l'empire

@Neoprusiano
César Augusto
Caesar Augustus
Político romano (63 a. C. - 14 d. C.)
Roman politician (63 BC - 14 AD)

Español: Cayo Julio César Octaviano, “Octavio” Augusto
Latina: Gaius Iulius Caesar Octavianus, “Octavius” Augustus
Deutsch: Gaius Julius Cäsar Octavian, “Octavius” Augustus
English: Gaius Julius Caesar Octavianus,  “Octavius” Augustus
Français: Caius Jules César Octavien,  “Octave” Auguste

Emperador del Imperio Romano
Imperator Imperii Romani
Kaiser des Römischen Reiches
Emperor of the Roman Empire
Empereur de l'Empire Romain

Il paraît que tu ne vas pas très bien.
Tu ne t'entends pas au mieux avec la Raison, ta proche lointaine. Elle s'absente quand tu fais des bêtises, elle surgit quand les bêtises sont faites. Tu te demandes à quoi elle sert. Quand elle te raisonne, il est trop tard. Ta raison ne veut ni ton bonheur ni ton malheur, sache-le. Son souci, c'est de domestiquer tes excès. Mais comme c'est une petite raison, elle y renonce très vite. C'est trop de fatigue pour elle, si fragile. Et puis, soyons clairs : tes excès, tu ne les aimes pas domestiqués. Je comprends ta méfiance envers ta raison.

Des raisons, il y en a de toutes sortes. Il en est d'utiles, d'efficaces. Il en est aussi de suspectes. J'en connais même qui participent ou participèrent à des entreprises totalitaires. Il existe une raison froidement criminelle, l'histoire récente nous en fournit la preuve. Enfin, dans ce monde hypermatérialiste, dominé par l'argent, la raison a perdu son âme. Elle est devenue une mécanique, une machine sophistiquée, experte en mercantilisme, en exploits de vénalité. Elle marchandise tout ce qu'elle touche, elle transforme tout en chose, même la vie, même les corps. Elle ne sait plus que rationaliser, rationaliser à outrance, mobilisée par le profit ou le pouvoir. Le but de la rationalisation, ce n'est jamais l'épanouissement de l'être, mais le triomphe de l'avoir.

Il faut chercher longtemps, de nos jours, pour localiser dans la raison sa vertu émancipatrice et libératrice des origines. Les Lumières, c'est fini, bien fini. Tes excès, tes violences sont peut-être une forme de révolte inconsciente, désespérée, contre l'emprise grandissante des techniques, dont la rationalisation est le moteur, le moteur de la déshumanisation en cours. Mais il n'est pas sûr que cette révolte en soit une. Il te faudrait un bon irrationnel pour qu'elle le soit. Un irrationnel exempt de crédulité et d'idolâtrie, un guerrier qui t'ouvrirait les yeux sur ta vérité de corps, sur son potentiel de créativité. Pour l'instant, tu es un corps qui s'abandonne aux mensonges et aux conditionnements du monde extérieur. Tu es convulsif sans être réellement subversif. Il te manque, pour ça, une plus grande conscience de ce que tu es, de ce que tu vaux. Ce n'est pas de raison que tu as besoin, mais de conscience. Une conscience aiguë, implacable. Cela se conquiert, cela s'obtient, cela s'étend et s'approfondit, crois-moi. Quand tu auras gagné cette conscience - et tu la gagneras, je n'en doute pas - alors commencera ta libération, ce qui signifie que de plus en plus tu te sentiras en accord avec toi-même, avec ton gisement identitaire. Jusqu'ici, quoi que tu dises, tu as surtout été un corps prisonnier, prisonnier de son impuissance à créer de la pensée, là où la raison n'y arrive pas. Une pensée qui dépasse ses fonctions de corps.

