je te raconte ma vie

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“Camille,

Mon amie, mon amour, ma sœur, ma belle, ma confidente. Où es-tu, que fais-tu? Chaque soir, chaque matin, je te parle, te souris, te raconte le petit menu de mon quotidien. Ma vie s’est éteinte le 2 février, comme toi. Une partie de moi est avec toi et l’autre souffre éternellement. Je m’interroge sur ce que tu aurais fait ou dit.

Tu seras toujours avec moi.

Léna”.

Mon identité n'est pas une blague.

Ça y est, à 27 piges, je crois que je commence enfin à arriver à saturation. Le-la prochain-e qui me fait une blague raciste, je pense que je lui fais bouffer ses pompes. Et ça s’adresse même à mes proches, aux gens que j’aime de tout mon coeur et qui - je le sais - ne pensent pas à mal, mais continuent à m’en faire quand même. Quitte à passer pour une casse-couilles, je vais arrêter de fermer ma gueule et de prendre sur moi - et ceux-celles qui ne se sentent pas capables de m’écouter et de me respecter pourront prendre la porte, ils-elles ne me manqueront pas.

Je suis métisse, à moitié kabyle, et ça fait 27 ans qu’on me renvoie très régulièrement mon identité à la gueule. Ça fait 27 ans qu’on en rit, qu’on se moque de mon prénom, de mon nom de famille, de l’accent et de la langue de mes grands-parents, de ma culture, et je ne peux plus le supporter. J’en ai chié pour assumer mes racines. Je galère encore, régulièrement. C’est un combat quotidien, surtout avec le climat actuel qui pue la merde et qui fait flipper. Je suis régulièrement mise dans une case, écartée, pointée du doigt pour ma “différence”. Tout prétexte est bon pour me rappeler que je ne suis pas “comme vous”. On fait des blagues avec des “vous autres” et des “chez vous” alors que je me considère des vôtres, et chez “vous”.

Je suis des vôtres et je suis chez moi.

Aujourd’hui, après une longue bataille, je peux enfin dire que je suis fière de ma culture et de mes racines. L’histoire de mon peuple, de ma famille, est riche et passionnante et fascinante. Je ne supporte plus de la voir réduite aux mêmes stéréotypes merdiques sans arrêt. Je suis enfin heureuse d’être celle que je suis, de porter le prénom que je porte, de porter cet héritage. Venez pas me chier dans les bottes pour une histoire d’humour et de liberté d’expression. Si vous voulez vraiment parler de ma culture, faisons-le, posez-moi des questions, écoutez-moi, soyez curieux, renseignez-vous. Mais si vous n’abordez le sujet de mes origines que pour en rire, pour faire des généralités et de l’humour “noir”, c’est même plus la peine de venir m’adresser la parole.

Des réflexions, au premier comme au second degré, je m’en prends toutes les semaines dans la gueule. Souvent par des gens qui ne “pensent pas à mal”. Des gens bien intentionnés, pas méchants, qu’on qualifierait de maladroits. Mais ça me gave, j’en peux plus, c’est insupportable d’être sans cesse ramenée à ma “condition”, à ma “différence”. L’humour n’est pas un prétexte, arrêtez avec vos blagues de merde, je vous en supplie.

Arrêtez de venir me taper sur l’épaule quand vous tombez sur un truc vaguement arabisant.

Arrêtez de me demander si machin est mon/ma cousin-e sous prétexte qu’on vient du même continent.

Arrêtez de me parler couscous, tajine, danse du ventre et youyous.

Arrêtez de me répondre “boah c’est pareeeeiiil” même “pour rire” quand je vous dis que je ne suis pas arabe, mais kabyle, et que j’essaye de vous parler de ma culture. Surtout quand c’est vous qui me posez la question sur mes origines. Ayez le respect d’écouter.

Arrêtez de dire “vous autres”.

Arrêtez de dire “chez vous”.

Arrêtez d’imiter l’accent arabe pour imiter ma famille.

Arrêtez de dire “de toute façon vous êtes tous les mêmes”.

Arrêtez de vous tourner vers moi quand on parle de vol.

Arrêtez de vous tourner vers moi quand vous parlez de terrorisme.

Arrêtez de dire “eh, c’est ta chanson !” quand vous passez Rachid Taha en soirée parce que Gad Elmaleh a fait une blague sur les gens qui disent “eh, c’est ta chanson” quand ils passent Rachid Taha en soirée.

Arrêtez de me dire “haaan attention, c’est du poooorc tu vas aller en enfer c'est haram !” à chaque fois que je prends une rondelle de saucisson.

Arrêtez de me dire “tu me le voles pas hein, j’vous connais vous autres !” quand vous me laissez à proximité d’un objet qui vous appartient.

Arrêtez de me dire “psartek starfoullah hamdoullah ma soeur”. D'autant plus que les kabyles ne parlent pas arabe.

Arrêtez de dire “ooooh ça vaaa, on rigooooole” quand je vous demande d’arrêter.

Arrêtez de chouiner parce que “ah vous vous avez le droit de faire des blagues racistes mais pas nous, c’est pas juste !” parce que vous n’avez aucune idée de ce dont vous parlez.

Je ne suis pas un tas de chair à canon dans lequel on peut se permettre de piocher quand on veut balancer une blague. Je ne suis pas un accessoire. Je ne suis pas une soupape de décompression, sous prétexte qu’on est proches et que je sais que vous déconnez. Je suis pas votre défouloir ou votre bouffonne. Je suis pas un putain de pokémon qu’on sort qu’à des occasions précises pour gagner des points auprès de ses potes.

Ça ne me plaît pas, ça ne me fait pas rire, et ça me fait du mal - et ça devrait suffire à vous convaincre. Vous n’avez pas besoin de plus d’arguments que ça, vous n’avez pas besoin de vous trouver des excuses pour justifier votre recours à cette forme d’humour. Ça vous tuera pas d’arrêter, ça vous enlèvera pas grand chose, ça vous fera pas de mal. Je ne vous ampute pas d’un droit fondamental.

Je vous envoie pas des photos de Maxime Le Forestier en vous demandant si c’est votre cousin, putain. Je vous envoie pas de photo dès que je passe devant une fromagerie en vous demandant si ça vous rappelle votre pays. Alors foutez-moi la paix, trouvez autre chose, y a mille façons de faire des blagues mais lâchez-moi la grappe avec votre humour raciste-mais-pour-rire à la con - c’est vieux et moisi et revu et j’ai vécu ça tous les jours de ma vie alors putain, faites preuve d’un peu d’originalité pour une fois.

