il est libre

"La contradiction est un art dans lequel l'être humain excelle par sa bêtise".

J'avais envie de mettre cette phrase là. Je la trouve plutôt représentative. Si tu la lis et qu'en voyant la photo tu te sens visé, outré, alors prends quand même le temps de lire tout le pavé que je mets derrière. A moins que tu veuilles le prendre de travers et réagir au pifomètre et à côté de la plaque (oui en général c'est le plus facile à faire). Ce pavé me permettra peut-être aussi de faire comprendre, à ceux qui s'y retrouvent plus ou moins, ce que je me dis dans ma tête quand j'entends leurs réactions, ce qui me hérisse le poil, ce qui me paraît illogique. Tu as le droit de ne pas être d'accord ! Tu es libre, je te considère comme mon égal et mon opinion n'a pas plus de valeur qu'une autre, saches-le ! C'est ce qui est bon dans la différence et la liberté d'expression.

En parcourant un peu le net, je tombe souvent sur des articles assez variés concernant des violences de tous types. J'ai remarqué que lorsqu'il s'agit de violence dans un couple ou envers les animaux, les commentaires font preuve d'empathie, de révolte, de colère et j'en passe.

Plus récemment j'ai lu des commentaires sur des articles concernant les VEO. Oui les VEO, tu sais bien, les “violences éducatives ordinaires”. Une discipline très en vogue en France mais qui est déjà devenue obsolète dans plusieurs pays qui nous entourent (et où les enfants restent polis, courtois, bien élevés, etc…).
La majorité des français qui réagissaient à ces articles trouvent cela normal de frapper de temps en temps les gamins…. “pour qu'ils sachent qu'ils ont fait une bêtise, qu'il comprennent que c'est pas bien, qu'il faut pas recommencer, bla bla blaaaaaa…..”. Alors, à moins qu'on ne m'ai pas prévenu, je pense pas que le cerveau se situe dans le cul des enfants !!!! Bon en général, ce sont les même qui pensent que l'enfant fait des “caprices” dès qu'il sait bouger un cheveux ou gazouiller…. tu vois le genre… Ceux qui tiennent pas compte de l'avancée des études qui existent depuis une bonne vingtaine d'années au moins.

Je vais pas me faire porte parole de la bienveillance et la parentalité positive. Premièrement parce que c'est un sujet vaste que beaucoup survolent sans vraiment comprendre - ces derniers pensent qu'il s'agit d'un schéma à respecter à la lettre pour ne pas être vu comme de “mauvais parents”  alors que la méthode est simplement de prendre en compte l'enfant comme un être vivant, avec des émotions, des peurs, etc… Et deuxièmement parce qu'il s'agit de trouver des solutions différentes et sans violence pour se faire comprendre, guider son enfant, lui montrer l'exemple et l'aider à se construire. Chaque enfant étant différent, il s'agit pas d'adapter SA méthode coute que coute mais de comprendre, tenter, essayer….
Mais quand même, va falloir m'expliquer pourquoi frapper un enfant c'est normal alors que quand il s'agit d'autres types de personnes ou d'êtres vivants c'est horrible.
Et je ne jette la pierre à personne. Moi aussi j'ai donné des fessées, moi aussi j'élève la voix, moi aussi, moi aussi….. Mais je fais tout pour ne pas en arriver là et quand c'est le cas, je ne considère pas que c'est un défaut de mon enfant, c'est de MA FAUTE. Parce que la fatigue, parce que les nerfs, parce que la peur…. Mais ça ne change en rien que c'est un acte violent.

[Idem pour les vegans qui ne comprennent pas pourquoi on parle de violence quand il s'agit d'animaux dits “domestiques” et pas quand il s'agit du reste (vache, cochon, poule, poisson). Et ils ont tout à fait raison ! Je ne suis pas vegan mais j'ai conscience que ce que je mange est un bout de cadavre. Alors je ne fais que quelques efforts sur mon alimentation, mais j'en fais beaucoup ailleurs (habits, chaussures, matières que j'achète).]

