encombrement

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Voici ESPOO, mon projet de diplôme pour l’école Estienne ! C’est un roman graphique de 130 pages, fruit de cette seconde année ! Je suis diplômé !


ESPOO raconte l’histoire d’un personnage qui revient chercher un objet dans sa maison d’enfance. En arrivant les paysages ont changé, les échelles sont différentes, la ville est moins charmante, les bois moins avenants… quelque chose ne tourne pas rond dans ce voyage qui devait se passer sans encombres. Sans affaires, avec pour seuls repères les souvenirs flous de son passé, c’est grâce à l’aide de Tapio, Tuulikki et Ursula que le héros va accomplir le but de sa venue et au final grandir un peu.


Produit en 2 exemplaires pour l’école avec une couverture à rabats imprimée en blanc sur Rivoli 120g.
Second tirage prévu cet été !

La solitude je l’ai bien cherchée. Et elle m’a bien trouvée. La compagnie des humains est devenue une tare. Ça distrait certes parfois, mais tout autant que ça encombre. Ça soulage autant que ça empoisonne. Il suffit qu’un détail de leur comportement, de leur tenue, de leur parfum ou de leur intonation te rappelle quelque chose, quelqu’un, et c’est reparti pour les égoûts du passé. La compagnie, à la longue, ça te fait te sentir plus seule que quand tu l’es. C’est juste une attestation de ta solitude. Une augmentation. Une entrave à sa liberté.
—  Jimmy Lévy, Petites reines

T’es plutôt douée, pour donner des conseils. Les mots, tu sais les trouver. Ouais, t’as quelque chose. T’es touchante, t’es marrante. Tu t’en rends compte, j’espère ? Parce que c’est vrai, qu’tu sais jamais quelle réaction mimer face aux compliments. Parfois tu soupires, parfois tu ris. Je te connais tu sais. Dès qu’tu stresses, tout s’embrouille là dedans, chez ton coloc’ le cerveau. Tu t’perds entre rires gênés & maladresse. Mais en y réfléchissant, tu devrais t’douter, que t’es pas si catastrophique. 

T’as un grand cœur, caché derrière toutes ces craintes, toutes ces rancœurs. T’as mal vécu certains trucs et t’en gardes précieusement les souvenirs. A quoi bon ? Tu vois pas qu’ça encombre le chemin ? Quel chemin ? Le tien. 

Cherche pas, t’es pas si nulle. T’en vaux le détour. On l’sait tous mais on l’dit pas. T’es trop discrète en plus. La discrétion c’est mignon cinq minutes tu sais ? Bien sûr qu’tu l’sais. Tu sais pas mal de choses, mais t’en dis rien. T’as toujours préféré observer. C’est aussi pour c’te raison, qu’les gens n’peuvent pas te cerner. Petit esprit caché. L’ombre camoufle tes imperfections. Mais c’pas une raison. Sors de ton trou. 

Tu m’énerves. Tu penses trop. Tu vois trop. Tu cherches trop. Toujours trop. Je ne te demanderai pas de vider cette tête en fouillis, il y en aurait pour des années de thérapie. Simplement, souviens toi, tu es magique. Cesse donc les prises de têtes. Tu oses t’étonner de ces foutues migraines ? Elles ne sont que les reflets des futilités qui rongent ton esprit. Arrête. 

Les échecs ? Fais-en une force. C’est pas insensé c’que j’te conseille. T’en auras d’autres des épreuves. Et t’as intérêt de t’en relever. Baisse pas les bras. Je compte sur toi. Tu vas respirer. Respire. Tu vas trébucher, tu vas chialer. Mais tu sais quoi ? Un jour t’en seras fière, d’ce passé casse gueule.

Les accessoires indispensables de vos vacances (2)

Les lunettes d'agent secret vous permettent de sonder les pensées et arrières pensées de toutes les personnes qui entrent dans votre champ de vision. Vous pourrez ainsi désormais éviter tout compagnon de voyage encombrant. La paix est assurée, enfin !

