dégâts sur le torse nu d’un homme, c’est un vrai petit plaisir d’esthétisme de la violence, qui marque la rétine et fait jubiler les crétins décérébrés comme moi qui aiment quand les mecs se font dessouder de façon stylisée.

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Ou comme la séquence complètement barrée de trifouillage cérébral avec la psychic qui se balade dans les pensées du prisonnier, visualisant ses fantasmes dans lesquels il s’imagine la violer, lui faisant apparaitre une Ma-Ma prête à utiliser sa bouche pour lui ôter toute virilité, c’est une idée marrante, gentiment frappadingue, comme on a pas l’habitude d’en voir dans ce genre de films.

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Ou encore comme ce grand moment de bourrinage total avec les mitrailleuses comme celle de Blain dans Predator qui arrosent  un étage entier avec évidemment, plein de victimes collatérales qui se jettent sous le feu nourri pour rythmer le tonnerre de feu d’éclairs de sang.

Mais cette maladresse dans le dispatchage des séquences n’est pas parvenue à gâcher le plaisir – relatif – pris devant ce spectacle primaire et à l’idéologie douteuse.

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Car partout, tout le temps, il y a soit de petites idées  visuelles kiffantes (la trachée littéralement défoncée), soit des répliques qui pètent bien (Ma-Ma qui suggère d’appeler le 911) ou encore des zestes d'humour noir (le clodo explosé par le verrouillage de l'immeuble) qui permettent de toujours trouver le spectacle plaisant, en dépit d’une absence totale d'enjeux (Anderson sera-t-elle engagée chez les Juges?! oh mon dieu, c'est intenable comme question…) de suspens (la seule fois où Dredd se prend une bastos, il se répare aussi facilement qu'une chambre à air trouée avec une rustine, donc on est pas franchement inquiet quand à ses chances de survie en milieu hostile..), de tension ou de rebondissements (la tristesse des Juges ripoux éventés avant même d’avoir créé la surprise !).

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C’est pas un film indispensable mais pour les amateurs de pan-pan-pan boum rythmé par du boum-boum-tchac qui dépote, Dredd se situe dans le haut du panier et remplit tranquillement la seule ambition qui l’anime : divertir pendant 95mn, sans chichis ni fioritures, pas d’épilogue interminable ou de conversations dépassant les trente-deux syllabes, c'est gratuit, décomplexé, assumé et straight to the poing dans la gueule.

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