Ce qui m'importe c'est surtout que, même si chacun est “libre”, il faudrait peut-être qu'un jour on prenne conscience que la violence c'est de la violence.
Au même titre qu'un viol n'est pas un problème sexuel, au même titre qu'une agression n'est pas un problème de jalousie, au même titre qu'un meurtre n'est pas un problème de vengeance….. Tout cela c'est de la violence.

Alors tu va peut-être me dire : “Ouais enfin sur les fesses c'est pas non plus douloureux, c'est pas comme une gifle”. Ah…. donc un mec qui fout son pénis dans la bouche d'une victime c'est moins grave que s'il la pénètre ? La nana qui insulte sa collègue tous les jours c'est moins grave que si elle lui foutait un coup de temps en temps ? - astuce pour trouver la réponse à cette dernière question : même si c'est pas physique c'est du harcèlement, de la violence… -

Je vais pas te dire que tu es un mauvais parent, ou que tu l'as été. Parce que dans le fond on fait tous ce qu'on peut. Et c'est pas forcément naturel ou facile d'élever un enfant, un autre, un être vivant, un in-di-vi-duuuuuu.
Mais s'il-te-plaît. Arrêtes de parler de normalité quand on parle de coups. Qu'il s'agisse du plat de la main, comme du poing. Qu'il s'agisse de crier, de dénigrer, de rabaisser…. Parce que tu es la BASE sur laquelle ton enfant va se reposer et se construire.

Apprends à dire je t'aime, à féliciter, à encourager, à retenir ta main, ta colère. Et s'il faut que ça pète, trouves un autre moyen de le faire ! Il y a toujours quelque chose à faire.

Je t'aime, et je déteste te le dire trop, je t'aime et parfois j'aimerai te faire taire quand tu me le répètes cinquante fois au téléphone, je t'aime, je pourrais te le dire moi-même cinquante fois et m'en foutre d'être et de paraître niaise, complètement ridicule de te hurler mon amour, car quand on aime on n'a jamais honte, quand on aime, on ne s'arrête pas, rien ne s'essouffle, quand on aime on va trop vite, on s'arrête le temps d'un baiser, d'une caresse, d'une embrassade, d'une étreinte, d'un regard plongé dans les yeux de l'être aimé, on y verrait dedans un monde meilleur, un monde plus beau, une merveille, le paradis, on y verrait l'âme, on y verrait la sincérité, quelque chose qui nous transcende, à côté de l'amour on se sent infiniment petit, infiniment fragile, infiniment docile, rien ne peut réfrener l'amour, pas même la haine, ni les courtes phrases, car quand on aime, les mots sont interminables, rien n'est assez grand, rien n'est assez beau, aucun mot, aucune phrase ne peut l'expliquer ni même le décrire, on commence à taper sur le clavier de son ordinateur et on ne s'arrête plus, et plus rien n'a de sens, mais un sourire s'esquisse en ce moment même entre les lèvres, Beigbeder, tu avais raison, la phrase ne veut pas s'arrêter, l'amour n'a pas de ponctuation, l'amour est un bordel organisé, rien n'est plus beau que d'aimer, rien n'est plus beau que son sourire et ses yeux qui se posent sur toi, ton corps, ton sourire, tes yeux qui pétillent, même sans désir, même sans vouloir désirer, on se désire quand-même, c'est viscéral, on ne contrôle plus, c'est pas animal ni bestial, c'est l'amour, on pourrait le faire d'innombrables fois, et jamais ressentir la même chose, jamais se lasser, jamais se laisser, et continuer des heures et des heures, finir par croire que nous sommes des animaux, ou des dieux, se regarder sans se parler, juste se comprendre par un regard, et même dans les disputes vouloir l'embrasser, le gifler et l'embrasser, avoir envie de lui, le trouver beau même couvert de cernes, et de fatigue, mal habillé, le respirer même quand il transpire, apprécier son odeur, la chercher quand il n'est plus là pour le sentir, panser ses cicatrices, embrasser ses plaies, tout partager, même les séries sur Netflix, les cigarettes et les joints, donner son joint du soir pour l'avoir, chercher son visage dans la foule, et quand on le retrouve parmi tous ces gens, plus rien n'existe, il n'y a plus que lui, lui et toi, et le monde est flou, tu aimerais que le temps s'arrête, tu aimerais le retenir, tu aimerais appuyer sur pause, rien que le temps d'un instant, tu le voudrais contre toi pour t'endormir, et quand il n'est pas là tu ne peux t'empêcher de dormir avec un de ses tee shirts, que tu ne laverais pas, si ça ne tenait qu'à toi, juste pour garder son odeur, tu l'enfermerais dans un bocal, si tu pouvais, pour l'ouvrir et le sentir dans n'importe quel moment, le garder sur toi,  tu voudrais écrire les plus beaux mots d'amour pour lui avouer ta flamme, mais rien n'est assez beau, rien n'est assez grand, et là, tu te sens impuissant, face à l'amour, tu aimerais être à sa hauteur, pouvoir le comprendre, le retenir, car des choses ridicules se font par amour, tu le blesses, parfois à trop aimer tu deviens maladroite et tu t'étouffe, tu l'étouffe, lui et cet amour si puissant et insaisissable, rien ne sert de l'attraper, rien ne sert d'attraper un cœur, une lune, un animal indomptable, l'amour est les trois à la fois, l'amour ne doit jamais être enfermé, car l'amour est libre, et il est beau d'être libre,
—  la louve, 10/09/2017, 00:58.  
Ceci mes slogans préfèrés du Mai 68 / Here my favourite May 69 slogans

