la sonnette

Je suis sortie marcher vers dix heures du soir. J’étais fatiguée de lire mon livre préféré qui parle de solitude puis j’avais chaud en dessous de la couette. Mes parents étaient sortis, ils allaient rentrer tard. Mon grand-frère était dans un bar. Il allait rentrer tard cette nuit, ou tôt demain matin. Ma petite sœur dormait chez la voisine pas loin de chez nous. Elle allait revenir dans deux jours, je sais plus trop. J’étais toute seule chez nous. J’ai enlevé mon soutien-gorge. Il me gênait. J’ai changé de chaussures parce que je voulais mettre mes noires au lieu des bordeaux. J’ai mis un pull à manches longue, une veste par-dessus.

C’était la première tempête de neige. Moi j’aime ça quand il fait tempête, parce que ça ressemble à ce qu’il y a dans ma tête. La seule différence, c’est que dans ma tête, la neige est sombre. J’aime mieux la neige blanche, j’imagine que vous comprenez pourquoi. J’ai commencé à marcher, puis j’avais vraiment vraiment envie de te voir. D’habitude, je vais chez toi en vélo, mais là j’avais vraiment vraiment envie de marcher. C’est rare que ça arrive, alors j’ai marché jusqu’à chez toi. C’était quand même long, à peu près une heure et trente minutes. J’avais vraiment vraiment froid en arrivant devant la porte de ton bloc d’appartement. Il neigeait vraiment vraiment fort, c’était comme des micros morceaux de glace qui fonçaient dans mon visage. Ce n’était pas de la grêle mais ça faisait mal comme si. Ton adresse ne paraissait presque pas, il faisait noir et la lumière n’éclairait presque pas.

J’ai sonné. Mes doigts étaient tellement gelés que je n’ai même pas senti la sonnette sur mon index. J’ai juste entendu le « bip » de la porte. Je l’ai ouverte et je t’ai vu dans l’encadrement de la porte, en boxer, avec une tasse de café dans les mains et des chaussettes dans les pieds. T’étais beau, avec tes vieilles lunettes puis ta barbe de trois jours et demi, ou quatre. Avec tes cheveux bruns en pagaille. Avec tes yeux puis ta bouche. Tu m’as fait signe de rentrer, tu m’as dit que j’avais l’air d’avoir froid. J’ai dit oui. T’es allé dans la salle de bain et t’as ouvert le robinet d’eau chaude pour me couler un bain. J’ai enlevé mes affaires. T’es revenu me voir, t’avais enfilé un tee-shirt blanc pas tellement opaque alors je voyais encore ta peau au-dessous. Tu m’as donné deux baisers sur les joues, à commencer par la joue droite. Tes baisers, je les trouvais vraiment vraiment enivrants et excitants. Tes baisers laissaient place à une éventuelle séance d’embrassade interminable. Ça me faisait du bien. Puis en plus tu faisais exprès de frôler un peu le coin de mes lèvres. Juste pour que je te désire encore plus. Pis tu savais très bien que ça me faisait ça à chaque fois que tu me donnais des baisers sur les joues. C’était un peu de la torture.

T’es allé éteindre l’eau du bain. T’es allé dans la cuisine pour prendre une bouteille. J’ai enlevé ma veste, mais t’es arrivé, puis avec tes yeux tu m’as demandé si tu pouvais faire le reste. Je me suis laissée faire. T’as fait ça doucement, tranquillement, avec tes mains qui doutaient amoureusement le long de mon dos, de ma taille, de mes hanches. D’un autre regard tu m’as ordonnée d’enlever ton tee-shirt et ton boxer. Je l’ai fait, mais tu me connais, maladroite comme je suis ce n’était pas tellement sensuel. T’as souri et tu m’as chuchoté à l’oreille que c’était pas grave. Je savais que ton sexe était à la hauteur de mon bas du ventre, mais je faisais vraiment de très gros efforts pour ne pas quitter des yeux ton regard hypnotisant parce qu’il en disait tellement.

