hauts plateaux

Ce n’est pas la mer qui nous a recueillis,
Nous avons recueilli la mer à bras ouverts.

Venus de hauts plateaux incendiés par les guerres et non par le soleil,
nous avons traversé les déserts du tropique du Cancer.

Quand, d’une hauteur, la mer fut en vue
elle était ligne d’arrivée, pieds embrassés par les vagues.

Finie l’Afrique semelle de fourmis,
par elles les caravanes apprennent à piétiner.

Sous un fouet de poussière en colonne
seul le premier se doit de lever les yeux.

Les autres suivent le talon qui précède,
le voyage à pied est une piste d'échines.
—  Erri de Luca - Six voix
flickr

Moutons au Grand Veymont by Samuel Raison

Nikon F3 - 1,8/50mm AIS - Astia 100 - Nikon Coolscan V

Les Hauts Plateaux.

Les étoiles se teintent de différentes couleurs, et mes rêves quittent ma boite crânienne, pour voleter vers les cieux. Nous irions marcher. Marcher sur les Hauts Plateaux, là où seule notre ombre nous accompagnera, et où le vent sera notre seule musique. Les sources nichées au creux des vallons m’attirent. Comme tu me fais du bien, la plénitude de ces espaces décharnés m’apaise.

Je voudrais me souvenir de cet instant pour toujours.

Pour toujours, car c’est toi que j’aime, autant que les pins qui se dressent au sommet des pics rocheux et que la neige m’est douce au réveil. Autant que tes yeux de percale, plus profonds que les opales des glaciers de tout là-haut, dans lesquelles je tombe (l’oiseau ne bat plus des ailes une fois foudroyé) à chaque frôlement de regard, qui me remémorent mes journées de solitude.

Que nos amours furent belles, ma chère, ma chérie. Mais les oiseux migrent, ma belle. Ils repartent et reviennent ensuite. Quelquefois, ils s’installent. Seulement quelquefois. Ton oiseau, mon cœur, s’est envolé en même temps que le mien. Et tout porte à croire que c’est pour l’éternité.

Ils existent là-bas, au loin, boivent dans les sources nichées au fond des vallons, jouent au sommet des pins, au bord des glaciers, tout en haut, sur les Hauts Plateaux.