la nuit des filles

Crédit Image : Gail Albert Halaban. Courtesy éditions de la Martinière

Le temps de la série Vis-à-vis, la photographe américaine Gail Albert Halaban s’est glissée dans la peau des Parisiens en épiant leur quotidien, appareil en main, depuis de l’immeuble opposé. Un travail entre voyeurisme et curiosité naïve à voir absolument.

Quel Parisien n’a jamais surpris un voisin vaquant à ses occupations sans se préoccuper le moins du monde qu’il était observé depuis la fenêtre dans l’appartement en face du sien ? Gail Albert Halaban a saisi sur le vif ces instants du quotidien pour nous en dévoiler les meilleurs morceaux : une femme qui travaille à la tombée de la nuit, une jeune fille qui semble revenir chez elle ou encore un homme qui met la table.

Peut-être faites vous partie sans le savoir de l’une de ses photographies ?

J'ai envie d'être célibataire à deux avec toi. J'ai envie que tu ailles prendre une bière avec tes amis, que tu sois magané le lendemain matin et que tu me demandes quand même d'aller te rejoindre parce que tu as envie de m'avoir dans tes bras, en cuillère, en grognant. J'ai envie qu'on parle dans le lit le matin de toutes sortes de trucs, mais que parfois, en après-midi, on décide de prendre chacun un chemin différent pour la journée. J'ai envie que tu me racontes tes soirées avec tes chums. Que tu me racontes qu'il y avait une fille au bar qui te faisait de l'œil. Que tu m’envoies des textos quand tu es saoule avec tes amis, que tu me dises n'importe quoi, juste pour t'assurer que moi aussi je pense à toi. J'ai envie qu'on imagine le loft de nos rêves, tout en sachant qu'on ne déménagera probablement jamais ensemble. Que tu me parles de tes projets qui n'ont ni queue, ni tête. J'ai envie d'être surprise. De me faire dire: prends ton passeport, on part. J'ai envie d'avoir peur avec toi. De faire des trucs que je ne ferais pas avec une autre, parce qu'avec toi, j'ai confiance. Que tu me prennes le visage, que tu m'embrasses, que tu te serves de moi comme ton oreiller tellement tu me serres fort la nuit. J'veux que tu gardes ton envie de flirter avec les autres filles, mais que tu reviennes vers moi pour terminer ta soirée. Parce que moi, j'aurai envie de retourner avec toi.
T'as pas besoin de moi. Fin je veux dire d'une fille comme moi. T'as besoin d'une fille qui rigole toujours ou alors qui rigole plus qu'elle pleure. Une fille qui te comprend. Une fille qu'à toujours envie de faire l'amour avec toi. Une fille qui n'est pas repoussante. Une fille qui ne fait pas toujours la gueule. Une fille qui a des rêves plein la tête. Une fille qui a la même philosophie de vie que toi. Une fille qui n'a pas peur de se casser la gueule. Une fille qui prend soin d'elle. Une fille qui est sociable et qui n'a pas de mal avec les gens. Une fille qui te donne envie. Une fille que t'as envie de montrer à tout le monde. Une fille, une fille, une fille mais pas une fille comme moi. Ça n'iras jamais. Je te barres le chemin avec mes problèmes. Je suis un putain de boulet à tes pieds. Je ne vois pas plus loin que le bout de mon nez. Je ne suis pas faite pour toi. Tu ne feras rien avec moi. Rien parce que je ne suis rien d'autre qu'une âme errante, je suis le fantôme de ma vie. Mais j'aimerai être cette fille. J'aimerai être cette fille si belle. Cette fille qui assume qui elle est, qui est belle et bien dans son corps. Cette fille qu'on voit dans un coin d'rue et qu'on n'en oublie pas le regard. Cette fille qui a un sourire magique. Cette fille qui sait ce qu'elle veut. Qui est déterminé. Cette fille qui a envie de conquérir le monde. Cette fille qui dit bonjour aux gens sans avoir cette peur qui prend à la gorge d'être la risée du monde, d'être celle qu'on met à part ou celle qu'on garde à nos côtés parce qu'elle nous fait d'la peine. Cette fille qui regarde les étoiles avec des rêves plein la tête pas celle qui les regardent en s'demandant quand elle ira les rejoindre. Cette fille qui est une bouffée d'air frais, qui a cette joie de vivre qui nous saute à la gueule et qui fait tellement de bien. Cette fille qui a pas peur à chaque pas qu'elle fait, qui n'a pas peur même quand elle ne bouge pas. Cette fille qui s'en fiche du regard des autres. Cette fille qui prend soin d'elle. Cette fille qui est sexy et qui aime plaire. Cette fille qui n'a pas l'air fatiguée le matin parce qu'elle ne fait pas de cauchemar toute la nuit. Cette fille qui a de la conversation. Cette fille qui se prend pas la tête pour des choses futiles. Cette fille qui donne tout pour y arriver. Cette fille qu'on aime. Cette fille qu'on déteste. Peu importe. J'ai besoin d'être cette fille. Mais. Il y a toujours un mais avec moi. Mais je ne peux pas, je n'y arrive pas. Je n'ai plus la force, plus le courage. J'en deviens exténuée de vouloir être quelqu'un que je ne suis pas mais tellement exténuée d'être celle que je suis.

Je ne suis pas ce genre de fille qui est jolie quand elle est en pyjama. Je ne suis pas ce genre de fille que l'on prend dans ses bras en la voyant le matin. Je ne suis pas ce genre de fille pour qui on craque quand elle tire la gueule. Je ne suis pas ce genre de fille qui marque une vie. Je ne suis pas ce genre de fille qu'on a envie d'emmener voir les couchers de soleil. Je ne suis pas ce genre de fille avec qui on veut partager un tour du monde, des vacances à la mer, une nuit. Je ne suis pas ce genre de fille pleine de mystère qu'on voudrait déchiffrer. Je ne suis pas ce genre de fille dont la maladresse est adorable. Je ne suis pas ce genre de fille que l'on voit en rêve. Je ne suis pas ce genre de fille dont on tombe amoureux.

