equateur

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Pleurothallis truncata by Andreas Kay

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Monkey slug caterpillar, Phobetron sp., Limacodidae by Andreas Kay
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from Ecuador Megadiverso: www.flickr.com/andreaskay/albums

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Emerald Cicada, Zammara smaragdina by Andreas Kay
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Thanks to ozzicada for ID.

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Blue-winged mountain tanager ( Anisognathus somptuosus ) by Pito-pito
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Nanegalito, Ecuador

41 - IN FRENCH WE TRUST
  • 41 - IN FRENCH WE TRUST
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NIGHT DRIVE RADIO MIX 


— 41 - IN FRENCH WE TRUST

01. KAVINSKY - Endless
02. JUVENILES - Strangers
03. NOIR CŒUR - Endless Bummer
04. EQUATEUR - Luv Express
05. BOIS NOIRS - Rollercoaster
06. FREEDOM FRY - Friends And Enemies
07. O SAFARI - Taxi (Les Filles Et Les Garçons Remix)
08. PONI HOAX - Life In A New Motion
09. APRIL SHOWER - Red Wine And Chocolate
10. HYPNOLOVE - Come To My Empire (Bufi & La Royale Remix)
11. DOMBRANCE - The Witch (Feat. Sourya)
12. GRIEFJOY - Touch Ground (YUKSEK remix)
13. MANSFIELD. TYA - Logic Coco (Scratch Massive Remix)
14. ANDREA - Want You Back
15. MABROUK - On The Other Side
16. LEONIE PERNET - Blue Is Dead

Saveurs d'Orient

L’humeur ressentie au moment où l’on fait son sac est toujours ambivalente : une certaine nostalgie à l’idée de quitter des personnes et un lieu auxquels on s’est attachés, mais aussi une bonne dose d’excitation à l’idée de reprendre la route. Nous avons passé un peu plus d’une semaine dans la partie orientale du pays, dans le cadre d’un volontariat au sein d’une finca écologique près de Tena. Cette finca de 26 hectares a été créée en plein cœur de la forêt secondaire par Benjamin Munro (aka Bhaga), un britannique déraciné résolu à créer un havre de paix végétal en suivant les principes védiques. Au programme : reforestation de la forêt secondaire à l’aide d’arbres fruitiers et forestiers, et protection de l’environnement en adoptant un certain nombre de mesures écologiques (récupération des déchets végétaux et fruitiers issus des marchés locaux ou de la finca, compostage, utilisation du compost comme terre végétale et moyen de chauffage de l’eau, toilettes sèches, cuisine strictement végétarienne, etc.). Le projet n’est pas encore complètement autofinancé pour l’instant et une contribution de 10$ par jour est demandée aux volontaires en contrepartie de trois délicieux repas végétariens par jour, de l’hébergement et de la séance quotidienne de bhakti yoga dirigée par Pablo, un colombien érudit aux faux-airs de Willem Dafoe, véritable yogi capable d’enchaîner les postures les plus folles. En l’absence de Bhaga, Pablo est le chef d’orchestre du projet. En plus de diriger la séance de méditation optionnelle à 5h30 à laquelle je n’assisterai qu’une fois et la séance de yoga à 6h30, il se charge de l’accueil des volontaires, de chapeauter les tâches quotidiennes, des sorties du week-end et même de la cuisine, en l’absence de Kedarnath, le cuisinier mexicain “muy loco” également adepte de Krishna.

La séance de yoga s’avère être le meilleur moyen d’entamer la journée, une fois la phase du réveil surmontée. Nous nous réveillons progressivement au son des cloches, des percussions indiennes et du chant de la méditation dès 5h30 (de quoi envoyer les plus insomniaques au lit à 22h au plus tard !). L’ambiance et la lumière du petit matin sont fantastiques : une légère brume couvre la végétation, par laquelle filtrent les premiers rayons du soleil. Le chant incessant des grillons et des oiseaux, légèrement perturbant au départ, finit par devenir la bande-son naturelle du programme quotidien. Après la séance de yoga optionnelle, tout le monde se retrouve pour partager le petit déjeuner, l’occasion de faire le plein de fruits frais et de vitamines (goyaves, papayes, bananes, ananas, etc.). Pablo nous indique ensuite le programme du jour, généralement les tâches plus physiques ou pénibles le matin (compostage, taille, mise en plant, entretien des sentiers) et les tâches récréatives l’après-midi (récolte et préparation du cacao et de la canne à sucre, préparations culinaires, etc.). La bonne humeur est toujours au rendez-vous et nous partageons de très bons moments avec les autres volontaires et les encadrants.

