la seule raison j'ai fait cela

J'ai toujours l'impression d'être une intruse dans la vie des gens à chaque fois que j'envoie un message, et c'est pesant à force. J'ai sans cesse l'impression d'être un poids, un fardeau pour chacun. J'ai toujours la même question qui me brûle les lèvres, “est ce que je te dérange ?”. Jamais on ne m'a répondu oui, par pitié ou par politesse je n'en sais rien, tout ce que je sais c'est qu'il n'y a que lui que je crois lorsqu'il me dit que je ne le dérange pas. Pourtant, une part de moi reste sous l'emprise du doute, et cette instabilité ne semble guère vouloir me quitter. C'est fatiguant de toujours se poser un milliard de questions alors qu'engager la conversation paraît bénin pour la plupart des gens, mais pas pour moi. Je vous jure, c'est éreintant de ne jamais penser que l'on puisse être apprécié(e). Jamais la pensée que quelqu'un puisse entièrement m'aimer ne m'a effleuré l'esprit. Pourtant, je suis bien entourée me diriez-vous, et vous auriez raison. Je m'attache à chaque personne qui partage ma vie, à chaque personne capable de me faire sourire un peu plus. Mais le problème, c'est que parfois l'attachement engendre la souffrance, et c'est cette souffrance qui nous fait douter. J'imagine que je suis loin d'être la seule dans ce cas, et au fond je trouve ça triste que d'autres ressentent tout cela… j'ai le minime espoir qu'un jour je pourrai changer ça, en attendant, je prends sur moi.

© psychosefbw

Il m'a dit qu'il voulait savoir pourquoi j'étais devenue comme ca. Sur le coup, je n'ai pas bien compris de quoi il parlait, et puis ca m'a paru logique. Il parlait forcément de cette façon que j'ai à toujours fuir les autres. Pour une fois, je n'ai pas eu envie de mentir. Alors, j'ai raconté. Raconté qu'avant j'étais normale. Quoique, déjà enfant, je ne l'attachait pas vraiment aux autres parce qu'ils avaient déjà tous des meilleurs copains. J'ai toujours été le bouche trou, celui qu'on utilise quand l'autre est malade. Petite, ça ne me dérangeait pas, je pensais être l'amie de tout le monde. Puis j'ai grandis, j'ai pris déceptions sur déceptions, claques sur claques. Je n'ai jamais compris pourquoi je ne comptais jamais réellement. Aujourd'hui, je suis devenue un être froid, qu'on croirait insensible. En vérité, je me suis seulement endurcie. J'ai compris que je ne serais jamais la priorité, que quelqu'un passerait toujours avant moi. À vrai dire, que les gens partent ou restent dans ma vie, cela ne me touche plus vraiment. On dirait qu'il y a toujours mieux ailleurs. Au final, je suis seule. Seule, mais entourée. J'ai des gens autour de moi, mais qui ne sont pas souvent la quand même. Peut être que c'est de ma faute, peut être que c'est moi qui ne donne pas envie qu'on reste. Mais, j'ai déjà donné ma confiance pleinement, j'ai aimé quelqu'un a en perdre la raison, et cela m'a perdue. Quand il m'a laissé, j'étais encore plus seule qu'avant. Tu sais, ça fait mal de perdre la seule personne en qui tu croyais. J'ai cru mourir, j'ai cru ne plus jamais respirer. Et puis, c'est passé, mais en contre partie j'ai changé. Je suis devenue comme inhumaine, je m'en fichais de tout. Plus rien ne comptait dans ma vie. J'ai appris à m'aimer seule, puisque personne ne voulait le faire. J'étais devenue sombre. Et je l'ai rencontré. La lumière est revenue progressivement, mais jamais complètement. Il m'a redonné confiance en moi. Je ne dis pas que je ne me sens pas seule, mais peut être qu'avec lui je vais mieux. Il me fait marcher vers la lumière. Peut être que je suis sa priorité, peut être qu'enfin quelqu'un veut de moi pour de vrai. Il a peut être seulement besoin de moi à ses côtés. Je n'ai jamais osé demander. Je ne suis pas heureuse, mais plutôt sereine.

