jeune femme

2017 Cannes Film Festival Winners
  • Palme d’Or: “The Square”
  • Grand Prix: “Beats Per Minute (BPM)”
  • Jury Prize: “Loveless”
  • Best Actress: Diane Kruger, “In the Fade”
  • Best Actor: Joaquin Phoenix, “You Were Never Really Here”
  • Best Director: Sofia Coppola, “The Beguiled”
  • Best Screenplay: “The Killing of a Sacred Deer” and “You Were Never Really Here” (tie)
  • Camera d’Or: “Jeune Femme/Montparnasse Bienvenue,” directed by Leonor Serraille
  • 70th Anniversary Prize: Nicole Kidman
  • Short Film Palme d’Or: “Xiao Cheng Er Yue (A Gentle Night),” directed by Qiu Yang
  • Queer Palm (Feature): “BPM (Beats Per Minute),” Robin Campillo
  • Queer Palm (Short): “Islands,” Yann Gonzalez
2017 Cannes Film Festival Lineup

Opening Night Film

  • “Ismael’s Ghost” directed by Arnaud Desplechin

Competition

  • “The Day After” directed by Hong Sangsoo
  • “Loveless” directed by Andrey Zvyagintsev
  • “Good Time” directed by Benny Safdie and Josh Safdie
  • “You Were Never Really Here” directed by Lynne Ramsay
  • “Jupiter’s Moon” directed by Kornél Mandruczo
  • “L’amant Double” directed by François Ozon
  • “The Killing of a Sacred Deer” directed by Yorgos Lanthimos
  • “A Gentle Creature” directed by Sergei Loznitsa
  • “Radiance” directed by Naomi Kawase
  • “Wonderstruck” directed by Todd Haynes
  • “Happy End” directed by Michael Haneke
  • “In the Fade” directed by Fatih Akin
  • “Rodin” directed by Jacques Doillon
  • “The Beguiled” directed by Sofia Coppola
  • “Le Redoutable” directed by Michel Hazanavicius
  • “Okja” directed by Bong Joon-ho
  • “120 Battements Par Minute” directed by Robin Campillo
  • “The Meyerowitz Stories” directed by Noah Baumbach
  • “The Square” directed by Ruben Östlund

Un Certain Regard

  • “April’s Daughter” directed by Michel Franco
  • “Lucky” directed by Sergio Castellitto
  • “Jeune Femme” directed by Léonor Serraille
  • “Western” directed by Valeska Grisebach
  • “Wind River” directed by Taylor Sheridan
  • “Directions” directed by Stephan Komandarev
  • “After the War” directed by Annarita Zambrano
  • “Dregs” directed by Mohammad Rasoulof
  • “Out” by György Kristóf
  • “The Nature of Time” directed by Karim Moussaoui
  • “Before We Vanish” directed by Kurosawa Kiyoshi
  • “L’atelier” by Laurent Cantet
  • “Beauty and the Dogs” by Kaouther Ben Hania
  • “Barbara” directed by Mathieu Amalric
  • “Closeness” directed by Kantemir Balagov
  • “The Desert Bride” directed by Cecilia Atan and Valeria Pivato
  • “La Cordillera” directed by Santiago Mitre 
  • “Walking Past the Future” directed by Li Ruijun

Out of Competition

  • “Blade of the Immortal” directed by by Takashi Miike
  • “How to Talk to Girls at Parties” directed by John Cameron Mitchell
  • “Visages, Villages” directed by Agnès Varda
  • “D’après une histoire vraie” directed by Roman Polanski

Special Screenings

  • “12 Jours” directed by Raymond Depardon
  • “They” directed by Anahita Ghazvinizadeh
  • “An Inconvenient Sequel” directed by Ronni Cohen and Jon Shenk
  • “Top of the Lake: China Girl” directed by Jane Campion & Ariel Kleiman
  • “Promised Land” directed by Eugene Jarecki
  • “24 Frames” directed by Abbas Kiarostami
  • “Napalm” directed by Claude Lanzmann
  • “Come Swim” directed by Kristen Stewart
  • “Demons in Paradise” directed by Jude Ratman
  • “Sea Sorrow” directed by Vanessa Redgrave
  • “Clair’s Camera” directed by Hong Sangsoo
  • “Twin Peaks” directed by David Lynch
  • “Le Vénérable W.” directed by Barbet Schroeder 
  • “Carré 35” directed by Éric Caravaca

