entre le ciel et la terre

Amour

“Toi, chair de ma chair, matin, midi, nuit, toutes mes heures et mes saisons ensemble


Toi, sang de mon sang, toutes mes fontaines, la mer et mes larmes jaillissantes


Toi, les colonnes de ma maison, mes os, l’arbre de ma vie, le mât de mes voiles et tout le voyage au plus profond de moi


Toi, nerf de mes nerfs, mes plus beaux bouquets de joie, toutes couleurs éclatées,


Toi, souffle de mon souffle, vents et tempètes, le grand air de ce monde me soulève comme une ville de toile


Toi, le goût du monde ; toi, l’odeur des chemins mouillés, ciels et marées sur le sable confondus


Toi, corps de mon corps, ma terre, toutes mes forêts, l’univers chavire entre mes bras


Toi, la vigne et le fruit ; toi, le vin et l’eau, toi, le pain et la table, communion et connaissance aux portes de la mort


Toi, ma vie, ma vie qui se desserre, fruit d’un pas léger sur la ligne de l’aube; toi, l’instant et mes bras dénoués


Toi, le mystère repris ; toi, mon doux visage étranger, et le coeur qui se lamente dans mes veines comme une blessure.”


Anne Hébertde 1969

Les racines sembleraient vivre comme coupées de la multiplicité des vivants, et pourtant c’est grâce à elles que les plantes arrivent à être conscientes de ce qui se passe autour d’elles. Déjà Platon avait comparé notre tête et donc la raison à une « racine » : l’homme, écrit-il, est « plante du ciel et non de la terre », avec les racines en haut, une sorte de plante inversée. Mais la version qui deviendra canonique fut donnée par Aristote dans son Traité de l’âme : « Le haut et le bas ne sont pas identiques pour tous les êtres et pour l’univers : ce qu’est la tête dans les animaux, les racines le sont dans les plantes, si c’est par les fonctions qu’il faut distinguer ou identifier les organes. » (…) L’analogie entre tête et racine fonde celle entre homme et plante qui aura un succès extraordinaire dans la tradition philosophique et théologique médiévale.
—  Emanuele Coccia, La Vie des plantes, Payot & Rivages, Paris, 2016

Lorsque deux âmes, qui se sont ainsi cherchées plus ou moins longtemps dans la foule, se sont enfin trouvées, lorsqu'elles ont vu qu'elles se convenaient, qu'elles se comprenaient, qu'elles s'entendaient, en un mot, qu'elles étaient pareilles l'une à l'autre, alors il s'établit à jamais entre elles une union ardente et pure comme elles, union qui commence sur la terre pour ne pas finir dans le ciel. Cette union est l'amour, l'amour véritable, tel à la vérité que le conçoivent bien peu d'hommes, cet amour qui est une religion, qui divinise l'être aimé, qui vit de dévouement et d'enthousiasme, et pour qui les plus grands sacrifices sont les plus doux plaisirs.

Victor Hugo, Lettres à la fiancée

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Tu te sentais jeune, tu croyais que la vie et le plaisir ne doivent faire qu'un. Tu te fatiguais à jouir de tout, vite et sans réflexion… Suspendu entre la terre et le ciel, avide de l'un, curieux de l'autre, dédaigneux de la gloire, effrayé du néant, incertain, tourmenté, changeant, tu vivais seul au milieu des hommes; tu fuyais la solitude et la trouvait partout.
—  George Sand
Lorsque deux âmes, qui se sont ainsi cherchées plus ou moins longtemps dans la foule, se sont enfin trouvées, lorsqu'elles ont vu qu'elles se convenaient, qu'elles se comprenaient, qu'elles s'entendaient, en un mot, qu'elles étaient pareilles l'une à l'autre, alors il s'établit à jamais entre elles une union ardente et pure comme elles, union qui commence sur la terre pour ne pas finir dans le ciel. Cette union est l'amour, l'amour véritable, tel à la vérité que le conçoivent bien peu d'hommes, cet amour qui est une religion, qui divinise l'être aimé, qui vit de dévouement et d'enthousiasme, et pour qui les plus grands sacrifices sont les plus doux plaisirs.
—  Victor Hugo, Lettres à la fiancée