henri nuit

Tu t'en vas sans moi, ma vie.
Tu roules.
Et moi j'attends encore de faire un pas.
Tu portes ailleurs la bataille.
Tu me désertes ainsi.
Je ne t'ai jamais suivie.
Je ne vois pas clair dans tes offres.
Le petit peu que je veux, jamais tu ne l'apportes.
A cause de ce manque, j'aspire à tant.
À tant de choses, à presque l'infini…
À cause de ce peu qui manque, que jamais n'apportes.
—  Henri Michaux, extrait de La Nuit remue, 1935.
J'ai mes visitations. La nuit surtout : la nuit est mère de toutes choses, et même d'effrayantes clartés. A l'heure la plus profonde de la nuit, profonde comme le point le plus profond du creux de la vague, couché dans la poussière de l'orgueil. Alors, souvent, mon cœur s'arrête… Quand il recommence à battre, je suis tout surpris de me retrouver vivant, et un peu dépité.
—  La Reine Morte, Henry De Montherlant
Dans la nuit
Dans la nuit
Je me suis uni à la nuit
A la nuit sans limites
A la nuit.
Mienne, belle, mienne.
Nuit
Nuit de naissance
Qui m’emplit de mon cri
De mes épis.
Toi qui m’envahis
Qui fais houle houle
Qui fais houle tout autour
Et fumes, es fort dense
Et mugis
Es la nuit.
Nuit qui gît, nuit implacable.
Et sa fanfare, et sa plage
Sa plage en haut, sa plage partout,
Sa plage boit, son poids est roi, et tout ploie sous lui
Sous lui, sous plus ténu qu’un fil
Sous la nuit
La Nuit.
—  Henri Michaux - “Plume” - 1938

Henri Salvador- Le soleil, ton visage et la mer


Le soleil, ton visage et la mer
Ont chassé pour toujours mes hivers
Sur le sable de la plage
Ton visage fait pâlir la lumière

Le soleil, je le vois dans tes yeux
Et la mer sent bon dans tes cheveux
Sur le sable tu te dores, je t'adore
Et tout est merveilleux

Mais le soleil vient jouer sur ton corps
La mer te prend au creux de ses bras
Alors j'attends l'heure où tout s'endort
Pour que tu sois enfin toute à moi

Quand la mer se retire à minuit,
Le soleil, lui aussi s'est enfui
Pour que reste sur la plage
Ton visage, et nos corps et la nuit.