Nous apprenons beaucoup et sommes inspirés par la richesse de la cuisine végétarienne, de la pensée védique, du yoga et de ses bienfaits. L’Oriente, nom donné à la région amazonienne du pays, porte décidément bien son nom. J’ai enfin appris à jouer aux échecs (un autre vieux rêve), et le goût du jeu est bien là, même si je me prends une raclée à chaque partie. Nous apprenons à cohabiter avec les insectes les plus fascinants et les plus rebutants à la fois (j’ai une pensée toute particulière pour ma sœur Fabienne à chaque fois que j’enlève une araignée de la taille d’une paume de main dans la douche ou la chambre). Le cacao équatorien, réputé être le meilleur du monde, a un goût incomparable, surtout quand on l’a cueilli, décortiqué (bonjour les ampoules), torréfié et moulu soi-même ! Mâchouiller le cœur d’une canne à sucre fraîchement coupée est une autre expérience inoubliable.

Nous avions initialement prévu d’aller dans la forêt primaire, mais après une tentative infructueuse avec une connaissance de Bhaga improvisée guide, nous y avons finalement renoncé. Si la forêt vierge est aujourd’hui en péril à cause des bûcherons, des compagnies pétrolières et autres chercheurs d’or, le tourisme et le flux de visiteurs qu’il draine menacent également son écosystème et ses indigènes. Avec un peu de recul, nous réalisons ce qui compte vraiment à nos yeux : les rencontres faites, souvent de façon fortuite, qui ont infiniment plus de valeur que n’importe quelle excursion touristique, aussi exotique soit-elle.

Cotopaxi 2/2

COTOPAXI, EQUATEUR, 5897m (jour 2)

Qui? Sinkhi et Loustick

Sommet? Cotopaxi

Temps? environ 8h, avec des conditions de neige tres difficiles

Matériel? 4 couches (t-shirt, 2 polaires, manteau + crampons + piolet + attention camelbacks gelent donc boire regulierement pour eviter le gel ou remplir d'eau chaude + gel energetiques)

Quand? Juillet 2011

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Voila:

 

Ce qui nous attend demain, 1100m de dénivelée, si près et si loin ! Le sommet visible sur la photo n;est pas le vrai sommet. Celui ci est encore loin derriere. On distingue une barre rocheuse sous le sommet visible sur la photo. Nous allons le contourner par la droite et remonter ensuite sur le sommet, le vrai, loin, si loin!

  

Les heures s’égrènent et le sommeil ne vient toujours pas. Nous avons tellement rêvé de cette ascension que maintenant que nous y sommes, la tension, l’excitation, la peur aussi, toutes ces pensées fusent dans nos tètes.

Nous avons renonce a dormir depuis longtemps quand le réveil sonne enfin. Il est minuit. Nous n’en pouvions plus d’attendre sans rien faire. Nous descendons à la cuisine. Loustick ne mange rien du tout. Il a eu mal au cou toute la nuit et cela lui a donne mal a la tete (c’était en fait une migraine, sa première).  Sinkhi, lui, s’efforce à prendre un bol de céréales et du the chaud. La plupart des alpinistes se sont levés plus tôt que nous,  et ont commence leur marche a 23h30 ou  minuit.

Il est 01h du matin lorsque nous franchissons la porte du refuge.

 

Nous marchons 30 minutes et nous nous arrêtons. Nous avons atteint le début du glacier, il faut chausser les crampons. Sinkhi veux prendre un peu d’eau mais le tuyau de son camelback (poche a eau placée dans le dos et reliée par un tuyau a la bouche) est gelée. Il essaie celui de Loustick, mais le tuyau est aussi bouche. Catastrophe ! Il faudra faire sans. Les gels aussi sont durs comme de la pierre. Il fait extrêmement froid, surtout lorsque nous ne sommes pas à l’abri du vent. 

L’ordre d’une cordée est déterminant. Le meilleur marche en premier suivi du moins bon. Le deuxième meilleur ferme la marche. Celui qui marche ‘’en tète’’ est le guide. C’est lui qui doit donner le rythme, éviter les crevasses, trouver la meilleure route et faire la trace dans la neige fraiche, ce qui est épuisant. Le deuxième de cordée se cale dans les pas de celui qui est en tète. C’est plus facile car il faut simplement regarder les pieds et avancer a mesure juste derrière, sans réfléchir. Le troisième de cordée marche quelques mètres derrière. Il est alors difficile d’avoir un rythme régulier et on fait le yo-yo, ce qui fatigue enormement.