  • sous le joug: under the yoke/rule
  • l’ourdou: language Urdu
  • promouvoir: to promote
  • un ouvrage: work (syn: travail)/ work as in “work of art/literature”
  • reprendre: to recapture/ to take back/ to resume
  • bâillonné(e): gagged/ muzzled/ silenced
  • Ensemble, nous nous ferons entendre: Together, we will make ourselves heard/ Together, we will speak out.
  • faillir faire: to almost do
  • une balle: a bullet
  • inconscient(e): unconscious
  • arracher: to snatch/ to tear away (in this context, it’s figurative, such as “I was torn away from my family”)
  • éparpiller: to scatter
  • verrouiller: to bolt/ to lock
  • très lié avec: very friendly with/ very close to
  • dévaler: to hurtle down
  • franchir: to get over (an obstacle)/ to cross (a river or line)
  • entasser: to pile up (objects)/ to cram together (people)
  • givré: nuts, as in “he was completely nuts!”
  • épais(se): thick
  • une bâche: a sheet of canvas
  • claquer: to flap (as in a flag flapping in the wind)
  • poussiéreuse/poussiéreux: dusty
  • un(e) dirigeant(e): a (political) leader
  • friandise: sweet
  • un mouchoir: a handkerchief
  • un hayon: a tailgate
  • pencher: to tilt/ to lean
  • serrer: to grip tightly, to squeeze
  • effondrer: to collapse
  • jaillir: to gush out
  • la lâcheté: the cowardice
  • apitoyer: to move to pity (like to move somebody to pity somebody)
  • un augure: an omen/ an oracle
  • un fusil: a rifle/ a gun
  • une sucette: a lollipop/ a pacifier (like for infants)
  • tenter: to try to tempt
  • un berger/ une bergère: a shepherd/ a shepherdess
  • scander: to chant
  • épargner: to save (money/ time/ energy)
  • la honte: the shame
  • anéantir: (literally) to annihilate or wipe out/ (figuratively) to destroy (as in hopes/dreams)
  • défaire: to take down/ to dismantle/ to undo
  • ériger: to erect (as in a monument), or make something a principle or law
  • accablé(e): overwhelmed
  • au demeurant: moreover
  • belliqueux/belliqueuse: agressive or warlike
  • déchiqueté(e): jagged/ jagged-edged
  • la coupole: the dome
  • sans encombre: without mishap/ without incident
  • survenir: to occur (of an event)/ to arrive (of a person)
  • la bourgade: the township
  • le congé: the holiday/ the time off
  • naguère: formerly/ not long ago
  • semé de: riddled with (as in “riddled with troubles/worries”)
  • accroupi(e): squatting/ crouching down
  • ensevelir: to bury
  • un pèlerinage: a pilgrimage
  • le béton/ en béton: (literally) the concrete/ (figuratively) concrete (as in a solid alibi or argument)
  • le crépuscule: the twilight/ dusk
  • un grillon: a cricket
  • un coq de bruyère: a grouse
  • un pivert: a green woodpecker
  • âcre: acrid/ pungent 
  • délabré: dilapidated/ broken down
  • une rizière: a paddy field
  • la prunelle: the pupil (of the eye), can be used idiomatically as in “Il tient à elle comme à la prunelle de ses yeux”, meaning “She is the apple of his eye”
  • une ordure: filth/ scum/ an obscenity
  • le sol: the ground/ the floor/ the soil
  • le robinet: the tap/ the faucet
  • remplie de monde: full of people
  • un roseau: a reed
  • amer: bitter
  • berceau: cradle/crib
  • un écureuil: a squirrel
  • se bagarrer: to fight/ to have a fight
  • pleurnicher: to snivel/ to whine
  • désarticuler: to dislocate
  • chevelure de jais: jet-black hair
  • châtain mat: dull brown (hair)
  • nez épaté: flat nose
  • lasser: to weary/ to tire
  • riant: pleasant/ cheerful
  • têtu(e): stubborn
  • une veuve: a widow
  • taquin(e): teasing (as in “Il est taquin” meaning that the subject, usually a child, often teases/annoys others)
  • la raillerie: the mockery
  • se méfier de: to be wary of
  • s'attabler: to sit at the table
  • épris de: in love with
  • la milice: the militia
  • infructueux/infructueuse: fruitless
  • quiconque: whoever/ anyone/ anybody
  • gambader: to skip about
  • grimper: to climb