Rendez-vous compte, une bonne fois pour toute, que c’est mon identité toute entière que vous tournez à la dérision. Vous faites de mon prénom, de mon nom, de ma famille, de notre histoire, de notre culture, une putain de blague. Ouais, j’ai un prénom original, mais il est beau et sa signification est belle et son origine est belle, et si vous ne le prononcez et ne vous y intéressez que pour vous en moquer, bah vous pouvez aller vous faire foutre. Ouais mon nom de famille est difficile à prononcer et à écrire, mais c’est le nom de ma famille, celui qui me rattache à mes racines et à mon histoire personnelle et culturelle, celui que portent tous les gens qui comptent le plus au monde pour moi. Il pourtant été synonyme de souffrance pour tous ceux qui l’ont porté - on nous l’a renvoyé à la gueule, on l’a prononcé avec dégoût et mépris, il a été craché, rejeté, moqué, et aujourd’hui j’aimerais le voir traité avec un peu plus de respect, le respect humain et basique qu’il mérite.

Si vous voulez vraiment vous démarquer de tous les “vrais” racistes, commencez par arrêter de faire les mêmes blagues qu’eux. Arrêtez de reprendre leurs termes pour vous en “moquer” - parce que c’est pas à eux que vous faites du mal, ils vous entendent pas et ils s’en branlent bien de vos moqueries, et nous on continue à trinquer. C’est pas parce que vous votez à gauche, que vous manifestez contre le FN et que vous mangez du couscous deux fois par an que vous pouvez vous permettre de prendre tout ça à la légère. C’est pas parce que vous avez conscience que ce que vous dites est révoltant que ça en devient marrant.

Apprenez à entendre et écouter ce qu’on vous dit, apprenez à regarder un peu plus loin que le bout de votre nez et à arrêter de voir cette forme d’humour comme un privilège dont vous ne pouvez pas vous passer.

Je suis coupable aussi, d’avoir laissé faire aussi longtemps, de vous avoir laissé croire que c’était pas grave et que vous pouviez vous permettre tout ça, d’avoir ri à vos blagues de peur de passer pour une relou et de pourrir l’ambiance. Mais c’est terminé, j’arrête, on arrête, on repart sur de nouvelles bases.

On repart de zéro, on oublie ce qui a été dit et fait avant, et à partir de maintenant on arrête les conneries, s’il vous plaît.

Mon identité n’est pas une blague.

[Edit : Puisque cet article est en train de tourner et de passer d'article de blog perso à manifeste public, je tiens quand même à rappeler que ce point de vue est le mien, ce ressenti est le mien, et je ne parle qu'en mon nom. Certain-e-s n'ont rien contre les propos et blagues dont je parle et les vivent parfaitement bien et c'est leur choix - je vous invite donc, par précaution, à dialoguer avec les gens et à les laisser vous dire ce qu'ils en pensent selon leur vision des choses et leur sensibilité, au lieu de décider à leur place.]

Celles et ceux qui passent encore par ici doivent déjà le savoir parce que je l’ai postée partout, mais voici la photo qui a fait ma semaine, mon mois, mon année, et peut-être même ma vie. Ce n’est que le début d’une grande aventure, et je devrais avoir une autre petite surprise en stock à dévoiler bientôt si tout se déroule aussi bien que prévu.

Je vais avoir 29 ans mercredi, ce qui veut dire que j’aurai signé mon premier contrat d’édition avant 30 ans, et ça, c’est l’aboutissement de toute une vie passée à rêver de ce moment. Je l’ai enfin fait, ça y est. Après des années à en parler, à me le promettre, à vous le promettre, à en chier, à chercher la bonne idée pour commencer, j’ai enfin fait les rencontres qu’il fallait et j’ai trouvé ma porte d’entrée dans le monde merveilleux de l’édition.

En espérant en signer encore beaucoup, beaucoup d’autres dans les années à venir. 

Est-ce que vous aussi ça vous arrive de déambuler dans votre appartement pour faire des trucs normaux (fouiller dans le frigo, aller aux toilettes, faire une machine…) et de vous dire “Putain, c'est MON appartement, c'est mon frigo, ma salle de bain, ma machine à laver, ma douche…” ? Parce que moi ça m'arrive environ tous les mois et c'est un des sentiments les plus agréables du monde.

Update : ma nouvelle psy est effectivement trop cool et trop drôle et trop chouette et trop apaisante et on se fume des clopes pendant la séance et elle m’a prêté un super bouquin sur le deuil et envoyé une chouette vidéo par mail et je vais la voir toutes les semaines et elle me fait payer 20 balles la séance parce que j’ai pas d’argent et je l’aime trop putain. 

Je suis si heureuse et soulagée de pouvoir entamer un nouveau boulot avec elle. Elle est pas du tout culpabilisante, elle sait mettre les mots qu’il faut où il faut et aussi m’emmener là où j’ai pas particulièrement envie d’aller mais en douceur, et elle rigole à mes blagues alors bon, que demande le peuple ?

J'aimerais qu'un magazine féminin sorte un numéro spécial règles, un jour, dans lequel toutes les plus grandes célébrités parleraient de leurs menstrues. 

Vous imaginez, Beyoncé qui parle de ses crampes ? Gwyneth Paltrow qui parle de sa marque préférée de tampons ? Britney Spears qui fait l'apologie de la coupe menstruelle ? Scarlett Johansson qui raconte sa pire histoire de fuite ?

Y aurait un gros encart de 15 pages de photos de toutes ces femmes en pleine reconstitution de leurs journées PMS et crampes, Lady Gaga avec une robe constituée de serviettes hygiéniques, Kesha qui pleure au milieu d'une montagne de tablettes de chocolat, Courtney Love qui se fait des rails de Prontalgine, Blake Lively en culotte de grand-mère trouée en train de manger des chicken wings devant Clueless, et des idées de DIY pour se faire des guirlandes de tampons et des collages artistiques de Miley Cyrus faits avec du sang et des paillettes.

Moi je trouverais ça super cool. 

Voilà une bonne chose de faite. Ça BUTE sa mère sur les doigts, je faisais des siestes pendant mes séances dans le dos mais là j'ai pas fait la fière. Heureusement ça a duré 2min30 à tout péter et je suis très heureuse du résultat.

C'est un symbole berbère qui représente beaucoup de choses pour moi et qui me rappelle des trucs positifs, donc on va espérer que ça me fasse du bien.

Mes bonnes résolutions (intelligentes) pour 2015

Non, j'arrêterai pas de fumer, je me mettrai pas au sport de manière intensive, j'irai pas au yoga, je ne boirai pas 6 litres d'eau par jour, ou peut-être que si, j'en sais rien, mais ça fait pas partie des trucs que j'ai envie de me promettre.

Parce que bon, commencer l'année avec une telle pression et une sensation d'échec (parce que je peux pas me transformer en femme macrobiotique du jour au lendemain, PARDON), c'est pas tellement ce dont j'ai besoin en ce moment.

Du coup, cette année, j'ai décidé de prendre des résolutions un peu plus ciblées et plus intelligentes, sans pression, pleines de bonnes intentions. Ambiance 100% “ma gueule, mon p'tit nombril, mon cucul et moi”, parce que j'ai besoin qu'on s'occupe de oim et qu'il n'y a que moi qui peux le faire, parce que bon, mes potes c'est pas mes nounous non plus quoi, faut arrêter les conneries.

