hoda barakat

« À chacune de mes visites, la maison de mon père me semblait plus petite que la fois précédente. Enfant, je ne trouvais pas notre maison si étroite, si exiguë. Était-ce à cause de ma petite taille ? Ou par ce que je vivais maintenant dans un appartement spacieux, dont la surface couvrait plusieurs fois celle de la maison paternelle ? Ou était-ce en raison des mouvements qui remplissaient l'espace quand ma mère était encore là ?
Étrange comme les maisons paraissent plus petites quand leurs habitants n'y sont plus, me disais-je, ce devrait être le contraire. Puis je songeais qu'en réalité, je ne circulais, dans l'appartement, qu'à l'intérieur d'un périmètre limité, entre le salon et la salle à manger. Je j'entrais ni dans ma chambre, ni dans celle de mes parents, pas plus que je n'allais dans la cuisine. Je j'entrais jamais dans ma chambre. Je ne voulais pas savoir qu'il l'avait laissée pour moi comme elle était, mais propre et rangée. De cette propreté et de cet ordre qu'ont les chambres des morts. Je j'entrais jamais dans ma chambre par ce que je ne voulais pas m'y revoir, enfant. Le disparition de cet enfant ne me causait aucune affliction.
Je j'entrais pas davantage dans la chambre de mes parents, car je ne voulais pas voir l'absence de ma mère. Je ne voulais pas savoir s'il avait enlevé ses vêtements de la grande armoire, ni voir ces mêmes vêtements suspendus à leurs cintres ou pliés sous la penderie, sur de petites étagères. Je ne voulais pas savoir s'il l'avait complètement oubliée, s'il avait vidé l'armoire, ou s'il pensait à elle chaque soir et pleurait tout seul, à gros sanglots, sur l'oreiller de sa femme, Qui était à droite du lit. Je ne voulais rien savoir de son remords, du pardon accordé à son âme, de sa délivrance de tout péché. Ni rien de son oubli ni de l'amertume de ses souvenirs.
Je regardais ma montre et me levais, je disais : “Bon, il faut que j'y aille”, et il ne cherchait pas à me retenir. Il ne cherchait pas à me retenir et ne me demandait pas quand je reviendrais.“

(Hoda Barakat, Mon maître, mon amour, éditions Actes Sud, 2007, repris en Babel).

Before the garment industry emerged, introducing its ready-made sizes - clothes that do not know a body, do not acknowledge each body’s distinctiveness … we in the East … were making fabrics that were increasing in beauty … refining expression of the unique relationship between the cloth and the body … Who, these days, sees in a length of cloth its origin, its place of birth, the caravans’ voyages?
—  The Tiller of Waters by Hoda Barakat