Et puis si ça s'arranger pas ? Si un jour tu finis par te casser toi aussi ? Si tu commences à douter de moi ? Si le monde conspirait à nous séparer ? Putain, y a trop de “si” qui encombre ma tête… Mais j'y peux rien, j'ai mal et j'ai peur. Et quand j'ai peur les “si” apparaissent…

Je le faisais avec maladresse, mais c'est parce que je l'aimais. On est toujours maladroit avec les gens qu'on aime. On les écrase, on les encombre avec notre amour. On ne sait pas y faire

j’ai certains souvenirs 
      tellement embarrassant qu’ils me font pousser un râle  
      si encombrant qu’ils referment paumes et mâchoire
      quelques uns seulement font baisser la tête
      ou alors plein d’une lumière incorrigible encouragent 

d’où vient ce rappel ? 

Lettre à l'éléphant de Romain Gary.

Monsieur et cher éléphant,
Vous vous demanderez sans doute en lisant cette lettre ce qui a pu inciter à l’écrire un spécimen zoologique si profondément soucieux de l’avenir de sa propre espèce. L’instinct de conservation, tel est, bien sûr ce motif.
Depuis fort longtemps déjà, j’ai le sentiment que nos destins sont liés.
En ces jours périlleux « d’équilibre par la terreur », de massacres et de calculs savants sur le nombre d’humains qui survivront à un holocauste nucléaire, il n’est que trop naturel que mes pensées se tournent vers vous.

À mes yeux, monsieur et cher éléphant, vous représentez à la perfection tout ce qui est aujourd’hui menacé d’extinction au nom du progrès, de l’efficacité, du matérialisme intégral, d’une idéologie ou même de la raison car un certain usage abstrait et inhumain de la raison et de la logique se fait de plus en plus le complice de notre folie meurtrière.
Il semble évident aujourd’hui que nous nous sommes comportés tout simplement envers d’autres espèces, et la vôtre en particulier, comme nous sommes sur le point de le faire envers nous-mêmes.

C’est dans une chambre d’enfant, il y a près d’un demi-siècle, que nous nous sommes rencontrés pour la première fois. Nous avons pendant des années partagé le même lit et je ne m’endormais jamais sans embrasser votre trompe, sans ensuite vous serrer fort dans mes bras jusqu’au jour où ma mère vous emporta en disant, non sans un certain manque de logique, que j’étais désormais un trop grand garçon pour jouer avec un éléphant.
Il se trouvera sans doute des psychologues pour prétendre que ma « fixation » sur les éléphants remonte à cette pénible séparation, et que mon désir de partager votre compagnie est en fait une forme de nostalgie à l’égard de mon enfance et de mon innocence perdues.
Et il est bien vrai que vous représentez à mes yeux un symbole de pureté et un rêve naïf, celui d’un monde où l’homme et la bête vivraient pacifiquement ensemble.

Des années plus tard, quelque part au Soudan, nous nous sommes de nouveau rencontrés.
Je revenais d’une mission de bombardement au-dessus de l’Ethiopie et fis atterrir mon avion en piteux état au sud de Khartoum, sur la rive occidentale du Nil.
J’ai marché pendant trois jours avant de trouver de l’eau et de boire, ce que j’ai payé ensuite par une typhoïde qui a failli me coûter la vie.
Vous m’êtes apparu au travers de quelques maigres caroubiers et je me suis d’abord cru victime d’une hallucination.
Car vous étiez rouge, d’un rouge sombre, de la trompe à la queue, et la vue d’un éléphant rouge en train de ronronner assis sur son postérieur, me fit dresser les cheveux sur la tête.
Hé oui ! vous ronronniez, j’ai appris depuis lors que ce grondement profond est chez vous un signe de satisfaction, ce qui me laisse supposer que l’écorce de l’arbre que vous mangiez était particulièrement délicieuse.

