en merveille

J'aimerais te dire que je serai là
Malgré tout
Malgré rien
Je marcherai de pair
Ne t'en fais pas
Au-delà des sens
De ce qui te chavire
Amours et espoirs
Déceptions et colères
Méchancetés et violences
Qu'importe
Je serai là
Dans le souvenir
Qui ruisselle sous la terre
Qui somnole dans le roc
Qui coule dans mes veines
Tu pourras
Tu pourras toujours
T'appuyer sur moi.
—  Carl-Keven Korb // Une Nuit Pleine de Dangers et de Merveilles

Dire : cette vie est un jardin de roses, c’est mentir.

Dire : cette vie est un champ de ruines, c’est mentir.

Dire : je sais les horreurs de cette vie
et je ne m’en lasserai jamais d’en débusquer les merveilles,
c’est faire son travail d’homme et vous le savez bien :

ce genre de travail n’est jamais fini,
c’est comme les images,
elles continuent à trembler après le bain,
bien après la magie des révélations.

Vos images ne sont pas des mirages.
Vos images sont des points d’eau dans le désert.

Christian Bobin*

L'inondation s'agrandissait. La campagne rase, les talus, les menus arbres désunis s'enfermaient dans les flaques dont quelques-unes en se joignant devenaient un lac. Une alouette au ciel trop gris chantait. Des bulles çà et là brisaient la surface des eaux, à moins que ce ne fût quelque minuscule rongeur ou serpent s'échappant à la nage. La route encore restait intacte. Les abords d'un village se montraient. Résolus et heureux nous avancions. Dans notre errance il faisait beau. Je marchais entre Toi et cette Autre qui était Toi. Dans chacune de mes mains je tenais serré votre sein nu. Des villageois sur le pas de leur porte ou occupés à quelque besogne de planche nous saluaient avec faveur. Mes doigts leur cachaient votre merveille. En eussent-ils été choqués ? L'une de vous s'arrêta pour causer et pour sourire. Nous continuâmes. J'avais désormais la nature à ma droite et devant moi la route. Un bœuf au loin, en son milieu, nous précédait. La lyre de ses cornes, il me parut, tremblait. Je t'aimais. Mais je reprochais à celle qui était demeurée en chemin, parmi les habitants des maisons, de se montrer trop familière. Certes, elle ne pouvait figurer parmi nous que ton enfance attardée. Je me rendis à l'évidence. Au village la retiendraient l'école et cette façon qu'ont les communautés aguerries de temporiser avec le danger. Même celui d'inondation. Maintenant nous avions atteint l'orée de très vieux arbres et la solitude des souvenirs. Je voulus m'enquérir de ton nom éternel et chéri que mon âme avait oublié : “Je suis la Minutieuse.” La beauté des eaux profondes nous endormit.
—  René Char - “Quatre fascinants, La Minutieuse”, in La Parole en archipel

Démons et merveilles
Vents et marées
Au loin déjà la mer s'est retirée
Démons et merveilles
Vents et marées
Et toi
Comme une algue doucement caressée par le vent
Dans les sables du lit tu remues en rêvant
Démons et merveilles
Vents et marées
Au loin déjà la mer s'est retirée
Mais dans tes yeux entrouverts
Deux petites vagues sont restées
Démons et merveilles
Vents et marées
Deux petites vagues pour me noyer.                                            

     Sables mouvants -  Jacques Prévert