Quand je rêve de ma belle-mère toutes les nuits.

Je ne suis pas le genre de fille qui marque les esprits. Je ne suis pas le genre de filles auxquelles t'arrête pas de penser la nuit, à en avoir des insomnies. On ne pleureras jamais mon absence. Et puis tu sais, personne ne mettra sa fierté de côté pour moi en m'envoyant un message en premier par exemple.
Je suis le genre de fille inutile. Le genre de gamine qui sers pas à grand chose. Je t'assure que m'oublier c'est pas très difficile. Non t'inquiète, avec moi tu risques pas de faire une overdose. Je suis pas le genre de meuf qu'on compare à la drogue. Tu sais, c'est pas trop mon truc les dialogues. Ah oui ! J'ai oublié de te dire que je suis timide. Désolée.. c'est pas moi qui décide. Tu vas peut-être trouver ça stupide mais la seule solution que j'ai trouvé c'est le suicide..
Je te conseille de partir à toute vitesse. Je suis une source de malheur et de tristesse.
Je t'aime tu sais. Mais moi le problème c'est que quand j'aime ce n'est jamais réciproque. Ça te choques? Pas moi en tout cas, t'en fais pas. J'ai l'habitude maintenant. Bah oui.. Je te rappelle que je suis pas le genre de fille qui marque les esprits.

ça vous intéresse, une histoire de conflit de voisinage ?

Trop tard, je vous la raconte quand même….

Dans le tout petit hameau où j’habite, il n’y a presque jamais de voiture, c’est principalement la campagne, et il est donc admis de laisser les chiens faire leurs vies. Ma petite chienne cocker, Brownie, passe donc le plus clair de son temps à se promener sur notre terrain. Elle revient bien sûr pour manger, et pour dormir à l’intérieur (elle est très émotive, et a peur de tous les bruits de la nuit).

MAIS, depuis quelques semaines, les deux vieilles filles du village l’ont prise pour cible. Ces deux vieilles connasses sont connues dans la région pour leur obsession maladive pour les animaux : elles ne peuvent pas s’empêcher de nourrir (ou plutôt gaver) toutes les bestioles qu’elles aperçoivent, les faire rentrer à l’intérieur de leurs maisons, dormir avec elles, etc.
Selon de nombreux témoignages, elles s’amusent même à nourrir les sangliers, avec des gros sacs de maïs qu’elles achètent spécialement pour ça ! Pour information, un sanglier, c’est énorme, dangereux, bruyant, et ça ruine tous les jardins/barrières etc. Cela faisait longtemps que je me demandai comment et pourquoi on avait autant de sangliers qui venaient ruiner nos jardins chaque nuit, dans le hameau, mais maintenant je sais…

Le problème, c’est qu’il vaut mieux qu’elles ne fassent pas ça avec ma chienne : Brownie est vieille et fatiguée. Elle doit donc rentrer à la maison à heure fixe, avoir une alimentation surveillée, et SURTOUT rester près de nous pour que l’on puisse lui administrer son TRAITEMENT VITAL.

Mais ça, ces deux vieilles salopes s’en foutent pas mal : elles n’aiment pas vraiment les bêtes, elles sont juste fétichistes des clébards.

Du coup, deux à trois fois par jour, je suis obligé d’aller jusqu’à chez elles pour récupérer mon chien. Et à chaque fois, c’est festival : un coup, elles essaient de me faire croire que Brownie n’est pas là (alors qu’elle dort à leurs pieds). Un autre, elles me couvrent d’insultes… Aujourd’hui, elles ont menacé ma mère de “lui casser les dents” (sic).

Alors je me tourne vers vous, les copains : des idées pour remédier à ce problème ? (sachant qu’attacher la chienne toute la journée serait vraiment cruel : on est à la campagne, bordel de merde) Des lettres d’insultes que vous aimeriez que je leur transmette ?

merci

Fais toi ce piercing prépare toi un café au lait et au caramel lève toi trop tôt trop tard couche toi trop tôt trop tard imagine toi avec un tatouage deux trois attends le dernier bus descends à un arrêt qu'tu connais même pas assieds toi sur un banc regarde le monde mange ce que tu veux fais des selfies dans la rue souris à ceux que tu croises fais toi des chignons des queues de cheval des tresses colore toi les cheveux en vert bleu jaune en rouge mauve orange rase les te maquille pas ou fais en trop pense à l'avenir pense à l'avant sors à 6h du matin t'acheter un paquet de clopes porte des jupes trop courtes trop longues montre ton soutien gorge n'en porte pas mets des vestes trop larges des pulls trop grands lis un livre dans le métro écoute de la musique dans les bibliothèques écris sur les murs sur les tables sur les chaises sur le sol dessine dans ta tête dessine des sourires sur leurs visages serre les dans tes bras imagine toi dans trois ans ou vis maintenant chiale énerve toi rage crache leur au visage qu'ils sont tous cons puis souris fais des blagues essuie tes larmes déteste toi dans cette robe puis aime toi dans ce jean déteste toi dans ce jean et aime toi dans cette robe remets ton régime à demain à la semaine prochaine poste trop de photos sur Instagram chante dans ta chambre ris trop fort passe trop de temps avec tes amis bois un peu trop souris à la nuit regarde le ciel devenu mauve regarde les jupes des filles voler du haut de ton balcon et le soleil jouer dans leurs cheveux.

Se réapproprier la nuit

Je vois pas mal de marches nocturnes en ce moment, qui visent à dénoncer l’insécurité des femmes dans l’espace public la nuit.

