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We’ve got some movements!

Ce que j’aime dans la vie au grand air, outre les retrouvailles avec les éléments, c’est que l’on dérouille son corps. On fait des gestes que l’on ne fait généralement pas dans l’année. Sauf en salle de sport si on aime ça (je déteste).

Ces quinze jours en Corse auront été, à cet égard, très mouvementés.

D’abord faire corps avec la moto dans les virages en épingles à cheveux de Zicavo ou de Sartène demande un investissement autre que celui de s’ergonomiser avec son ordi, son i-phone ou ses souliers. Tomber, ridiculement et au ralenti dans les chemins pentus et caillouteux invite à relever la pétoire qui pèse un âne mort. Un genre d’exercice qui engage les biceps.

Nager, bien qu’en ce qui me concerne ce verbe soit surdimensionné car j’ai peur de l’abîme. Ma brasse coulée est parfaite d’un point de vue esthétique mais peu efficace dû à cette phobie des profondeurs. Je nageotte donc le long de la plage, là où j’ai pied. Il me faut de l’eau transparente et pas trop froide. Depuis que nous avons vécu dans les Caraïbes, l’homme mystérieux, qui lui est un excellent nageur* et moi, sommes devenus exigeants.

Grimper dans les rochers. On engage les bras, le dos, les cuisses, les mains, on dérape, on dégringole, on s’écorche les genoux et les coudes comme des enfants. C’est merveilleux. On continue à grimper, il fait chaud, on mange des canistrelli aux amandes et on boit de l’eau tiède  en cherchant l’ombre ; deux bouteilles St-George d’un litre et demi alourdissent le sac à dos de l’homme, vous, la femme, rien dans les mains, rien dans les poches, c’est normal. Le soir on soigne ses blessures avec application et fierté.

Arriver en altitude dans les bassins creusés naturellement dans la roche. Plonger. Encore qu’en ce qui me concerne ce verbe aussi soit surdimensionné. Je me laisse glisser dans l’eau, transparente et fraîche mais cette fraîcheur, je l’attends, elle remet si bien les idées et les muscles en place. Sécher sur une roche en deux secondes puis y retourner et ainsi de suite.

Quoi d’autres comme mouvements ? Marcher. Je peux marcher des heures, à plat ou vers un sommet. Aimer. La nature est aphrodisiaque comme chacun sait et le temps élastique. Bon bref.

Manger encore que chez nous ce verbe soit surdimensionné. Nous n’aimons pas les restaurants ni les longs repas précédés de ces interminables apéritifs. Nous nous alimentons léger**, comme des enfants pressés de quitter la table pour aller jouer. Tout au moins mastiquons-nous plus lentement qu’à l’ordinaire, aidés par la vue qui s’offre à nous, le maquis, quelques chats, des tortues, des lézards et des papillons de nuit. Ces derniers me font hurler et ma foi, à Londres, je n’ai pas si souvent l’occasion de décoincer mes mandibules.

L’été, pour deux semaines toujours trop brèves, nous redevenons ces jumeaux du printemps, ces enfants sauvages que nous n’avons pas cessé d’être. 

Puis le corps ralentit de nouveau. Ce midi, face à la caméra, je devais parfaire de minuscules mouvements. Sourire, pencher la tête, plier la taille, montrer mes mains, mes deux profils et raconter en deux minutes mon parcours d’éditrice à model. Retour à la sophistication pour une marque de cosmétique fameuse. Il y a peu de chances que je décroche un tel contrat, mais les contrastes, nom de Dieu, comme c’est excitant. Fingers crossed. Je croise les doigtsmouvement relativement facile à exécuter.

 C’était l’interlude du vendredi.

* Le grand-père de l’homme mystérieux avait été sélectionné pour les jeux olympiques avant que la Deuxième guerre mondiale n’éclate. Il a hérité de cette parfaite aisance avec l’eau et, sympa, l’a transmise à notre fille.

** On mange des glaces tout de même hein ! Surtout le soir tard, sur le port de Bonifaccio, après les grandes balades et avant le dîner qu’on prend à pas d’heure, la nuit, quand les moustiques attaquent.