Tu as des problèmes aussi avec tes émotions. Les meilleures, tu t'en méfies. En général, tu les vis comme des intruses, des gêneuses. Tu penses qu'elles ne te ressemblent pas, que ce sont des accidents. Tu essaies de les oublier. Ce n'est pas pour toi, les effusions, les élans du cour, ils nuisent à ton image de « dur ». Tu as tort, pourtant, de ne pas donner parfois leur chance à tes émotions. Elles veulent te dire quelque chose, en rapport non avec ton image, mais avec, derrière cette image que tu t'es fabriquée, un des visages de ton authenticité. Certes, elles ne sont pas toutes intéressantes, tes émotions. Certaines sont trompeuses, d'autres moins, ou pas du tout, qui méritent ne fût-ce qu'une interrogation. C'est aller un peu vite en besogne que de les tenir pour négligeables : un flou intempestif, un moment de faiblesse dans ton univers moteur, prompt à la bagarre. Tu n'est pas un bloc, tu l'as démontré. Je crois que tu devrais aimer davantage tes fissures, elles ont leur importance dans la connaissance de soi, j'en sais quelque chose. Elles ont des secrets à te livrer sur ta complexité de corps, sur l'ampleur obscure de son registre. Tu es un corps qui aspire, à ton insu, à vivre son abondance et sa diversité. Tu sembles vouloir ne pas t'en rendre compte. Tu t'appauvris à ne pas prendre la mesure du foisonnement de tous tes possibles. Il n'est pas trop tard pour que tu acquières ce savoir-là, qui fait partie des plus forts savoirs. Tu es un corps qui se ferme à l'aventure de l'être, au lieu de s'y ouvrir, sans répit. Tu devrais t'infliger quelques secousses salutaires, de celles qui te donneraient le goût de l'inconnu, de l'imprévisible. Réduit à sa seule violence, le corps n'est pas une aventure ni pour lui-même, ni pour l'esprit. Il n'a que des habitudes, il n'a pas d'imagination.

Restent tes instincts. J'aimerais pouvoir dire : « heureusement restent tes instincts ». Ils prennent une grande place dans ta vie, ils dominent ta raison, tes émotions, parfois à les en écraser. Ils sont puissants. Parce qu'ils le sont, ils te fascinent. Tu voudrais bien ne croire qu'en eux, qu'en leur violence, les suivre jusqu'au bout, entre autres quand ils te mettent en situation d'exploser. Tu n'as pas idée d'où ils viennent, ni où ils t'emmènent, mais peu importe, te dis-tu, puisque « j'en tire un sentiment de force ». Ce sentiment a beau se révéler éphémère, artificiel, « à la mode », tu préfères ignorer qu'il dévoile ta fragilité. Lorsque tu ne fais qu'obéir à ces instincts, tu penses être dans le vrai. C'est une illusion de penser ça : tu obéis aveuglément à des instincts aveugles. Et tu en souffres plus que tu n'en jouis. En les laissant t'exciter, te surexciter, par exemple dans la colère ou la révolte, tu en espères un soulagement, un assouvissement, une « libération ».
C'est tout le contraire qui se passe. Tes instincts te poussent dans une impasse. Ils se déchaînent pour rien, ou pour peu de chose. Les instincts aveugles sont des mal-déchaînés, des mal-désenchaînants, aussi longtemps que tu ne sais pas les charger d'un sens , d'une visibilité. Ils s'inscrivent dans ta non-aventure. Tu joues avec des forces qui te demeurent obstinément inconnues, que tu t'obstines à manipuler comme telles, alors que tu as les moyens et l'intelligence de les connaître, pour peu que tu en prennes la peine. Même tes instincts les plus destructeurs, ce sont des énergies vitales qu'il est dans tes cordes de sortir de leur cécité, de leur « analphabétisme ». Je sais de quoi je parle.

Je suis un corps instinctif qui, à ton âge, avait les mêmes instincts que ton corps. Il lui ressemblait. Aujourd'hui, je suis un corps toujours instinctif qui s'adresse au tien dans la langue des instincts éclairés. Toute ma vie a basculé dès l'instant où mes instincts se sont mis à parler, à prendre la parole. Voilà comment c'est arrivé. Ils sont allés au-devant des livres, et les livres leur ont appris à lire, leur ont communiqué le goût de lire, puis, plus tard, la nécessité, pour eux, de prendre la parole, de parler plus fort que la petite raison ou que les émotions fluctuantes. L'un de mes instincts, du moins, a rencontré non pas Dieu, mais la toute-puissance charnelle et révélatrice du langage. La puissance du langage est entrée dans ma chair, dans mes instincts, non pour les apprivoiser, les domestiquer, mais pour les nommer, les éclairer, les affecter d'un sens, en projetant leurs folles énergies dans la conscience, pour en faire des instincts avisés, et déjà créateurs. Les mots m'ont fait quitter, progressivement, l'empire de ténèbres et de chaos, qui me constituait comme corps aveuglément instinctif, tournant en rond dans son opacité.

Tu es un corps qui désire aimer, être aimé, être libre, créer, produire du savoir, faire voir la vie autrement à ton esprit, doter ton esprit d'un regard différent, intense, curieux en même temps que novateur, sur les choses de cette vie, sur les hommes, les femmes qui t'entourent, seraient-ils ceux dont tu penses, avec hargne, qu'ils ne te comprennent pas, qu'ils t'empêchent de vivre.

Jusqu'à présent, le corps que tu es s'est conduit comme une mécanique se soumettant à la machine sociale, ta violence est une mécanique, elle est liberticide, à l'instar de la machine sociale, calibrée pour transformer le vivant en objet de consommation.