Personnellement, je ne me sens pas le moins du monde aidée par ce type d’événements.

Je ne pense pas qu’on ait vraiment besoin de se réapproprier le fait de pouvoir marcher la nuit. Marcher d’un point A à un point B n’est pas ce qui nous expose le plus problème, n’est pas ce qui nous est le plus interdit. ça expose, bien sûr. Mais on le fait.

Le vrai problème, c’est de stationner.

Quand je marche la nuit, ce que je vois, c’est des groupes de mecs qui discutent un peu partout.

Jamais des groupes de filles.

J’en croise, pourtant, des filles comme moi, qui marchent. Pour rentrer chez elles, aller chez des amis. Seules ou en groupe, d’un pas décidé, pour ne pas traîner.

Mais des filles qui s’arrêtent pour discuter ? Une fille qui fume seule en bas de son immeuble ? Un groupe de filles assises dans un parc ? La nuit ? Jamais.

Je ne pense pas qu’on devrait faire des marches nocturnes

Je pense qu’on devrait stationner, la nuit. En groupes, un peu partout. Que les autres filles nous voient. Que les mecs nous voient. Parce qu’on a tout autant qu’eux le droit d’être là. Et d’y rester.

Je veux pouvoir stationner, et pas seulement traverser

Et toi, tu resteras avec ton amour impossible,
flamboyante, enflammée, chevauchant un cheval noir,
fille nue surgissant de la nuit sur la plage,
courant au son du galop, de la mer et du cœur,
et criant le nom de celui que tu aimes
avec une précision sauvage,
jusqu’à ce que tu crées des éclairs, des ténèbres,
et que l’abîme ouvre à tes pieds son magnifique gouffre
et que tout retourne au chaos primordial.

(Alejandra Pizarnik)

youtube

Est-Ce Moi Qu’il Aime

Qui embrasse-t-il? Je ne sais pas
Quand il me regarde, est-ce-que c'est moi qui'l voit?
Qui embrasse-t-il? Dites-moi
A qui pense-t-il quand il me prend dans ses bras? Whoa

Qui embrasse-t-il? Dites-moi
Qui embrasse-t-il? Je ne sais pas
A qui reve-t-il quand il me prend dans ses bras? Qui?

Qui embrasse-t-il? J'ai si peur
J'aurais tant de peine si son coeur était ailleurs
Tant de peine

Reve t-il d'une autre fille,
Quand la nuit s'achève?
Voudrait il une autre fille?
Quel est son manège?

Qui embrasse-t-il? Dites-moi
Qui embrasse-t-il? Je ne sais pas
A qui reve-t-il quand il me prend dans ses bras?

Qui embrasse-t-il? (Qui embrasse-t-il?)
Qui embrasse-t-il? (Qui embrasse-t-il?)

Qui?

J'suis le genre de fille à te dire d'aller te faire enculer quand tu me fais un compliment, à me faire passer pour une fille froide auprès des autres alors que je me tape un fou rire aux larmes par jour avec les personnes qui arrivent encore à me supporter. J'construis des murs entre moi et les autres pour être intouchable, j'me confie pas, clairement j'suis le genre de fille à être prête à tout pour aider ceux que j'aime, mais incapable de parler de mes propres problèmes. J'bois pas d'alcool parce que je l'ai triste, j'angoisse pour un rien jusqu'à en avoir mal au ventre et envie de vomir, j'suis le genre de fille qui sourit aux inconnus, mais qui ose pas poser de questions devant toute la classe, j'suis le genre de fille à passer des nuits sans dormir et des journées sans rire, j'suis le genre de fille à râler tout le temps, se plaindre tout le temps, le genre de fille qui hait pour un rien, chiale pour un rien, panique pour un rien, et qui change d'avis sur tout, n'importe quoi et n'importe quand. J'suis le genre de fille à pas être ton genre de fille.

La littérature d’un PDV féministe : La couleur de l’âme des anges, par Sophie Audouin-Mamikonian

Résumé : Jeremy, jeune homme de 23 ans, est sauvagement assassiné. En devenant un Ange, il réalise que la lutte pour survivre n'est pas terminée et qu'il peut aussi mourir dans ce nouvel univers. En effet, pour ne pas disparaître, tout Ange doit se nourrir de sentiments humains. Et Jeremy va bientôt découvrir avec effroi qu'il doit même les provoquer ! Provoquer la haine, l'amour, la joie, la tristesse, la peur, la compassion… Seules les émotions fortes peuvent rassasier les Anges, colorant leur peau en bleu pour les émotions positives, en rouge pour les négatives. Recherchant la raison pour laquelle il a été tué, Jeremy piste alors Allison, une vivante de 20 ans, témoin involontaire de son exécution. À force de côtoyer, jour et nuit, la ravissante et naïve jeune fille, il finit par en tomber follement amoureux. Mais l'assassin de Jeremy cherche à supprimer à tout prix ce témoin indésirable…
Alors que des Anges se liguent aussi contre lui, Jeremy parviendra-t-il à sauver Allison ? Sera-t-il capable de sacrifier ses sentiments et de vivre à jamais séparé d'elle ?

La littérature pour adolescents présente souvent des aspects problématiques dans la façon dont ses auteurs dépeignent les relations entre les hommes et les femmes, comme je l’ai déjà mis en lumière avec le travail de Samantha Bailly avec Oraisons. Je savais que la Couleur de l’âme des anges serait un fiasco, car les extraits que j’ai pu lire de ses livres (dont certains provenant de Tara Duncan, sa série la plus populaire) ainsi que les interviews données par l’auteur démontrent une immaturité à toute épreuve. Je ne prendrai pas de pincettes, car je trouve ce roman dangereux pour le public auquel il s’adresse, en plus d’être une véritable abomination littéraire.