Midnight Screenings

  • “The Villainess” directed by Jung Byung Gil
  • “The Merciless” directed by Byun Sung-Hyun
  • “Prayer Before Dawn” directed by Jean Stephane Sauvaire

70th Anniversary Events

  • “24 Frames” directed by Abbas Kiarostami
  • “Come Swim”, directed by Kristen Stewart
  • “Top of the Lake” directed by Jane Campion
  • “Twin Peaks” directed by David Lynch

Virtual Reality

  • “Carne y arena” directed by Alejandro González Iñárritu
La première fois que je vis ainsi cette jeune femme, je fus ravi et séduit. Puis il y a des figures dont le charme entre en nous brusquement, nous envahit tout d'un coup. Il semble qu'on trouve la femme qu'on était né pour aimer. J'ai eu cette sensation et cette secousse.
Je me fis présenter et je fus bientôt pincé comme je ne l'avais jamais été. Elle me ravageait le cœur. C'est une chose effroyable et délicieuse que de subir ainsi la domination d'une femme. C'est presque un supplice et, en même temps, un incroyable bonheur.
—  Maupassant
Affaire Thomas “Fleur--Lunaire”

J’ai dû écrire ce billet une bonne centaine de fois dans ma tête sans jamais trouver les mots justes pour qu’on me comprenne. Cette nuit, je ne suis pas en état de l’écrire, car je crois qu’il faut témoigner d’une force d’esprit assez singulière, et je ne suis pas capable de la posséder aujourd’hui. Pourtant, j’ai promis. J’ai promis d’écrire tout cela, car j’ai promis de me charger de cette histoire qui sévit depuis trop longtemps ici. Ne m’en voulez pas des fautes, des incohérences, des maladresses… c’est une femme blessée et exsangue qui vous écrit.

Il y a quelques mois, plus précisément en mai dernier, un individu est venu me parler. Il s’appelle Thomas, plus connu sous le nom de romantique-lunatique, rebaptisé aujourd’hui fleur–lunaire. Nous nous étions parlés il y a de cela plus d’un an. A l’époque, j’étais en couple et tout allait mal avec mon compagnon – que j’ai quitté depuis. Thomas essayait de me persuader que cet homme était mauvais pour moi et qu’il fallait que j’arrête de me bercer d’illusions. Pour le coup, peut-être la seule fois dans sa vie, Thomas avait raison, mais ce n’est pas grâce à ses paroles que j’ai mis fin à ma relation. Je ne sais pourquoi nous avons cessé de parler ; toutefois, un an et quelques mois plus tard, Thomas est revenu. Ce jour-là, je me souviens, il a commencé à me parler de choses insensées qui me rendaient mal à l’aise. J’ai mis très vite fin à la conversation. Pour sûr, cet homme l’a mal pris, car après tout, c’est un homme qui se sent agressé dès qu’on ose se montrer honnête avec lui. Sûrement ai-je été trop brutale avec lui ; toujours est-il qu’il m’a bloquée et que, quelques heures plus tard, il est revenu pour me laisser un message bien spécifique. Je vous invite à lire ce billet.

Je me suis battue, vous savez. S’il y a une chose que je déteste par-dessus tout, c’est l’injustice. A l’époque, avec deux autres personnes que je ne citerai pas, nous avons eu dans l’idée de créer un blog qui regrouperait toutes les plaintes contre Thomas. Entre temps, une jeune femme venait me confier que, habitant près de chez lui, et suite à une affaire avec lui, elle avait déposé plainte contre lui, car il la harcelait. Au final, nous avons regroupé plus de 25 plaintes et cette histoire a été partagée bon nombre de fois. De nombreux individus, hommes comme femmes, avaient eu affaire à cet homme que j’ose, devant vous tous, qualifier de pervers narcissique.

L’une des personnes qui administrait le blog avec moi a décidé de s’en aller, car c’en était trop pour elle, et je la comprends. Cette histoire prend un tournant effrayant et il faut manifester de beaucoup de force mentale pour tenir. L’autre personne a tenté de raisonner ceux qui venaient prendre la défense de Thomas, mais c’en était assez. J’ai décidé de supprimer le blog, car je venais de vivre une histoire similaire dans mon université, et je ne pouvais le supporter. Au contraire de ce que Thomas clame haut et fort, ce n’est pas Tumblr qui s’est chargé de la suppression de ce blog, ni d’autres qui se moquaient de lui. Ce n’était pas un acte de faiblesse, nous étions seulement fatigués de l’ampleur de l’histoire et cet homme nous ruinait le moral. Nous avons abandonné et je vous demande pardon.