* Soyez réalistes, demandez l'impossible. - Be realistic, demand the impossible.

* La barricade ferme la rue mais ouvre la voie. - The barricade blocks the street but opens the way.


* Un homme n'est pas stupide ou intelligent, il est libre ou il n'est pas. -  A man is not stupid or intelligent, he is free or he is not.

* On achète ton bonheur. Vole-le. - They buy your happiness. Steal it.


* Sous les pavés, la plage! - Beneath the paving stones - the beach!


* Lisez moins, vivez plus. - Read less, live more.


* L'ennui est contre-révolutionnaire. - Boredom is counterrevolutionary.


* Pas de replâtrage, la structure est pourrie. - No replastering, the structure is rotten.


* Nous ne voulons pas d'un monde où la certitude de ne pas mourir de faim s'échange contre le risque de mourir d'ennui. - We want nothing of a world in which the certainty of not dying from hunger comes in exchange for the risk of dying from boredom.


* Ceux qui font les révolutions à moitié ne font que se creuser un tombeau. - Those who make revolutions by halves do but dig themselves a grave.


* On ne revendiquera rien, on ne demandera rien. On prendra, on occupera. - We will claim nothing, we will ask for nothing. We will take, we will occupy.


* Le patron a besoin de toi, tu n'as pas besoin de lui. - The boss needs you, you don’t need him.

* Veuillez laisser le Parti communiste aussi net en sortant que vous voudriez le trouver en y entrant. - Please leave the Communist Party as clean on leaving as you would like to find it on entering.


* Ni Dieu ni maître! - Neither god nor master!

* L'art est mort. Godard n'y pourra rien. - Art is dead. Godard won’t be able to do anything about it.


* Soyons cruels ! - Let’s be cruel!


* Comment penser librement à l'ombre d'une chapelle? - How can one think freely in the shadow of a chapel?

* Vivez sans temps morts, jouissez sans entraves. - Live without dead time, enjoy without chains.


* Il est interdit d'interdire. - It is forbidden to forbid.