Nous nous encordons : le guide en 1er, Sinkhi en 2e et Loustick en 3e.

 

 

Dans la nuit noire, a la lumiere des lampes frontales. 

 

 

SINKHI :

Je n’ai pas froid! Avoir du bon matériel a un prix mais c’est un luxe nécessaire. Je suis en forme. Je sais que je vais souffrir mais je sais que je vais réussir à gravir ce volcan. 

Je trouve que le guide marche trop lentement. Je sais pourtant que c’est la bonne allure pour esperer tenir jusqu’au sommet et je me colle littéralement a ses basques. Mais ce rythme m’endort ou du moins, ne me réveille pas. Je baille à m’en décrocher la mâchoire. J’ai peur de revivre mon échec du Vignemale, quand le manque de sommeil m’avait coupe les jambes et que j’avais du faire une sieste. A cette altitude, ca ne sera pas possible ! 

Des lumières violacées, comme des éclairs me sortent de ma somnolence. Il y a un mur à franchir et un groupe de grimpeurs prend des photos. Je ne comprends pas d'ou ils sortent l'energie pour prendre la pose. Mais en realite, ils ont déjà abandonne et sont en train de redescendre. Je regarde Loustick, et brandit mon piolet en criant « on va se le faire ». Hélas, mon piolet étant accroche a mon harnais, il  me revient tel un boomerang et la pointe me perce superficiellement l’arcade sourcilière. Une goutte de sang fait surface. Ridicule. 

C'est à mon tour de franchir le mur, qui doit faire environ 8m de haut, avec une inclinaison a 70 degrés. Voulant me faire bien voir des autres cordées, je frappe la glace avec mon piolet très haut et je commence à monter presque en courant. Ca ne manque pas, je glisse, me rattrape comme je peux, repars de plus belle et reglisse. Je m’énerve. La glace et devenue de la neige molle a cause des passages successifs, rendant notre passage plus difficile. Je respire profondément, et monte doucement. J’arrime solidement mon piolet et monte les pieds. Et ainsi de suite. Arrive en haut de ce malheureux mur, je suis littéralement à bout de souffle. Je m’écroule par terre. Le guide tire alors violemment sur la corde. J’enrage complètement et m'en vais l insulter copieusement quand je remarque que je gène un peu tout le monde, dont mon frère. Je m’écarte. 

Perte de lucidité, vive irritation : deux maux d’altitude lus et relus dans les livres de montagne. Décidément, mon apprentissage se fait dans les règles. 

 

LOUSTICK :

Toute la nuit je me suis battu avec un mal au cou. Je n’arrive pas à trouver une bonne position. Au réveil, les lumières des lampes de poches me donnent affreusement mal a la tete, j’ai la nausée. Je n’ose meme pas manger. Le zip de mon gore-tex est casse et je lutte pour le faire remonter. Avec l’aide d’un guide, on arrive a le faire monter jusqu’au niveau de la poitrine, il est l’heure de partir, on fera aller. La première partie est assez facile, il fait froid mais cela reste gérable.  Les lampes frontales me font extrêmement mal au crane. J’éteins la mienne, je vois suffisamment bien avec la pleine lune. 

Apres avoir mis nos crampons, nous repartons. Nous sommes la derniere cordee. Sur le glacier, je n’arrive pas à me réchauffer. Le vent s’engouffre sous ma veste, la fermeture s’est ouverte. La migraine se dissipe progressivement, je commence à avoir faim mais l’eau et les gels sont inutilisables… Je vais devoir patienter. Je n’arrive pas à trouver mon rythme, je me fatigue entre repos et accélérations, c’est dur d’être dernier de cordée! Nous passons plusieurs cordées qui se reposent avant une partie assez raide. Apres le mur, 2 autres cordées se sont arrêtées, elles n’iront pas plus loin. Je me demande moi meme si je suis capable d’aller au sommet. 

  

 

Sinkhi demande a Sergio, le guide, combien de temps il reste. Il répond 3 heures. Sinkhi rigole et lui redemande : « Nan, sérieux, combien de temps ». Il répond 3 heures. Sinkhi se croyait déjà presque arrive, la désillusion est forte. Il est assez fatigue mais sait qu’il tiendra. Maintenant, c’est une question de mental. Il range son i-pod qui diffusait du rock en continu depuis le refuge, estimant que c’est trop facile avec car ca booste son mental. I veut se battre a la loyal contre la montagne. Loustick, a l’inverse, semble très émousse et fait la grimace. Il dit qu’il ne se sent pas très bien mais Sergio et Sinkhi ne font pas attention.