Moi, j’ai préféré laisser tomber, mais je n’ai pas oublié. Je n’ai pas pu oublier. De temps à autre, Thomas venait, en anonyme – bien sûr –, pour me dire des choses affreuses. Je vous invite à les lire ici, ici et encore  (vous en douterez, bien évidemment, et vous invite à lire ces deux billets de Thomas : ici et   – pas très futé, le Thomas). Je l’avoue, j'ai répondu. J’étais en colère. Je te méprise, Thomas. Oui, Thomas, je m’adresse bien à toi. Toi, caché derrière ton écran d’ordinateur ou de téléphone. Toi qui ne sors jamais. Toi que je n’ai jamais oublié, parce que les « êtres » tels que toi n’ont pas lieu d’être. Oui. J’ai du mépris pour toi, Thomas. Tu as fait tellement de mal à toutes ces femmes ; et oui, je parle pour elles, car j’ai leur confiance et je veux leur rendre justice. Que tu m’insultes, que tu parles de moi dans mon dos, que tu balances des rumeurs à mon sujet, que tu me harcèles anonymement, je m’en contrefous. Si j’étais la seule victime dans tout ton bordel, je l’accepterais. Pourtant, cela ne t’a pas suffi. Tu as préféré harceler des jeunes filles qui n’ont même pas la majorité, tu as préféré demander des photos intimes à des jeunes filles de 14 ou de 16 ans, tu as préféré dire à des suicidaires de finir leurs jours, tu as préféré manipuler des femmes en leur faisant sentir qu’elles étaient en tort, alors que c’est toi, toi, oui, toi seul, qui es en tort dans toute cette histoire.

Ce sera la dernière fois que je m’adresse à toi pour toutes ces femmes, mais je n’arrêterai jamais. Non, je ne cesserai PAS. Comme disait Zola, j’accuse ! J’accuse les hommes qui profitent de l’innocence des jeunes filles ! J’accuse ces monstres qui, comme toi, osent se prétendre « hommes » ! Vous n’êtes pas des hommes ! Vous n’êtes rien ! Vous n’êtes même pas humains ! J’accuse les pervers narcissiques, car c’est ce que tu es, misérable ! et les pervers narcissiques, je ne les connais que trop bien. J’ai le souvenir du lendemain de mon message qui te dénonçait suite à tes insultes, j’avais parlé de mon vécu (en l’occurrence, ici, de mes viols) et tu avais osé dire que tu n’y croyais pas. Qui es-tu pour émettre un jugement sur mon passé ? Qui es-tu pour juger ma vie ? Personne. Tu n’es personne, et tu ne seras jamais quelqu’un en restant caché dans l’ombre, en refusant de voir la vérité qui te fait violence.

J’ai été violée par deux pervers narcissiques. Si vous souhaitez en savoir plus, sachez que je détaille tout dans ce billet, suite aux mots touchants d’une jeune fille qui me les a adressés, et qui a subi les foudres de Thomas par la suite. Alors, oui, Thomas, les pervers narcissiques, je les connais très bien, et tu en fais bel et bien partie.

Bien sûr, tu nieras. Tu ne sais faire que cela, et je ne t’en veux pas. Quand on n’a pas de vie, il faut bien s’inventer une histoire et la propager sur le net ; ce que tu fais, en te faisant passer pour un homme amoureux des femmes, un homme malheureux, un homme torturé, un homme hypersensible, comme tu aimes tant te définir. Pour toi, les femmes sont des monstres, mais ne t’es-tu jamais demandé si c’était toi le monstre ? Cette question est rhétorique. Je sais très bien la réponse.

Oh, oui, tu m’écriras. Tu enverras tes sbires pour qu’ils me disent que je suis en tort, pour me dire que je suis une idiote. Mais je vais te dire une chose, Thomas : tout ce que tu pourras me dire, en essayant de me rabaisser, en essayant de me faire du mal, cela ne marchera pas, et tu sais pourquoi ? parce que toutes les choses que tu peux me dire, je me les dis tous les jours. J’ai tellement de colère envers toi. Je ne comprends pas comment on peut se montrer odieux. Tu répondras sûrement que j’ai manipulé toutes ces femmes ! Bien sûr que je sais manipuler, mais je ne suis pas comme toi ! Mes défauts, j’essaie de les travailler et je ne les utilise pas à mon avantage. Tu ne me connais pas, mais moi, je te connais ; et si je m’écoutais, je viendrais te dire que les pisse-froid comme toi, je les écrase comme des insectes sous mon talon. Cependant, je ne laisserai pas ma colère prendre le dessus, cela n’en vaut pas la peine, et ce ne serait pas donner justice à ces pauvres femmes qui essaient de se remettre de toute l’horreur que tu leur as fait subir.