J'ai fait des soirées. Quelques unes. Des soirées avec des kilos de son tellement dingue que même a 30m des caissons ton corps tremblait, tes oreilles en chiaient. Des soirées dans des boîtes de nuit qui faisaient venir des gros DJ trance, techno, tribe, hardcore. Des soirées à 1h30, 2h, 3h de chez moi en voiture, perdues en plein milieu d'un champ et totalement illégales, de 2h à 15h le lendemain. J'en ai fait. Certains diront que, par rapport à certains, c'était rien. D'autres me jugeront parce que c'était déjà trop.
J'ai fait ce genre de soirée. Celles où, arrivée sur le parking de l'event et à peine de la voiture, on te demandait si tu cherchais un truc. Celles qui commencent doucement et qui finissent dans un carnage absolu. Ces soirées, ouais. Celles où tu croises toujours les mêmes personnes, a qui tu finis par dire bonjour au bout de deux, trois fois, même si aucune conversation n'a été engagé. Celles où les gens sont là pour faire la fête, mais aussi pour dépasser leurs limites, celles qu'ils ont déjà franchies, celles qu'ils veulent franchir et celles qu'il ne faut pas franchir. Celles où, finalement, toi aussi, t'as fini par dépasser certaines limites.
J'ai fait des soirées où j'ai eu la possibilité de prendre tout un tas de trucs venus de je ne sais pas où, acheté à je ne sais pas qui et à tous les prix. Des trucs aux noms souvent codés, le genre de codes que t'arrivais pas à comprendre au tout début et auxquels tu faisais pas gaffe. Ces soirées, celles où finalement, après trois, quatre ou cinq joints, t'as voulu faire comme tes potes et t'as pris un truc. Ce genre de soirée ou tu commençais par en prendre un seul, juste un, par curiosité ; parce que finalement, si tous les gens autour de toi étaient vivants là, ça devait pas être si dangereux que ça, si ? Ce genre de soirées, celle où la première a entrainé les suivantes. 

