feuille verte

.     Depuis que nous avions changé
      dragué roulé travaillé pleuré
      a pissé ensemble je m'éveille
      le matin un rêve dans les yeux
      mais tu es retourné à NY
      te souvenant que je suis Bon
      je t’aime je t’aime
      à tous tes frères sont tous
       j’accepte leur cas d’ivrognes
Il y a trop longtemps que je suis seul
il y a trop longtemps que je suis assis
sur mon lit sans pouvoir toucher le genou
de quelqu’un, homme ou lemme ça m’est égal maintenant,
je veux l'amour auquel j'ai droit je te veux ici maintenant
paquebots bouillant sur l'Atlantique échafaudages délicats de
Gratte-ciel inachevés l’arrière du dirigeable
vrombissant au-dessus de Lakehurst
Six femmes nues dansent entre elles sur
une scène rouge les feuilles sont vertes sur
les arbres de Paris maintenant dans deux mois
Je rentrerai et te regarderai dans les yeux
—  Allen Ginsberg

LA COULEUR DU POÈME

La couleur du poème dépend de la quantité de lumière

Qui se réverbère en son encre.

Elle change au gré de l’heure, de l’âge et de la langue.

Incolore au commencement, quand il n’est encore qu’une aspiration vague.

D’un blanc de page vide, il tend vers le gris en rêvant son encre prochaine.

Aube indécise sur le papier. Tels brouillards ou fumées qui montent.

C’est pourtant vers le bleu qu’il s’enlève le plus souvent,

Accroissant son ciel et son eau, entrouvrant sur la page une vague idée d’azur.

Noir, si rien ne le tire hors de soi, prisonnier qu’il demeure des signes.

Rouge, quand il accélère, s’enfièvre, circule et bat.

Or d’étincelle ici et là en son ballet de feuilles mortes.

Vert en mai devant l’arbre, blanc de décembre sous la neige,

Mais d’une couleur indistincte quand s’y penche un visage aimé.

(Jean-Michel Maulpoix) - Photo : Pixabay.com

Un mur dénonce un autre mur
Et l'ombre me défend de mon ombre peureuse,
O tour de mon amour autour de mon amour,
Tous les murs filaient blanc autour de mon silence.

Toi, que défendais-tu? Ciel insensible et pur
Tremblant tu m'abritais. La lumière en relief
Sur le ciel qui n'est plus le miroir du soleil,
Les étoiles de jour parmi les feuilles vertes,

Le souvenir de ceux qui parlaient sans savoir,
Maîtres de ma faiblesse et je suis à leur place
Avec des yeux d'amour et des mains trop fidèles
Pour dépeupler un monde dont je suis absent.

(Paul Eluard, Giorgio de Chirico)                                                                    

Habituellement, les gens pensent que marcher sur l'eau ou dans les airs relève du miracle. Mais, personnellement je crois que marcher sur terre est le véritable miracle. Chaque jour que nous vivons, nous sommes au milieu d'un prodige que nous n'apercevons même pas: le ciel bleu, les nuages blancs, les feuilles vertes, les yeux noirs et curieux d'un enfant, nos propres yeux… tout est miracle.
—  Trich Nhat Hanh