le face de moi

Son père vient de m'appeler. Elle a eu un accident ce soir, renversée par un camion j'crois. Maintenant elle est dans le coma, pronostic vital engagé qu'on m'a dit. Et moi j'suis là j'n'ai pas dis un mot, j'ai raccroché comme si ça m'était égal. Pourtant j'entendais bien le tremblement dans la voix de son père.

Mais j'peux pas me rendre compte, j'la revois en face de moi, grand sourire, toujours les larmes au bord des yeux qu'on apprend a ne plus les voir. J'la revois avec son sac à dos et ses grosses chaussures et ses vêtements trop grands, j'la revois courir et danser au milieu des routes la nuit, j'la revois me parler, me dire combien j'suis con, me dire combien elle m'aime. Puis j'la revois aussi me gueuler dessus, me disant que j'comprends rien, que j'l'écoute même pas, que j'lui dis pas assez comment je tiens à elle.

Pourtant moi j'la regardais et ça me suffisait, de la voir un peu heureuse, de la voir arrêter d'penser. Elle devenait folle dans ces moment là, une vraie tarée, prête à tout, toujours partante pour n'importe quelle connerie. Putain j'la regardais et ça suffisait à me faire sourire, à me faire ressentir une explosion de sentiments dans mon propre corps.

Puis je cédais toujours quand elle me suppliait avec sa petite voix aiguë de petite fille battue là, ah ouais ça m'faisait craquer ça, puis elle m'embarquait dans n'importe quoi, et moi j’m'en foutais, tant que j'la voyait, tant qu'la sentais, que j'la ressentais.


Et maintenant on vient me dire qu'un putain de camion l'a shooté, non, non, non, j'ai pas eu assez de temps, j'l'ai pas assez vu, j'lui ai pas tout dis, j'n'ai pas finis, c'est pas finis. Mon chemin avec elle, il ne peut pas s'arrêter ici, on a encore pleins de conneries à faire, elle doit encore m'engueuler, me bouger le cul, j'n'ai pas finis de la voir énervée. C'est pas un camion qui va arrêter ça, c'est pas possible, hein.

Et comment je fais moi sans elle ? Moi sans elle c'est pas moi, ça n'existe pas, c'est elle qui me fait vivre, vous pouvez pas la faire partir, j'peux pas la laisser s'en aller. J'ai encore besoin d'la serré dans mes bras et d'avoir peur de la casser si je sers trop fort, j'ai encore besoin de lui mettre des sucres dans ses interminables tasses de café, j'ai encore besoin de l'entendre grogner le matin parce qu'elle veut pas s'lever, parce qu'elle est fatiguée à l'idée d'une nouvelle journée, parce qu'elle ne voulait plus affronter les heures de cours avec leur routine sans fin. Elle, elle voulait passer sa vie la nuit, parce qu'elle est libre d'être qui elle veut, de faire ce qui lui plaît quand le soleil n'est pas là.

Ouais, et maintenant elle est allongée dans un lit d'hôpital avec des fils qui lui sorte de partout et des plaies qui font peur à voir, et qu'elle aimera quand elle se réveillera, si elle se réveille.

J'peux pas m'empêcher d'imaginer la folie de c'qu'elle a ressenti quand c'camion est arrivé droit sur elle, elle a du savourer cette adrénaline, cette excitation de voir la mort de si près et de l'attendre jusqu'au dernier moment. Et putain ça me fou la rage qu'elle est pu aimer c'moment, j'me dis qu'elle est vraiment désespérée pour aimer le risque autant, pour ne pas avoir peur de mourir à ce point. Ouais, j'me dis que j'lui suffis pas, que j'n'y arrive pas, à combler totalement ce vide qui se creuse en elle, j'n'arrive pas à la faire ce sentir vivre, alors qu'elle, elle me fait exister.


Putain, faut que j'la vois, que j'prenne sa main, que j'la serre, faut que j'lui dise tout avant qu'elle s'endorme à jamais, faut que j'trouve les mots, pour qu'elle est la force de revenir, ah ouais faut qu'j'sois convainquant, parce qu'elle a trop rêver de mourir déjà pour avoir l'envie d'revenir.

Alors j'vais y aller, et merde, j'vais chialer, j'vais lui dire toute la vérité qu'elle voulait entendre quand elle respirait encore toue seule, puis j'vais lui gueuler dessus aussi, j'vais lui hurler que c'est impossible, qu'il faut qu'elle reste, qu'elle revienne, qu'on est trop à avoir besoin de son rire de merde là. J'la tuerais si elle pars, j'la retrouverais, et j'la tuerais. J'vais tout défoncer bordel! J'savais pas à quel point j'ai besoin d'elle.

Elle m'a fait tomber amoureux pour la première et pour la dernière fois aussi, et j'dois la remercier, elle m'a fait tomber amoureux moi, un pauvre gars d'cité qui volait les sacs des grands-mères pour nourrir sa mère. Et elle l'a rendu heureuse, ma mère, en remettant un sourire sur le visage de son fils. Alors j'vous jure qu'elle peut pas partir.