* Et cependant tout le monde veut respirer et personne ne peut respirer et beaucoup disent “ nous respirerons plus tard ”. Et la plupart ne meurent pas car ils sont déjà morts.

Meanwhile everyone wants to breathe and nobody can breathe and many say, “We will breathe later”. And most of them don’t die because they are already dead.

* Dans une société qui a aboli toute aventure, la seule aventure qui reste est celle d'abolir la société.

In a society that has abolished all adventures, the only adventure left is to abolish society.


* L'émancipation de l'homme sera totale ou ne sera pas. - The liberation of humanity will be total or it will not be.

* Je suis venu. J'ai vu. J'ai cru. - I came. I saw. I believed. (Mimics Veni, vidi, vici.)

* La révolution est incroyable parce que vraie. - The revolution is incredible because it is real.

* Les motions tuent l'émotion. - Motions kill emotions.

* Bannissons les applaudissements, les spectacle est partout. - Let us ban all applause, the spectacle is everywhere.

* Le bonheur est une idée neuve. - Happiness is a new idea.

* Plus je fais l'amour, plus j'ai envie de faire la révolution.
Plus je fais la révolution, plus j'ai envie de faire l'amour.

The more I make love, the more I want to make revolution.
The more I make revolution, the more I want to make love

* Je jouis dans les pavés. - I find my orgasms among the paving stones.

* La perspective de jouir demain ne me consolera jamais de l'ennui d'aujord'hui. - The prospect of finding pleasure tomorrow will never compensate for today’s boredom.

* Construire une révolution, c'est aussi briser toutes les chaines intérieures. - Building a revolution is also breaking all the inner chains.

* Le sacré, voilà l'ennemi. - All that is sacred - there is the enemy.

* La poésie est dans la rue. - Poetry is in the street.

* La culture est l'inversion de la vie. - Culture is the inversion of life.

* L'art est mort, ne consommez pas son cadavre. - Art is dead, don’t consume its corpse.

* Ne me libère pas, je m'en charge. - Don’t liberate me, I’ll do it myself. 

* Si vous pensez pour les autres, les autres penseront pour vous. - If you think for others, others will think for you.

* Même si Dieu existait il faudrait le supprimer. - Even if God existed, it would be necessary to abolish him. (Paraphrases Bakunin.)

(Reversal of Voltaire’s Si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer : If God did not exist, it would be necessary to invent him.)

* Pouvoir à l'Imagination. - Power to the Imagination.

* Je participe
* Tu participes
* Il participe
* Nous participons
* Vous participez
* Ils profitent

I take part
You take part
He takes part
We take part
You all take part
They profit.

3

Démocratie ou l’art de tirer de l’homme le plus possible en lui rendant le moins possible

(Extrait de « Hommes et choses. Alphabet des passions et des sensations.
Esquisses de mœurs faisant suite au petit glossaire » (Tome 2), paru en 1850)
Témoin et acteur des bouleversements politiques de son temps, préhistorien, Jacques Boucher de Perthes, l’un des fondateurs de sa discipline et dont la Société d’anthropologie de Paris dira qu’il fut en toutes choses un initiateur, nous livre en 1850 sa vision sans concession et sans illusion d’un gouvernement, raillant plus particulièrement la démocratie : « La seule différence du despotisme à cette liberté nouvelle, c’est qu’ici la masse est sacrifiée à l’égoïsme ou à l’insouciance d’un seul, et que là elle l’est à celui de quelques-uns »

Comment se fait-il que depuis le commencement du monde, après tant de méditations, d’essais, de livres et de paroles, on n’ait pas pu trouver un moyen, même passable, pour conduire les hommes et les rendre heureux, et ceci, pas plus chez un grand peuple que dans un couvent de capucins ?

