la rira

Qui es-tu ?
J'ai le corps en feu… flammes… qui dansent…
J'ai mal…
Qui es-tu ???
Qui es-tu pour mettre mon corps… à nu et à sang…
Tu es ombre…. et lumière….
Ton ombre m'appelle….
Ta lumière donne souffle de vie… à la vie… à une partie de moi… qui n'a jamais vu la lumière du jour…
J'ai peur….
Je vais te dévorer….

*

Dévore-moi, jamais tu ne me posséderas
J'appelle tes flammes
et tu me les donnes intuitivement
mais on ne brûle être de feu que par la glace
glace que tu sais aussi être
glace qui percutera nos flammes
glace qui fera naître tempête

je serai ton sublime orage
délivrant forces contraires
la violence des vents qui dénudent
le frisson qui foudroie
le silence qui tonne
appelant les démons du sang

la chair est un prisme délicieux
pour toucher l'âme lorsque l'esprit ouvre ses portes…
n'aie pas peur de toi… de moi…  de nous
tu apprivoiseras l’indomptable
je te rendrai les clés de la véritable liberté
et tu riras, ce jour-là, de la porte que tu as toi-même scellée
tu boiras aux rivières de ma peau
le vin de la réconciliation

nous vivrons l’orage à la coupe des en corps

-coeursavides-

A quatre heures du matin, l'été, Le sommeil d'amour dure encore. Sous les bosquets l'aube évapore L'odeur du soir fêté.

Mais là-bas dans l'immense chantier Vers le soleil des Hespérides, En bras de chemise, les charpentiers Déjà s'agitent.

Dans leur désert de mousse, tranquilles, Ils préparent les lambris précieux Où la richesse de la ville Rira sous de faux cieux.

Ah ! pour ces Ouvriers charmants Sujets d'un roi de Babylone, Vénus ! laisse un peu les Amants, Dont l'âme est en couronne.

Ô Reine des Bergers ! Porte aux travailleurs l'eau-de-vie, Pour que leurs forces soient en paix En attendant le bain dans la mer, à midi.

—  Arthur Rimbaud, Bonne pensée du matin