Pour commencer, l’écriture est particulièrement mauvaise. La syntaxe laisse souvent à désirer, le vocabulaire n’est pas très riche, et les dialogues sont lourds, très lourds, peu naturels. Il n’y a aucune beauté de narration, et les descriptions manquent d’épaisseur, l’auteur se cantonnant à des adjectifs génériques. Lorsqu’elle s’essaie à quelques images, on tombe dans le ridicule :

Elle […] s’envola. Comme ça. Pas du tout comme un Ange qui battrait des ailes, plutôt comme un ballon rempli d’hélium. Un gros ballon bleu. Un dirigeable, puisqu’elle semblait capable d’orienter son ascension. OK, l’image était assez mal choisie, vu qu’elle était quand même moins grosse qu’un dirigeable, mais la comparaison semblait sacrément appropriée.

Durant quelques secondes, il resta suspendu, ne comprenant pas du tout où il se trouvait. Il regarda sous ses pieds, qui reposaient… Horreur, qui ne reposaient sur rien ! Totalement paniqué, il agita les jambes comme un personnage de Tex Avery et, exactement comme ledit personnage, eut juste le temps de crier « oh non ! » avant de plonger dans le gouffre de la cage d’ascenseur.

Dans cet univers, S.A.M s’est dit que ce serait une bonne idée de faire apparaître diverses personnalités bien connues du public (bien sûres toutes réunies aux États-Unis, malgré leurs nationalités diverses), ou de citer quelques références culturelles pour ajouter un grain de folie à son histoire. Mais cette manœuvre est d’une lourdeur sans égal :

 — Comme dit mon copain Imhotep dans La Momie : « La mort n’est pas une fin ! » C’est une phrase qu’il n’a jamais prononcée d’ailleurs, ce film l’a mis de très mauvaise humeur […].

— … Und dich bin nicht einverstanden mit ihnen ! rageait Einstein.

— Vaffanculo ! répliqua un gamin au visage grêlé par la varicelle.

— Galilée, s’écria un autre. Qu’est-ce qu’on avait dit à propos des insultes ! Garde ta grossièreté d’Italien du XVIe siècle pour toi s’il te plaît !

— Je suis mort en 1642, répliqua Galilée, au XVIIe siècle, tu veux que je te le dise dans ta langue, monsieur Benjamin Franklin Je-Sais-Tout ? Fuck…

Marylin Monroe, Elvis Presley et Frank Sinatra (« à nouveau jeune et beau ») feront aussi leur apparition. Au secours. Quant à l’humour, il est digne d’une gamine de dix ans :

—Allons-y pour les expériences, de toute façon je ne vais pas en mourir. Ah, ah, que je suis drôle, moi !

— Tu sais, fit Einstein en regardant le petit scottish japper tandis que la jeune fille cherchait sa laisse, si m’étais appelé Franck, j’aurais le même nom que ce chien : Franck Einstein !

Les réactions de Jeremy suivant sa mort se veulent profondes, mais…

— « To be or not to be, that is the question », murmura-t-il. J’avais toujours trouvé cette scène étrange, mais, maintenant, je comprends mieux ce que voulait dire Shakespeare.

— C’est trop nul, murmura Jeremy, je vais manquer à si peu de gens.

Ben oui, c’est vraiment trop nul, quoi :( Par ailleurs, l’auteur aime étaler sa culture en même temps qu’elle tombe dans le pathos :

— Tu ne peux pas affronter le tueur, Jeremy ! Il va te découper en petits morceaux et je vais être obligée de faire comme Isis, cette déesse égyptienne, là, qui a dû chercher dans le monde entier les quatorze morceaux du corps de son mari Osiris cachés par Seth ! Et si on s’enfuyait, hein ? […] Parce nous, tout ce qu’on veut, c’est être heureux ensemble !

Et Jeremy ne nous épargne plus sa philosophie de comptoir :

[…] nous ne sommes que des grains de sable dans les rouages bien huilés de son plan dément. Mais les grains de sable aussi ont leur libre arbitre.

Envole-toi, petit grain de sable ! Vole de tes propres ailes, caillou céleste !

Certains dialogues servent à transmettre des informations aux lecteurs, mais l’auteur tombe dans le piège de l’artificialité. Le personnage déblatère ainsi des informations connues de lui-même :

— Non mais quel petit con ! Se faire assassiner juste au moment où j’allais le voir pour lui dire que j’avais réussi à liquider toutes mes affaires « douteuses » et qu’il pouvait faire la paix avec sa mère parce qu’elle en souffrait et moi aussi ! Cet abruti a décidément tout gâché !

— Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu, qu’ai-je fait !? gémissait-elle. Jeremy Galveaux est mort et c’est de ma faute…

… ou de la personne à laquelle il s’adresse, ôtant tout dynamisme à la scène. Dans l’exemple qui va suivre, Allison réexplique en détails à son ami Clark pourquoi elle tient à rester vierge jusqu’au mariage, comme ce charmant monsieur la tanne pour qu’elle fasse des galipettes avec lui :

— J’ai promis. Quand on promet, on tient ses promesses. Maman a été obligée de se marier très jeune parce qu’elle était enceinte de moi. Cela a totalement ruiné sa vie. Elle a dû arrêter ses études et dépendre d’un homme : mon père. Elle m’a fait jurer que je ne commettrais pas la même erreur. Mon père et elle ont fini par se séparer et il ne me parle plus parce que j’ai toujours pris sa défense à elle. C’est pour ça que lorsqu’elle est tombée malade, touchée par cet horrible cancer qui a fait d’elle un misérable squelette, sur son lit de mort elle m’a fait promettre de terminer mes études, d’être indépendante financièrement, de me marier avant de coucher avec un homme. « Aucun préservatif ou aucune pilule n’est sûr à cent pour cent, me répétait-elle. Tu ne peux pas prendre le risque ! » Alors, même si c’est pénible, même si ça me rend folle par moments et même si j’ai l’impression qu’aucun garçon ne peut comprendre ça à New York, je tiendrai bon. Jusqu’à ce que je trouve celui que j’ai envie d’épouser et qui comprendra mon engagement.