Tu es un corps dont les désirs sont presque uniquement des mécaniques s'ajustant aux désirs ou aux tentations de consommer qu'excite dans les masses et dans les individus la machine à broyer tout désir de souveraineté, l'instinct de ce désir. Tu devrais casser cette partie-là de ta mécanique, ou la tordre, lui rendre sa souplesse, son mouvement charnel, en quête de sa créativité naturelle , de ses dispositions à fonder une culture dans le corps, avec la matière organique du corps, une culture de la libération de ce corps. Mais rien de cet ordre ne se peut faire sans la puissance du langage.
Tu devrais au moins essayer d'attirer en toi les mots les plus puissants de cette puissance, ou te porter vers eux. Ils existent. Il faudrait que tu te mettes dans la tête qu'ils n'existent que pour toi, qu'ils t'attendent, ou que tu les attends. Ils possèdent un formidable secret de mieux-être, de mieux-vivre. Si un jour tu te les incorpores, telles des incarnations dans ta chair, alors tu pourras être fier de ta violence, ce ne sera plus une fureur stérile, carcérale, elle fructifiera en oeuvres importantes, qui étonneront ton esprit, et l'esprit de ceux dont le corps n'est qu'une mécanique, et non une culture, voire une civilisation, dépassant cette mécanique.

—  Moreau Marcel

Suicides.
Des personnes qui se suicident, les unes se font violences ; les autres au contraire cèdent à elles-mêmes, et semblent obéir à je ne sais quelle fatale courbure de leur destinée. Les premiers sont contraints par les circonstances ; les seconds par leur nature ; et toutes les faveurs extérieures du sort ne les retiendront pas de suivre le plus court chemin. On peut concevoir une troisième espèce de suicides. Certains hommes considèrent si froidement la vie et se sont fait de leur liberté une idée si absolue et si jalouse qu'ils ne veulent pas laisser au hasard des événements et des vicissitudes organiques la disposition de leur mort. Ils répugnent à la vieillesse, à la déchéance, à la surprise. On trouve chez les anciens quelques exemples et quelques éloges de cette inhumaine fermeté. Quant au meurtre de soi-même qui est imposé par les circonstances et dont j'ai parlé en premier lieu, il est conçu par son auteur comme une action ordonnée à un dessein défini. Il procède de l'impuissance où l'on se trouve à abolir exactement un certain mal. On ne peut atteindre la partie que par le détour de la suppression de tout. On supprime l'ensemble et l'avenir pour supprimer le détail et le présent. On supprime toute la conscience, parce que l'on ne sait pas supprimer telle pensée ; toute la sensibilité, parce que l'on ne peut en finir avec telle douleur invincible ou continuelle.

Hérode fait égorger tous les nouveaux-nés, ne sachant pas discerner le seul dont la mort lui importe. Un homme affolé par un rat qui infecte sa maison et qui demeure insaisissable, brûle l'édifice entier qu'il ne sait purger précisément de la bête. Ainsi l'exaspération d'un point inaccessible de l'être entraîne le tout à se détruire. Le désespéré est conduit ou contraint à agir indistinctement. Ce suicide est une solution grossière. Ce n'est point la seule. L'histoire des hommes est une collection de solutions grossières. Toutes nos opinions, la plus part de nos jugements, le plus grand nombre de nos actes sont de purs expédients. Le suicide du second genre est l'acte inévitable des personnes qui n'offrent aucune résistance à la tristesse noire et illimitée, à l'obsession, au vertige de l'imagination ou d'une image sinistre et singulièrement choyée. Les sujets de cette espèce sont comme sensibilisés à une représentation ou à l'idée générale de se détruire. Ils sont comparables à des intoxiqués ; et l'on observe en eux, dans la poursuite de leur mort ; la même obstination, la même anxiété, les mêmes ruses, la même dissimulation que l'on remarque chez les toxicomanes à la recherche de leur drogue.

