fabriquant

Il y a des soirs où ma tête se fabrique une histoire.

Il y a des soirs où seule dans le noir mon esprit et surtout mon imagination divaguent. Je me mets à imaginer un amour qui sortirait d'une ruelle comme dans les films. J'imagine que demain en me levant j'aurais moins le mal de vivre. Ça dure plusieurs minutes, voir des heures parfois puis je tombe de fatigue et les rêves l'emportent.

Alors elles attendent le prince charmant, ce concept publicitaire débile qui fabrique des déçues, des futures vieilles filles, des aigries en quête d'absolu, alors que seul un homme imparfait peut les rendre heureuse

ENTREPRISE MONSANTO

Voilà une firme qu'elle est bonne, comme firme. Et pourquoi elle est bonne ? Parce qu'elle vous veut du bien ! Alors vous avez par exemple la dioxine TCDD. La dioxine, si vous voulez, c'est une substance on était vachement bien tant que ça existait pas, on s'est dit bon, on va quand même la fabriquer pour voir, et puis pendant qu'on y est on va en faire plusieurs sortes, et dons, en bref, la plus balèze c'est la TCDD, la “tétra-chloro-p-dibenzodioxine”, rien que de prononcer le nom le gars il est déjà pris de nausées, de maux de tête et d'éruptions cutanées virulentes. Alors attends ! Qu'est-ce qu'il y a d’ autre encore ? Il y a l'agent orange. Alors l'agent orange c'est un désherbant utilisé par l'armée américaine pour la défoliation de la jungle vietnamienne durant la guerre. Non, parce que, si vous voulez, les paysans là-bas, ils avaient des bêches et des vieux couteaux de cuisine pour désherber des milliers d'hectares, c'était pas humain, les marines sont allés leur donner un coup de main. Alors qu'est-ce que vous avez d'autre encore ? Vous avez ce qu'on appelle les hormones de croissance bovine. C'est un truc qu'on injecte dans les vaches qui sont un peu molles des mamelles, voyez, comme ça on peut les traire jusqu'au trognon. Vous avez l'herbicide total Roundup qui “laisse le sol propre”, propre de quoi, on sait pas. Les PCB, excellents polluants, qui se dégradent lentement dans le sol, entre 94 jours et 2 700 ans selon les molécules, mais bon, c'est vrai que d'ici là on aura bouffé les pissenlits par la racine. Enfin bref, toute la gamme de produits super-respectueurs de l'environnement. Bientôt, ils porteront tous la mention

POISON TRÈS RÉMANENT. ( anagramme d’ “entreprise Monsanto”)

Du débat sociétal improvisé en classe

TW : mention de violences conjugales, balises entre les deux paragraphes à ce sujet.

Les élèves sont  des petites personnes. Fruits d’une éducation familiale et des rencontres qui ont eu lieu avant leur arrivée dans notre classe, des petits êtres parfois influençables, ou bien en proie à des conflits de loyauté envers leurs parents ou leurs pairs, mais des petits êtres néanmoins. Ainsi, il arrive qu’illes expriment des avis aux antipodes des miens propres. Dans ce cas, que faire ? Convaincre, inviter à débattre, offrir des pistes pour réfléchir ?

Tout convient, évidemment, selon les sujets et selon les élèves. Je garde à l’esprit qu’en tant qu’enseignant.e nous ne sommes pas là, face aux élèves, pour fabriquer une armée de clones, mais pour leur apprendre à réfléchir par elleux-mêmes… quitte à ce que leurs opinions finales nous heurtent. Tant que les arguments sont pertinents et bien amenés : la rhétorique est aussi une victoire.

Il convient de rappeler les règles du jeu de la société, à savoir : le cadre légal qui nous entoure. Cela me sert souvent de balise notamment pour réguler l’homophobie dont font souvent preuve les élèves, mais bien souvent par abus de langage et méconnaissance. Le cadre légal, c’est aussi une manière subtile de déplacer les enjeux du débat : on ne part plus de l’opinion de X versus l’opinion de Y, mais bien de la loi et de pourquoi / comment l’Etat en est arrivé à légiférer ainsi.

Je garde toujours à l’esprit que des bébés LGBT pourraient être dans une salle de classe, ou des victimes / témoins de violences diverses (conjugales, intra-familiales, inceste, agressions sexuelles…) et qu’il convient de les protéger. Là est le jeu d’équilibre : laisser parler les autres librement et recadrer sans sévérité (qui inviterait au contournement, à l’opposition). Rappeler aux élèves sur quoi on peut débattre et sur quoi on ne débattra jamais. 

