jacques rebotier

c’est lui, c’est lui
aussitôt j’ai su
à l’instant même où il
mon sang a fait son grand tour
à l’instant même où je l’ai vu
dès que je vous ai vu, tu m’as plu
dès qu’il m’a regardé, je n’ai plus pu
dès ce moment je n’ai eu de cesse de
il a suffi que vous, il a fallu que tu
mon cœur l’a reconnu au premier coup de son œil
c’était en bas, dans la rue, chez des amis, au café
(il pleuvait)
son âme tout entière vaut le regard, détour, voyage
je vous aime depuis tous ces yeux que vous m’avez balancés
je vous aime car ma gorge s’est renouée, mon sang n’a fait qu’un, mes veines sont devenue bleues
vous m’avez donné le goût des larmes, des chaudes larmes, du sel dans la bouche
je vous aime pour tout ce sang que vous avez retourné jusqu’à ce que mon plus grand silence apparaisse
c’était chez des organes, il pleuvait, c’était au café, dans une salle d’attente, c’était, c’était là
quand je pense que je nous attendais depuis tant de temps, depuis tout le temps, depuis tout de suite, depuis là
—  Jacques Rebotier, Litanie du coup de foudre 
Litanie du coup de foudre - Rebotier

1  je…
2  c'est lui !
3  j'en suis sûr
4  c'est lui, c'est lui
5  aussitôt j'ai su
6  à l'instant même où il
7  mon sang a fait son grand tour
8  à l'instant même où je l'ai vu
9  dès que je vous ai vu, tu m'as plu
10 dès qu'il m'a regardé, je n'ai plus pu
11 dès ce moment je n'ai eu de cesse de
12 il a suffi que vous, il a fallu que tu
(oui…)
13 mon cœur l'a reconnu au premier coup de son œil
14 c'était en bas, dans la rue, chez des amis, au café
(il pleuvait)
15 son âme tout entière vaut le regard, détour, voyage
16 je vous aime depuis que je vous ai vu avec vos cheveux
17 je vous aime depuis que tous ces yeux que vous m'avez balancés
18 je vous aime pour cette façon dont vous m'avez dit je vous aime
19 je vous aime sur mon cœur, sans les mains, sous les pieds, plus si affinités
20 je vous aime pour c'est comme si nous nous étions toujours déjà rencontrés
21 dès qu'il est apparu, tout de suite il m'a sauté aux yeux et il m'a fait les poches
22 je vous aime pour ce moi qui m'aimais toi qui t'aimais et nous qui n'avons vu que nous
23 j'aime votre tête, j'aime votre bec, et les plumes, et les ongles, j'aime ton tronc
24 à l'instant où, sitôt que, aussitôt que, dès cet instant dorénavant (c'est pas ça du tout)
25 je vous aime pour ma gorge s'est renouée, mon sang n'a fait qu'un, mes veines sont devenue bleues
26 vous m'avez donné le goût des larmes, des chaudes larmes, du sel dans la bouche, du petit salé
27 je vous aime pour tout ce sang que vous avez retourné jusqu'à ce que mon plus grand silence apparaisse
28 c'était chez des organes, il pleuvait, c'était au café, dans une salle d'attente, c'était, c'était là
29 quand je pense que je nous attendais depuis tant de temps, depuis tout le temps, depuis tout de suite, depuis là
30 pour ma sécurité ne tentez pas de monter en voiture au moment de ma fermeture et du chant du départ
31 pour votre félicité entrez sur vos mains courantes en marchant dans ma vie essuyez-vous les pieds (c'est pas ça non plus)
(non…)
32 pour ce qu'avant de quoi je n'existais pas, je ne vivais pas, je n'existais pas auparavant, je n'existais pas vraiment
(non, non vous ne pouvez pas dire cela, Rosalie)
33 je ne pense qu'à vous, je ne mange plus, je ne dors plus, je ne pense plus, je ne pense qu'à nous, je ne pense plus qu'à moi
34 quand je pense, quand je pense que vous (pensez-vous…) quand j'y pense, je me rappelle tant de choses, mais je n'y pense pas souvent.

Litanie du coup de foudre 
de Jacques Rebotier

Poésie/Gallimard

(droits réservés)

la girafe

la girafe

La girafe est un animal metaphysique, en ce sens qu'il se tient haut au-dessus de la physique. Comme l'araignee. Toutes deux ont un tres long cou, mais la giraffe a son cou loin sorti du corps. L'araignee, absolument pas. 

La girafe est un quadrupede. Un cou egale a peu pres une patte (sur le plan metaphysique, s'entend.) Elle s'agenouille pour boire, pour copuler, pour pisser, pour s'agenouille. Dont acte. On peut monte le long de son cou, mais on glisse.




the giraffe

The giraffe is a metaphysical animal, because it stands high above the physical. Like the spider. Both have very long necks, but the giraffe’s neck sticks out far from its body. The spider’s, definitely not. 

The giraffe is a quadruped. Its neck is like one of its legs (metaphysically, that is.) It kneels to drink, to fuck, to piss, to kneel. Duly noted. You can ride its neck-leg but you’ll slip off.

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Jacques Rebotier, translated by Zachary Schomburg