  1. Laisser tomber les superstitions : Parce que oui, forcément, si en voyant un mauvais signe je pense forcément “ah, ça sent pas bon”, je vais penser qu'à ça et me persuader moi-même qu'un sale truc va me tomber sur la gueule, et comme les lois de l'Univers sont cruelles, ben je vais courir tout droit dans un mur et après j'accuserai les étoiles. Je préfère me dire que j'ai un peu plus de contrôle que ça sur ma vie et l'issue de mes journées et de mes décisions, merci bien. Non, une heure particulière ne possède pas le pouvoir de ruiner ma vie, de me briser le coeur ou de me claquer une porte au nez, et ce n'est pas parce que cette chanson passe à ce moment là (dans MA playlist, hein, tu parles d'un hasard) que ça signifie quoi que ce soit, ça suffit. J'arrête aussi de parler de la prétendue malédiction qui pèse sur moi depuis ma naissance et qui est forcément la cause de tout ce qui déconne dans ma vie, parce que c'est trop facile de blâmer une force invisible plutôt que de mettre ça sur le dos de la vie et de ses aléas et de me concentrer sur tout le positif qui domine quand même pas mal le bordel. Je ne suis pas un être passif victime du Grand Destin Cruel. J'ai beaucoup plus de contrôle que ça sur les évènements et leur issue, et je compte bien m'en servir.
  2. Prendre soin de mon environnement : Parce qu'un esprit sain, c'est bien, un corps sain, c'est pas dégueu non plus, mais un environnement sain, propre, qui sent bon, bien rangé et dans lequel il fait bon vivre, c'est quand même pas mal. Se lever du bon pied dans un environnement agréable, ça permet de prendre un peu d'avance sur le chemin qui mène au combo corps sain/esprit sain, et c'est pas du luxe. Ce serait donc pas mal que j'arrête de commencer mes journées avec une vieille chaussette sur l'oreiller, une montagne de bouteilles de Coca et de Badoit vides au pied du lit et une pile de vaisselle dans l'évier.
  3. Faire confiance au jugement des autres : Si une majorité de personnes en qui j'ai plutôt tendance à avoir confiance me dit que je possède telle ou telle qualité, c'est p'tet qu'il y a un peu de vrai là-dedans. Je propose donc d'arrêter de rejeter et de remettre en question toutes les choses positives qu'on nous envoie dans la gueule et d'arrêter d'essayer d'expliquer aux gens à quel point ils ont tort parce que “nooon mais t'es pas objectif-ve et puis c'est parce que t'as vu tel truc sous tel angle ou dans telle situation mais crois-moi en vrai c'est pas comme ça et c'est merdique et je suis pourrie et je pue et de toute façon j'ai pas demandé à venir au monde”. À partir de maintenant on dit merci, on le rajoute à son petit index de “trucs cool à propos de moi” et on ressort la petite carte quand on a un coup de mou pour se rappeler que, si si, on possède bien cette qualité, et qu'on en a de la chance dis donc.
  4. Et inversement, accorder moins de valeur aux jugements négatifs : Je ne plairai jamais à tout le monde, c'est un fait. J'aurais beau être la pêche la plus juteuse et sucrée de la planète, il y aura toujours des gens qui n'aimeront pas les pêches. J'ai déjà fait beaucoup de progrès de ce côté là, mais je vais continuer dans la voie du “je m'en branle complet” concernant les jugements vides et stériles ou basés sur des trucs que je ne peux pas changer. Je ne ferai jamais l'unanimité, autant me faire à l'idée tout de suite, sinon la suite va être pénible. Le fait que des gens ne m'aiment pas ne fait pas de moi une mauvaise personne et ne devrait pas me paralyser pendant 48 heures et m'empêcher de dormir. J'ai trop de trucs à faire cette année pour m'embarrasser d'un tel fardeau. L'essentiel c'est que je sois en paix avec ce que je suis et que les gens qui m'aiment ne changent pas d'avis parce que je suis devenue une sombre connasse. 
  5. Fais ce que je dis, c'est ce que je fais (© LeReilly) : Dans la lignée de l'expression “Practice what you preach”, je vais tenter de passer de “je donne des bons conseils en théorie mais en pratique je me ramasse un peu la gueule” à “j'applique mes propres conseils et j'arrête de me trouver des excuses bidons”. Cette année, on met tout le savoir théorique qu'on a engrangé en pratique, on se sort les doigts et on se fait du bien, on se dirige vers des choses positives et on se tire vers le haut. Cette année, je m'occupe de moi, je m'implique dans ce qui compte vraiment et je fais le nécessaire pour me rendre heureuse, mener mes projets à terme et atteindre les objectifs sur lesquels je bave tous les jours en chouinant sans faire grand chose parce que pfff, la flemme, et puis ça sert à rien, et puis de toute façon je suis maudite alors bon.
  6. Donner encore plus d'amour et de trucs cool au monde : Le monde est un endroit cruel et pourri et méchant et vilain et bouuuh, caca. Souvent. Pas que, mais souvent. Du coup, au lieu d'en rajouter à la pile, je vais continuer à la jouer hippie des bois en essayant de véhiculer un maximum de choses positives, de donner de l'amour et de dire tout ce que je pense de positif aux gens qui me l'inspirent pour leur faire un peu de bien et d'arrêter de m'énerver pour des trucs de merde et de chier sur la gueule de gens qui m'ont fondamentalement pas fait grand chose, à part peut-être posséder un trait de personnalité qui ne me plait pas, aimer un truc que j'aime pas ou détester un truc que j'aime, ou mener une vie que je n'aimerais pas mener. C'est pas mes oignons, ça m'enlève rien, en vrai on s'en branle, et c'est pas en leur mettant des coups que je vais arranger quoi que ce soit à la situation. Et vu que je crois dur comme fer aux lois du karma et à l'effet boomerang des ondes qu'on diffuse, je vais égoïstement envoyer plein d'amour en espérant en recevoir autant en retour, VOILÀ.

Alors évidemment, tout ça ne se réalisera pas du jour au lendemain, et il y aura des ratés, mais je vais essayer d'aller dans cette direction parce qu'elle m'a l'air plutôt sympathique, de là où je me trouve.

Allez, bon vent 2014, tu m'auras bien brisé les reins, tu t'es assez mal terminée et tu m'as envoyé plein de trucs en travers de la gueule, mais c'est terminé, on passe à autre chose. Je garde une pensée pour toutes celles et ceux qui sont resté-e-s en arrière et qui ne nous suivront pas dans cette nouvelle étape, on vous emmène avec nous et on se nourrira de votre énergie pour trouver le courage d'avancer dans les moments les plus nuls (en espérant qu'ils soient assez peu nombreux).

Encore bonne année à vous, et plein de bisous et de bonnes choses et de trucs cool et de tout ça. 

Si vous rencontrez quelqu’un qui pense qu’il n’y a rien de plus laid qu’un chaton, est-ce que ça vous fera changer d’avis sur les chatons ? Est-ce que vous arrêterez de les trouver mignons ?

Ben c’est pareil avec vous-même. Le fait qu’une personne exprime un avis négatif (et non-constructif) à votre sujet ne devrait pas avoir d’impact sur l’image que vous avez de vous-même.