(TW : violences conjugales)

Exemple concret : cette année, avec les 4e, j’ai proposé l’étude de La Parure, nouvelle de Maupassant. En résumé, il s’agit de Mathilde, une bourgeoise qui rêve de grandeurs et qui, par des décisions et des erreurs, mène son mari et elle à la ruine. Son mari ne s’énerve pas, demeure un soutien discret, mais soutien néanmoins. Cette posture de soutien sans énervement a agacé certains élèves, et une question à laquelle je ne m’attendais pas a surgi : “Pourquoi est-ce que son mari ne la frappe pas, pour la punir ?” En effet, pourquoi. Les élèves ont voté : qui pense qu’un mari doit punir sa femme ? qui pense qu’une femme doit punir son mari ? Si presque tous les garçons (et une fille) ont levé la main sans sourciller à la première interrogation, aucune main ne s’est signalée pour la seconde. Le cadre du débat est devenu différent : pourquoi les femmes devraient-elles soumission à leur époux ? et est-ce obligatoire ? quels sont les droits de chacune et de chacun ?

A partir de là, il était clair que les élèves qui souhaitaient que Mathilde soit punie par son mari n’étaient pas convaincus par les arguments de leurs pairs, ni par mes rappels de la loi. Est-il nécessaire de convaincre en une poignée de minutes ? J’ai choisi d’envisager que la parole de l’égalité conjugale avait été entendue, même de loin. Et de démontrer que d’autres voies de résolution de conflit étaient possibles, ça oui : proposer des options, des mises en situation, de l’improvisation théâtrale pourquoi pas (je l’ai fait en fin d’année, j’y reviendrai peut-être).

(fin du TW)

Je ne punis jamais un.e élève pour des propos exprimés contraires au cadre de la loi (= LGBTphobes, racistes,…). Ceci dit, je crois que pour elleux, mes laïus et les débats improvisés sont presque pires que des punitions solitaires, alors l’un dans l’autre je ne me sens pas en tort. Mais à vue d’oeil, je sens les filles s’affirmer, reprendre des arguments que j’ai formulés, des garçons aussi, bref, même si ça prend des mois, les graines sont plantées, et pour de bon. Car, même les yeux tournés vers la fenêtre, les bras croisés, le regard énervé et distant, l’élève entend.

  • moi:moi je préfère ton écriture à celle de jk en plus je suis pas fan de cadre de son histoire c'est pas réel pas terre à terre, le gars c'est l'élu genre wow on ne s'y attendait pas, toi c'est bancal ça sort des sentiers battus, tu casses les codes des filles qu'on aime
  • alecto :Ouais, c'est le principe. Mais ce genre de choses ne fonctionnent pas dans le vrai monde. Je garderai toute cette merde d’écriture pour moi, toute ma vie. Je n'ai pas le caractère combatif d'un réel écrivain qui s'acharne pendant des mois à donner forme à ses livres. J'ai déjà pas la volonté d'écrire plus de quinze lignes. Je suis une incapable qui fait semblant de pouvoir. Je ne suis pas non plus du genre à me fabriquer des ambitions avec du PQ parce que je préfère le faire cramer, c'est plus immédiat et plus amusant. Je resterai une Alecto dans l'ombre, comme convenu.
  • moi:et bien dis toi que tu brilles pour moi et que pourtant j'en dévore des bouquins
  • alecto:C'est affreux de vivre parmi des gens qui ne réalisent pas à quel point je m’investis dans ce que j'écris, à quel point il me plaît d’écrire, et qui ne trouvent rien d'autre à dire que “oui, j'aime bien, je sais pas trop quoi dire d'autre”. Et je ne parle pas des cons de fbw, mais des gens de la vraie vie. Il est assez rare qu'ils lisent ce que je fais, et quand c'est le cas, je suis toujours euphorique d’attendre leur avis, de pouvoir discuter de cette écriture, de débattre sur tel ou tel mot, d’entrer dans le fond de mes propos. Mais ça m'arrive jamais. Je me prends des claques à chaque fois, je me sens humiliée parce qu'ils n'ont pas l'air de me prendre au sérieux. Ils semblent juste distraits. Et c'est la raison pour laquelle je pourrais me mettre à chialer, là, maintenant. J'en ai assez. Je n'écris pas que pour moi, j’attends aussi un échange avec les autres. Mais personne n'en est jamais conscient. J’emmerde les gamines égocentriques que je vois traîner ici, qui prétendent écrire, et détériorent indirectement mon travail. Je vais finir par craquer et je vais buter quelqu'un au nom de l’intérêt pour mes heures de torture littéraire que personne n'aura jamais. Je vais vraiment finir par buter un connard au hasard. Et c'est lui qui portera le poids de ma déception constante.
J'abhorre cet américanisme creux qui espère s'enrichir à crédit, être informé en tapant sur les tables à minuit, apprendre les lois de l'intelligence par la phrénologie, le talent sans étude, la maîtrise sans apprentissage, la vente des marchandises en prétendant que tout se vend, le pouvoir en faisant croire qu'on est puissant ou en s'appuyant sur un jury ou une convention politique dont la composition vous est favorable, la corruption et des votes « répétés », ou parvenir à la richesse par la fraude. On pense y être parvenu, mais on a obtenu quelque chose d'autre, un crime qui en appelle un autre, et un autre démon derrière celui-ci : ce sont des étapes vers le suicide, l'infamie et les affres du genre. Nous nous encourageons mutuellement dans cette vie de parade, de boniment, de réclame et de fabrique de l'opinion publique, et dans cette faim de résultats et de louanges rapides, on perd de vue l'excellence.