famille rue

Allongée. Le bras dans le vide, qu'il y a entre mon lit et mon sol. Je regarde ce bras. Tordu. On voit les petites cellules, je connais pas trop le mot. C'est dingue la peau. Tout est bien fait. C'est un putin de truc la vie quand t'y penses… J'ai eu la chance de naître dans un pays d'Europe. J'aurai pu naître ailleurs. J'aurai pu avoir des parents qui me négligent. J'aurai pu naître dans une famille à la rue. J'aurai pu être cet enfant qui chante dans le métro. Ou celui qui ne sait pas lire à 15 ans. J'aurai pu avoir un handicap physique. J'aurai pu avoir les yeux marrons de mon père, ou la peau fragile de ma mère. Le hasard. J'aurai pu…
Et je pense à toutes ces filles qui pleurent pour un amour perdu… Ça parait tellement futile en fait quand tu reposes les pieds sur terre. Oui ça fait mal. Oui je suis passée par là… Mais la vie est belle, c'est à toi de faire en sorte de le voir, tu as de la chance d'être en vie, d'être là, de pouvoir lire ça. Relativise…
Je regarde mon bras tordu. C'est beau d'être en vie.

Les enfants de ZARA et de Coca-Cola. C’est comme ça qu’on pourrait nous appeler. Je suis sorti marcher un peu en fin d’après-midi pour rompre avec l’isolement de mes révisions. Il y avait du monde dans les rues. Des familles surtout ; l’effet Noël, il paraît. J’ai aperçu une jolie fille en blue-jean, elle m’a captivé un instant, mais j’ai continué à marcher. Je suis rentré dans un magasin ou deux. Il y avait du monde là encore. Arrivé Noël, j’ai toujours le sentiment que les gens crépitent de désirs et de mouvements ; ils sont pressés et en même temps attentionnés… ils parlent fort : j’ai appris en l’espace de 2 minutes une infinité de choses sur « Mathias ». Ses parents n’arrivaient pas à se mettre d’accord quant au cadeau qu’ils devaient lui faire ; et, chacun à son tour, ils listaient ce qu’ils savaient respectivement de leur enfant… c’était amusant à voir. J’ai continué à marcher et je repensais à ce Mathias : ses parents, dans la façon qu’ils avaient de le décrire, m’ont donné le sentiment qu’ils ne le connaissaient pas vraiment ; ou alors, uniquement à travers ses désirs et ses envies. Et à partir de ça, ils tentaient de pressentir ce qu’il serait susceptible d’aimer. Mais alors, combien d’autres parents procédaient de la sorte ? Combien de parents pouvaient vraiment s’enorgueillir de CONNAITRE leur enfant ? J’ai continué à marcher. Le Soleil se couche-tôt en décembre. Les terrasses et les restaurants commençaient à se remplir. Je me suis assis sur un banc qui leur faisait face. Je me suis perdu en moi-même : j’avais cette image de tous ces gens heureux ; et je me demandais : pourquoi attendent-ils les fêtes pour donner le sentiment qu’ils sont HEUREUX ? Pourquoi attendent-ils les fêtes pour se retrouver en famille et s’aimer un instant qui dure ? Pourquoi attendent-ils des jours prédéfinis, des anniversaires, des heureux évènements, des drames pour s’enquérir de ces gens qu’ils aiment en silence, de cet amour qu’ils n’osent pas dire, de cette tendresse qu’ils avortent ? J’ai déverrouillé mon téléphone.. et je me suis levé, et dans les notes j’ai écrit : « L’Homme moderne a besoin de prétextes pour pouvoir exprimer sa tendresse et son affection. »