le reste du monde

Je ne sais pas trop comment débuter cette lettre pour le moins délicate. Salut ?  Trop banal. Je t'aime ?  Trop direct.

Je ne vais pas y aller par quatre chemins, après tout à quoi bon ? Tu me chamboules. Tu me chamboules vraiment. Ton sourire hante mes nuits, enfin surtout mes jours à vrai dire. Je ne saurais dire pourquoi tu m'as percutée de la sorte, ce jour-là. Il faut dire que j'ai plongé dans l'océan de tes yeux, et que je continue de m'y noyer depuis des mois déjà. Avant toi j'ai déjà aimé mais c'était différent, moins intense, moins périlleux, moins immense, moins somptueux. Tu sais, c'est peut-être cliché de dire ça mais t'es le seul avec qui j'ai envie d'être moi, la Laura heureuse. Les autres sont fantômes, les autres sont néant. Lorsque tu apparais devant mes yeux, le reste du monde s'arrête de tourner, le temps suspend son vol et mon cœur fond d'allégresse. 

Mes amours passés ne comptent plus ( si on néglige leurs quelques apparitions dans mes songes ), t'as tout effacé. Je ne peux supprimer de ma mémoire tous nos regards, ils sont ancrés sur les parois de mon crâne. Tes yeux posés sur moi sont cette chaleur qui fait du bien alors qu'elle consume. Ton sourire est devenu ma bouée de sauvetage, et pourtant, tu es bien placé pour le savoir, je sais nager.

C'est tellement désordonné ce que je t'écris là, mais c'est de ta faute à toi : tu mets mes pensées sens-dessus-dessous en quelques mots.

Tu sais, je m'en fiche de compter pour les autres, tant que j'ai une place dans ton cœur.

Alors peut-être que ma déclaration est surprenante, voire déroutante mais je ne peux plus taire cet amour qui grandit en mon être. Je te le donne, je t'en conjure, prends-en soin, trop souvent il a été piétiné. Je te donne tout, et s'il me faut t'attendre, je t'attendrai. Je serai là, sur le bord de la route, à regarder passer les hommes sans en aimer un seul, puisque mon âme toute entière te réclame. Je t'attendrai l'éternité toute entière, et même deux éternités s'il me faut ça pour pouvoir t'enlacer tendrement.

Amoureusement, une Laura en attente d'un miracle de ta part.

P.S : Tu peux douter de tout ce que tu souhaites, mais jamais de mes sentiments envers ta personne.

J'ai peur. En permanence, j'ai peur que tu trouves la personne qui te rendra heureux, qui fera que tu m'oublies, qui sera à tes côtés tous les jours, qui s'endormira avec toi tous les soirs.

Parce que j'ai envie d'être celle qui te fera oublier le reste du monde.

9

Merrill Glass, l’auteur de ce poème, était une femme américaine ordinaire, dont le mari a été envoyé au front pendant la guerre du Vietnam, en 1955, alors que leur petite fille n’avait que quatre ans. À partir de cet instant, Merrill et sa fille se sont retrouvées seules.

Plus tard, elle a appris que son mari avait trouvé la mort au cours des combats. Afin de supporter la douleur du deuil, elle a écrit le poème que vous venez de lire. 

Le nom de Merrill Glass est resté inconnu du reste du monde, jusqu’à ce qu’elle finisse par mourir de vieillesse.