Vous, par exemple, mes chers compatriotes, vous avez passé, depuis 1790, par toutes les nuances de gouvernements réputés possibles ; vous avez essayé de tout : royauté pure, royauté constitutionnelle, royauté républicaine, république, convention, terreur, directoire, consul, empereur, roi légitime, roi philosophe, roi très chrétien, roi citoyen ; et pendant chacun de ces règnes, vous avez changé vingt fois de ministres et tout autant de systèmes. En résultat, où a été le bénéfice pour la majorité ? Qu’y a gagné la masse ? Vous avez déplacé la misère et peut-être les vices : celui qui était pauvre est devenu riche, celui qui était riche est devenu pauvre. Mais, encore une fois, qu’y a gagné la nation en aisance et en moralité ? Y voyez-vous un pauvre de moins et un honnête homme de plus ?

Vos nobles étaient corrompus, aujourd’hui ce sont vos bourgeois. Votre peuple était superstitieux et fanatique, aujourd’hui il est ivrogne et turbulent. Il tuait un homme parce qu’il était protestant, il le tuera aujourd’hui parce qu’il est républicain ou henriquinquiste.

En résumé, il n’y a pas moins de misère, pas moins de débauches, pas moins de vices, pas moins de préjugés, pas moins de crimes, pas moins de turpitudes qu’avant 1790 ; et si nous ajoutons que vous avez plus d’impôts, plus de charges de toute nature et la conscription qui, à elle seule, vous coûte plus que la corvée, la dîme, la gabelle, le servage et l’esclavage ; si, avec toutes ces choses, il est de fait que vous n’êtes pas plus riches, plus instruits, plus prévoyants, plus moraux, plus sains de corps et d’esprit, en un mot, plus heureux moralement et physiquement que vous ne l’étiez jadis, je vous demanderai, pour la dixième fois : quel profit avez-vous donc fait, et qu’avez-vous gagné à vos révolutions ?

Si vous ne pouvez le dire, comment voulez-vous que ce peuple le sache ? Il n’entend rien à vos démonstrations bavardes, à vos combinaisons stériles. Ce qu’il entendrait, c’est un résultat ; et ce résultat, pour lui, est du travail tous les jours, et du travail qui le fasse vivre tous les jours aussi : c’est du pain qu’il veut, et du pain assuré. Or, ce travail ou ce pain, car l’un doit représenter l’autre, l’a-t-il, ou comptez-vous le lui donner ? S’il ne l’a pas, si vous n’avez pas encore trouvé le moyen de le lui faire avoir, vous n’êtes donc pas plus avancés que le premier jour ; et toutes vos améliorations prétendues, tous vos soi-disant progrès ne sont que déceptions et mensonges.

« – Mais l’industrie, mais le commerce sont prospères, me répondrez-vous ; voyez nos produits et comparez-les à ceux de l’autre siècle. II ne s’agit pas de produits, il s’agit d’hommes. »

Je vous dirai, moi : voyez ces hommes, voyez ce qu’ils étaient et voyez ce qu’ils sont. Visitez vos villes dites industrielles, entrez dans les ateliers : qu’y trouvez-vous ? Une race pâle, hâve, décharnée, mourant de consomption et de rachitisme, êtres étiolés que cette industrie que vous vantez saisit en naissant pour les accoler à toutes les misères, à tous les vices et à toutes les infirmités humaines. Oui, vos étoffes ont gagné, j’en conviens ; elles sont plus fines et plus belles. Mais votre population, osez dire qu’elle s’est embellie, qu’elle s’est civilisée, qu’elle est plus robuste, plus saine, plus vivace qu’elle n’était !

Ce peuple riche, ce peuple fort, ce peuple d’hommes que vos institutions dites libérales devaient produire, où est-il donc ? Je le cherche en France, je le cherche en Europe ; je le demande à tous, et c’est en vain. Je vois bien, de loin à loin, quelques masques dorés, puis quelques corps bien gras et regorgeant de plénitude et de santé, mais ce n’est pas un sur cent, pas un sur mille. Ce que partout j’aperçois, ce sont des groupes de mendiants que la faim décime au bruit de la voix des sophistes.

