le marchant

Je pense à toi tout le temps. Je pense à toi le matin, en marchant dans le froid. Je fais exprès de marcher lentement pour pouvoir penser à toi plus longtemps. Je pense à toi le soir, quand tu me manques au milieu des fêtes, où je me saoule pour penser à autre chose qu'à toi, avec l'effet contraire. Je pense à toi quand je te vois et aussi quand je ne te vois pas. J'aimerais tant faire autre chose que penser à toi mais je n'y arrive pas. Si tu connais un truc pour t'oublier, fais le moi savoir. Je viens de passer le pire week-end de ma vie. Jamais personne ne m'a manqué comme ça. Sans toi, ma vie est une salle d'attente.
—  Frédéric Beigbeder
liberation.fr
Simone Veil ou le sens d’une vie
Son combat ne se réduit pas aux droits des femmes, il a une portée universelle. Comme les autres survivants des camps, Simone Veil a tiré de cette expérience une leçon philosophique : l’idée qu’il faut refuser toute dégradation de la vie, toute humiliation de l’homme.

A entendre l’unanimité qui s’élève dans notre pays pour saluer la personnalité exceptionnelle que fut Simone Veil et la décision prise par le président Macron de l’accueillir au Panthéon, on oublie l’âpreté des combats qui furent les siens et la manière dont ils se poursuivent aujourd’hui. Il est d’autant plus important de les replacer dans le contexte philosophique et politique de l’époque que ceux-ci nous éclairent sur l’importance du message qu’elle nous lègue face aux dangers de régression que nous connaissons aujourd’hui. Son action est inséparable, tous l’ont rappelé, de l’expérience de la déportation et des camps de concentration, et si le président Macron oublia de rappeler que c’est en tant que juive qu’elle eut à les subir, nul ne peut dire quel aurait été son parcours si elle n’y avait rencontré ce que rappelait Robert Antelme dans l’Espèce humaine : le fait que les nazis n’aient jamais réussi à briser l’humanité des déportés.

Ce qui n’a pas assez été rappelé, c’est la leçon philosophique que Simone Veil a tirée de cette expérience, l’idée que la vie ne se résume pas à produire une conduite individuelle ou collective, morale ou légale, mais qu’elle commande de se préoccuper de sa dimension éthique. On a ainsi trop vite limité son combat au seul féminisme, réduisant à une moitié de l’humanité ce qu’elle concevait au plan de l’universel. Qu’elle ait lutté pour les droits des femmes, notamment des femmes algériennes, dans le cadre de ses premières activités de magistrate, c’est qu’il lui paraissait insupportable de voir la vie humaine profanée en tant que telle. On lit à travers son action le sens que les survivants donnèrent à leur combat : refuser toute dégradation de la vie, l’humiliation de l’homme au sens où Primo Levi l’entend dans Si c’est un homme. Car ce que nous disent les survivants passés par les camps de la mort, c’est que l’extermination emporte dans son abaissement non seulement les victimes, mais les bourreaux eux-mêmes. Ainsi faut-il comprendre le sens de l’engagement européen de Simone Veil et de sa main tendue immédiatement après-guerre aux Allemands.

C’est sans doute cette décision de considérer que la gestion de la vie revenait désormais à l’homme, pleinement conscient de sa tâche, qui fait l’unité des combats qui furent les siens. Elle rejoignait ici une poignée de scientifiques et de médecins qui se retrouvèrent au sortir de la guerre pour poser ensemble les pierres qui jalonnent les étapes de ce que l’on a coutume de nommer «la libération de la femme». Il ne s’agit plus alors d’opposer, comme ce fut longtemps le cas, la vie à la mort, ni d’aborder la question du point de vue de la démographie, à la manière d’Alfred Sauvy, chantre de l’idéologie nationaliste, dont se réclameront en 1974 les opposants à l’avortement, mais d’affirmer que seule vaut d’être vécue une vie dont l’humanité est reconnue et librement exercée. Le silence coupable de l’Eglise, la faiblesse des gouvernements démocratiques et le consentement de leurs peuples face à l’existence des camps et à la volonté de génocide mise en actes par le régime nazi les avaient disqualifiés pour revendiquer la direction du salut de leurs semblables.

Il revenait alors à quelques individus de reprendre le flambeau. Juifs, communistes pour certains, tous issus de la Résistance, ils sortent de la guerre convaincus que la vie ne vaut pas en elle-même, mais pour ce que les vivants en font. Simone Veil fut aux côtés de ceux-là, scientifiques renommés, marchant sur les traces de la révolution scientifique initiée par les travaux de Crick, Watson et Wilkins, autour de la découverte de la double hélice des acides nucléiques, médecins libres-penseurs, gynécologues-obstétriciens, et endocrinologues. Ils ont pour nom François Jacob, Jacques Monod, André Lwoff du côté des savants, Fernand Lamaze, Jean Dalsace, Pierre Simon, Pierre Velay, Etienne-Emile Baulieu, Henri Fabre, du côté des médecins.