Il me fallut quelque temps pour comprendre que si vous étiez rouge, c’est parce que vous vous étiez vautré dans la boue, ce qui voulait dire qu’il y avait de l’eau à proximité.
J’avançai doucement et à ce moment vous vous êtes aperçu de ma présence. Vous avez redressé vos oreilles et votre tête parut alors tripler de volume, tandis que votre corps, semblable à une montagne disparaissait derrière cette voilure soudain hissée.
Entre vous et moi, la distance n’excédait pas vingt mètres, et non seulement je pus voir vos yeux, mais je fus très sensible à votre regard qui m’atteignit si je puis dire, comme un direct à l’estomac.
Il était trop tard pour songer à fuir.
Et puis, dans l’état d’épuisement où je me trouvais, la fièvre et la soif l’emportèrent sur ma peur.
Je renonçai à la lutte.
Cela m’est arrivé à plusieurs reprises pendant la guerre :
je fermais tes yeux, attendant la mort, ce qui m’a valu chaque fois une décoration et une réputation de courage.

Quand j’ouvris de nouveau les yeux, vous dormiez.
J’imagine que vous ne m’aviez pas vu ou pire vous m’aviez accordé un simple coup d’oeil avant d’être gagné par le sommeil. Quoi qu’il en soit, vous étiez là ;
la trompe molle, les oreilles affaissées, les paupières abaissées et, je m’en souviens, mes yeux s’emplirent de larmes.
Je fus saisi du désir presque irrésistible de m’approcher de vous, de presser votre trompe contre moi, de me serrer contre le cuir de votre peau et puis là, bien à l’abri, de m’endormir paisiblement. Une impression des plus étranges m’envahit. C’était ma mère, je le savais, qui vous avait envoyé.
Elle s’était enfin laissée fléchir et vous m’étiez restitué.
Je fis un pas dans votre direction, puis un autre…
Pour un homme aussi profondément épuisé que j’étais en ce moment-là, il se dégageait de votre masse énorme, pareille à un roc, quelque chose d’étrangement rassurant.
J’étais convaincu que si je parvenais à vous toucher, à vous caresser, à m’appuyer contre vous, vous alliez me communiquer un peu de votre force vitale.
C’était l’une de ces heures où un homme a besoin de tant d’énergie, de tant de force qu’il lui arrive même de faire appel à Dieu. Je n’ai jamais été capable de lever mon regard aussi haut, je me suis toujours arrêté aux éléphants.
J’étais tout près de vous quand je fis un faux pas et tombai.
C’est alors que la terre trembla sous moi et le boucan le plus effroyable que produiraient mille ânes en train de braire à l’unisson réduisit mon coeur à l’état de sauterelle captive.
En fait, je hurlais, moi aussi et dans mes rugissements il y avait toute la force terrible d’un bébé de deux mois.
Aussitôt après, je dus battre sans cesser de glapir de terreur, tous les records des lapins de course.
Il semblait bel et bien qu’une partie de votre puissance se fût infusée en moi, car jamais homme à demi-mort n’est revenu plus rapidement à la vie pour détaler aussi vite En fait, nous fuyions tous les deux mais en sens contraires.
Nous nous éloignions l’un de l’autre, vous en barrissant, moi en glapissant, et comme j’avais besoin de toute mon énergie, il n’était pas question pour moi de chercher à contrôler tous mes muscles. mais passons là-dessus, si vous le voulez bien.
Et puis, quoi, un acte de bravoure a parfois de ces petites répercussions physiologiques. Après tout, n’avais-je pas fait peur à un éléphant ?