Alors, bien sûr, je suis persuadée que certaines ont des torts et que tu as les tiens, mais cela ne t’excuse pas. Tu n’avais pas le droit de les manipuler, de leur dire de telles atrocités, de les faire passer pour des bourreaux, alors que c’est toi, l’abject « humain » que je dénonce. Qui peut se permettre de dire à quelqu’un de mourir ? Qui peut se permettre de dire à quelqu’un qu’il est idiot d’aimer ? Tu n’as pas le droit. Tu n’es personne pour te permettre de juger les autres, mais nous sommes nombreux à te juger, car on juge autrui par ses actions et non par ses jolis mots. Alors, arrête tes phrases toutes faites, arrête ta sensiblerie, arrête ton romantisme, arrête ta fausseté. Aujourd’hui, dans la nuit sombre, éclairée par le clair de lune, les gens savent, ou sauront.

Peut-être que mon billet aura des répercutions, autant positives que négatives, mais encore une fois, cela m’est égal. Tout ce que je sais, c’est qu’en France, ce que tu fais, est punissable par la loi.

Certains douteront de mon message, j’en suis certaine, et voici ce que je leur réponds, grâce à la coopération d’une demoiselle de 14 ans (oui, 14 ans !) :

Je tiens à préciser qu’il connaissait à peine cette jeune fille et qu’il lui a dit qu’il l’aimait. Peu de temps après, celle-ci a découvert le pot aux roses, nous avons parlé. Elle a voulu prendre ma défense et prendre la défense de toutes ces femmes également. Elle voulait parler pour elles, je trouve cela d’ailleurs très courageux.

Aujourd’hui, voici ce qu’elle a reçu de lui :

Allez-vous fermer les yeux longtemps concernant Thomas ? Moi pas. J’ai cessé de lui trouver des excuses et de l’excuser. C’est trop facile.

Suppléments de reblogs : ici, ici, ici, ici, ici et encore ici.

Je ne force personne à prendre mon parti. Je ne suis pas venue ici pour qu’on me dise : « Tu as tellement raison ! » ou qu’on me lèche le cul, parlons franchement. Je suis ici pour répandre une vérité, la seule vérité, qui sera forcément niée par les plus idiots. Si vous n’êtes pas capables de voir la vérité en face, ce n’est pas grave, vous pouvez continuer à parler à ce pervers narcissique autant que vous le souhaitez ; mais s’il vous arrive quelque chose, vous êtes à présent prévenu(e)s. Je ne force personne à me croire sur parole, mais je demande à quiconque lira ce billet de ne pas remettre en question le témoignage de ces pauvres femmes qui souffrent encore à l’heure d’aujourd’hui. Vous savez, cela leur a demandé beaucoup de courage de venir me parler et d’avouer qu’elles avaient été abusées par cet homme. On a trop souvent diabolisé les femmes, on a trop souvent diabolisé les hommes, mais en cinq ans sur Tumblr, je n’avais jamais rencontré un être aussi vil que Thomas.

Pour aider toutes ces femmes, je vous prie de bien vouloir vous rendre sur le blog de Thomas et de signaler son blog.

Je mettrai en ligne très bientôt un blog qui regroupe toutes les plaintes contre lui, anciennes comme récentes. Encore une fois, je n’incite pas à la haine, mais je vous demande de saisir l’ampleur de mes mots et de réfléchir.

Combien de temps allez-vous fermer les yeux ? Il y a, dehors, des monstres inqualifiables qui ne seront jamais dénoncés, parce que des femmes comme des hommes ont peur de les dénoncer. Et pourquoi ont-ils peur ? parce qu’on prend très rarement les plaintes au sérieux. 

Pour aider Tumblr, et pour aider la plateforme à retrouver une certaine sérénité, je vous en prie, signalez-le, et faites attention à vous. N’hésitez pas à venir me parler si vous en ressentez le besoin, et, s’il vous plaît, partagez ce billet.

huffingtonpost.fr
BLOG - Il faut regarder cette photo de vacances pour comprendre que c'est un morceau d'histoire
Ils sont marrants ces gamins non?