Entrés en dissidence dès le début des années 50 face à la bien-pensance d’une société qui, sous couvert de morale, laisse les femmes mourir et souffrir, ils sont engagés dans un combat frontal contre l’ordre des médecins, hérité de Vichy, et entreprennent de convaincre des forces politiques alors peu informées et prisonnières des schémas anciens. Ils importeront en France les techniques de l’accouchement sans douleur, mettront en place les techniques de contraception, feront voter la loi sur l’interruption de grossesse avant de réfléchir aux problèmes liés à la procréation médicalement assistée et à l’euthanasie. Et s’ils trouvent, en 1967, le relais de Lucien Neuwirth pour coucher dans le marbre de la République les progrès accomplis, c’est que ce grand résistant a, lui aussi échappant à la mort, mis sa vie au service d’une vision de l’humain.

Il faut rappeler aujourd’hui les risques que prirent ces pionniers de la contraception et de l’avortement. Soumis nuit et jour aux insultes, risquant la condamnation et la prison chaque fois qu’ils ramenaient d’Angleterre les contraceptifs sur le sol français, menacés jusque dans leur vie, ils tinrent ferme, convaincus que médecine et société ne pouvaient aller l’une sans l’autre. Il faut se souvenir que ceux-là mêmes qui traitèrent Simone Veil de nazie sur les bancs de l’Assemblée furent ceux qui traitèrent le Dr Pierre Simon de Hitler en première page du Monde.

Pourquoi rappeler ces combats ? Parce qu’ils donnent leur ampleur au message que nous lègue Simone Veil, à savoir que la mémoire n’est pas seulement faite d’héritage, mais se construit au présent. Parce qu’ils nous enseignent que rien n’est jamais définitif et que les régressions politiques, qu’elles viennent d’extrême droite ou d’extrême gauche, font souvent écho aux régressions qu’entérine le corps social, en l’occurrence aujourd’hui une essentialisation de l’homme qui le ramène à ce que la nature a de plus trivial. L’élection d’un Trump aux Etats-Unis, le score réalisé par le Front national, la force politique d’un mouvement comme Sens commun doivent nous alerter. Si l’exemple de Simone Veil a autant compté, c’est parce qu’elle savait que la vie n’est sacrée que parce qu’elle porte au plus haut l’humanité de l’homme.

“Comme le chien loup de Jack London, je ne peux résister longtemps à l’appel de la forêt. Le besoin que j’ai d’elle s’enracine dans ma part animale autant que dans ma spiritualité. L’une n’allant pas sans l’autre. Je ne me « promène » pas en forêt. Marchant par les taillis et les futaies, je vais à la rencontre de mes origines et de mon éternité. Bien que domestiqué par l’homme, la forêt conserve son mystère. Il suffit pour cela d’attendre la chute du jour et les angoisses du cycle nocturne, domaine d’Artémis, la toujours jeune, dont les cheveux d’or s’ornent du croissant de lune.”

Dominique Venner, Dictionnaire amoureux de la chasse, Plon, 2006.

« Comme le chien loup de Jack London, je ne peux résister longtemps à l’appel de la forêt. Le besoin que j’ai d’elle s’enracine dans ma part animale autant que dans ma spiritualité. L’une n’allant pas sans l’autre. Je ne me “promène” pas en forêt. Marchant par les taillis et les futaies, je vais à la rencontre de mes origines et de mon éternité. Bien que domestiqué par l’homme, la forêt conserve son mystère. Il suffit pour cela d’attendre la chute du jour et les angoisses du cycle nocturne, domaine d’Artémis, la toujours jeune, dont les cheveux d’or s’ornent du croissant de lune. »

Dominique Venner, Dictionnaire amoureux de la chasse.

