le mal des fleurs

As we’re in the middle of summer and a lot of us have time to read, I thought it would be great to list all the great french books I know and I’ve read if you want to practice french or read french books!! (or just if you don’t have books to read now)
note : the list is faaar from being complete !

POETRY

Apollinaire - Alcools, Calligrammes
André Breton & Philippe Soupault - The Magnetic Fields
Charles Baudelaire - The Flowers of Evil (Les Fleurs du Mal), Paris Spleen (Le Spleen de Paris)
Paul Éluard - Capitale de la Douleur, Les Mains Libres
Paul Verlaine - Poèmes Saturniens, Romances Sans Paroles
Arthur Rimbaud - Illuminations
Victor Hugo - The Contemplations
Stéphane Mallarmé - Poésies
Comte de Lautréamont - The Lay of Maldoror
Louise Labé - Poésies
Pierre de Ronsard - Les Odes
Marceline Desbordes-Valmore - Elegies et romances
Alphonse de Lamartine - The Meditations

NOVELS

Albert Camus - The StrangerThe PlagueThe First Man
Jean-Paul Sartre - NauseaThe Words
Annie Ernaux - The YearsThe PossessionShameHappeningA Woman’s Story
Stendhal - The Red and the Black
Victor Hugo - The Hunchback of Notre-DameLes Misérables
Madame de La Fayette - La Princesse de Clèves
Madeleine de Scudéry - Clélie
Honoré de Balzac - The Unknown MasterpieceOld Goriot
Gustave Flaubert - Madame BovarySentimental Education
George Sand - Story of my Life
Alfred de Musset - The Confession of a Child from the Century
Laurent Binet - HHhHThe Seventh Function of Language
Jean Teulé - The Suicide ShopEat Him if You LikeMonsieur MontespanCharly 9
Voltaire - ZadigCandide
Chrétien de Troyes - Yvain, The Knight of the Lion Lancelot, The Knight of the Cart
Marguerite Duras - The Ravishing of Lol V. Stein
Marguerite Yourcenar - Memoirs of Hadrian
Antoine de Saint-Exupéry - Night FlightThe Little PrinceThe Wisdom of the Sands
Jean de la Fontaine - The Fables
Émile Zola - The Beast Within
Marcel Proust - In Search of Lost Time
André Gide - The Counterfeiters, The Immoralist, The Vatican Cellars, The Pastoral Symphony
François-René de Chateaubriand - René, Atala, Memoirs from Beyond the Grave
Aragon - Aurélien
Jean-Jacques Rousseau - Reveries of a Solitary Walker

PLAYS

Albert Camus - Caligula, The Just Assassins
Jean-Paul Sartre - No Exit, The Flies, The Chips Are Down
Bernard-Marie Koltès - Return to the Desert, The Night Just Before the Forests
Jean-Luc Lagarce - It’s Only the End of the World
Alfred de Musset - Lorenzaccio
Jean Giraudoux - The Trojan War will not take place, Amphytrion 38, Ondine
Eugène Ionesco - The Lesson, The Bald Soprano, Exit the King, Rhinoceros
Voltaire - Zaïre
Pierre de Corneille - La Place Royale, Le Cid, L’Illusion Comique
Jean Racine - Bérénice, Phèdre
Samuel Beckett - Waiting for Godot

Un soir fait de rose et de bleu mystique,
Nous échangerons un éclair unique,
Comme un long sanglot, tout chargé d'adieux.
—  Charles Baudelaire, from La mort des amants (Les Fleurs du Mal)
[trans. Some evening made of rose and of mystical blue
A single flash will pass between us
Like a long sob, charged with farewells.
]