Clark souffla, agacé.

— OK, OK ! J’ai compris, je connais ce discours par cœur, je te rappelle qu’on a quasiment été élevés ensemble.

C’est, en plus d’être un procédé littéraire grossier, d’un pathos affligeant, encore une fois.

Mais attardons-nous un instant sur le propos se référant à la contraception. Cette promotion de l’abstinence est digne de la droite conservatrice américaine, et ce qui m’interpelle, c’est le propos sous-jacent : si tu t’abstiens pas, et que tu tombes enceinte, tu auras un enfant sur les bras. Aucune mention de l’avortement, ce n’est tout simplement pas possible dans le monde de S.A.M. La mère d’Allison tombe donc enceinte, décide de ne pas avorter, et épouse un homme pour ne pas se retrouver à la rue. C’est faire passer le message que les femmes jeunes qui tombent enceinte n’ont non seulement pas d’autre choix que de garder l’enfant, mais en plus de se marier pour ne pas se retrouver à la rue. Si la situation de beaucoup de mères célibataires n’est certes pas aisée, épouser un homme pour survivre n’est certainement pas la première solution envisageable de nos jours. Pas plus que garder un enfant est le choix logique qui s’impose lorsqu’une femme découvre qu’elle est enceinte. Un discours pareil dans un roman pour adolescents, c’est tout simplement irresponsable. Mais la pédagogie de l’auteur face à ses fans en dehors de ses livres donne déjà le ton : « Ils me disent tout, leurs joies, leurs peines. Souvent, ils m’écrivent : “Je ne veux plus vivre.” Ils ont une vision romantique de la mort. Il faut leur casser leur truc : “La mort, c’est les vers, tu vas pourrir !” Des années plus tard, ils me remercient et se demandent ce qui leur a pris. “Les hormones, chéri, cherche pas !” » (Source)

Il y a pire. L’ami d’Allison, Clark, ne comprend pas ce choix. Soyons clair, la justification de l’abstinence avancée par S.A.M est à côté de la plaque, mais elle fait bien comprendre que c’est un choix ferme de son personnage. Et il est important de respecter le choix des femmes. Mais S.A.M ne semble pas le comprendre. S’ensuit alors une tentative de viol outrancièrement déguisée en séduction lorsque Clark propose un massage à Allison :

Lentement, patiemment, les mains de Clark commencèrent leur descente vers le pantalon d’Allison. Sans parler, il la souleva un peu, dégrafant bouton après bouton, afin de dégager le bas de son dos et le haut de ses fesses rebondies. Allison se tortilla mais, à la grande horreur de Jeremy, ne protesta pas.

 Soudain, Clark se plaça à califourchon sur elle, ses grandes mains habiles jouant sur la peau et les muscles comme s’il faisait vibrer un magnifique violon.

Il finit par lui retirer complètement son pantalon, massant les longues jambes puis les fesses de la jeune fille au travers de la sage culotte blanche de coton, mordillant le creux sensible des genoux, lui faisant perdre la tête. L’amical massage s’était transformé en caresses torrides.

— Noooon, hurla Jeremy fou de rage, Allison ! Résiste-lui, tu as juré ! Tu l’as promis à ta mère !

Mais la jeune fille ne l’entendait pas. Clark la recouvrait maintenant de son corps brûlant, l’embrassant, lui mordant la nuque, et elle s’abandonna, gémissant avec passion. Clark la retourna, ne lui laissant pas le temps de protester, retira le tee-shirt et commença à lécher doucement, tendrement, les seins superbes. Allison se cambra. Les caresses de Clark lui avaient fait tout oublier, tout à part les sensations fantastiques qui naissaient sous la langue et les mains expertes.

Allison finit par le repousser fermement, ce à quoi Clark lui répond qu’elle a quand même aimé ça. Elle l’admet volontiers. Il existe une discussion sur le viol, visant à culpabiliser les victimes : que toute femme ayant malgré elle pris du plaisir à un acte sexuel n’a pas été véritablement violée car son corps a parlé pour elle. Or, tout refus conscient d’un rapport sexuel n’indique pas que la personne ne le désire pas. C’est précisément ce qu’explique Allison : elle se retient, par choix. Et Clark joue sur cette vulnérabilité, en la « tentant ». Il la tente, non pas dans le cadre d’une relation équilibrée, mais pour outrepasser son consentement. C'est donc non seulement du harcèlement, car il réitère son désir pour elle sur plusieurs pages, mais également une tentative de viol, car il sait pertinemment que, si le corps d’Allison réagit à ses caresses, elle a fermement exprimé son refus de tout rapport sexuel avec lui. Cette scène est choquante, car, je le répète, le livre s’adresse à des adolescents, pour qui le consentement n’est pas toujours clair par manque d’éducation sexuelle. Malaise.

D’autres passages interpellent. Jeremy et Allison (une fois que celle-ci se retrouve dans l’au-delà à ses côtés après avoir été à son tour assassinée par le même homme) rencontrent deux anges anciens, Flint et Lili, dont l’incroyable beauté les fait chavirer. Jeremy, notamment, exprime son désir pour Lili. Sur plus d’une une centaine de pages. Cela en devient presque obscène. Lorsqu’il rencontre un des amants de Lili, il se fait la réflexion suivante :

L’image incandescente de cet homme la violant à moitié lui passa devant les yeux comme un flash. Parce qu’il devait bien l’avouer, il aurait donné beaucoup pour être à la place de cet Ange aux cheveux blancs.

Le terme de « violer » se substitue donc à… faire l’amour ? Pour S.A.M, le viol n’est pas un crime. En réalité, elle ne sait tout simplement pas ce que c’est. Ce passage le démontre bien : violer quelqu’un, c’est lui fait passionnément l’amour, n’est-ce pas ?

