la ville shanghai

Ding ! J’ai reçu une notification. Quelqu’un m’a envoyé une photo sur Wechat. C’est une photo d’une famille — de ma famille. Treize visages souriants devant une grande maison décoré de lanternes rouges. Je trouve immédiatement ma mère et mon père et des oncles et des tantes, et enfin des cousins que je ne connais guère. Ils ont tous l’air tellement content d’être ensemble.

Le bureau où mon père travaille est un édifice dans lequel je n’ai jamais mis les pieds, mais j’imagine que c’est un grand bâtiment aux fenêtres qui s’ouvrent sur les rues bruyantes et animées de la ville de Shanghai.

Je suis en train de passer un coup de fil avec ma mère ; elle se rend au bureau tous les jours avec mon père. Elle s’arrête au milieu d'une phrase pour dire à un employé qui passe à côté d'elle : « 新年快乐 ! »

« 新年快乐 ! » répondit l’employé d'une voix joyeuse avant qu’elle quitte le bureau pour rentrer chez elle et fêter le nouvel an en famille.

Mon père s’installe à la table avec ses frères, ses soeurs et leurs enfants. Ils sont les membres de ma famille que je n’ai pas vus depuis des années — ça fait déjà combien d’années ? Je ne les reconnaitrais plus. Les enfants, quant à eux, ils ne sont plus les enfants qui me demandaient des bonbons et des friandises. Peut-être qu'ils ne sont plus des enfants.

« Ta fille, où est-elle ? » l’un de mes oncles demande à mon père.

« Elle étudie au Canada », répondit-il. « C’est déjà sa deuxième année d’études universitaires. »

« Au Canada ! Un pays si loin du nôtre. Elle ne revient pas pour fêter le nouvel an ? »

Mon père fait non de la tête. « Pas cette année. »

« Quand, alors ? »

« Je ne sais pas. »

Les plats apportés à la table remplissent la cuisine avec des odeurs alléchantes et délicieuses. Les yeux des enfants s'éclairent devant un tel festin. Chacun prend ses plats préférés et se nourrit de la nourriture festive et délicieuse, de l’atmosphère conviviale et chaleureuse. La famille s’est réunie.

« Elle a quel âge, ta fille ? » dit mon oncle.

« Dix-neuf, presque vingt ans. »

« Je me souviens de quand elle avait trois ans et aimait se promener parmi les poules et les canards de la ferme. Tout a tellement changé depuis lors. Elle aime vivre au Canada ? »

« Oui, c’est chez elle là-bas. Elle ne connaitra jamais la Chine comme elle connait le Canada. »

« Donc elle est plus canadienne que chinoise ? »

« Oui. C’est ça, oui. »

Plus tard cette soirée-là, ma mère me téléphone encore.

« Que fais-tu ce soir ? » me demande-t-elle.

« J’ai trois examens la semaine prochaine. Je dois étudier. »

« Tu ne sors pas avec des amis ? »

« Pas ce soir, non. »

« Bon, d’accord. Alors, bonne chance pour tes examens ! 新年快乐 ! »

« 新年快乐, Maman ! »

L’appel se termine. Mais je n’ai aucune envie d’étudier. J’observe la lune depuis ma fenêtre, elle est tellement large ce soir. J’écoute des chansons chinoises, dont les mélodies sont douces comme la voix de ma grand-mère.

Je jette encore une fois un coup d’oeil à la photo sur mon téléphone. Une famille, souriante, heureuse, ensemble. Et moi, à l’autre bout du monde. Je ne peux pas être avec ma famille ce soir, mais en voyant leurs photos et en entendant leurs voix remplies de bonheur, la distance entre nous semble raccourcir un tout petit peu.