Bien sur on remarque tout de suite le grand, celui qui est debout à gauche. Le clown de la bande. On l'imagine rigolard et bravache, on se dit qu'il n'a pas dû pouvoir s'empêcher de faire le con durant la photo, que quelques instants sérieux et tranquilles, c'était déjà trop pour lui.

J'aime bien le petit teigneux boudeur accroupi juste à côté. Lui j'ai l'impression de le connaitre. C'est exactement mon fils, quelques décennies plus tôt. Il a dû souffler, ronchonner, il ne voulait pas être sur la photo, il devait trouver tout ça stupide. On l'a surement prié, supplié ou menacé pour qu'il consente à prendre place dans le groupe mais même installé, il a gardé son air buté et goguenard, il reste en appui sur ses mains, prêt à s'enfuir. Mon fils, vous-dis-je. Qu'est ce qu'il devait être chiant!

Les 7 jeunes adultes du fonds, ceux qui sont étroitement collés les uns aux autres, ce sont les “éducateurs”. Ils sont sérieux, protecteurs. Celui de droite, avec sa coupe courte, je pense que les enfants devaient lui avoir trouvé un surnom, et je paierais cher pour savoir lequel. Il devait être le casse-pieds, le rabat-joie, celui qui rappelle les règles, celui qui fronce les sourcils et dont on se moque, sitôt qu'il a tourné les talons. La jeune femme en blanc, au milieu, celle qui a l'air douce et gentille, j'imagine que c'est vers elle que les gamins se tournaient quand quelque chose n'allait pas. Elle a dû en essuyer, des joues mouillées, des nez morveux. Elle a dû en consoler, des petits blessés aux genoux écorchés, des premiers émois amoureux déçus, des désespérés de ne pas voir leur parents, des nostalgiques de la maison…

Le petit brun à grosse frange au 2ème rang et dont on ne voit que les yeux ne s'est pas mis là par hasard: il se cache, il n'a pas envie qu'on le remarque. C'est un gamin timide et anxieux. Il n'aime pas ce camp, il est mal à l'aise avec les autres enfants, sa mère lui manque. Il a toujours été de nature inquiète mais depuis qu'il est là, c'est pire. Il pisse au lit. Ni les moqueries ni les menaces n'y font rien. Tous les matins il se réveille dans sa désolante flaque. Alors, de toutes ses forces, le soir il lutte pour ne pas s'endormir. Il reste le plus longtemps possible les yeux ouverts. Il pense à sa mère, à l'école, à son chien, à quand il rentrera… c'est pour ça qu'il a les yeux cernés, à force de livrer chaque nuit ce combat inégal face au sommeil.

J'adore le gamin du milieu, le maigrichon qui est torse nu et dont on ne voit pas le visage. Il n'a pas pris la peine de mettre une chemise, lui son truc c'est la baignade, les plongeons, la natation; il apprend le crawl, il fait des progrès, il se dit qu'à la fin de l'été il battra tout le monde à la course. Il faut juste qu'il arrive à souffler par la bouche sans avaler de l'eau. Alors, il est resté en slip de bain et il a hâte de retourner dans l'eau. Impatient, dissipé, il n'a pas pu tenir en place pendant la séance et la photo l'a immortalisé ainsi, le visage tourné. On ne saura jamais s'il riait, s'il se faisait engueuler ou s'il tirait la langue aux éducateurs.

J'aime bien aussi la petite tout à droite. Elle a mis sa jolie robe à carreaux, elle a lissé ses cheveux, elle regarde sagement l'objectif. C'est surement une bonne élève. Je l'imagine concentrée, appliquée tirant un peu la langue quand elle écrit son prénom sur son cahier à carreaux. Son sourire est timide, son regard est grave. J'aimerai savoir à quoi elle pense. Peut-être entrevoit-elle en une fraction de seconde la collision entre le présent, léger et joyeux de l'enfance (après tout, c'est un camp de vacances) et le futur qui arrive, terrible et épouvantable (après tout, ces gamins sont juifs)

Les 44 enfants et les 7 éducateurs seront envoyés à la prison de Montluc de Lyon, et ensuite à Drancy et à Auschwitz, où ils seront, pour la plupart gazés, certains serviront de cobayes à des expériences médicales. Le plus jeune, avait 4 ans.

D'eux, il ne restaient pas grand chose pour se souvenir, juste une stèle à leur mémoire, dans un parc, dans le 7ème arrondissement de Lyon.

Elle a été brisée et arrachée dans la nuit du 6 au 7 aout.