Quelques-uns ne désirent pas positivement la mort mais la satisfaction d'une sorte d'instinct. Parfois, c'est le genre même de la mort qui les fascine. Tel qui se voit pendu, jamais ne se jettera à la rivière. La noyade ne l'inspire point. Un certain menuisier se construisit une guillotine fort bien conçue et ajustée, pour se donner le plaisir de se trancher nettement la tête. Il y a de l'esthétique dans le suicide, et le souci de se composer soigneusement son dernier acte. Tous ces êtres deux fois mortels semblent contenir dans l'ombre de leur âmes, un somnambule assassin, un rêveur implacable, un double – exécuteur d'une inflexible consigne. Ils portent quelquefois un sourire vide et mystérieux, qui est le signe de leur secret monotone, et qui manifeste (si l'on peur écrire ceci) la présence de leur absence. Peut-être perçoivent-ils leur vie comme un songe vain et pénible dont ils se sentent toujours plus las et plus tentés de se réveiller. Tous leur paraît plus triste et plus nul que le non-être. Je terminerais ces quelques réflexions par l'analyse d'un certain cas purement possible. Il peut exister un suicide par distraction, qui se distinguerait assez difficilement d'un accident. Un homme manie un pistolet qu'il sait chargé. Il n'a ni l'envie ni l'idée de se tuer. Mais il empoigne l'arme avec plaisir ; sa paume épouse la crosse, et son index enferme la gâchette, avec une sorte de volupté. Il imagine l'acte. Il commence à devenir l'esclave de l'arme. Elle tente son possesseur. Il en tourne vaguement la bouche contre soi. Il l'approche de sa tempe, de ses dents. Le voici presque en danger, car l'idée du fonctionnement, la pression d'un acte esquissé par le corps et accompli par l'esprit l'envahit. Le cycle de l'impulsion tend à s'achever. Le système nerveux se fait lui-même un pistolet armé, et le doigt veut se fermer brusquement.

Un vase précieux qui est sur le bord même d'une table ; un homme debout sur un parapet, sont en parfait équilibre ; et toutefois nous aimerions mieux les voir un peu plus les éloignés de l'aplomb du vide. Nous avons la perception très poignante du peu qu'il en faudrait pour précipiter le destin de l'homme ou de l'objet. Ce peu manquera-t-il à celui dont la main est armée ? S'il oublie, si le coup part, si l'idée de l'acte l'emporte et se dépense avant d'avoir excité le mécanisme de l'arrêt et la reprise de l'empire, appellerons-nous ce qui s'ensuivra suicide par imprudence ? La victime s'est laissée agir, et sa mort lui a échappée comme une parole inconsidérée. Elle s'est avancée insensiblement dans une région dangereuse de son domaine volontaire, et sa complaisance à je ne sais quelles sensations de contact et de pouvoir l'a engagée dans une zone où la probabilité d'une catastrophe est très grande. Elle s'est mise à la merci d'un lapsus, d'un minime incident de conscience ou de transmission. Elle se tue, parce qu'il était trop facile de se tuer. J'ai insisté quelque peu sur ce modèle imaginaire d'un acte à demi fortuit, à demi déterminé, afin de suggérer toute la fragilité des distinctions et des oppositions que l'on essaie de définir entre les perceptions, les tendances, les mouvements et les conséquences des mouvements, - entre le faire et le laisser faire, l'agir et le pâtir, - le vouloir et le pouvoir. (Dans l'exemple donné ci-dessus, le pouvoir induit au vouloir.) Il faudrait toute la subtilité d'une casuiste ou d'un disciple de Cantor, pour démêler dans la trame de notre temps ce qui appartient aux divers agents de notre destinée.

—  Tel quel II - Paul Valéry

french-m-and-ms  asked:

Pour le history ask meme : 3, 10 & 13 ? :)

@ anon qui m’a posé exactement les mêmes questions, c’est pour toi !

3. Favorite female HF

TOO MANY TO CHOOSE. Mais je vais la jouer safe et prendre Sappho. Le tout se passe d’explication.

10. Favorite historical novel

Etrangement, je n’aime pas vraiment les romans historiques ? La plupart du temps, s’ils sont dans le genre “Napoléon s’est dit que le gigot était un peu fade et s’est tourné pour demander à Joséphine de lui passer le sel”, je referme le bouquin au bout de trois pages (sauf si on parle de Guerre et Paix, ou de la plupart des romans de Dumas, parce que Tolstoï = perfection et que Dumas = perfection aussi.)

Mais en revanche, j’ai récemment été assassinée par Marguerite Yourcenar avec ses Mémoires d’Hadrien qui non seulement est le meilleur roman historique que j’ai lu, mais est aussi l’un des meilleurs livres que j’ai jamais lus, point barre. (Sérieusement. Ce livre est parfait. La prose, les personnages, l’arrière-plan historique… Incroyable.)

13. Déjà répondu !

5. A time period I dislike or find boring

Anon’ des questions 1, 5 et 10, j’insère la seule question à laquelle je n’ai pas répondu ici, et ce serait sans doute le Haut Moyen-Age, parce que mes cours d’histoire médiévale en licence m’ont traumatisée, et que tout ce qui est royaumes barbares, Wisigoths, Goths, Mérovingiens et compagnie me gonflent au plus haut point.