« – Mais ce peuple était serf, il est libre ; il était soumis au bon plaisir, il ne l’est plus qu’à la loi ! »

Le bon plaisir qui nourrit vaut-il moins que la loi qui dévore ? Et si, depuis soixante ans et sous tant de régimes, cette loi dévore toujours ; si toujours l’état de ce peuple est la pauvreté même ; si sa santé, sa moralité, son bien-être présent ou à venir ne sont rien dans vos codes ; si vous ne lui offrez enfin aucune garantie contre la faim et contre lui-même, c’est-à-dire aucune certitude de vivre et de vivre honnêtement, quel intérêt peut-il prendre à vos lois ou à un gouvernement qui ne le rend ni plus heureux ni moins vicieux ? Pourquoi voulez-vous qu’il l’aime, qu’il le respecte, qu’il l’étudie, qu’il le conçoive ? Comment prétendez-vous qu’il ne le renverse pas au premier caprice ?

Eh ! qu’importe à ce maçon, à ce couvreur, à ce cocher de fiacre, à cet ouvrier de fabrique, à ce matelot, à ce laboureur, que vous ayez un roi ou un empereur, qu’il s’appelle roi de France ou roi des Français, qu’il règne d’après une charte ou selon sa fantaisie ? En quoi la différence des régnants le touche-t-il ? Que ce soit l’un ou l’autre, en aura-t-il, lui pauvre ouvrier, plus d’aisance ou plus de liberté ? En est-il moins valet, en est-il moins soldat ? En végètera-t-il moins dans sa mansarde ou dans vos ateliers ? En mourra-t-il moins de misère ou d’ivrognerie ?

« – Mais cette pauvreté et cette corruption de la masse sont une nécessité : partout où il y a beaucoup d’hommes, il y aura beaucoup de pauvres et de vagabonds. C’est la conséquence naturelle de la vie en société et de la civilisation ; c’est la suite de l’entassement des populations dans les villes. »

Alors, démolissez vos villes et renoncez à la civilisation, car elle serait pire que la barbarie. Mais ce n’est pas ce que je vous conseille. Non, la cause du mal n’est pas là : la terre est assez grande pour ses habitants, et l’Europe assez fertile pour faire vivre tous les siens, pour les rendre tous riches et heureux.

Savez-vous pourquoi, sous vos institutions si savamment élaborées, sous vos dix gouvernements tous reconnus parfaits par leurs auteurs, la masse est constamment restée si abjecte et si malheureuse ? C’est que les intérêts de cette masse n’y ont jamais été pris en sérieuse considération, c’est que vos législateurs ont songé à tout, hors à sa moralisation ; c’est qu’il n’y a pas dans vos codes un seul mot qui assure du pain à celui qui n’en a pas, ni même qui lui ouvre la voie d’en gagner. Et pourtant ne devrait-ce pas être la première préoccupation de tout législateur ?

Tirer de l’homme le plus possible en lui rendant le moins possible, voilà l’esprit, l’intention, le but plus ou moins mal déguisé de toutes les constitutions, chartes, codes, contrats, en un mot, de tous les gouvernements, y compris même ceux que vous nommez démocratiques. La seule différence du despotisme à cette liberté nouvelle, c’est qu’ici la masse est sacrifiée à l’égoïsme ou à l’insouciance d’un seul, et que là elle l’est à celui de quelques-uns.

La propriété doit être l’une des bases fondamentales de toute constitution, c’est ce qu’on ne saurait mettre en doute. Que cette propriété soit représentée par le propriétaire, rien de plus juste encore. Que celui-ci soit appelé à faire les lois, de préférence à bien d’autres, je n’y vois aussi rien que de très logique, parce que celui qui a sa fortune faite présente plus de garantie que celui qui veut la faire. Ainsi, tout est bien jusque là. Mais ce qui l’est moins, c’est qu’oubliant trop souvent qu’il est le représentant de tous, il songe beaucoup à lui et assez peu aux autres.