Je suis entrée en premier dans le bain, l’eau était vraiment vraiment chaude et mon corps était vraiment vraiment froid. Un contraste de température qui m’a fait pousser un petit cri tout doux de soulagement. Quand ton corps nu est venu se coller contre le mien, je n’avais pas tellement d’autres choix que de me blottir dans tes bras et de sentir ton souffle respirer lentement derrière mon cou. Les papillons étaient clairement là, en train de virer fous dans le creux de mon estomac. C’était malade. De tes mains frêles tu as voyagé tout le long de mon corps, en passant par mes fesses, mon ventre, mes seins. T’as terminé ton voyage entre mes deux cuisses.

Je n’aurais peut-être pas dû, mais je t’ai arrêté pour te demander si on pouvait ouvrir la bouteille. T’as ri et j’ai vu tes dents. Tes dents blanches et droites. J’ai vu ton rire. Ton rire qui me fait tomber encore plus amoureuse de tes yeux. T’as ouvert la bouteille, j’ai bu la première gorgée. Tu m’as fait rire et je l’ai recrachée dans le bain. C’était drôle. On a fini la bouteille quand même vite. À deux, ça va mieux. Ça faisait deux heures qu’on était dans le bain, je commençais à être ratatinée puis l’eau refroidissait. On s’est levés, essuyés, tu m’as donné un baiser sur les lèvres, ça m’a fait du bien. On a sorti la pizza du frigo et on a commencé à manger. J’avais faim, toi aussi. L’alcool faisait effet depuis un bout, et la tomate remplaçait peu à peu le goût acide dans ma bouche. Le vin mélangé à la tomate mélangé à ta bouche et à ta salive. C’était bon. À vrai dire, j’avais attendu cette soirée depuis tellement, mais tellement longtemps. Depuis la soirée où j’étais supposée dormir sur le divan. Je t’ai demandé de mettre de la musique et tu as toute suite compris ce que je voulais.

On est complètement nus, les cheveux un peu mouillés à cause du bain, le coin de la bouche tâché de tomate, les yeux pétillants à cause des lumières de Noël qu’on a accrochés ensemble partout dans ta chambre et la troisième bouteille de vin que tu embrasses avec passion, tellement que ça m’excite un peu. J’ouvre la bouche pour te dire quelque chose, mais j’avais pas remarqué que ta session avec la bouteille de vin était terminée, puis tu m’as carrément sauté dessus. La musique rendait le moment comme en suspens au-dessus de ton lit. Une mascarade d’imprévus s’est abattue sur nos corps quand, essoufflé, la voix rauque, tu m’as demandé si je voulais de l’eau. J’ai dit oui.

Quand tu es revenu, j’ai bu un peu d’eau. J’étais fatiguée. Toi aussi. T’étais saoul. Moi aussi. On a fini par s’endormir, ma tête dans le creux vraiment chaud de ton cou et tes mains qui jouaient dans mes cheveux. Le soleil nous as doucement réveillés le lendemain matin, tu m’as embrassée et le désir était palpable jusque dans les pores de ta langue moite et endormie. Tu t’es levé, je t’ai trouvé vraiment sexy dans ton boxer noir. On s’est habillés et on est sortis dans la rue, les pieds foulant le trottoir glacé et les arbres, les maisons, les voitures, tous ensevelis de neige. C’est avec les oreilles rouges et le bout des doigts gelés que nous sommes entrés dans le café. On se parlait à peine, on ne faisait que lire, écrire, se regarder et se désirer pour la cent millième fois. Cent millième, vraiment ? J’y vais au pif, mais c’est certainement moins que ça, quand même.

Je crois que je connais d’avantage les racoins de ton corps que ceux de ton âme, de ta tête. Un peu plus ceux de ton cœur. J’ai l’impression que ta langue connaît d’avantage l’intérieur de mes joues que la mienne. C’est ironique, évidemment, mais c’est certainement un peu vrai, tout ça.

Avec le temps, je suis probablement devenue aveugle à l’indifférence et aux projets qui s’éternisent sur une trop longue période de temps. Au final, j’oublie pourquoi je m’étais engagée alors s’il te plaît, ne sois pas fâché si je suis retournée chez moi l’après-midi même. Dis-toi que je reviendrai bientôt. Dans, genre, deux jours.

—  noublierien
instagram

sammymewyy Selfie with Kobe!