Mais j'peux pas, j'peux pas prendre le volant, j'vais me planter dans un arbre, puis j'vois flou j'sais pas c'qui m'arrive, c'est ça des larmes, ouais. Alors j'panique putain, faut que j'appelle un frère, que j'lui gueule dessus, qu'il m'emmène a sa chambre blanche, putain.


«Ouais gros, qu'est ce qu'il se passe, c'est une heure du mat?

-Putain, prends ta caisse prend moi chez moi, on va à l'hôpital putain, elle s'est pris un camion, j'vais tout péter, faut que j'la vois, faut qu'tu viennes.

-Vas-y essaye de te calmer, j'arrive mon frère, j'arrive!»


Reprends le contrôle, reprends le, prends le dessus!


J'descends d'la caisse, j'cours, j'vois son père à l'entrée de l'hôpital, il avait le regard vide, encore plus qu'à son habitude, et machinalement, il m'a juste dis, «à gauche, réa». Et j'cours, j'cours, j'traverse des couloirs, j'lis des panneau, j'ouvre des porte, puis j'y étais, j'l'ai vu.


Sa mère m'a pris dans ses bras, elle pleurait, elle hurlait, elle m'a remercier, j'sais pas trop pourquoi, puis y'a son petit frère derrière, le visage effacé, pâle. Ils sont partis, marchant comme dans le couloir de la mort, comme si tout s'était éteint ce soir, comme si les corps erraient sans conviction aucune, sans vie, aucune.


Alors j'suis allé vers elle, et si proche de la mort elle en était toujours plus belle. J'me suis assis sur une chaise qui traînait là, qui avait du supporter toutes les mères en panique, en pleurs, en deuil. J'ai pris sa main, bandée, on voyait le sang à travers ce pansage provisoire, j'ose pas trop serré, vous savez, j'ai peur d'la casser. Puis mon cerveau a crée la cadence, mon coeur a écrit les paroles, et maintenant, mes lèvres remuent, ma voix danse :


«Eh, ma chérie, j’t'ai pas assez dit, j’t'ai pas assez vu, j’t'ai pas assez aimer encore, et pourtant j'avais jamais aimer vraiment, j'avais jamais aimer autant. Tu m'a rendu ma vie et tu dois reprendre la tienne maintenant. J'peux pas sans toi, tu sais, je faisais le malin, je savais pas, j'savais pas qu'on pouvait avoir peur comme ça, qu'on pouvait parler seul, perdre le contrôle sur son esprit, sur son corps. Je contrôlais toujours tout jusque là, mais je me rends compte que contre tout, j'pourrais jamais contrôler c'que j'ressens, et c'que je ressens, ça me tue autant que ça me maintiens en vie ce soir, Alba j'ai compris maintenant, alors faut que tu m'écoutes, faut que tu l'entendes, j'ai besoin d'toi, j'vais pas tenir sans toi, sans toi ça se prononce même pas, j'peux pas le concevoir. Alba ce soir, je te supplie, je t'en supplie, reste, reste sur cette putain de planète, oui, je sais, l'occasion de mourir sans soi-même mettre fin à ses jours se représentera peut-être jamais, mais on apprendra ensemble a supporter cette société, et je t'apprendrais à t'aimer, on fera ce à quoi la vie rime pour toi, on donnera un sens à ton existence, on niquera les politiques même si tu l'veux! Faut que tu comprennes, je supporterais tout pour toi, je ferais tout, je donnerais tout ce que j'ai pour passer tout le temps qu'il me reste à te voir heureuse. J'veux pas perdre le son de ton rire, puis j'veux que les fausses notes quand tu chantes résonnent encore dans mon crâne jusqu'en devenir dingue.

Allez, c'est pas cette fois, c'est pas ton heure encore, c'est pas maintenant, et toi qui voulais tant dire au-revoir, tu vas le regretter Alba, si tu pars sans dire tout ce que tu a encore à gueuler, t'as des choses à accomplir qui ne s'accompliront certainement jamais sans toi, faut que tu y ailles, dans cet orphelinat au Kenya, donner des peluches au enfant, leur emmener des centaines de conserves, et des rires, des sourires à n'en plus finir. Faut que t'y ailles en Argentine, dans ces putain de bidonvilles, distribuer des bouteilles d'eau et des sandwich au poulet. Tu te rends compte, t'as encore jamais eu l'occasion de placer tout ton argent dans des œuvres caritative, et tu peux pas mourir maintenant, dans ton compte y'a peut être même pas assez d'argent pour une seule association, toi t'as beaucoup trop de causes à défendre, alors tu restes ici, et tu réalises tes rêves, le monde a besoin de toi pour sauver des vies! Putain j'ai encore besoin de toi pour que tu sauves la mienne. J'suis amoureux d'toi Alba bordel…»


Et là les sanglots prennent le dessus sur mon débit de phrase. Alors j'allonge ma tête dans le creux de ces flans, et j'me laisse allez, a rythme de sa respiration artificielle.


Puis j'vois Mehdi qui s'tient debout, le souffle couper. Il vient me relever.


«Allez mon frère, faut la laisser se reposer, on revient demain, allez lève-toi, faut que tu dormes, elle a besoin de toi, allez..»