Il en résulte que si vous analysez les codes des divers peuples européens, vous y verrez que la loi a moins mission de faire vivre ceux qui sont pauvres que d’enrichir encore ceux qui sont riches ; et quand le législateur propriétaire a tout fait pour ne jamais mourir de faim, lui et ses enfants, il ne prend aucun souci pour que les autres n’en meurent pas, parce qu’en effet, sauf un petit nombre de cas, ces autres étant inutiles à son bien-être, il lui importe peu qu’ils vivent ; et c’est précisément pourquoi, parmi tant de savantes constitutions, il n’en est pas une seule qui garantisse la vie du grand nombre.

Néanmoins, cette constitution, cette charte, qui ne confère rien au peuple, qui ne lui ouvre aucune voie de gagner quelque chose, s’arroge le droit de prendre sur ce que ce peuple parvient à gagner sans elle. Elle fait plus, elle s’empare de ce peuple lui-même, elle l’arrache à sa famille, à son atelier, à sa liberté ; elle le fait soldat et le fait égorger pour la défense d’intérêts qui ne sont pas les siens, c’est-à-dire d’un territoire où il ne possède rien et d’un gouvernement qui ne le protège ni ne le nourrit.

La plupart des chartes humaines peuvent donc se résumer ainsi : « Les deux tiers de la nation travailleront pour défendre, nourrir et enrichir l’autre tiers. Le tiers nourri, défendu et enrichi ne doit rien aux deux autres tiers. Il n’est responsable ni de leur moralité, ni de leur bonheur ni de leur vie. » En indiquant le tiers, j’ai pris l’acception la plus large, car il est de fait que chez la grande majorité des nations, ce n’est pas le tiers qui prospère aux dépens des deux autres, c’est le dixième, c’est le vingtième. Analysez et commentez vos lois européennes et pesez-en les conséquences, voyez ce qui est, non dans les discours de vos rhéteurs, mais dans la réalité des choses, et comptez le nombre des heureux et des malheureux, des pauvres et des riches ; comptez-les chez vous, comptez-les partout, et dites en conscience si j’exagère.

J’en reviens donc encore à ces conclusions : ce que nous nommons gouvernement ou administration n’est, de fait, ni l’un ni l’autre, mais l’exploitation de la majorité par la minorité. Dès lors, de tous les gouvernements européens aujourd’hui existants, il n’en est aucun qui intéresse essentiellement la multitude, par la raison que dans tous la masse souffre, et que le nombre des malheureux n’est pas moindre dans ce qu’on appelle un bon gouvernement que sous celui qu’on nomme un mauvais.

Conséquemment, les prétendues améliorations qui ont eu lieu dans les institutions européennes depuis soixante ans, n’ayant donné ni plus de travail, ni plus d’aisance, ni plus de moralité, ni plus d’avenir, ni plus de lumière, ni plus de liberté au peuple, ces améliorations n’existent pas de fait ; et, de même que l’oiseau dans sa cage, nous avons fait beaucoup de mouvements sans avancer d’un pas. Si la civilisation consiste à écarter de l’humanité l’ignorance, le vice et la pauvreté, cette civilisation n’existe donc réellement point en Europe où la très grande majorité des individus est pauvre, ignorante et vicieuse.

Inconnu

Car, incapable de regarder devant soi pour agir, pour trouver le passage libre, il est la proie constante d'une angoisse organique et comme viscérale, celle qui au sens propre, serre le coeur, le comprime […] qui est le poids sur la poitrine, la pierre que personne ne peut enlever. L'angoisse avec quoi l'on ne joue pas et qui vous tient dans un étau d'horreur.