Vous restez des chatons.

Une histoire de narcissisme numérique et d'attention whores

J'adore les selfies.

J'adore, j'adore, J'ADORE les selfies, putain. Pas spécialement les miens, d'ailleurs. Je préfère ceux des autres.

J'adore traquer les tags #me et #selfie sur Tumblr et Instagram, j'adore voir d'autres visages, d'autres corps, d'autres physiques, d'autres genres, d'autres styles, d'autres vies, d'autres cultures, d'autres couleurs.

J'adore ce qui s'en dégage. Ces petits instants de bonheur et d'appréciation de soi et de l'endroit où on se trouve dans sa vie au moment où la photo a été prise. Ce petit élan d'amour, d'acceptation, de réappropriation de son corps. 

Les selfies qui disent “regardez-moi, comme je décide d'être vu-e”, “confirmez ce que je pense de moi-même à cet instant précis”. Ouais c'est nombriliste et narcissique, ouais c'est une demande d'attention, mais putain, j'aime tellement ça. Vous l'avez, mon attention. Je vous la donne avec le plus grand des plaisirs.

J'aime vous voir vous aimer, vous exposer, vous dévoiler. J'aime que vous puissiez le faire selon vos propres termes. J'aime qu'on puisse vous renvoyer une image positive de vous-même quand c'est pas la grande forme. 

Les selfies m'inspirent, me donnent des idées, me motivent, m'intriguent. Je peux y trouver une nouvelle idée de coupe ou de tenue. Une envie culinaire soudaine. Une idée de truc à faire, de bouquin à lire, de film à voir. Un message positif. Un message rassurant, même s'il est négatif, qui rappelle qu'on est pas seul-e. Des trucs à acheter, aussi, parce que je ne suis pas que nombriliste, je suis aussi matérialiste.

Ça nous permet de voir des corps et des styles et des personnalités qu'on ne voit pas beaucoup ailleurs.

J'aime cette option de partage. Alors oui, c'est assez fermé comme circuit, et ça change pas grand chose au monde, ça guérit pas les maladies et ça loge pas les pauvres, nan, c'est sûr. Mais ça ouvre des fenêtres sur le monde et ses citoyens (il n'y a pas que les blancs occidentaux qui sont adeptes des selfies, y en a PARTOUT, ça touche toutes les classes sociales et toutes les religions). 

J'aime voir comment les femmes voilées s'expriment sur leur foi et leur rapport aux vêtements religieux. Comment elles incorporent leur hijab à leur tenue, et comment elles le subliment avec leur maquillage. 

J'aime voir comment les adolescentes blanches américaines vivent leur vie, et gèrent leur rapport au corps.

J'aime voir comment les passionnées de yoga contorsionnent leur corps devant un objectif.

J'aime voir comment les femmes noires documentent leur retour au cheveu naturel et tentent de convaincre d'autres femmes de les suivre dans cette aventure. 

J'aime voir comment les transexuel-les documentent leur transition et s'approchent un peu plus de leur but à chaque cliché. 

J'aime suivre le quotidien des cam girls et des strip-teaseuses. 

C'est une autre façon de “lire” des histoires. Et j'adore ça. Et ça m'emmerde qu'on ne parle de cette pratique que sous le filtre de la duckface et des “attention whores”. Je déteste ce putain de terme, soi dit en passant.

Je vois pas le problème dans le fait de vouloir un peu d'attention et de le demander publiquement. Je vois pas le problème dans le fait de documenter une tenue parfaite, une coupe impeccable, un maquillage réussi. Je vois pas le problème dans le fait de montrer à tout le monde qu'à ce moment précis on se trouve mortel-le et classe et badass et sexy et stylé-e. Ou même de montrer sa sale gueule de lendemain de fête. Peu importe. 

J'aime le fait qu'on puisse disposer de notre image. 

Je trouve ça tellement cool.

J'adore les selfies, putain.

Une histoire de sexualisation et de "mauvais exemples".

Alors alors… 

J’arrête pas de penser au clip de Nicki Minaj et à toutes les critiques que je peux lire dessus, qui sont des critiques de premier niveau - dans le sens où ça tourne toujours autour des mêmes choses : c’est vulgaire, et vraiment, dans quelle époque on vit, et quelle grosse trainée cette Nicki putain.

Alors je sais pas si c’est parce que j’ai le cerveau complètement cramé, mais moi j’y vois quelque chose d’extrêmement positif. C’est une petite révolution qui, sans trop dévier des codes actuels, cherche à inverser un peu la tendance et en faire quelque chose de plus intéressant.

Avant de développer, j’aimerais revenir sur un autre point qui commence légèrement à me les briser. J’arrête pas d’entendre les gens se plaindre de notre époque, des problèmes d’hypersexualisation, de chosification etc. et de s’inquiéter du sort des pauvres gamines qui grandissent en voyant Miley Cyrus agiter son minuscule cul dans un body en latex.

Mais je tiens quand même à rappeler que nous faisons partie de la génération qui s’est construite devant les Spice Girls en micro-micro-robes et Britney et Xtina en jeans supra-supra-taille basse, avec des foulards en guise de hauts et des looks à base de jambières-culotte et strings par-dessus le pantalon.

Ça s’est offusqué à tout va quand RiRi s’est pointée en robe transparente alors que Rose McGowan avait été dix fois moins subtile en 1998. C’est pas pour autant qu’on a sombré dans la débauche la plus profonde (et quand bien même, je vois pas tellement le souci). Je trouve même qu’on a plutôt pas trop mal tourné.

Bref.

Pour en revenir à Anaconda, il y a deux scènes importantes dont j’aimerais parler rapidement :

1. Nicki qui s’enfonce une banane au fond de la gorge avant de la découper en rondelles et de la balancer en prenant un air mi-dégoûté mi-amusé = voilà ce que j’en fais de ton symbole phallique omniprésent à la con.

2. La scène du lap dance sur un Drake emo complètement passif qui n’a pas de dialogue, pas de verse, pas de chorus, pas de choré, pas d’identité, qui n’est là que pour recevoir la danse de Nicki qui s’empresse de lui claquer la main quand il fait mine de vouloir tâter son boule avant de se barrer sans un regard en arrière. Drake n’est pas un anonyme, c’est un artiste mondialement (re)connu dont tout le monde connait l'existence et qui n’est ici qu’un simple accessoire. Il n’est pas là pour faire un featuring ou se faire astiquer la braguette par dix poupées conciliantes et muettes, c’est un élément du décor, et je trouve ça super cool.

Donc ouais, au final Nicki montre son cul, montre sa raie, écarte les jambes, se traine par terre, passe beaucoup de temps à quatre pattes (et se fend d’un couplet sur les femmes minces qui me chiffonne pas mal, J’AVOUE) - mais elle le fait pour elle, parce que c’est ce qu’elle a envie de faire, que c’est elle qui pilote et qu’elle contrôle totalement son corps et son image. Elle n’est plus objet sexuel mais sujet sexuel.