Au XIXe siècle, un monde nouveau envahit le champ littéraire, certains motifs se hissant pour la première fois au rang de sujets dignes d’intérêt. La ville, la province, le peuple ne sont plus cantonnés au registre comique, les progrès de la Science aux manuels et aux essais des savants. L’individu s’affirme, en réaction à une évolution économique et sociale qui le dépasse ou l’écrase. « Le culte du moi » est de tous les genres littéraires. Le pessimisme se lit dans les œuvres des écrivains qui refusent de se conformer à l’ordre établi. Ils ont le sentiment d'être incompris et se sentent coupés du monde, malgré l’espoir suscité par les progrès collectifs. Ce mal de vivre ou « mal du siècle », chanté par Chateaubriand et les Romantiques comme Musset et Nerval, se prolonge avec le spleen de Baudelaire et, à la fin du siècle, chez les décadents et les symbolistes. Les romans réalistes n’y échappent pas non plus. Ainsi les courants littéraires s’entremêlent-ils plus qu’ils ne se succèdent, donnant lieu à des échanges féconds entre les écrivains. À ce titre, Baudelaire peut être considéré comme le poète capital, à la charnière du siècle comme des mouvements, romantique, réaliste, parnassien, décadent et symboliste.

Le 4 février 1857, Baudelaire remet son manuscrit à l’éditeur Auguste Poulet-Malassis associé à son beau-frère Eugène De Broise. Il y a là cent poèmes, le concentré de l’expérience poétique accumulée par l’auteur sur quinze années. La première publication, le sonnet À une dame créole, date de 1845 dans la revue L'Artiste. En octobre de la même année, le livre a été annoncé sous le titre Les Lesbiennes. Puis en novembre 1848, sous le titre Les Limbes. C'est finalement sous le titre des Fleurs du mal que paraissent en 1855, dans La Revue des Deux Mondes, dix-huit poèmes. De même que neuf autres poèmes, seront publiés en avril 1957 dans la Revue française. Le recueil définitif paraîtra le 23 juin 1857, après trois longs mois que Baudelaire consacre aux révisions sur épreuves. Le premier tirage (quelque 1000 exemplaires imprimés à Alençon) est mis en vente au prix de trois francs.

Les Fleurs du mal, connaissent un accueil mitigé, quand la presse ne se déchaîne pas pour en dénoncer l’immoralité. Le Figaro, en pointant du doigt les pièces les plus condamnables de l’ouvrage, parle de « monstruosités », si bien que le Parquet ordonne la saisie des exemplaires. Baudelaire et ses éditeurs sont poursuivis.

L’homme qui se présente le 20 août 1857, à l'audience de la 6e Chambre criminelle du tribunal correctionnel de Paris – celle des escrocs, des souteneurs et des prostituées – est un poète de trente-six ans, apprécié et reconnu de ses pairs, qui traine une réputation quelque peu sulfureuse. Déjà, en 1852, un journaliste du Journal pour rire avait cerné le personnage : « Charles Baudelaire, jeune poète nerveux, bilieux, irritable et irritant, et souvent complètement désagréable dans sa vie privée. Très réaliste sous des allures paradoxales, il a dans sa forme tout le style et la sévérité antiques, et des quelques rares esprits qui marchent par ces temps dans la solitude du moi, il est, je pense, le meilleur et le plus sûr de sa route. Très difficile à éditer d’ailleurs, parce qu’il appelle dans ses vers le bon Dieu imbécile, Baudelaire a publié sur le Salon de 1846 un livre aussi remarquable que les articles les mieux réussis de Diderot. »

D’une naïve bonne foi, Baudelaire s’imagine s’en sortir d’un non-lieu. Ses amis et connaissances, et pas des moindres, se sont mobilisé : certains publiant des articles élogieux, d’autres faisant jouer leurs relations. Mais c’était sans compter avec le rigorisme du Second Empire, porté par son moralisme intransigeant et son goût douteux pour l’art pompier et la littérature édifiante, ainsi qu’une censure omniprésente qui ne dit pas son nom. Le soir même, à l’issue du procès, qui n’a duré que quelques heures Baudelaire et ses éditeurs sont condamnés pour « outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs ». Baudelaire doit s’acquitter d’une amende tandis que six poèmes sont retirés du recueil. Pour comble, le poète, qui s’attendait à une « réparation d’honneur », est privé de ses droits civiques.