Nous ne nous sommes plus jamais rencontrés et pourtant dans notre existence frustrée, limitée, contrôlée, répertoriée, comprimée, l’écho de votre marche irrésistible, foudroyante, à travers les vastes espaces de l’Afrique, ne cesse de me parvenir et il éveille en moi un besoin confus.
Il résonne triomphalement comme la fin de la soumission et de la servitude, comme un écho de cette liberté infinie qui hante notre âme depuis qu’elle fut opprimée pour la première fois.
J’espère que vous n’y verrez pas un manque de respect si je vous avoue que votre taille, votre force et votre ardente aspiration à une existence sans entrave vous rendent évidemment tout à fait anachronique.
Aussi vous considère-t-on comme incompatible avec l’époque actuelle.
Mais à tous ceux parmi nous qu’éc¦urent nos villes polluées et nos pensées plus polluées encore, votre colossale présence, votre survie, contre vents et marées, agissent comme un message rassurant. Tout n’est pas encore perdu, le dernier espoir de liberté ne s’est pas encore complètement évanoui de cette terre, et qui sait ? si nous cessons de détruire les éléphants et les empêchons de disparaître, peut-être réussirons-nous également à protéger notre propre espèce contre nos entreprises d’extermination.

Si l’homme se montre capable de respect envers la vie sous la forme la plus formidable et la plus encombrante - allons, allons, ne secouez pas vos oreilles et ne levez pas votre trompe avec colère, je n’avais pas l’intention de vous froisser - alors demeure une chance pour que la Chine ne soit pas l’annonce de l’avenir qui nous attend, mais pour que l’individu, cet autre monstre préhistorique encombrant et maladroit, parvienne d’une manière ou d’une autre à survivre.

Il y a des années, j’ai rencontré un Français qui s’était consacré, corps et âme, à la sauvegarde de l’éléphant d’Afrique. Quelque part, sur la mer verdoyante, houleuse, de ce qui portait alors le nom de territoire du Tchad, sous les étoiles qui semblent toujours briller avec plus d’éclat lorsque la voix d’un homme parvient à s’élever plus haut que sa solitude, il me dit :
“Les chiens, ce n’est plus suffisant. Les gens ne se sont jamais sentis plus perdus, plus solitaires qu’aujourd’hui, il leur faut de la compagnie, une amitié plus puissante, plus sûre que toutes celles que nous avons connues.
Quelque chose qui puisse réellement tenir le coup. Les chiens, ce n’est plus assez.
Ce qu’il nous faut, ce sont les éléphants”. Et qui sait ? Il nous faudra peut-être chercher un compagnonnage infiniment plus important, plus puissant encore…

Je devine presque une lueur ironique dans vos yeux à la lecture de ma lettre.
Et sans doute dressez-vous les oreilles par méfiance profonde envers toute rumeur qui vient de l’homme.
Vous a-t-on jamais dit que votre oreille a presque exactement la forme du continent africain ?
Votre masse grise semblable à un roc possède jusqu’à la couleur et l’aspect de la terre, notre mère.
Vos cils ont quelque chose d’inconnu qui fait presque penser à ceux d’une fillette, tandis que votre postérieur ressemble à celui d’un chiot monstrueux.
Au cours de milliers d’années, on vous a chassé pour votre viande et. votre ivoire, mais c’est l’homme civilisé qui a eu l’idée de vous tuer pour son plaisir et faire de vous un trophée.
Tout ce qu’il y a en nous d’effroi, de frustration, de faiblesse et d’incertitude semble trouver quelque réconfort névrotique à tuer la plus puissante de toutes les créatures terrestres.
Cet acte gratuit nous procure ce genre d’assurance « virile » qui jette une lumière étrange sur la nature de notre virilité.

Il y a des gens qui, bien sûr, affirment que vous ne servez à rien, que vous ruinez les récoltes dans un pays où sévit la famine, que l’humanité a déjà assez de problèmes de survie dont elle doit s’occuper sans aller encore se charger de celui des éléphants. En fait, ils soutiennent que vous êtes un luxe que nous ne pouvons plus nous permettre.

C’est exactement le genre d’ arguments qu’utilisent les régimes totalitaires, de Staline à Mao, en passant par Hitler, pour démontrer qu’une société vraiment rationnelle ne peut se permettre le luxe de la liberté individuelle.
Les droits de l’homme sont, eux aussi, des espèces d’éléphants.
Le droit d’être d’un avis contraire, de penser librement, le droit de résister au pouvoir et de le contester, ce sont là des valeurs qu’on peut très facilement juguler et réprimer au nom du rendement, de l’efficacité, des « intérêts supérieurs » et du rationalisme intégral.

