l'art contemporain

Quand l'art contemporain turlupine

« Moi aussi je peux peindre ça ! »

Vous l'avez tous sûrement entendue, cette petite phrase sortie droit de la bouche d'un visiteur lors d'une exposition d'art contemporain : « Moi aussi je peux peindre ça ! » Peut-être même que vous l'avez déjà prononcée…

Pour certains, cette petite phrase reste anecdotique. Pour moi, qui ne peut m'empêcher de vouloir me poser des questions en tous genres, cette petite phrase m'a agité le cerveau.

Qu'est ce qui peut nous pousser, nous visiteurs, à lâcher ces quelques mots tout en restant stoïque devant une toile qui nous semble enfantine ou bien devant un monochrome blanc sur fond blanc ?

Il semble tout d'abord que le manque de compréhension ou d'information concernant une œuvre ou un artiste nous limite à la critique seule de l'aspect de l'oeuvre: autrement dit, à défaut de renseignements nous permettant de juger l'oeuvre (quelle était l'intention de l'artiste?) dans son message, on juge sa … qualité esthétique.

Vous l'aurez sûrement remarqué, un Michel-Ange n'a rien à voir avec un Daniel Buren. Aussi, nous devons, nous, regardeurs, apprendre à considérer un Michel-Ange différemment d'un Daniel Buren. Il semblerait que les artistes de notre siècle ne cherchent plus seulement une réponse à la question « que peindre ? » mais plutôt à la question « comment peindre ? ». Ainsi, ce petit monochrome blanc sur fond blanc qui vous exaspère est le fruit d'une réflexion sur la représentation ou non de telle chose, telle émotion, telle idée, ou à l'inverse, une non-représentation qui vise à faire réaliser au spectateur que la peinture, avant d'être la copie de tel objet ou personne, c'est avant tout une toile… avec de la peinture dessus. Cette réflexion peut s'étendre à tous les arts, qu'il s'agisse par exemple de la sculpture ou encore des performances. Un seul outil pour appréhender ces œuvres : Le regard.

Il faut regarder les œuvres de notre temps avec un œil moderne.

A défaut d'être incollable en histoire de l'art, il existe une méthode bien plus simple pour comprendre ce que vous estimez être « une moquerie » ( le petit monochrome blanc sur fond blanc qui vous nargue au bout de la salle d'exposition par exemple). Ne cherchez pas à tout de suite interpréter. Laissez-vous le temps de regarder, de penser les œuvres. N'hésitez pas à attraper les petits livrets disposés dans les salles, ou à lire les cartels disposés à côté de celles-ci. Et si vous voyez un guide ou un médiateur à portée de main, saisissez le au plus vite ! Privilégiez le contact HUMAIN.

Et si vous n'avez rien de tout ça ?

Informez vous sur les expositions que vous allez visiter, sur l'artiste. Internet regorge de sites intéressants et complets ! Regardez bien à quelle période de la carrière de l'artiste se situent les œuvres de l'exposition en cours. Par exemple, Picasso ne se limite pas à sa période cubiste ; il a réalisé, auparavant, des tableaux étonnamment différents, lors de ses débuts de génie ! Aussi, se renseigner sur la période permet d'éviter certaines critiques comme « c'est trop facile, moi aussi je peux faire ça » qui pourraient être évitées, ou au contraire, méritées : L'urinoir de Marcel Duchamp est un renversement dans l'histoire de l'art par exemple, de par sa nouveauté et sa remise en cause du statut de l'objet d'art ; aussi, dire que « c'est trop facile » au vu de l'époque ou il a été créé (1917) est quelque peu condamnable.. Vous l'auriez-eu l'idée (quelle étrange idée d'ailleurs), vous ? Par contre, si en 2013 quelqu'un présente un urinoir ou un objet similaire lors d'une exposition, je vous invite à crier à l'arnaque. Vraiment.

« L'art contemporain, c'est élitiste ! »

Voilà la dernière chose sur laquelle je souhaitais revenir. L'art contemporain n'est pas plus « élitiste » que l'art de la Renaissance ou l'art Antique par exemple. L'art de la Renaissance nécessite en outre de connaître les Saints représentés sur les tableaux, leur symbole, les commanditaires de l'oeuvre, leur histoire…

Aujourd'hui, grâce à Internet, grâce au train, on peut se déplacer de site web en site web, de musée en musée, découvrir, aiguiser sa curiosité. L'art n'est pas élitiste : tout le monde peut s'y intéresser, s'y essayer.

A défaut de toujours vouloir tout comprendre et tout savoir, essayons juste de laisser porter notre regard : c'est lui qui créera notre première expérience avec les œuvres.