Le fait qu’elle adopte une posture qui s’apparente à de la soumission sexuelle ne lui enlève en rien ce pouvoir. (Un jour je vous parlerai de ma théorie selon laquelle le vrai pouvoir sexuel réside dans la soumission absolue.) C’est elle qui pose les limites, c’est elle qui choisit ce qu’elle met en valeur, en spectacle, et c’est elle qui décide où et quand ça s’arrête.

De plus qu’on parle d’une artiste qui encourage constamment ses fans à rester à l’école, se construire une éducation (et donc des armes supplémentaires), soutenir les autres femmes au lieu de s’y opposer par principe, refuser tout manque de respect de la part de leurs partenaires et ne pas se laisser traiter comme de la merde par le premier débile venu et autres principes de base qu’on entend finalement pas si souvent dans le milieu. Qu’on aime ou non sa musique n’a pas grand chose à foutre dans le débat, pour le coup. Mais qu’on vienne pas me dire qu’elle pourrit la tête de ses fans et qu’elle offre un bien piètre modèle à celles qui l’idolâtrent. Je ne dis pas qu'elle est irréprochable hein, mais putain, y a TELLEMENT pire.

Et globalement, tous ces débats sur les « mauvais » modèles que représentent toutes ces artistes me pètent les reins. D’un point de vue purement personnel et pas tellement objectif, hein, je l’admets totalement - mais tout simplement parce que, que ce soit Miley, Nicki, Beyoncé, Rihanna, Kesha ou leurs autres camarades, elles m’apportent toutes quelque chose.

Ça veut pas dire qu’elle me donnent toutes envie de me déplacer uniquement à quatre pattes avec la raie à l’air en me léchant les lèvres et en pulvérisant mes phéromones à tous les coins de rue, mais je tire toujours quelque chose de positif de leurs chansons, leurs clips, leurs prestations, leurs interventions diverses.

Elles me donnent toutes envie de prendre le contrôle de mon corps et de ma vie, de prendre soin de moi, de me célébrer, de danser jusqu’au bout de la nuit, de me prendre pour une diva, une princesse, une reine, une strip-teaseuse, de me faire tatouer “Head Bitch In Charge” sur le front. Et évidemment, la vie que je mène m’empêche d’aller au bout du délire mais c’est l’état d’esprit qui compte avant tout et ces femmes me donnent chaque jour un peu plus de force et de courage et me rendent fière et déterminée.

Quand je suis seule dans ma chambre, pas lavée, en pyjama Tortues Ninja, avec les cheveux gras et emmêlés, il suffit que je balance une de leurs chansons et je me met à tortiller du cul et à me sentir sexy alors que j’en suis vraaaiment loin. Parce qu’elles arrivent à me faire croire que je suis capable de tout, que j’ai le monde à mes pieds, qu’il n’attend que moi, et que je fais partie d’une armée d’amazones invincibles et féroces.

Tout ça parce que j’ai dansé sur de la pop sucrée qui parle de frotter son cul sur des mecs et d’être la plus bonne sur le dancefloor avant de finir avec la gueule sur le carrelage et du vomi dans les cheveux.

Alors bien sûr, elles bossent en collaboration avec toutes mes autres “idoles”, toutes mes inspirations littéraires et cinématographiques et historiques, et elles ne sont pas les seules responsables de cet état d’esprit mais parce qu’elles y contribuent souvent, je suis obligée de le reconnaître et de l’assumer.

Et si je passe toujours par une phase de “pfff, elles sont tellement plus belles que moi et moi j'suis molle et moche et gngngn”, elles arrivent assez rapidement à me convaincre du contraire et à me regarder avec un peu plus d'amour (et à me bouger un peu le derche pour sublimer ce que j'ai déjà).

Elles m'offrent des petits shots de confiance en moi qui viennent s'inscrire dans une construction et une alimentation de mon esprit plus globales, de quoi m'aider à tenir le coup, de quoi me pousser à me tenir droite et à relever la tête le temps de retrouver le courage de m'attaquer aux choses sérieuses - et pour ça, j'ai plus envie de les remercier que de leur cracher à la gueule en les suppliant de se rhabiller.

Pardon, c'était long. 

Hier, j’étais au restaurant avec une amie, A., et le serveur s’amusait à nous faire des petites blagues de serveur, comme voler toutes les affaires personnelles qu’on posait sur notre table.

Il a d’abord embarqué le portefeuille de mon amie, puis son briquet, et prenait un malin plaisir à faire le tour de la salle avec les objets volés avant de revenir nous dire qu’il aurait très bien pu partir avec, haha, rigolo. Il était tout jovial, tout fier de ses blagues, content de lui et de son humour qui, à coup sûr, charme toutes les jeunes femmes de passage.

Du coup, A. me dit “Si il continue je vais lui poser ma vieille serviette hygiénique sur la table, ça va le calmer.” ce à quoi je réponds “Attends, j’ai un tampon !” avant d’en récupérer un dans mon sac et de le poser sur la table.

Lorsqu’il est venu débarrasser nos assiettes et qu’il a posé les yeux sur le tampon, il s’est décomposé, son regard s’est figé, il n’a pas dit un mot. Quand A. lui a demandé “Bah, vous le prenez pas celui-là ?” il n’a même pas répondu, il s’est contenté d’élargir un peu son rictus glacial et s’est barré avec nos assiettes, sans dire un mot.

Il ne nous a pas dit au revoir et ne nous a même pas regardées dans les yeux quand on est parties.

C’est quand même incroyable, le pouvoir des règles sur certains hommes. Ça leur fait le même effet qu’un vampire face à un crucifix, c’est fou.

En tout cas, on a bien rigolé.

De l'art de corriger ses travers.

Il y a des vieux réflexes dont il est plus difficile de se débarrasser, parce que notre entourage, “la société” comme on dit, nous encourage à les cultiver.

Comme celui de toiser et décortiquer mentalement toutes les femmes qu'on croise, pour voir ce qu'elles ont de mieux ou de moins bien que nous.

Il m'arrive encore de le faire, bien plus rarement qu'il y a… disons cinq ans, par exemple, mais la différence c'est que maintenant je finis toujours par me reprendre avant de trop salir mon karma et par retourner la situation de manière à laisser mon cerveau dans un état à peu près correct, sans traces de venin et de goudron. J'en ai suffisamment profité quand j'étais plus jeune, j'ai été absolument ignoble et cruelle par moments, dans le seul but de pointer mon canon sur une autre personne que moi au moins quelques minutes par jour et dans l'espoir d'oublier mes propres travers. 

Et aujourd'hui, alors que j'étais encore occupée à reproduire cette sale habitude dans le métro, et que je tentait, comme à chaque fois, de contrecarrer les plans de mon cerveau en lui susurrant de douces paroles féministes et semi-hippies à l'oreille, la femme que j'avais prise pour cible, elle, était trop occupée à se faire embrasser la-bouche-puis-le-nez-puis-la-bouche par son amoureux. Une scène qui aurait dû m'attendrir si je n'avais pas été une connasse en pleine rédemption. 