Baudelaire sort brisé par le verdict, qui redouble la condamnation familiale. Le sentiment d’injustice qu’il éprouve ne le quittera plus. Comment peut-il en être autrement ? Dans ce siècle où priment les valeurs bourgeoises, l’exercice de la poésie est considéré comme un violon d’Ingres. François Malherbe, pour qui « le poète n’est pas plus utile à l’État qu’un bon joueur de quilles », le déplorait déjà, trois siècles auparavant. Tout au plus taquine-t-on la muse, « à ses heures perdues », selon l’expression consacrée par Léon Bloy. Mais quand sonne l’heure des affaires, toutes ces « couillonnades », telles que les nomme par dérision le pamphlétaire, doivent être mises au rencard, sous peine pour le récalcitrant de passer pour un tire-au-flanc.

En 1857, au moment du procès, et donc de la parution des Fleurs du mal, Charles Baudelaire n’est pas le poète maudit que l’on présente à tort. Certes, il mène une vie de bohème, parfois excentrique, est en rupture avec sa famille bourgeoise, a dilapidé une bonne partie de son héritage, une fortune, au point d’être sous tutelle, alternant luxe puis pauvreté, il est couvert de dettes, a le goût des prostituées qui pour certaines deviennent ses compagnes… Mais il est critique d’art, domaine dans lequel il s’est imposé comme un des maîtres du genre. Il est aussi le traducteur de l’œuvre d’Edgar Allan Poe, qu’il salue comme un esprit frère du sien. Il est enfin très entouré, apprécié de ses amis écrivains, protégé même. Parallèlement, il a publié dans différents journaux plusieurs des poèmes qui figurent dans le recueil coupable.

La censure oblige donc Baudelaire à réaménager son œuvre. Ainsi, en 1861, la structure du recueil sera-t-elle remaniée et enrichie d’une trentaine de poèmes. Composé de six parties, il est traversé par les thèmes principaux qui laissent deviner les espérances déçues et les défaillances morbides du poète (« Spleen et Idéal » ; « Tableaux Parisiens » ; « Le vin » ; « Les Fleurs du mal » ; « Révolte » et « La mort »). Ces textes, largement autobiographique, Baudelaire les a vécu dans sa chair, au plus profond de son être. Son lyrisme cherche sans cesse à se démarquer du Romantisme qui a bercé sa jeunesse. Avant tout, il s’agit pour lui « d’extraire la beauté du Mal » des « provinces les plus fleuries de l’art poétique » foulées par ses prédécesseurs. À l’instar de Théophile Gautier, le « poète impeccable »  à qui sont dédicacées Les Fleurs du mal, l’art n’a d’autre téléologie que lui-même, le beau et l’utile ne font pas bon ménage : « La poésie ne peut pas, sous peine de mort ou de déchéance, s'assimiler à la science ou à la morale ; elle n'a pas la vérité pour objet, elle n'a qu'Elle-même. » Ainsi, des thèmes modernes sont sertis dans des formes anciennes comme le sonnet, selon l’idée que « l’irrégularité, c’est-à-dire l’inattendu, la surprise, l’étonnement sont une partie essentielle et la caractéristique du Beau ». Hanté par l’Idéal, symbolisé par l’ailleurs, le poète n’échappe pourtant pas à l’ennui. Le spleen envahit tout son être et le plonge dans une mélancolie saturée d’images mortifères. L’amour, clé de voûte du recueil, obéit aux mêmes postulations contradictoires. La passion sensuelle, incarnée par la ténébreuse Jeanne Duval se dispute l’amour spiritualisé, en la personne de Madame Sabatier, sans que jamais le poète n’atteigne la félicité. La mort devient alors la dernière espérance du spleenétique qui ne s’accommode pas de la médiocrité d’ici-bas, où les poètes sont traités comme des malfrats.