  

SINKHI :

A la faveur d’un passage plus difficile, Loustick arrive à ma hauteur. Je lui demande comment il va ? Je n’ai pas besoin de réponse. Je ne l ai jamais vu aussi mal en point. Je réalise enfin que notre ascension est gravement en péril : il me semble improbable qu’il aille au sommet et meme redescendre tout de suite pourrait être dangereux. Comment n’ai-je pas vu cela venir ? Comme il marchait derrière moi, je ne savais pas qu’il se sentait aussi mal. C'est après la montée du mur que j’ai vu pour la première fois la fatigue sur son visage. Mais meme alors, je ne me suis pas inquiet. Enfin, on parle de mon frère, celui qui court 100km sans s’arrêter, celui qui m a toujours battu en endurance. Comment pourrait-il craquer avant moi ? Des idées se mêlent dans mon esprit, sans que j’arrive à bien les ordonner. Je veux monter en haut / nous devons redescendre / je suis fatigue / on a fait tellement d’efforts pour arriver la / la lune est belle ce soir / Loustick est très mal / je mangerai une énorme pizza en arrivant / bon sang, mais qu’est ce que je fais la, a 5500, au beau milieu d’un glacier, a me faire autant de mal ? 

LOUSTICK :

Apres le mur, nous marchons 30min. Je ne me sens pas bien du tout, fatigue léthargique. J’ai surtout très froid. Mentalement, je n’en peux plus. Je suis triste pour Sinkhi, mais je ne me sens pas aller plus loin. Je suis HS. Tout mon corps tremble, je lutte mais je sais que je ne peux  aller beaucoup plus loin.

 

Sinkhi dit au guide : « Sergio : C’est fini. Nous redescendons ». L’inattendu se produit alors. Le guide refuse de redescendre ! Il nous dit que ca serait trop dommage d’abandonner et qu’il faut continuer. Qu’a t il a gagner à poursuivre, à se fatiguer, a prendre des risques ? Nous l’ignorons. Mais il le fait.

Nous reprenons notre marche mais après quelques minutes, Loustick dit stop et s’assied dans la neige. Nous sommes vers 5500, nous marchons depuis environ 3h30. Le passage est difficile : une très longue montée raide et rectiligne. Moralement, c’est dur. La plupart des cordées qui abandonnent le font ici, loin du sommet et pas encore trop loin du refuge.

 

SINKHI :

Loustick est assis. Je le regarde. Il est transi. Il tremble. Il est livide. A ce moment, dans mon esprit, c’est fini. Je lui jette a la dérobée un regard plein de commisération. Je dois trouver les mots pour le réconforter. Je me decide soudainement a voir si on ne peut pas le faire aller mieux. Qui sait, peut-être se remettra t il. A t il bien mange? trop froid? Je remarque alors qu'il n'a qu'une polaire sur le dos, la 2e etant dans son sac a dos. Malgre le froid, il n a pas demande/ realise qu'il fallait s arreter. 

Souvent au cours d un effort, on ne veut pas s arreter, pour ne pas perdre le rythme. C'est arrive a Loustick dans une course de 100km. Il n'a pas voulu prendre 5’ pour changer de chaussettes  et s'est retrouve avec les pieds en sang les 10 dernieres bornes, perdant beaucoup plus de temps. La encore, il a fait l'erreur… 

J'enleve mes gants, ouvre son sac et lui prends sa 2e polaire. Je lui donne mon manteau. Je vais pour mettre le sien mais Sergio insiste pour me donner son propre manteau et récupère ainsi celui casse. Et magie, du premier coup, le manteau ferme ! Le voila le tournant du match?Notre eau est gelée, ainsi que nos gels énergétiques. Mais coup de chance, j’en avais garde un dans ma poche, ce qui l a maintenu au chaud. Je le donne à Loustick qui l’avale difficilement. Nous trouvons encore des sortes de pastilles carrées Isostar et des pates de fruit. Nous nous reposons 5 minutes. Ca fait du bien. Loustick semble aller un peu mieux. 