Tout le monde croit savoir aimer, mais très peu de gens savent aimer en réalité. Je parle d'aimer vrai, aimer sans vouloir “posséder”.

Aimer sans attacher mais au contraire en laissant l'autre libre d'exister en dehors de soi. Cela n'est pas se résigner à ne pas avoir l'exclusivité et le pousser à nous être infidèle, mais au contraire, c'est vouloir comme la plus haute preuve d'amour qu'il soit d'abord fidèle à lui-même.

Cet amour là implique une compréhension, un respect total de l'être aimé et aussi de soi-même. Cela implique de ne pas imposer ses désirs ou sa volonté, ne pas vouloir exercer un quelconque pouvoir sur lui. En réalité on aime vraiment quand on n'utilise pas la faiblesse de l'autre pour lui imposer notre force.

Mais pour aimer vrai il faut bien sûr avoir pleinement conscience que notre façon d'aimer actuelle est bien souvent conditionnée par nos manques affectifs liés à l'enfance, par les idées fausses ou dévalorisantes qui nous ont été transmises par nos proches, la société, la soi-disant morale.

Quand on espère et qu'on fait tout pour que l'autre nous restitue l'amour dont nous avons peut-être manqué dans notre enfance, nous lui demandons quelque chose de beaucoup trop grand pour lui. Comment pourrait-il être à la hauteur ? Aucun homme, aucune femme ne peut remplacer cet amour là…

Il faut donc déjà faire le deuil de cela, renoncer à un meilleur passé, accepter ce qui a été et se pardonner à soi-même pour avoir entretenu la souffrance pendant si longtemps. Pour avancer, il faut aussi reconnaitre sa part de responsabilité dans toute chose et ne pas sans cesse la fuir en rejetant la faute sur l'autre.

Ensuite il nous faut voir en nous notre propre valeur, parce que nous en avons tous une, nous sommes tous des êtres uniques, spéciaux, en réalité des enfants de Dieu, aussi merveilleux qu'il est possible de l'être. Alors commence un travail de résilience qui nous permet de transcender la souffrance et on peut enfin commencer à aimer pleinement l'être que nous sommes. Dès lors on peut aussi aimer vraiment l'autre pour ce qu'il est et non pour ce que nous voudrions qu'il soit.

Il faut aussi, avoir présent à l'esprit que la personne que nous aimons n'est pas celui qui nous complète car nous étions déjà un être entier avant de le rencontrer. Il faut juste penser qu'il n'est qu'un “supplément”, quelqu'un qui nous embellit l'existence mais qui ne la remplit en aucun cas.

Ainsi quand il sortira de notre vie, parce que bien souvent les histoires d'amour s'achèvent, celle-ci ne s'écroulera pas pour autant. On acceptera même de le laisser partir car on saura au fond de nous qu'on ne peut pas l'empêcher de vivre ce qu'il a à vivre ailleurs. Il est un être libre et nous nous devons de respecter ses choix, même si cela nous fait mal….

Les rencontres que nous faisons ne sont jamais le fruit du hasard ! Chaque être humain, qui nous accompagne un bout de chemin, a quelque chose à nous apprendre sur nous ou nous avons quelque chose à lui apprendre sur lui. Il faut donc l'accueillir au mieux, essayer de comprendre le message, vivre intensément chaque instant en sa présence, et puis le laisser partir quand il le décide, quand autre chose ou quelqu'un d'autre l'appelle ailleurs.

Aimer ainsi c'est accéder à la source de l'amour en soi qui va faire que donner de l'amour aux autres deviendra notre essentiel, notre priorité absolue. Surtout que l'on se rendra compte alors qu'en donnant sans rien attendre en échange, on reçoit infiniment.

Cet Amour là, l'Amour sans conditions aucune, sans peur, sans reproches, sans attentes, c'est le seul, le vrai Amour qui soit, l'Amour avec un grand A. Tout le reste n'est qu'illusions et souffrances inutiles…

Flavio Maronese