Baudelaire, né trop jeune dans un siècle trop vieux, a mené une vie à contre-courant des valeurs en cours. Il incarne à tout jamais le poète écorché vif, voué aux gémonies par ses contemporains, acclamé par ses successeurs : « Le vrai Dieu » selon Rimbaud, « le premier surréaliste » pour Breton ou encore « le plus important des poètes » aux yeux de Valéry. Janus de la poésie du XIXe siècle, dernier classique et premier moderne, il inaugure une nouvelle ère poétique, auquel ce procès, loin de le détruire, prend valeur de sacre. Et finalement, Les Fleurs du mal sont devenues un des plus grands classiques de la littérature.

Baudelaire n’a été « réhabilité » qu’en… 1949. Il faudra en effet cent ans pour que l’institution judiciaire mesure l’étendue du génie de Baudelaire, et qu’une loi du 25 septembre 1946 institue un nouveau cas de pourvoi en révision sur ordre du garde des Sceaux et ouvert à la seule Société des gens de lettres. Elle offre la possibilité de réviser les jugements ayant condamné un écrivain pour outrage aux bonnes mœurs commis par la voie du livre, partant de l’idée que l'appréhension par le public des écrivains évolue au gré du temps, et qu’il convient alors d’adapter le judiciaire au littéraire. C’est ainsi que le 31 mai 1949 la chambre criminelle de la cour de Cassation rendit un arrêt d’annulation du jugement de 1857, considérant que les poèmes « ne renferment aucun terme obscène ou même grossier ». Depuis, les six poèmes censurés peuvent être légalement publiés.

Daily inspiration. Discover more photos at http://justforbooks.tumblr.com

Nous aurons des lits pleins d'odeurs légères,
Des divans profonds comme des tombeaux,
Et d'étranges fleurs sur des étagères,
Ecloses pour nous sous des cieux plus beaux.
—  Charles Baudelaire, from La mort des amants (Les Fleurs du Mal)
[trans. We shall have beds full of subtle perfumes,
Divans as deep as graves, and on the shelves
Will be strange flowers that blossomed for us
Under more beautiful heavens.
]

Federico Beltran Masses, La nuit d’Eve, Marchesa Luisa Casati, 1929.

Oil on canvas, 99 x 101 cm. 

Barcelona, ​​Colleciò Suñol.

Illustration for Les Fleurs du mal (The Flowers of Evil) by Charles Baudelaire, 1946. 

Voici venir les temps où vibrant sur sa tige
Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Les sons et les parfums tournent dans l'air du soir ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !

Chaque fleur s'évapore ainsi qu'un encensoir ;
Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige ;
Valse mélancolique et langoureux vertige !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir.

Le violon frémit comme un coeur qu'on afflige,
Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir !
Le ciel est triste et beau comme un grand reposoir ;
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige.

Un coeur tendre, qui hait le néant vaste et noir,
Du passé lumineux recueille tout vestige !
Le soleil s'est noyé dans son sang qui se fige…
Ton souvenir en moi luit comme un ostensoir !

—  Harmonie du soir, Charles Beaudelaire (in Les Fleurs du Mal)
youtube

LÉO FERRÉ - La Musique (CHARLES BAUDELAIRE - LÉO FERRÉ)                                                                                                                                                                                                                                                                                    YVES BONNEFOY, SOUS LE SIGNE DE BAUDELAIRE, p133..: …BAUDELAIRE n'a pas seulement écrit L’INVITATION AU VOYAGE aussi bien que LA CLOCHE FÊLÉE…                                                                                                                                                                                                                                                …il a aussi réfléchi sur ses propres contradictions, ce qui, par exemple, lui a permis LA MUSIQUE qui embrasse d'un seul regard tous ces flux et tous ces reflux…                                                                                                                                                                                                                                                  …Belle métaphore du poète, le vaisseau qui “escalade le dos des flots amoncelés”…

À la très chère, à la très belle
Qui remplit mon coeur de clarté,
À l'ange, À l'idole immortelle,
Salut en l'immortalité!

Elle se répand dans ma vie
Comme un air imprégné de sel,
Et dans mon âme inassouvie
Verse le goût de l'éternel.

—  Charles Baudelaire, Les fleurs du mal, “Hymne”