 

LOUSTICK :

Je suis trop fatigue pour faire quoi que ce soit et m’écroule. Mon esprit est confus, mon cœur bat trop rapidement. J’aurai du m’arrêter plutôt, mettre une couche supplémentaire, mettre les gels dans mon sac pour les réchauffer… Le coup classique de l’hypothermie, le cerveau ne réagit pas convenablement. C’est rageant, je ne suis pas fatigue physiquement, je n’ai pas les muscles endoloris, pas de crampes. Je suis déçu… Mon frère arrive à la rescousse. Apres avoir mis une polaire que j’avais emporte avec moi et son Gore tex, je me sens mieux mais j’ai besoin de sucre. Heureusement il trouve un gel par magie et Sergio me donne un Chewing-gum.  Je me sens mieux et decide de repartir. On verra… Je me dis que si j’arrive au sommet, la première chose que je fais en rentrant c’est de remplacer mon manteau de 10 ans ! 

 

Le guide nous dit qu’il faut repartir. Nous reprenons l’ascension. Pendant le temps de la pause, l’aube naissante éclaire d’une lueur incertaine les pentes. La vie revient sur la montagne et peut être aussi en nous. Il reste environ 2h de marche pour 300m de denivele. 

En tete de cordee, Sergio doit faire la trace avec de la neige jusqu'aux genoux. Il y a bien 2 cordees devant nous mais il prefere choisir un itineraire legerement different. Il s'epuise et marche extremement lentement. Bien cale dans les pas du guide, Loustick, qui est passe 2e de cordee retrouve des couleurs. Chaque pas semble le faire aller mieux et il trouve meme que le guide ne marche plus assez vite, un comble pour celui qui était a l’agonie quelques minutes auparavant ! De son cote, Sinkhi compte les pas le séparant du sommet.

 

Le soleil se leve. La Route des volcans se dessine dans le lointain

 

Illinizas (Nord et Sud)

 

 


Antisana

 

 

SINKHI :

A partir de 5700m, pour la première fois de tout le voyage dans les Andes, je souffre vraiment de l’altitude. Je respire mal. Et je suis si fatigue ! Ma seule envie est de m’allonger, ne serait-ce qu’une minute ! Le guide marche tellement lentement, ca m'insupporte. Il fait un pas, il s arrete, un pas s arrete. Ces arrêts fréquents cassent mon rythme : et je déteste changer d’allure ! Pourquoi devons nous faire la trace!? Je suis arrive a un état d’épuisement rarement atteint. Le manque de sommeil, le manque d’eau et de nourriture, l’effort incroyable : je suis vraiment a bout. Qu’on me laisse m’allonger ! 

 

LOUSTICK :

Je vais beaucoup mieux, le soleil s’est levé et me réchauffe. Je suis passe en milieu de cordée et j'ai trouve un rythme plus régulier derrière le guide. Je mets mes pas dans les siens. La couche glacée a fondu, nos pieds s’enfoncent dans la neige transformée. Transformée, mais pas trop tout de meme, aujourd’hui il n’y a pas trop de risque d’avalanche meme dans cette partie plus raide.  La vue est magnifique, c’est la première journée de vrai beau temps depuis 2 semaines. En direction du Nord, nous pouvons voir les autres volcans aux sommets enneiges, les 2 Illiniza, Ruminahui, Cayambe, Antisana. Une vision féérique, les conditions sont magiques. Je suis tellement heureux d’avoir retrouve mes moyens, je me sens léger. Proche du sommet, la cordée d'un francais rencontre la veille passe le dernier muret final avant le sommet. Ils ont fait la trace pour les autres. Une autre cordée de 2 est un peu plus loin devant nous. Plus bas une cordée de 3 monte progressivement. Encore plus loin, une autre cordée s’est arrêtée. Mais ils n’ont pas l’air de vouloir faire demi-tour. Etonnante et improbable rencontre entre tous ces hommes et femmes.

La corde tire un peu, Sinkhi fatigue mais mentalement il a l’air solide. Le guide respire fort, il fait beaucoup d’effort à faire la trace pour nous, cela doit être très difficile et je n’ose imaginer ce que l’on aurait fait sans lui. 

 

 

Derniere pause avant la montee finale! On y est presque!

 

Sergio nous dit que nous arrivons dans 30 minutes. 30 minutes plus tard, que nous arrivons dans 20 minutes. 20 minutes plus tard, nous ne sommes toujours pas arrive! Le guide est malin et ne veut pas nous decourager. Mais a chaque report, c'est un coup de massue sur notre moral et donc sur notre physique.  Heureusement, le soleil s’est complètement levé et la montagne nous dévoile son incroyable beauté. Apres une très longue et raide montée, nous débouchons sur la plate forme sommitale apres un muret final assez dur a ce niveau de fatigue. Le paysage change radicalement : c’est moins raide, plus bosselé. On se dirait dans un désert de sable.