J'avais enfin réussi à me débarrasser des saloperies qui encombraient mon esprit quand j'ai vu son mec se lever et descendre, la laissant seule avec un petit sourire niais et une grosse trace de rouge à lèvres sur le nez. J'aurais pu la laisser comme ça, me moquer mentalement et penser au moment où elle croiserait enfin un miroir, constaterait les dégâts, et retracerait toutes les étapes de son périple pour calculer le nombre approximatif de kilomètres parcourus en public avec un nez de clown. 

Mais puisque recadrer ses pensées ne suffit pas à corriger un comportement que je juge désormais méprisant et révoltant, j'ai retiré mon casque, je me suis penchée vers elle, et je lui ai dit : “Excusez-moi, je ne voudrais pas vous embarrasser mais il vous a laissé une petite trace de rouge à lèvres sur le nez.

Elle a rougi, pouffé, porté la main à son nez et a commencé à frotter à l'aveugle, en me demandant où. J'ai bafouillé, j'ai dit “Euh… c'est… attendez… l… bougez pas.” et j'ai frotté son nez du bout du doigt, pour enlever le plus gros et lui indiquer l'endroit à nettoyer. Elle a fini le boulot toute seule, m'a demandé si tout était bien parti, j'ai dit oui, et on a toutes les deux gloussé à travers nos sourires gênés en regardant dans deux directions opposées avant de faire semblant de s'endormir pendant le reste du trajet pour s'éviter une nouvelle dose de malaise.

Quand je suis arrivée à mon arrêt, je me suis levée, je lui ai souhaité une bonne soirée, elle m'a remerciée à nouveau, et nous avons repris le cours de nos vies, avec des petits sourires satisfaits plaqués sur nos visages au maquillage désormais impeccable.

Parce qu'on nous répète sans arrêt qu'on doit cesser de s'opposer les unes aux autres et qu'on doit se soutenir, avancer ensemble, s'entraider et se rendre la vie plus facile, et que pour moi, ça commence au moins comme ça. 

Ne laisse pas tes soeurs traverser la ville avec un nez de clown, et l'univers te le rendra sûrement. 

CONCLUSION.

Eh ben, au cas où ça vous intéresserait, moi ce que j'en conclue de tout ça, c'est que beaucoup de bonnes choses sont ressorties de cette sale histoire, que les messages de haine ont été complètement ensevelis sous les messages d'amour et de soutien, que le monde est peuplé de gens très chouettes et que j'ai bien de la chance, de manière générale. 

Il faudra beaucoup plus qu'une poignée de crétins finis à la pisse pour me faire fermer ma gueule ou me faire perdre foi en l'humanité. Je continuerai à porter des jupes, et je suis très heureuse que cette expérience ait pu au moins servir à jeter un petit coup de projecteur sur ce qui constitue malheureusement le quotidien de beaucoup trop de gens. J'en ai chié, je m'en suis bien mangé plein la tronche, mais ça en valait largement la peine. 

Encore un énième merci à tous ceux qui m'ont aidée à traverser tout ça à l'aide de leurs mots et de leur soutien. 

Une histoire de construction, de renaissance et de parcours chaotique.

La semaine dernière, j'ai reçu un mail d'une lectrice de 18 ans me demandant s'il était normal qu'à son âge elle ne sache pas quoi faire de sa vie, me disant qu'elle se sentait nulle et perdue et qu'elle ne voyait aucune issue à sa vie - qu'elle aimait écrire, mais qu'elle ne savait pas trop quoi en faire, et qu'elle n'avait aucun plan de carrière. Elle me demandait conseil, comme ça arrive encore assez régulièrement, et comme à chaque fois, je ne sais jamais trop quoi dire.

Elle était persuadée, comme beaucoup, que j'avais suivi des études précises qui m'avaient amenée au point où j'en suis aujourd'hui, que tout était la conséquence d'un parcours bien mené, bien suivi et régulier. 

Histoire de remettre les choses à leur place, laissez-moi vous parler de celle que j'étais à 18 ans.

À 18 ans, j'avais aucune idée de ce que je voulais faire, ou de celle que je voulais être. 

À 18 ans, j'étais dépressive, déscolarisée depuis deux ans (après avoir redoublé ma seconde), je ne voyais presque personne, j'étais toujours seule, je n'éprouvais que de la haine pour moi-même, et je n'avais qu'une envie, c'était de disparaître. Pas de mourir, juste de disparaître, pouf, d'un coup, comme ça. D'aller flotter deux ou trois siècles dans l'espace, le temps que ça passe, et éventuellement revenir après. 

À 18 ans, je n'avais aucun espoir, aucune envie concrète, aucun projet. Je me sentais bloquée, condamnée, terminée, acculée. Je ne voyais aucune issue possible. Chaque réveil était comme un coup de hachoir dans le bide, je ne supportais plus la lumière du soleil, je ne supportais plus d'entendre le monde tourner et vivre de l'autre côté du mur, le simple fait de sortir acheter des clopes était une épreuve insurmontable.

J'alternais entre des périodes où je me noyais dans des flots de sentiments et d'émotions diverses, entre haine, rage, rancoeur, douleur, incompréhension, frustration, désespoir et autres choses réjouissantes de cet ordre là, et d'autres où je ne ressentais rien, où je me sentais vide et complètement amorphe. Je préférais ces moments là, parce qu'ils étaient plus faciles à gérer. L'anesthésie des sentiments me permettait de souffler un peu, je ne me sentais jamais mieux que quand je ne ressentais rien - et j'espérais secrètement que ça dure pour toujours.

D'un autre côté, j'étais frustrée de ne pas ressentir ce que tout le monde autour de moi semblait expérimenter au quotidien. Tout ce qui faisait d'eux des humains actifs et accomplis - ou au moins en construction.

Mon chantier à moi était interrompu depuis plusieurs années déjà, et plus le temps passait, plus le semblant de fondations qui tenaient encore debout menaçait de se péter la gueule une bonne fois pour toutes. 

À 18 ans, j'ai entendu ma mère - pédagogue, optimiste, impliquée jusqu'à la moelle dans mon éducation et la quête de mon bien-être - me dire qu'il n'y avait plus que deux solutions : soit je me sortais de là une bonne fois pour toutes, soit je finissais internée.

À 18 ans, j'ai vu de la peur dans le regard de ma mère. Pas une peur passagère, mais une peur primaire, pesant sur tout son être - la peur de perdre définitivement son enfant et de ne jamais réussir à la faire basculer du bon côté. 

À 19 ans, j'en étais pas encore sortie. J'ai quitté Paris pour aller faire un peu n'importe quoi dans le sud de la France, où j'ai pris un studio (payé par ma mère, qui ne roulait pourtant pas sur l'or) (la condition étant que je devais trouver un job, évidemment) (j'ai été serveuse deux semaines sur les six mois où j'ai vécu là-bas) et je me suis offert une petite retraite spirituelle. J'avais besoin de m'éloigner du bruit, de mes démons, des gens qui connaissaient mon histoire et mes travers, et de me retrouver seule face à moi-même, histoire de comprendre une bonne fois pour toutes ce qui clochait, afin, peut-être, d'y remédier un jour.