Les suivantes, c'est celles où tu décides de reprendre ce que t'as pris les fois précédentes, mais aussi un peu plus. Parce que la première fois c'était cool, différent. Parce que t'es pas morte. Parce que t'es la pour faire la fête. Parce que t'es avec tes potes qui sont eux aussi dans le même état que toi. Parce que vous êtes dans un monde différent, un peu ailleurs, un peu perché. Parce que c'est drôle, parce que t'es euphorique, parce que ta façon de profité du moment a changé. Les suivantes, c'est celles ou t'as compris que la drogue, c'était mal et dangereux, que ta gueule quand t'as pris ressemble vraiment à celles des gens qu'on voit dans les films ou dans les reportages, et que ça craint. Mais aussi celles où t'essayes de relativiser, parce que tu te dis que c'est juste une soirée, que t'es avec tes potes, que tu as bien le droit de t'amuser ; parce que dans 6h, ce sera fini et que tu seras finalement de retour dans le monde réel. Tu relativises, tu te trouves des excuses. Sauf que les soirées suivantes, c'est aussi celles où tu prends de plus en plus conscience de l'environnement dans lequel tu es. Le lieu, les gens, l'ambiance, la musique. Ces soirées qui te semblaient si démentielles, si bien organisées au début, deviennent de plus en plus glauques.
L'exemple c'est ce moment où tu rentres dans une salle totalement clean alors que la soirée est déjà bien entamée pour tout le monde. Où t'arrives au milieu d'une foule et où, conscient du monde réel, tu réalises ce qu'il se passe vraiment. Des mâchoires qui se serrent, qui bougent dans tous les sens ; des yeux qui roulent et qui deviennent blancs ; des gens qui vomissent ; des pupilles noires et immenses ; des conversations sans aucun sens ; des réflexions complètement déjantées ; des gens qui ne savent même plus où ils sont ; qui peuvent même plus parler ; des visages transpirants. OÙ ES TU, PUTAIN ? C'est même pas la voix dans ta tête qui est en train de te demander ce que tu fous ici, c'est juste toi même. Les gens autour ne vivent pas dans le même monde que toi. A ce moment là, y'a un truc qui a changé. Tu commences à faire gaffe, t'as remarqué quelques trucs glauques alors maintenant tu les remarques tous. Les premières soirée après cette prise de conscience se passent toujours de la même manière : tu te dis que ça craint, t'es quand même défoncée, et tu finis en after. C'est les lendemains qui sont différents. Et les jours qui suivent.
Les after sont, depuis le départ, la continuité de ce genre de nuits. Tout le monde est perchés, personne peut dormir, et les gens se retrouvent tous dans un appart pour continuer à faire la fête. Partant de là, tu te retrouves avec tes potes, des gens que t'as déjà aperçus et d'autres que tu ne connais pas. Parfois, c'est cool, les gens écoutent de la musique en fumant des joints, tout le monde parlent, l'ambiance est bonne. Parfois, ça l'est moins, parce que la drogue continue d'être gobée à ce moment là, dans l'excès. Les premiers afters, personne fait gaffe ; après quelques uns, t'es la seule à rien prendre de plus et à partir au lit vers 10h du mat quand tout tes potes continuent leurs conneries jusqu'au lendemain soir. J'avais pas le droit de les juger, chacun fait ce qu'il veut, après tout.
Moi je vous parle de mon histoire. Ma vie, ces mois où, un week end ou deux par mois, je participais à ce genre de nuits folles, parfois illégales. Ces nuits où il m'est arrivé de consommé ces trucs, ceux qui ont toujours été interdit. Pour être franche, la MD, c'était cool. C'était cool parce que ma vision du monde n'était plus la même pendant quelques heures. Parce que mon cerveau réagissait différemment aux situations. Parce que mes réactions face à ces situations étaient différentes et nouvelles. Parce que le son dans mes oreilles me paraissait déformé, différent et intéressant à analyser, écouter. Parce que, lorsque je venais à fermer les yeux, je pouvais voir des formes et des couleurs insensés. Et pour être franche, je n'ai jamais rien pris d'autres. En 6 mois, j'ai vu mes amis tomber dans l'excès. Commencer comme moi, prendre un peu plus après quelques temps sans malheureusement savoir s'arrêter. J'ai vu mes amis prendre du LSD, des tazs, de la kétamine et des champi, de la coke ou même du speed et ce, en pleine semaine, après une journée de travail, dans un appart sans grosse soirée prévues. J'ai vu mes amis partir en couille, commencer à prendre de plus en plus tous les week end ; plusieurs fois par semaine ; faire des mélanges tellement dangereux que je ne savais même plus quoi dire. En 6 mois, j'ai vu la déchéance, l'excès, la connerie à son paroxysme. Mes amis qui arrivaient avant à se limiter, a être raisonnables, à être conscients des risques que cela entraînait, sont devenus le genre de personne irresponsables, qui prend tout et n'importe quoi à n'importe quel moment, sans aucune raison. J'ai vu ma bande, mes meilleurs amis, mes potes changer. 6 mois et leur seul mot d'ordre est devenu quelque chose comme “toujours plus”. La curiosité a laissé place à la dépendance. Chaque mise en garde ou réflexion se voulant prévenante de ma part me fait passer pour une rabat-joie. Je suis devenue celle qui ne sait pas s'amuser, quand eux se sentent obligés de prendre toujours plus pour découvrir plus de sensations. Jusqu'où ça va aller? Lequel de mes amis va se retrouver à l'hôpital? Ou pire, au cimetière. Je vous parle de mon histoire putain, même moi j'y crois pas. Mes amis? Partir en vrille comme ça? Qu'est c'que j'suis censé faire? J'suis perdue et je vis plus dans le même monde qu'eux. Je les perds un peu plus chaque jour, chaque soir, je ne les reconnais plus. Influencés, influençables, j'ai plus les mots pour faire part de ma peur, de ma détresse.
J'vous parle de ces soirées, celles que j'ai pu parfois considérer comme les meilleures de ma vie ; mais aussi celles qui ont entraîné mes potes dans un trou noir interminable. Y'a jamais eu de mode d'emploi pour ça : faire la fête de cette manière. Y'en aura jamais pour en fini avec ces conneries.

—  jemetais vous dévoile une partie de sa vie