Mais ce n’est pas tout. Vers la moitié du roman, Allison conclue un pacte avec Flint, pour obtenir le moyen de se venger du commanditaire de sa mort, qui détient également un remède contre le cancer (oui, cette histoire part dans tous les sens) : si Flint parvient à l’aider, elle sera à lui pour cinquante ans. Lorsque ce personnage se révèle être l’antagoniste de l’histoire, le méchant Méphistophélès (surnommé Méphisto par les autres personnages…), il réclame donc son dû. La réaction des autres personnages est parlante :

[Les anges bleus] savaient que Michel avait marié les deux Anges, mais que Méphistophélès allait arracher son amour à Jeremy.

La véritable tragédie, ce n’est pas qu’Allison soit livrée à un violeur sadique, c’est que le pauvre Jeremy perde la femme de sa vie. Tout le long du roman, cette femme est présentée comme la proie des hommes. Elle est convoitée, violentée, manipulée, épiée, humiliée. Elle est forcée de se présenter nue devant un ange rouge qui peut l’aider à se venger. Jeremy, une fois mort, passe son temps « avec elle », dans son appartement, dort dans le lit à ses côtés, alors qu’elle n’en sait rien, puisqu’elle ne peut le voir :

[Il] se réveilla lorsqu’elle lui dit, comme la veille, qu’il était beau. Il savait très bien qu’elle s’adressait à son chien qui bavait derrière lui, mais tant pis. Il sourit et lui répondit :

— Merci. Toi aussi tu es belle.

Quelques jours à peine suffisent pour qu’il s’éprenne d’elle. Pour tenter de la sauver du meurtrier à ses trousses, qui sait où elle habite, il fait venir un esprit frappeur qui… cogne la tuyauterie de manière à suffisamment l’effrayer pour qu’elle quitte son appartement (sans commentaire). Allison s’en irrite à peine, mais Jeremy s’émeut alors :

— Oh, ma chérie, murmura Jeremy, je suis tellement désolé, je n’avais pas le choix !

Flippant. Lorsqu’Allison se rend à un rendez-vous arrangé par une de ses copines, le mec passe pour un salopard qui ne s’intéresse qu’à sa culotte :

— […] Explique-moi encore pourquoi je sors avec une fille, jolie certes, mais qui ne couche pas ? Il est où l’intérêt ? […] Mais franchement, les vierges sont trop chiantes, crois-en mon expérience […]. Est-ce que j’ai quand même le droit d’essayer de coucher avec elle ? Oui, oui, sans faire de gaffe ou précipiter les choses.

Il tente donc de faire… exactement ce que Clark à fait. Forcer Allison à avoir des rapports sexuels avec lui. La violer. Mais comme Clark est un ami, ce n’est pas grave, n’est-ce pas  Zézette ?

Parlons maintenant de la vision des hommes dans ce livre. Si Clark désire Allison, il précise toutefois que c’est la seule femme dont il a envie car, en réalité, il ne semble avoir des relations qu’avec des hommes. Et c’est ainsi que Clark fait son entrée :

— Vraiment, mon cœur, ce que ça peut faire petite secrétaire, cette déco. É-pou-van-table !

Le cliché pur de l’homosexuel maniéré et efféminé. Plus tard, lorsqu’Allison et Jeremy se retrouvent ensemble, ce passage à lui seul exprime bien la position de S.A.M sur la définition de ce qu’est un homme, un vrai :

Pour la première fois de ses deux vies, elle réalisa qu’elle avait un homme en face d’elle.  Quelqu’un de solide. À qui elle pouvait se raccrocher. Une aide. Une épaule.

Au passage, S.A.M s’applique à démontrer qu’un homme, c’est un être qui se sert de sa bite comme un compas, il ne peut pas rester insensible aux charmes des tentatrices :

Il n’y aurait pas eu Lili, Jeremy aurait sans doute été fou de jalousie et comme un gorille mâle, il aurait frappé sa poitrine velue (enfin, pas si velue que ça, en fait) pour défier son adversaire.

Jeremy essaya de ne pas laisser ses yeux se poser sur sa poitrine haute, fière, et son ventre plat, car, comme Allison, elle n’était vêtue que d’un pagne très court et d’une minuscule brassière. Il avala sa salive. Et il se retint très fort pour ne pas avoir les yeux exorbités et la langue pendante.

[…]

C’était le genre de fille qui faisait tout oublier. Le devoir, la famille, l’honneur. Elle était la Carmen de Don José, la Circé d’Ulysse, la Milady de d’Artagnan. Sublime et, sans doute, horriblement dangereuse. Mais terriblement tentante.

Effectivement, l’on apprendra plus tard que Lili en en réalité Lilith, la première femme créée par Dieu dans la mythologie juive, femme d’Adam qui a par la suite refusé de se soumettre à lui. On la représente donc souvent comme étant diabolique, dangereuse et tentatrice. Allison décrit Lili comme « la femme ultime ». Elle a d’ailleurs une pléthore d’amants, qu’elle appelle ses « petits chéris » et qui lui sont entièrement dévoués :

Tous la touchaient avec la révérence réservée à une déesse. Et elle semblait se repaître de leur adoration, flamboyante de vitalité.

Devant ces amants, Jeremy doute de sa propre virilité :

Devant une beauté aussi stupéfiante, Jeremy […] ne put que s’incliner, vaincu par cette incarnation idéale du mâle dominant.