Alors comme le disait Mehdi, on est rentré, puis faut qu'j'vous dise, elle n'a pas passé la nuit.


©letempsnaimerajamais

Bon fallait quand même que je dise que hier midi j’ai mangé avec @to-the-pine et @lefruitdemapensee et ce sont les plus mignons du monde, je leur ai fais plein de câlins.

Le petit déjeuner

J'étais déjà assise quand il est entré dans la cuisine. Il m'a tourné le dos, mis du café dans une tasse et la bu d'un trait. Sans me parler, il alluma une cigarette. Il a tapoté les cendres dans le cendrier face à moi avant de l'écraser. Sans me parler, sans me regarder, il s'est levé, il a mis son manteau de cuir et… Il est parti. Sans une parole, sans me regarder. Et moi j'ai pris ma tête dans mes mains et j'ai pleuré.

Originally posted by wherethecontrailsgo

Gogol (journal) - 11 & 12 février 2009

Mercredi 11

En route pour Sinaia. Je ne comprends que quelques mots du roumain, mais il me semble en avoir entendu un bon : « Mamie est très vieille, il n’y a que dans le train qu’elle ne déraille pas. »

Une heure durant, le jeune type assis en face de moi a gratté son petit carnet moleskine, m’empêchant stupidement de consigner à mon tour les hautes idées qui me sont alors venues à l’esprit. Comme il s’est mis à mâcher et remâcher son sandwich, j’en profite pour noter ceci, et si l’effronté ose reprendre la plume, je ne baisserai pas la garde, non, je tiendrai bon, désormais nous nous battrons à armes égales !

Vue du sommet de la montagne, que reste-t-il de la grande littérature ?

***

Jeudi 12

Beauté blanche de Sinaia. Nous nous levons tôt pour nous rendre à Bran et visiter le château de Dracula, mais la neige ne cesse de tomber et nous en empêche - le train ne partira pas.

Rêvé de David qui, en fait, n’est pas mort, se cache le jour et vit la nuit qu’il passe à cuisiner différents mets qu’il vend çà et là. Je ne comprends pas, il y a bien une tombe à son nom, avec l’épitaphe et sa faute, date de naissance et date de décès, mais il n’est pas mort, et Christian, son père, à qui je m’en remets, est d’ailleurs au courant. Je retrouve plus tard, et par hasard, David dans un petit bar de la rue Colbert, à Tours (ce bar n’existe pas). Il boit un café. N’ayant pas d’argent sur moi, et voulant l’inviter à en boire un autre en ma compagnie, je lui dis de m’attendre tandis que je pars en chercher. Il y a la queue devant le distributeur de la place ; un autre, un peu plus loin, est momentanément indisponible, et je me retrouve à franchir des murs en laissant derrière moi certains de mes amis d’aujourd’hui, comme Xavier et Marie, sans trouver la sortie. S’ensuit que je ne revois pas David.

Nous dirigeons cahin-caha, O. et moi, vers la villa du musicien George Enescu. La tempête de neige et les chiens errants nous font rebrousser chemin et nous nous y rendons finalement en taxi. Sommes seuls ce jour-là à la visiter.

A l'instant dans le TGV, un mec RELOU est assis en face de moi.
Il n'arrête pas d'empiéter sur mon espace et de cogner ses pieds contre les miens.
A bout de nerfs, je lui fais la réflexion gentiment. Monsieur bougonne et le prends très mal, avec des réflexions ultra déplacées.
J'ai fait mine de me pencher récupérer un truc, et je lui ai collé une mini bande de cire froide sur le haut de la cheville, là où ça me semblait pertinent. Comme j'ai fait semblant de me cogner je crois qu'il n'a pas encore remarqué. Je jubile.

Quand j’ai enfin fini mes partiels !!! Plus d’examens, plus de fac, plus de rien (bon j’ai des fouilles certes) jusqu’au mois de septembre

A l'instant dans le bus, le mec en face me fixe avec des sourires crades. Moi, très fort tout du long :
- vous avez besoin de quelque chose ?
- euh quoi moi ?
- bah je vous regarde pas VOUS pour m'adresser à la personne de derrière
- ah euh, non, j'ai besoin de rien je veux juste regarder.
- regarder ? quoi ? moi ?
- oui je veux juste regarder
- mais vous êtes au courant que je suis pas une œuvre d'art et que vous êtes dans un bus, pas dans un musée ?
- ah pardon…
Tourne ostensiblement sa tête vers la fenêtre. Devient tout rouge.
C'est comme ce garçon dans le train. Il est assis en face de moi, de temps en temps il me regarde, de temps à autres je le regarde. Et lorsqu'il ferme les yeux, je fais de même.
Et je dors avec lui.

Je suis le genre de fille qui a un peu trop l'habitude de sourire, et je trouve ça plutôt chouette. Sauf quand des mecs chelous croient que mon sourire veut dire “je suis célib et je veux baisey”. Arrêtez les gars putain. Arrêtez de voir la potentielle ouverture à chaque fois que je vous souris ou que je vous dis bonjour.