gicler

Éternuer les cuisses serrées



« Tu vas te réveiller les seins durs comme de la roche et gicler du lait partout. »

On m’avait jamais dit ça. On m’avait jamais dit non plus que j’allais saigner ad vitam æternam après l’accouchement, ni que j’allais donner la totalité de mes cheveux en offrande au drain de douche. C’est avec amertume que j’ai cumulé les on-ne-m’avait-pas-dit-que, et comme mon psy insiste qu’il faut que j’évacue mes frustrations pour atteindre la paix intérieure, j’ai dressé le top 10 des on-aurait-dû-me-dire-que.

1-    Que mes standards d’hygiène allaient baisser considérablement.

 L’homme : « T’as du vomi sur le bras. »

Moi, avec une nonchalance déroutante : « Ouin, j’sais. »

Enough said.

2-    Que ma vessie aurait plus de fuites qu’une cruche d’eau dans un combat armé.

Je pensais pas un jour devoir choisir entre rire la culotte humide ou trouver ça plate la culotte sèche. Éternuer en public est mon Fort Boyard. La prochaine personne qui me parle de kegels va me faire pisser de rage. Je les fais, mes kegels. Des fois. Quand j’y pense.

3-    Que Target allait devenir un lieu d’escapade et de ressourcement.

La fille en moi qui jadis payait cher ses godasses dans les beaux magasins est endeuillée. Mais pendant qu’elle traverse les sept étapes du deuil, moi je magasine des serviettes de bain et de la crème pour l’érythème fessier.

4-    Qu’en termes de buanderie, c’est la journée de la marmotte.

Même si au soir, tout le monde dans la maison va se coucher tout nu et que tous les vêtements qu’on possède collectivement sont séchés, pliés et rangés, au matin la moitié est sale, la moitié est propre en tas sur la sécheuse, et la moitié traine. That’s right, il y a 150% de vêtements.

 

5-    Que j’allais souffrir de scatophilie parentale.

Je suis passionnée de caca. Les couches me parlent (au sens figuré pour l’instant). L’atteinte de l’équilibre entre le riz brun et le jus de pruneau est un art trop peu festoyé. « Chéri, viens voir la couche ! » est désormais une demande courante sous mon toit. J’ai des photos de couches sur mon téléphone. L’absence d’une ligne d’écoute 1-800-SOS-CACA est navrante.

6-    Que j’allais avoir la mémoire d’un témoin à la commission Charbonneau

Sans mes listes, je suis juste un tube que l’information traverse. Et par conséquent, je radote avec la verve d’une octogénaire qui est pas toute là. Est-ce que je t’ai parlé de la coiffeuse qui pensait que dormir c’était plate ?

7-    Qu’on ne s’habitue jamais à ne pas dormir.

Je fantasme sur le sommeil. La photo d’un lit douillet m’allume plus que Roy Dupuis les fesses à l’air. Oui, je sais que vous existez, mères de bébés qui faisaient des nuits de douze heures déjà in utero. Des mamans qui dorment assez, sentent frais et font du pilates aquatique. Mais moi aussi j’existe, quelque part sous mes cernes et mes pointes fourchues.

8-    Que j’allais dormir comme un chat paranoïaque.

Quand j’ai le luxe de dormir, je suis toujours aux aguets du moindre bruit. J’entends l’arythmie cardiaque de mon voisin d’en face. Et quand fiston squatte notre lit, je guette aussi le moindre mouvement. Je ferais un juge redoutable à tag-statue.

9-    Qu’allaiter, ça fait PAS maigrir.

On te le répète pour te consoler de ton jell-o abdominal : « Tu vas voir, tu vas fondre comme neige au soleil ». Mettons qu’il manque un astérisque à la fin de la phrase et une liste exhaustive de conditions écrites en caractère moins mille au bas de la page. C’est sûr que si à la base, t’es bâtie sur une frame de chat, que t’as le métabolisme d’un coké d’un athlète olympique et que la génétique est de ton bord, tu vas fort probablement rentrer dans tes vieux jeans en un rien de temps. Sauf que si à la base, t’es comme moi, pis que tu absorbes des calories par osmose en regardant un gâteau, tu fondras pas comme neige au soleil. Tu risques plus de fondre comme une crème glacée dans un « moyen-bon » congélateur.

10-    Que j’aurais toujours tort.

Ou du moins qu’il y aurait toujours une autre maman qui « ferait pas ça comme ça ». Si je fais du portage, je crée un dépendant affectif. Si je n’en fais pas, il saura jamais que c’est moi sa mère. Je le gâte si je l’allaite trop longtemps, je lui donne deux cancers et la sclérose en plaques si je le biberonne. Je cède à ses caprices si je le console, je le néglige si je laisse pleurer. Je suis trop ferme, trop molle, je suis un morceau de tofu. C’est égoïste d’utiliser les couches jetables, prétentieux d’utiliser les réutilisables et déplorable d’en utiliser « encore à son âge ». Je lui assure un TDAH si les purées ne sont pas bio et je désaligne ses chakras si je déroge à l’ordre inviolable de l’introduction des aliments. J’aurais aimé qu’on m’avertisse que la maternité était une boite de verre où les autres mères jouent à Airoldi.

Ouf, c’est libérateur. Mais j’ai aussi promis à mon psy d’être plus positive, alors voici ce pour quoi je suis reconnaissante:

D’avoir un bébé qui vaut ô si largement la peine.

D’avoir tout près de 12 000 lecteurs fidèles qui suivent mes montées de lait.

Et d’avoir des amies mamans de feu, qui ont l’écoute fidèle, le support inconditionnel et le jugement paresseux. Et le blog TPL Moms, où de vraies mamans parlent des vraies affaires.

#ThanksgivingEnRetard
#LeQuétaineNeTuePas