Mais il retrouve bien vite sa place de « mâle dominant » :

[…] Jeremy n’était pas comme ses « petits chéris », jamais il ne lui obéirait. Pas de cette façon. Lili était bien plus forte que lui physiquement, pourtant elle ne chercha pas à le dominer. Et lorsqu’il lui fit perdre la tête, avec sa langue et ses doigts, elle hurla son nom. Après des heures, lorsqu’elle eut reconnu sa force et sa maîtrise, il la pénétra d’un vigoureux coup de reins qui la fit gémir de nouveau. Il avait joué avec elle, il avait son secret pour amener le plaisir de l’Ange à son zénith […] jusqu’à la faire jouir, encore et encore.

L’homme retrouve ainsi sa place de maître des femmes. Les choses retournent à leur place, le monde tourne à nouveau rond. Jeremy a niqué Lili, dans tous les sens du terme : il est révélé qu’il s’est seulement servi d’elle. Plus tard, une fois marié à Allison, il « la [fait] crier au point qu’elle en [perd] la tête. » Il déclarera plus tard qu’il est effectivement un “dieu du sexe”. Quel mâle, rrr.

Les femmes et les homosexuels ne sont pas les seules minorités à pâtir d’un stéréotypage écoeurant. Les anges rouges, selon S.A.M, sont tous des méchants. Et la plupart de ceux que nous rencontrons sont obèses. Ils sont « monstrueux », on en décrit un comme une « outre grasse », on dit d’un autre, qui se présente nu, que les plis de son ventre cache son pénis, dieu merci, il est assez dégueulasse comme ça, n’est-ce pas ? Allison en insulte un de « gros tas ». Je n’ose imaginer le nombre d’ados en surpoids qui liront peut-être ces lignes et en ressortiront avec une impression de honte. Les anges bleus, pour leur part, choisissent de se rajeunir, car les vieux, c’est comme les gros, c’est moche et pas attirant, beurk, caca.

Que dire d’autre ? L’écriture est immature, de même que les personnages, peu profonds, l’histoire n’a ni queue ni tête, il y a énormément de scènes ridicules. En réalité, le livre entier est tout simplement ridicule. Mais l’auteur étant bankable (car c’est bien sa célébrité qui permet encore à S.A.M d’être publiée), il est peu surprenant que les éditeurs se bousculent au portillon pour la publier. Mais s’il ne se contentait que d’être ridicule, encore… Sa prise de position sur les minorités, et sa représentation des femmes en particulier, en fait un livre préjudiciable auprès des adolescents. Et c’est bien ce que je dénonce.

Allez, quelques perles avant de vous quitter :

— Yerk, yerk, yerk ! fit la jeune fille, il a touché mes jambes velues, quelle horreur !

— Ça par exemple ! fit l’un, tu savais qu’il était bi ?

— Pas du tout, s’émut l’autre, là, je suis sous le choc. Quel scoop ! J’en connais deux ou trois qui vont rager de ne pas l’avoir su de leur vivant ! Bon, cela dit, elles étaient tellement refaites de partout, je pense qu’il serait parti en courant.

Ils éclatèrent de rire.

— Assassiner un Archange, alors qu’il n’en est pas né depuis des millénaires ! Non mais, Méphisto, tu as craqué ou quoi ?

           — Je n’ai pas de diamant à t’offrir et même si j’en créais un il aurait probablement disparu avant demain matin. Mais, à défaut de pierre, je t’offre mon cœur. Acceptes-tu de m’épouser, Allison Darthmouth ? Jusqu’à ce que la mort… quelle que soit la mort ici, nous sépare ? Ou mieux encore : d’être heureuse avec moi pour l’éternité ?

           […]

           — Oh oui, oui ! riait-elle en pleurant en même temps. Oui, mon chevalier, oui, mon prince charmant, oui, mon Archange !

           Michel, Tétishéri et les autres furent tous attendris en les regardant s’étreindre. Uriel essuya même une petite larme.

Et le meilleur pour la fin, une référence de S.A.M à… elle-même.

Adossée à de gros oreillers douillets, Angela lisait et son front se plissait de temps à autre alors qu’elle suivait les péripéties de son héroïne préférée, Tara Duncan.

LA. CLASSE.

Tout paraissait clair depuis bientôt 3 ans. Mais tout bascule je crois… Depuis un mois à peu près… J’étais pas ce genre de nana à me poser 1000 questions pendant 2 heures sur ce genre de sujets, mais aujourd’hui, je crois que si. “Je crois” je ne suis jamais certaine de rien. Même au fast food je ne suis jamais sûre de rien quand il s’agit de choisir… Vous voyez les clients chiants devant vous à la caisse, ceux qui mettent trois plombes à choisir? Et bien c’est moi. Je suis ce genre de fille.
Ouais d’ailleurs, qui je suis ? Oh, vous vous dites, encore un texte d’une gamine qui regarde son nombril, et bien tant pis, changez de blog si je vous ennuie. Si ça vous plait, et bien, continuez de descendre ces lignes.. J’aimerai tenter de parler de moi un peu sans tomber dans le négatif et les auto-injures pour une fois.

Elle est ce genre de fille qui déteste le bruit du dégivrage avec la raclette en plastique contre le part brise d’une voiture, la sensation de coupure avec une simple feuille en papier sur la main, ou le contact avec du carton, les gens violents, les personnes qui cherchent en permanence à montrer qu’ils existent, les filles qui mettent du déo toutes les demi heures mais qui se lavent seulement tous les trois jours, le vert, ne pas savoir quoi dire, les bonbons gélatineux, son écriture, l’encre qui bave, les pulls qui grattent, ses allergies, ses jambes, ses mains, son uniforme de travail, les gens qui l’interpelle de loin par un “jeune homme” ou un “monsieur” quand elle est de dos. Les numéros de son solde bancaire ou de son pèse personne. Avoir froid. Être trop seule trop longtemps. Ses années 2009-2012. Ses cicatrices. Ne recevoir aucun sms. Les poufs avec deux pots de peinture orange sur la face. Les leggins léopard. L’hiver.