On descend, on remonte, on contourne une grande dune, on monte encore. Derrière chaque cote, une nouvelle cote. C’est à devenir fou ! Le paysage n’est pas très spectaculaire car nous ne voyons rien du tout. Le fameux cratère du volcan dont nous sentons pourtant, parfois, les émanations de souffre reste invisible. Nous sommes sur un espace incertain, relativement arrondi, ou le ciel et la terre se confondent dans une mer blanche, ouateuse.  Le guide s arrete. Nous sommes arrives. C’est le sommet. Nous avons réussi. 

 

Au sommet!

 

Loustick au sommet

Sinkhi au sommet

 

SINKHI :

Je vois les deux piolets d’une autre cordée et comprend que nous sommes arrives. Je m’écroule instantanément et prend quelques minutes pour retrouver un battement cardiaque décent. Je suis les-si-ve ! Je me releve pourtant, je veux tout voir, tout sentir. Je ne ressens plus de souffrances. Je suis heureux. 

 

LOUSTICK :

Nous rattrapons la deuxième cordée sous le muret final. Une pente de 50-60 degrés qui fait assez mal ! Nous parlons rapidement à la cordée du français qui commence leur descente. Nous ne sommes plus qu’a 10min du sommet. Le ciel s’est un peu voilé, le vent redouble d'intensite. Mais nous savons que nous y sommes presque. Apres un echangede félicitations avec la deuxième cordée, nous pouvons savourer. Nous avons monte en un peu moins de 6h, ce qui nous laisse un peu de temps pour prendre des photos. Les conditions météo ont été plutôt mauvaises en Equateur ce mois de Juillet. Généralement il y a peu de neige, mais d’après le guide cela ressemble plus a un mois de Janvier. Les jours avant notre arrivée, les conditions étaient telles que personne n’a pu franchir la barre des 5500m.

 

La descente se passe sans encombres. Sinkhi en tete, nous mettons 2h pour redescendre, parfois en mode toboggan : sur les fesses, le piolet comme frein ! Mais c’est long. Le refuge, point jaune dans le blanc et ocre de la montagne, semble a porter de mains mais c’est comme s’il reculait a mesure que nous descendons. Le paysage, heureusement, est incroyable. A ce niveau d’altitude et proche de l’équateur, nous voyons parfaitement la courbure de la terre et les autres sommets équatoriens se découper. Nous frôlons aussi de tres impressionants séracs et crevasses. Enfin, nous franchissons le pas de la porte du refuge. Extenués mais fiers.

 


Vu du Muret final : en montant, on souffre! en descendant, on profite de la vue

 


Dans la descente, la courbure de la terre, les Ilinizas au fond. 

 

LOUSTICK :

Bizarrement j’avais plus peur de la descente que de la montée. Mais le genou tient bien sur la neige. Apres être sorti du glacier, Sergio decide de prendre un raccourci pour éviter la neige. La le genou commence a faire mal, bon promis j’achèterai une veste et ferai un IRM! 

 

Descente  mode toboggan!

 


Le glacier

 

La barre rocheuse

 

Ce jour la, la moitie des cordées engagées ont échoue. Les conditions étaient difficiles avec l’accumulation de neige des jours précédents. Nous, nous avons eu la force, le mental et le guide pour réussir. Nous sommes fiers d'avoir gravi le sommet pour ceux qui nous ont soutenu, ceux qui ont doute de nous, pour le cout du voyage, pour nos egos!

 

Le Cotopaxi était notre premier grand sommet. L’idée était de se confronter à la haute montagne et de voir si ca nous plaisait. Verdict ?

La haute montagne est magnifique. Nous avons en plus eu la chance d’avoir des conditions climatiques parfaites avec une nuit très claire et peu de vent. Nous avons ressenti des émotions uniques et tellement puissantes. Nous nous sommes donnes a fond et il n’y a peut être aucun lieu ou l’on peut autant apprendre sur soi et autant repousser ses barrières mentales et physiques. C’est une expérience inoubliable. Mais c’est tellement dur. Tellement de souffrances, de sacrifices, de dangers. En descendant du Cotopaxi, Sinkhi déclare que c’est la dernière fois qu’il monte aussi haut et que pour le Chimborazo, c’est hors de question.

Le lendemain, évidemment, notre seule volonté était d’aller gravir le Chimborazo, montagne voisine, plus haut volcan du monde et beaucoup plus difficile que le Cotopaxi. C’est comme ca.