Dans un camp de concentration en Allemagne, au cours de la dernière guerre mondiale, vous avez joué, monsieur et cher éléphant, un rôle de sauveteur.
Bouclés derrière les barbelés, mes amis pensaient aux troupeaux d’éléphants qui parcouraient avec un bruit de tonnerre les plaines sans fin de l’Afrique et l’image de cette liberté vivante et irrésistible aida ces concentrationnaires à survivre.
Si le monde ne peut plus s’offrir le luxe de cette beauté naturelle, c’est qu’il ne tardera pas à succomber à sa propre laideur et qu’elle le détruira…
Pour moi, je sens profondément que le sort de l’homme, et sa dignité, sont en jeu chaque fois que nos splendeurs naturelles, océans, forêts ou éléphants, sont menacées de destruction.

Demeurer humain semble parfois une tache presque accablante ;
et pourtant, il nous faut prendre sur nos épaules an cours de notre marche éreintante vers l’inconnu un poids supplémentaire : celui des éléphants.
Il n’est pas douteux qu’au nom d’un rationalisme absolu il faudrait vous détruire, afin de nous permettre d’occuper toute la place sur cette planète surpeuplée.
Il n’est pas douteux non plus que votre disparition signifiera le commencement d’un monde entièrement fait pour l’homme. Mais laissez-moi vous dire ceci, mon vieil ami :
dans un monde entièrement fait pour l’homme, il se pourrait bien qu’il n’y eût pas non plus place pour l’homme.
Tout ce qui restera de nous, ce seront des robots. Nous ne réussirons jamais à faire de nous entièrement notre propre oeuvre. Nous sommes condamnés pour toujours à dépendre d’un mystère que ni la logique ni l’imagination ne peuvent pénétrer et votre présence parmi nous évoque une puissance créatrice dont on ne peut rendre compte en des termes scientifiques ou rationnels, mais seulement en termes où entrent teneur, espoir et nostalgie. Vous êtes notre dernière innocence.

Je ne sais que trop bien qu’en prenant votre parti - mais n’est-ce pas tout simplement le mien ?
- je serai immanquablement qualifié de conservateur, voire de réactionnaire,
« monstre » appartenant à une autre évoque préhistorique :
celle du libéralisme.
J’accepte volontiers cette étiquette en un temps où le nouveau maître à penser de la jeunesse française, le philosophe Michel Foucault, annonce que ce n’est pas seulement Dieu qui est mort disparu à jamais, mais l’Homme lui-même, l’Homme et l’Humanisme.

C’est ainsi, monsieur et cher éléphant, que nous nous trouvons, vous et moi, sur le même bateau, poussé vers l’oubli par le même vent puissant du rationalisme absolu.
Dans une société, vraiment matérialiste et réaliste, poètes, écrivains, artistes, rêveurs et éléphants ne sont plus que des gêneurs. Je me souviens d’une vieille mélopée que chantaient des piroguiers du fleuve Chari en Afrique centrale.

Nous tuerons le grand éléphant
Nous mangerons le grand éléphant
Nous entrerons dans son ventre
Mangerons son coeur et son foie…
(..) Croyez-moi votre ami bien dévoué.

Romain Gary - Le figaro Littéraire, Mars 1968.

Aller assieds-toi, regarde-moi dans les yeux, fume ton teuteu, arrête de trembler, dis pas que c’est le café, maintenant je vais te dire tes quatre vérités, multipliées par 20, vieille tarée :