Et ce genre de fille qui affectionne la nuit, les lumières de la ville, la mélancolie, les écharpes, l’eye liner bien posé. Les “si j’arrive à marcher sur cette ligne du trottoir sans dépasser alors il se passera telle ou telle chose” et y arriver. Les bracelets fauve. La musique légèrement trop forte. Planer sur cette dernière, sans même boire ou fumer comme vous. Trouver les bons mots au bons moments. Les kinder surprises et les smarties. Les rencontres de nouvelles personnes. Sourire à des inconnus. Les mots doux. Fauve ≠. Les câlins. Ses cheveux courts. Ses deux minis projets tatouages. Porter des robes. Faire la fille superficielle sans l’être vraiment, juste prendre soin d’elle. Les stylos. Les crayons. Les feutres. Les pulls qui sont doux et qui tiennent chaud. Se surprendre à rêver un peu trop loin dans le temps. Les coïncidence, les signes, les hasards de la vie. Les petits détails. Le cinéma. Les analyses cinématographiques. Recevoir des petits messages adorables sur tumblr, ou Twitter. Recevoir des sms mignons, des longs sms (rares sont ces derniers). Sa façon dont elle parle rapidement quand elle s’emporte, un peu comme dans Jeunesse talking blues de Fauve ≠, arriver à dire une phrase sans buter sur un seul mot. Sans réfléchir à chaque mot, à chaque emplacement, parler comme ça vient dans ma tête. L’Océan. Les méduses. Les vagues. Les dessins. Les lettres.

Elle était ce genre de petite fille à ne pas croire aux histoires de princesse, mais plutôt à croire qu’il y avait des fées autour d’elle. Elle contemplait l’océan quand sa mère et son père l’emmenait là bas. Une fois ils l’ont emmené à l’aquarium de la Rochelle, elle devait avoir 5 ou 6 ans, et dans ses souvenirs intactes encore aujourd’hui, elle revoit cet ascenseur dont les parois étaient remplies de petites méduses, ce jour là, elle tomba en admiration pour ces créatures à la fois dangereuses comme lui informa sa maman, et à la fois somptueuses.
C’était ce genre de petite fille à prier les étoiles pour des tas de choses. Dès qu’elle était triste elle ouvrait son volet intérieur de la fenêtre de sa chambre, elle s’agenouillait sur son coffre à jouet blanc et s’appuyait contre la fenêtre… Elle habitait à la campagne alors les étoiles on en voyait pleins. En face de sa chambre on pouvait apercevoir l’église de l’autre côté de la haie. Et le petit cimetière. Vous imaginez que ça créé pas mal de réflexions dans la tête d’une petite fille.
Elle se rappelle, en cp ou ce1, elle avait eu une question, elle a mit plusieurs semaines à la formuler, à imaginer la réaction de sa mère. “Pourquoi j’existe?”. Non pas dans le sens “comment vous m’avez fabriqué papa et toi?” non ça c’était clair à l’époque, suffisait de s’embrasser sur la bouche pour avoir un bébé dans le ventre. Non, sa question c’était plutôt “est ce que j’existe vraiment?” “est ce que toi maman tu es aussi à l’intérieur de ton corps ou bien tu n’es qu’un corps que je vois, qui est programmé?” oui, elle était sûrement un peu dérangée cette petite fille. Mais maman n’a pas répondu, elle n’a pas entendu, elle lui a demandé de répéter. “Non. Rien.”. Tant pis. Personne ne s’inquiétait de cette gamine solitaire qui jouait dans le jardin, seule, parlait aux papillons, seule, imaginait des fées tout autour d’elle, seule, jouait au lego, seule, dessinait, seule. Parfois même tellement elle était silencieuse et effacée, les grandes personnes oubliaient où elle était. Elle a eu des réflexions sur la vie, la mort, l’existence, bien trop jeune à son goût. Mais personne ne s’est inquiété. Voilà, elle a grandi comme ça.

Quand mon heure de conduite commence avec 15 minutes de retard et finit avec 2 minutes d’avance.

J'suis la fille de la nuit qui dort le jour. J'suis la gamine paumée et trop névrosée, toujours entrain d'vouloir se défoncer. J'ai la bouille d'un p'tit ange qui pue la gentillesse, j'suis l'orgueilleuse diablesse qui t'fait prendre dans la gueule tout c'que t'as pu mériter. J'suis tout ce que tu pourras détester, la fille incernable que tu voudras laisser tomber au moindre coup d'gueule que j'ferai.
Je suis deux opposés en accord, la discordance en personne qui donne le tournis. J'suis la mioche qui parle trop fort, j'suis celle qui passe du rire aux larmes, celle qui a le regard triste et l'sourire heureux. Celle qui empeste la mélancolie, celle qui parait sûre d'elle, aux airs de force, de pétasse pourrie gatée d'incroyable légèreté. J'ai le caractère d'une guerrière mais l'âme mature qui se comporte comme une gamine amère. J'suis le paradoxe assurée, l'insatisfaite lucidité.
À vous.

Je pense à ces filles qui se sont faites violer. Je pense à ces filles de qui on a abusé. Je pense à ces filles détruites qui peinent à retrouver confiance en l'humain. Je pense à ces filles qui vomissent quand on les touche du bout des doigts. Je pense à ces filles qui n'en peuvent plus de se laver, se relaver encore et encore en se sentant toujours plus sales. Je pense à ces filles dont on ignore le secret. Je pense à ces filles qui frissonnent quand on les touche sans faire exprès. Je pense à ces filles qui luttent pour aimer un jour réellement. Je pense à ces filles qui font des cauchemars la nuit se rappelant l'incident. Je pense à ces filles. Ouais. Je pense à ces filles et j'veux leur prouver qu'on peut aimer de nouveau. Qu'on peut se relever. Je pense à ces filles qui comme moi se sont faites violer.