  • Les anges pleurent encore ce soir, pendant que mon encre coule à flot. Je m'occupe en mettant des mots sur ton sourire, tes yeux qui me manquent tant, alors que le sommeil me fuit.
  • Où vais-je passer la nuit ? Mes rêves sont encore complets, tous remplis de toi. Je traîne, seul, dans les vestiges de notre histoire et je rêvasse de ta peau nue contre la mienne.
  • Le froid, je ne le ressens plus. Je ne ressens plus rien, rien d'autre que toi, que ton absence. Le ciel est couvert, impossible de voir les étoiles. À quoi bon, elles ne m'auraient parlé que de toi.
  • Au delà des nuages, inconsolables, les anges se meurent et je ne peux qu'écouter résonner leurs sanglots dans l'obscurité. Ils me rappellent le son de ta voix le matin, après n'avoir dormi que quelques heures dans mon lit défait.
  • Mots sur mots, cri amorti par le silence, mes pages deviennent noires au fur et à mesure que je vide mon cœur. Tu es partout, je te retrouve dans tout ce que j'écris. Ton nom forme mes poèmes et mes pensées. Tu existes partout où tu n'est plus.
  • Alouqua, tu m'as eu, je rends les armes. Comme un millier d'autres hommes je suis tombé sous ton charme, malgré moi. Je mettais promis de te résister, mais voilà un an que je pleure tes larmes. Un an déjà. Un an que j'ai aperçu sous tes airs d'ange ton vrai visage de démon.
  • Genoux à terre, je prie les dieux de m'offrir un quelconque salut. Je n'arrive plus à vivre, mais je ne sais pas mourir. Je suis coincé entre deux monde, bloqué dans une vie que je n'aime plus et une mort que je ne veux pas. Il ne me reste plus qu'à attendre, peut-être que tu reviendras.
  • Ni l'alcool ni mes cigarettes ne me rendront jamais aussi accro que toi. Je m'écorche les pieds en marchant sur des morceaux de verre, je me brûle la peau avec mon briquet, je m'arrache le cœur et regarde couler mon sang sur le carrelage ; je cherche sans cesse mais aucune douleur ne ressemble à celle que tu me procures.
  • Inlassablement, je dessine ton corps avec mes mots. Je ne sais plus rien écrire d'autre, j'ai laissé mon inspiration dans le creux de tes reins. J'inhale ton odeur, son absence plutôt, et je tourne une autre page remplie par tes courbes.
  • Et voilà une autre nuit sans dormir qui touche à sa fin. L'aube se réveille lentement, et moi je perds espoir. Je t'en supplie, rend moi mon sommeil, reprend ton froid et tes cauchemars glaçants. Reprend tes fantasmes vides et rend moi ma douleur. Cesse de torturer les anges et va-t-en, je t'en pris. Libère moi enfin.
  • Regarde, regarde comme je suis à cause de toi. Tout est rendu bleu par le froid, ma peau, mes lèvres, le ciel du matin et mes songes. Bleu comme tes yeux, je sens ton regard sur moi où que j'aille. Le jour est là, un autre jour où je vais devoir vivre en espérant ne pas connaître demain.
Je pense à toi tout le temps. Je pense à toi le matin, en marchant dans le froid. Je fais exprès de marcher lentement pour pouvoir penser à toi plus longtemps. Je pense à toi le soir, quand tu me manques au milieu des fêtes, où je me saoule pour penser à autre chose qu'à toi, avec l'effet contraire. Je pense à toi quand je te vois et aussi quand je ne te vois pas. J'aimerais tant faire autre chose que penser à toi mais je n'y arrive pas.
—  Frédéric Beigbeder, L’amour dure trois ans

“Je pense à toi tout le temps. Je pense à toi le matin, en marchant dans le froid. Je fais exprès de marcher lentement pour pouvoir penser à toi plus longtemps. Je pense à toi le soir, quand tu me manques au milieu des fêtes, où je me saoule pour penser à autre chose qu’à toi, avec l’effet contraire. Je pense à toi quand je te vois et aussi quand je ne te vois pas. J’aimerais tant faire autre chose que penser à toi mais je n’y arrive pas.”

L’amour dure trois ans - Frédéric Beigbeder

Me voici jacobin. Que veut-on que j’y fasse ?
Le revers du louis dont vous aimez la face,
M’a fait peur. En allant librement devant moi.
En marchant, je le sais, j’afflige votre foi,
Votre religion, votre cause éternelle.
Vos dogmes, vos aïeux, vos dieux, votre flanelle.
Et dans vos bons vieux os, faits d’immobilité,
Le rhumatisme antique appelé royauté.
Je n’y puis rien. Malgré menins et majordomes.
Je ne crois plus aux rois, propriétaires d’hommes ;
N’y croyant plus, je fais mon devoir, je le dis.
[…]
Marquis, depuis vingt ans, je n’ai, comme aujourd’hui,
Qu’une idée en l’esprit : servir la cause humaine.
—  Extrait du “Marquis, je me souviens…” de Victor Hugo, 1846.
Je pense à toi tout le temps. Je pense à toi le matin, en marchant dans le froid. Je fais exprès de marcher lentement pour pouvoir penser à toi plus longtemps. Je pense à toi le soir, quand tu me manques au milieu des fêtes, où je me saoule pour penser à autre chose qu'à toi, avec l'effet contraire. Je pense à toi quand je te vois et aussi quand je ne te vois pas. J'aimerais tant faire autre chose que penser à toi mais je n'y arrive pas. Si tu connais un truc pour t'oublier, fais le moi savoir. Je viens de passer le pire week end de ma vie. Jamais personne ne m'a manqué comme ça. Sans toi, ma vie est une salle d'attente. Qu'y a-t-il de plus affreux qu'une salle d'attente d'hôpital, avec son éclairage au néon et le linoléum par terre? Est-ce humain de me faire ça? En plus, dans ma salle d'attente, je suis seul, il n'y a pas d'autres blessés graves avec du sang qui coule pour me rassurer, ni de magasines sur une table basse pour me distraire, ni de distributeurs de tickets numérotés pour espérer que mon attente prendra fin. J'ai très mal au ventre et personne ne me soigne. Etre amoureux c'est cela: un mal de ventre dont le seul remède, c'est toi. J'ignorais que ton prénom prendrait tant de place dans ma vie.
—  l’amour dure trois ans