le nouveau paris

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An invitation card depicting “Le Chat Blanc” (white cat). It echoes Théophile Steinlen’s 1896 poster advertising the “Chat Noir” tour. It’s part of the estate of French writer Paul Jeanne. Paul Jeanne often spent time in Rodolphe Salis’s “Le Chat Noir”, a famous cabaret located in Montmartre, the bohemian distict of Paris.

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Art nouveau ladies’ hand mirror designed by Georges de Fuere, silver, enamel and glass, circa 1900.

De Fuere (1868-1943) is most well known for his theatre designs and posters for Le Chat Noir Cabaret in Montmartre. For his contribution to French design he was decorated as a Chevalier of the Legion of Honor in 1901, but died in poverty during the Nazi occupation of Paris.

Je suis communautariste

L’homosexualité est une condition politique. Et c’est encore plus évident depuis l’attentat Orlando. Après avoir tweeté ce message somme toute banal dimanche soir, je tombe de ma chaise en lisant les réponses agacées de certains de mes followers.

Cela commence par des emojis sceptiques. “Pouvez-vous préciser votre pensée ?” me demande-t-on. Visiblement, ils n’y sont pas. “L’homosexualité reste de l’ordre du privé”, me répond-on ensuite. Je roule des yeux. “Communautarisme !” me lance-t-on bientôt. Ça y est, je suis énervé.

Je lance le débat avec l’un d’entre eux, jeune et gay, pour comprendre les mécanismes qui le conduisent à vouloir nier à sa sexualité son caractère intrinsèquement politique. Il me répond que les affaires de coucheries n’ont rien à faire dans le débat public. Il me parle de sexe, je lui parle de luttes. Je gratte. Il demande le droit de ne pas afficher son orientation sexuelle. Il me parle de lui alors que je lui parle de tous les autres.

Ce qu’il demande en toute bonne foi, au fond, c’est ce “droit à l’indifference” réclamé par tant d’autres jeunes homosexuels de ce pays. Le même “droit à l’indifférence” inventé par Bertrand Delanoë lors de son élection à la mairie de Paris. Génial ! Le nouveau maire de Paris est gay et tout le monde s’en fout. C’est très bien. C’est parfait. Parfait jusqu’à ce que, l’année suivante, Bertrand Delanoë se prenne un coup de couteau dans le flanc, dans les salons de l’Hôtel de Ville. Son agresseur explique très calmement à la police qu’il n’aime pas “les hommes politiques et les homosexuels”. Le droit à l’indifférence a une limite qui porte un nom: l’homophobie.

Beaucoup de jeunes gays aujourd’hui s’estiment heureux de vivre en France, dans des familles aimantes. A ceux-là: ce n’est pas parce que vos vies sont paisibles que celle de votre voisin/e de quinze ans, homo également, va forcément l’être. Quand bien même, ouvrez vos yeux et vos oreilles: l’homophobie court les rues. Elle est dans les cours de récré, elle se glisse dans des conversations de repas de famille, dans des regards dans le métro. Elle s’écrase parfois dans la figure de ceux qui s’embrassent dans la rue. 

Si Bertrand Delanoë a eu le courage de dire haut et fort qu’il était gay, nombreux sont ceux qui refusent de faire de même. Dans la politique, dans les médias, mais aussi beaucoup de simples citoyens. C’est leur droit. Beaucoup, souvent les mêmes, pensent que gommer les attributs de l’homosexualité gommera l’homophobie elle-même. En d’autres termes: moins on verra de plumes dans le cul dans les gay prides, moins il y aura d’agressions. Sachez qu’en allant au bout de cette logique, non seulement vous chiez à la gueule de ceux qui se sont battus pour vos droits dans le passé, mais vous niez aussi le droit d’exister à tous les homosexuels qui ne veulent pas rentrer dans les cases qu’on leur impose. Vous niez le droit d’exister à la culture queer. Vous niez le droit d’exister à tout ce qui n’est pas un/e gay qui ressemble à un/e hétéro. Vous niez aux trans leur droit d’être qui ils sont, aussi. Vous niez, de fait, le droit à la différence, celui-là même que vous n’avez plus besoin de demander lorsqu’il s’agit de coucher avec une personne de même sexe.

Cette logique, au fond, relève de la même détestation de soi que celle qui conduit certains à ne jamais sortir du placard. Ce n’est pas une logique normalisatrice, c’est une logique répressive, et intériorisée par certains homosexuels, consistant à faire des gays des hétérosexuels comme les autres. 

De fait, gamins, la plupart d’entre vous avez grandi avec l’idée que vous n’êtes pas exactement le même que vos camarades de classe. Pourquoi vous acharner à tenter de le croire et de le faire croire une fois adultes ? Quand tu es homosexuel, tu grandis souvent avec l’idée que le monde ne sera pas à toi plus tard, car tu n’es pas ce que le monde attend de toi. Au fond de toi-même, tu es différent des autres. Et cela n’a en fait rien à voir avec qui tu couches, mais avec ce que tu es. Aime-toi, et cela ne fera pas de toi une personne “communautariste”. Tu seras juste quelqu’un de fier.

I’m not the same, I have no shame. I’m on fire.