C'est là que j'ai pris la décision de partir pour Londres, pour m'éloigner encore plus sous le prétexte de “retrouver mes racines”. Je me suis inscrite sur un site de recherches de filles au pair, j'ai trouvé une famille, j'ai fait une escale d'un mois à Paris le temps de régler quelques détails et je suis partie.

J'ai passé 5 mois là-bas, à bosser tous les jours, à raconter à tout le monde que je voulais être actrice et écrivain, à noircir des pages et pages de carnets dans l'espoir de trouver un jour l'angle idéal pour commencer à rédiger l'oeuvre de ma vie - tout en passant au moins un soir par semaine à pleurer dans l'oreille de ma mère au téléphone parce que j'allais toujours aussi mal et que je ne comprenais pas pourquoi.

J'ai fini par rentrer en France, parce que mon meilleur ami m'avait proposé d'emménager avec lui et de monter une coloc créative et inspirante et excitante - sachant qu'il était, comme moi, du genre à trouver un nouveau projet génial chaque semaine avant de passer à une autre idée. Le propre des gens paumés, en somme.

Je suis donc rentrée, nous avons tous les deux emménagé chez ma mère, dans ma chambre d'ado de 10m2 environ, on dormait tête-bêche dans mon lit une place, lui dans un sac de couchage, moi sous ma couette - et là encore, ça a duré 5 mois. 

On ne trouvait pas d'appart, je ne trouvais (cherchais) pas vraiment de boulot, mes angoisses ne se calmaient pas, je passais des nuits assise par terre dans le noir à écrire des micro-nouvelles et à pratiquer l'écriture automatique entre deux crises, je ne sentais aucune amélioration venir et j'avais, encore une fois, envie que tout s'arrête.

On a fini par admettre qu'on ne vivrait jamais ensemble, que c'était trop compliqué, et mon meilleur ami s'est trouvé un appartement tout seul.

J'étais de retour à la case départ, seule, chez ma mère, après tout un périple qui n'avait servi à rien.

Ce n'est que l'année suivante, celle de mes 21 ans, que j'ai commencé à remonter la pente. J'ai rencontré de nouvelles personnes, dont le premier garçon dont je suis tombée amoureuse, j'ai pris rendez-vous chez un psy, et je me suis inscrite au lycée du temps choisi - une structure réservée aux gens au parcours chaotique qui voulaient quand même passer leur bac mais qui ne pouvaient pas trouver leur place dans une structure classique.

J'ai eu mon bac (avec mention) après avoir séché environ 6 mois de l'année (personne dans mon entourage n'y croyait, pas même mes enseignants ni mes meilleurs amis, à part ma mère) et ça m'a propulsée dans les nuages. 

J'avais l'impression que le monde m'appartenait, que j'étais capable de tout réussir, parce que j'étais allée au bout d'un truc pour la première fois de ma vie et que j'en étais sortie victorieuse. C'était ma toute première victoire, mon tout premier objectif rempli, la preuve que tout ce que je m'étais dit ces dernières années était faux - je n'étais pas foutue, ce n'était pas sans espoir, il y avait toujours moyen de rebondir et je n'étais pas une merde sans nom, bête à manger du foin, incapable d'accomplir quoi que ce soit. 

C'est à partir de là que j'ai commencé à sortir de mon cocon - j'écrivais de plus en plus régulièrement pour madmoiZelle, je bossais à la radio, j'avais plein de potes à la fac (même si j'avais perdu tous ceux que j'avais rencontré l'année précédente entre temps, parce qu'ils avaient perdu patience et ne me supportaient plus), et c'est là que ma vie a véritablement commencé.

Et pourtant, je me suis lancée dans des études d'anglais pensant que je voulais devenir traductrice audiovisuelle, mais mon petit projet d'à côté (madmoiZelle) est finalement devenu ma carrière sans même que je m'en rende compte. J'ai largué mes études au bout de deux ans, sans même valider ma deuxième année, et j'ai sauté dans le vide (avec un bon filet de sécurité, certes, mais quand même).

Et aujourd'hui j'en suis là. Et je suis loin d'être arrivée.

Là encore, j'ai pris un risque. Je ne sais pas de quoi sera fait mon quotidien dans six mois, quand je n'aurai plus droit au chômage. Je ne sais pas si je vais réussir à écrire mon bouquin. J'ai encore mes périodes de doute. En ce moment j'ai plutôt tendance à me dire que j'ai fait la pire erreur de ma vie, que je ne suis qu'une merde et que j'ai largement sous-estimé la tâche en question et que je vais jamais y arriver et que je vais devoir admettre ma défaite devant tout le monde après avoir fanfaronné comme une conne.

Mais la différence, c'est que maintenant je sais que je suis capable d'aller au bout des choses - même si je bifurque en cours de route. Je ne dis pas que je suis certaine d'écrire ce bouquin et de le publier et de pondre le succès de l'année, mais je sais que je vais aller au bout de mon envie, que je vais essayer de toutes mes forces, et que ça veut dire que je vais aussi devoir affronter les périodes de doute et de mal-être qui vont avec.

Sauf que maintenant, je sais qu'elle ne tuent pas. Et qu'elles ne m'empêcheront plus jamais d'avancer.

Alors voilà, je ne dis pas que mon parcours est le parcours à suivre, je ne dis pas que c'est la solution ou que c'est facile d'en arriver là. Mais si à 18, 20 ou 25 piges vous vous levez tous les matins en vous détestant et en détestant votre vie, persuadé-e-s que vous n'arriverez jamais à rien, sachez que ce n'est pas une obligation. 

Et je vous souhaite, à tout-e-s, de trouver ce qui vous permettra de découvrir votre valeur et votre force, de surmonter l'obstacle qui vous ouvrira toutes les autres portes de la réussite et d'aller au bout de vos envies, quoi qu'il arrive. 

Une histoire de cicatrisation et d'amour, putain de merde.

À chaud, à froid, à tiède, je sais pas trop où j'en suis sur l'échelle des températures concernant ma réaction émotionnelle, mais difficile de se taire après avoir suivi un tel calvaire pendant trois jours.

Trois jours de haine, de violence, de peur, d'appréhension. Trois jours de soutien, de solidarité, d'amour, d'union, de rassemblements, d'espoir aussi. 

Difficile de ne pas tomber dans le pathos et de sortir les violons à la fin (?) de cette épreuve. J'ai le coeur dans la gorge, les yeux qui n'en finissent plus de se remplir de larmes et je n'ai jamais vécu un tel mélange d'émotions négatives et positives en même temps.

Mais malgré la rage et la colère, malgré la douleur, c'est quand même l'amour qui l'emporte. Parce que ce que j'ai vu le plus, ces derniers jours, c'est une succession de preuves d'amour et d'humanité venant de tous les bords, de tous les côtés, de tous les pays, de toutes les castes, de tous les foyers. À travers la violence, nous avons su percer par la force de notre amour. Dès la première seconde nous avons refusé de flancher, de nous laisser abattre et dominer, de les laisser gagner. Nous avons refusé d'abandonner tout espoir et de pointer le voisin du doigt pour abattre notre rancoeur sur sa gueule.

