hauts de cuisse

Je cherche dans ta bouche la source
du fleuve souterrain qui te parcourt
en rejetant en haut des cuisses
son écume de plante fraîchement coupée.

Quand tu écrases ton ventre contre moi,
quand mes doigts aiguisent ta gorge,
tu as des mots doux comme la salive,
des mots qui auraient poussé après un orage.

De ton corps je fais un pont
qui me conduit dans un monde
où nos dents se cognent contre le même verre d‘air,
où nos regards à force d‘être proches font la nuit entre eux.

Je ne vis plus au jour le jour
puisque tes baisers font partie de mon avenir
et nous allons jusqu‘au bout de la lueur
que la foudre trace en remontant nos veines.
—  Lucien Becker

SEXUAL ABUSE.
Parce qu’une simple marque peut en dire beaucoup.

Et puis là, c’est la trace qu’il reste après son passage. Parfois, c’est pas visible, et la plaie est intérieure ; de toute façon, quoi qu’il arrive, la plaie restera toujours au fond de moi. Parfois, c’est un bleu, comme celui sur le haut de ma cuisse là, près de ma fesse. Parfois, c’est le sang qui coule le long de mes jambes quand il force trop en essayant d’arriver à ses fins. D’autres fois, ce sont les marques rouges sur mes poignets quand il essaye de me tenir en place qui restent visibles quelques jours.

Alors je me tais. Je dis rien, j’essaye de rester tranquille, je me retiens de ne pas pleurer pour ne pas que sa main vienne claquer ma figure. J’essaye de fermer les yeux et de m’endormir pour pouvoir me dire que ce qui est en train d’arriver n’est qu’un foutu cauchemar et que ça n’arrivera plus jamais, que c’est pas réel, parce que la vie réelle elle est pas censée être aussi horrible, aussi douloureuse, aussi dégueulasse avec les gens qui ont rien demandé. Après, j’essaye de faire partir la douleur, j’essaye d’arracher chaque bout de peau qui me fait mal, et je finis par vomir dans les toilettes comme si le mal intérieur tentait de s’échapper, de passer à travers ma peau.

Et puis il m’arrive d’observer. De me regarder dans le miroir, de poser mes yeux sur ces marques, ces blessures superficielles qui cachent une souffrance infinie, engouffrée au fond de mon coeur. Et je pose mes doigts dessus, je pose mes doigts partout, ça ne fait pas mal. De toute façon, qu’est ce qui me ferait aussi mal que ce que j’ai déjà pu subir par le passé, hein ? Mais c’est là, je les regarde et je me rends compte que c’est réel. Et là, je réalise, genre je réalise vraiment que ce qui m’arrive c’est pire que de la merde.

Tout ça, c’est bien réel. Et ça craint.

Parce qu’en France, chaque heure, 9 personnes sont violées. NEUF. Un viol toutes les quarante minutes. Parce que le nombre de viols est de 75.000 par an, dont seulement 12.768 sont déclarés. Parce que dans notre pays, les tentatives de viols sont d’environ 198.000 chaque année.

Parce que trop de femmes se taisent et ne parleront jamais de ce qui leur est arrivé. Parce que trop de femmes n’arrivent pas à surmonter les traumatismes pour pouvoir ouvrir leur bouche et enfin tout avouer. Parce que nous sommes toutes dans la même merde, toutes dans la même douleur, parce que c’est à chacune son histoire mais pour toutes un même combat. Peut-être qu’un jour j’aurai la force, le courage d’en parler à voix haute.

Oui, je suis cette “une femme sur dix qui a été violée ou qui le sera au cours de sa vie”.

—  jemetais