T’es jamais à l’heure, tu finis jamais en pleurs, t’es détestable, un peu instable, tu dis jamais des choses gentilles, tu traites tout le monde de fragiles ou de brindilles, t’as l’ambition d’un fils de pute, tu fuis toutes histoires sentimentales avant que ça débute, t’es sensible malgré ce que tu dis, t’aimes bien foutre la zizanie, tu passes ton temps à fuir ou à sourire, tes « je t’aime pas » sont les plus sincères des « je t’aime », tes vieux te surnomment « petit phénomène », tu réponds pas souvent aux sms, tu préfères envoyer des vents par dizaines, pour te prouver que tu pèses, tu manges pour seize, tu ne connais que la baise, et t’hurles à tout le monde “j’te baise”, t’as un caractère plutôt singulier que les autres s’évertuent à changer, tu débarques souvent de nulle part, sans crier gare, on te demande tout le temps de répéter, tu sais pas articuler, tu fais que balbutier, ou dire d’innombrables merdes à chier, tu te sens tout de suite à la maison chez les autres, t’as pas trop la dégaine d’un apôtre, plutôt celle d’un clodo, avec un avenir qui vole pas bien haut, tu connais par cœur tes amis, et les gens aussi, tu les cernes facilement, sans encombrement, tu insultes tout le monde d’enculé ou de nègre, mais ton compte en banque est bien maigre, tu sais pas parler sans hurler, tu finis souvent par errer dans les rues éméchée, à manger un tacos avec tes negros, défoncés, à parler comme des afros, t’aimes bien l’expression « qui aime bien châtie bien » mais t’aimes pas ceux qui font les malins, tu t’entêtes à emmerder ceux qui te tiennent tête, laissant ceux qui veulent ta gentillesse, comme des bêtes, t’es capable de grandes preuves d’amour, tu crois en l’amitié pour toujours, avec ces amis qui te laissent toujours des bleus mais qui te laissent toujours taper dans leur beuh, t’exprimes jamais ce que tu ressens, sauf quand t’écris, c’est bien le seul moment, où t’oses enfin être sincère à toi-même y laissant un peu de haine couleur crème, tu passes ton temps à mépriser les gens, par simple divertissement, c’est plutôt difficile d’avoir ta confiance, mais quand t’y repenses, une fois accordée, t’avances les yeux fermés, t’as déjà dépanne 400balles, et t’es déjà allée chercher au commissariat, un trou de balle qui n’avait que toi, après s’être bagarré dans la rue, après avoir trop bu, t’attires souvent les emmerdes, mais tu répares les amitiés avant qu’elles se perdent. Bref, tu sais même pas, malgré tous les claquements de porte, pourquoi t’as encore des gens qui te supportent, mais moi je vais te le dire pourquoi sale conne, c’est parce-que malgré tout petite pochtronne, tu ne joues pas l’hypocrite, tu dis ce que tu penses tout de suite, tu accordes à peu de personnes ton attention, mais si par malheur elles l’ont, tu ne fais pas semblant, tu t’évertues à leur décrocher un sourire qui montrent leurs dents  et pour le peu de personnes que tu aimes, tu es capable de choses surhumaines, et pis aussi, parfois, les gens ont l’ambition de t’enlever ta haine, celle qui t’as rendu inhumaine, celle qui te pousse à tout rejeter, persuadée qu’un jour on va t’abandonner, comme on l’a déjà fait, quand tu étais encore bébé.

Vocabulaire français

fendre (v) - to split, chop, cleave, crack

aulne (nm) - alder tree

plaie (nf) - wound, cut

étau (nm) - vice

s’ébrouer (v) - to shake oneself

moignon (nm) - stump (amputated limb)

sans encombre (exp) - without trouble, without a hitch

  • encombrer (v) - to block, impede

se fourrer dans un sale pétrin (exp) - to get oneself into a sticky situation, into a real mess

  • fourrer (v) - to stuff, fill
  • se sortir du pétrin (exp) - to get oneself out of a mess, get oneself out of a sticky situation

mettre en garde (exp) - to warn

tenir à (exp) - to care about

faire la tête (exp) - to sulk, pout

caprice (nm) - whim, vagaries

couiner (v) - to whine, squeak, creak

hargne (nf) - aggressiveness, hostility, belligerence

virevolter (v) - to spin, flit, dart, race

Words taken from: La tour des anges (par Philip Pullman)

Chers Voisins,

Le Syndic s'excuse de ne pas avoir publié de mot récemment… il vient d'avoir un enfant et c'est la panique dans l'immeuble ! Préparez vos mots pour hurlements nocturnes de nourrisson et encombrement de poussette dans les parties communes… le Syndic revient au plus vite !