Alors oui, il y a eu, et il y aura encore, des débordements. Oui, il y a des propos haineux et nauséabonds, pétris d'ignorance et de mépris. Mais pour la première fois, ils se sont faits piétiner par une vague triomphante de bienveillance.

Nous avons tous tendu nos mains et nous sommes tous allés à la rencontre les uns des autres plutôt que de céder à la tentation du repli et de la peur. 

Et je voudrais qu'on se souvienne de ça. Que ça devienne notre norme. Qu'on continue sur cette lancée et qu'on ne la laisse pas n'être qu'épisodique, n'être que le symptôme d'une attaque envers nos libertés. Qu'on ne se laisse plus jamais dire que de toute façon, les gens ne s'unissent que quand on les y force. Que toute cette histoire nous serve, à défaut de nous détruire et de nous séparer. Qu'on puisse y puiser plus de force encore, plus d'amour, plus de tolérance, et qu'on écrase la haine par notre envie d'aimer, d'être aimés, et de voir la haine faiblir sous nos cris et nos rires.

Je voudrais qu'on cesse aussi de me répondre que “C'est déjà trop tard” et que “Pff, au train où vont les choses, ça m'étonnerait”, parce qu'il n'est jamais, jamais, jamais trop tard. Et que s'avouer vaincus ne fera que rendre les choses plus faciles pour ceux qui souhaitent nous nuire. Qu'on cesse deux minutes de faire preuve de ce cynisme à chier qui se prétend lucide et réaliste. Être réaliste, c'est s'avouer qu'on a tous une part de responsabilité dans cette histoire, qu'on peut tous agir, et qu'on peut toujours changer les choses. Alors non, c'est pas en faisant une ronde autour de la fontaine de la République un dimanche qu'on va guérir le monde et amener la paix dans tous les coeurs. Mais ça vous dirait pas de commencer quelque part ?

De commencer en se rassemblant, en cessant de se diviser pour un oui ou pour un non, en mettant nos querelles d'égo merdiques de côté ? En agissant aussi, quand on est témoin d'un acte ou d'une parole déplacée, faisant comprendre à ceux qui n'en sont pas encore là qu'il y a un souci dans leur comportement, que c'est grave, et que la vie est vachement plus cool de notre côté ? 

Continuons à exprimer nos désaccords, nos divergences de points de vue, nos opinions diverses. Continuons à parler, à échanger, à tenter de se comprendre les uns les autres, qu'on soit voisins d'esprits ou totalement opposés. Mais putain, qu'on arrête de se taper sur la gueule dès qu'on se comprend pas ou qu'on prend la mouche. Qu'on cesse d'accuser une masse d'être responsable des faits et gestes d'une poignée de monstres qui s'abritent sous un prétexte qui a perdu tout son sens. 

Et aimez-vous, bordel de merde, c'est quand même pas compliqué. Me dites pas que ça vous a pas touchés et soulagés, que ça vous a pas fait un bien fou de vous unir les uns aux autres pour faire face à la terreur. Parce qu'on a besoin d'être ensemble. 

Retenez donc cette leçon, histoire qu'on arrête de passer pour des cons. Donnons tort à tous ceux qui disent “Que d'la gueule !”. 

Une histoire de deuil et d'injustice.

Ma cousine est morte cette nuit.

J'avais beau m'y attendre, j'avais beau savoir que ça allait arriver, je ne m'y attendais pas si vite et je n'ai jamais réussi à chasser le microscopique espoir de la voir guérir, par miracle. 

Et c'est dégueulasse, et c'est injuste, et malgré tous mes beaux discours sur la vie qui n'a pas à être juste, qui n'a pas de jugement, qui n'est responsable de rien, j'ai envie de hurler et de vomir ma haine et ma rancoeur aux quatre coins du monde. Mais ça n'arrangerait rien. Ça ne changerait rien.

Et je sais qu'elle est sûrement bien mieux maintenant que ces dernières semaines de souffrance et de demi-conscience, et qu'il était grand temps qu'elle soit soulagée de ses douleurs et de ses peines, mais putain, comment tu rationalises la mort d'une enfant ? Comment tu fais pour encaisser un truc pareil ?

J'ai toujours vu mes cousins et cousines comme mes frères et soeurs, j'ai toujours été l'aînée, j'ai tout fait pour qu'ils sentent qu'ils pouvaient s'appuyer sur moi et me poser toutes les questions qui leur passaient par la tête et que je ne les jugerai jamais et j'ai toujours fait la grosse débile pour les faire marrer et là je suis en miettes. J'ai perdu ma petite soeur, j'ai perdu cette étincelle, ce début de vie, cette ébauche de personnalité qui promettait tellement de belles choses.

Et c'est nul, et c'est cliché, et c'est pourri, mais je me raccroche à cette merde de “au moins j'ai de la chance de l'avoir connue” parce que oui, j'en ai de la chance putain, elle était tellement cool. Elle m'a fait tellement rire et elle m'a tellement touchée et on s'est donné tellement d'amour et on s'est tellement vannées et c'était trop court putain.

Elle avait toutes les qualités de la famille. Elle était intelligente, belle, optimiste, furieuse de vivre, battante, espiègle, drôle, maligne, curieuse. C'était une enfant. Elle avait des projets plein la tête et la bouche, elle rêvait d'un après, d'une vie sans hôpitaux et sans fauteuil roulant et elle regardait mes cheveux en me disant “t'as de la chance, j'espère que les miens seront aussi longs un jour” et je passais mon temps à me mordre la langue parce que je savais que ce jour n'arriverait pas et c'est infect comme mode de pensée.

On baigne tous dans des discours d'espoir et on compte tous sur la promesse qu'un jour tout ira mieux, et que tout va s'arranger, et qu'il faut laisser le temps au temps, et on passe des vies entières à miser sur l'avenir et ses promesses de guérison. Mais là, pour la première fois, j'étais face à un mur, à une porte condamnée, et aujourd'hui ça y est, on y est. 

On y est.

Et c'est bien de la merde. 

Et en même temps, qu'est-ce que tu veux gueuler contre la mort, sans déconner ? Comment tu veux raisonner avec la mort ? Tu peux rien faire. Tu restes assis et t'encaisses, voilà ce que tu fais. Parce que c'est normal et naturel et que parfois ça tombe un peu plus tôt que prévu et que tu peux strictement rien y faire. Tu peux pas te battre contre la mort. Tu peux pas manifester contre la mort. Tu peux pas faire la grève de la mort. Alors qu'est-ce qu'on peut faire d'autre à part se rouler dans ses larmes et sa morve et attendre que la douleur s'estompe, attendre que ça fasse son petit chemin dans ta tronche, attendre que ça devienne un très mauvais souvenir ?

Bah rien. 

Tu chiales et t'attends. 

Alors j'attends.