elie-faure

En s'attribuant à lui-même les pouvoir d'un dieu, l'homme s'est séparé de Dieu, et par voie de conséquence, de l'univers. Ce qui était pour lui héritage, don et salut, il l'a corrompu par orgueil et par arrogance intellectuelle. il n'a pas seulement tourné le dos à la source, il n'est en vérité même plus conscient de l'existence d'une source, de cette source d'où, comme dit la Bible, coulent toutes les bénédictions. A présent il reste là, désemparé, devant sa création -ce monde des choses, ce monde vide - et il est perdu. Le temps en est arrivé à un point mort. La vie s'est paralysée.
Qu'importe en fin de compte si, le temps de quelques éons, cette créature appelée homme attend dans la coulisse? C'est une fin, une entre bien d'autres - ce n'est pas LA fin. Ce que l'homme est dans son essence, cela ne pourra jamais périr. l'esprit qui au commencement soufflait sur les eaux créera de nouveau. L'homme, cette forme embryonnaire d'un être qui n'a pas de commencement et n'aura pas de fin, fera de nouveau place à l'homme. L'homme d'aujourd'hui, l'homme historique n'a pa besoin d'être et ne sera pas le dernier mot. Il n'y a pas de dernier Mot, à moins qu'il ne s'agisse du Verbe même. “Au commencement était le Verbe, et le Verbe était en Dieu, et le Verbe était Dieu.”
Donc, devant ce vaste panorama des œuvre de l'homme, pensons moins à ce qui a été accompli par les géants qui paradent tout au long de ces volumes qu'à l'énergie impérissable dont ils ont été les étincelles ardentes. Tout peut être perdu, tout peut être oublié pourvu que nous nous rappelions que rien n'est perdu, que rien n'est jamais oublié.
“Ce qui fut au commencement, est aujourd'hui, et sera, à jamais.
—  H.M 
Man is no longer at the center of life. He is no longer that flower of the whole world, which has slowly set itself to form and mature him. He is mingled with all things, he is on the same plane with all things, he is a particle of the infinite, neither more nor less important than the other particles of the infinite. The earth passes into the trees, the trees into the fruits, the fruits into man or the animal, man and the animal into the earth; the circulation of life sweeps along and propagates a confused universe wherein forms arise for a second, only to be engulfed and then to reappear, overlapping one another, palpitating, penetrating one another as they surge like the waves. Man does not know whether yesterday he was not the very tool with which he himself will force matter to release the form that he may have tomorrow. Everything is merely an appearance, and under the diversity of appearances, Brahma, the spirit of the world, is a unity… Lost as he is in the ocean of mingled forms and energies, does he know whether he is still a form or a spirit? Is that thing before us a thinking being, a living being even, a planet, or a being cut in stone? Germination and putrefaction are engendered unceasingly. Everything has its heavy moment, expanded matter beats like a heart. Does not wisdom consist in submerging oneself in it, in order to taste the intoxication of the unconscious as one gains possession of the force that stirs in matter?
—  from History of Art by Elie Faure

“—Velasquez, après cinquante ans ne peignait plus jamais une chose définie, il errait autour des objets avec l'air et le crépuscule, il surprenait dans l'ombre et la transparence des fonds les palpitations colorées dont il faisait le centre invisible de sa symphonie silencieuse. Il ne saisissait plus dans le monde que les échanges mystérieux qui font pénétrer les uns dans les autres les formes et les tons par un progrès secret et continu dont aucun heurt, aucun sursaut ne dénonce ou n'interrompt la marche.

L'espace règne. C'est comme une onde aérienne qui glisse sur les surfaces, s'imprègne de leur émanation visible pour les définir et les modeler et emporter partout ailleurs comme un parfum, comme un écho d'elle, qu'elle disperse sur toute l'étendue environnante en poussière … impondérable. 

C'est beau ça, hein p'tite fille ?

Le monde où il vivait était triste : un roi dégénéré, des infants malades, des idiots, des nains, des infirmes, quelques pitres monstrueux vêtus en Princes, qui avaient pour fonction de rire d'eux même et d'en faire rire des êtres hors-la-loi vivante, étreints par l'étiquette, le complot, le mensonge. Liés par la confession et le remord. Aux portes, l'autodafé… le silence.



Ecoute ça…

Un esprit nostalgique flotte, mais on ne voit ni la laideur ni la tristesse ni le sens funèbre et cruel de cette enfance écrasée.
Velasquez est le peintre des soirs, de l'étendue, et du silence. Même lorsqu'il peint en plein jour, même quand il peint dans une pièce close, même quand la guerre ou la chasse hurle autour de lui.

Comme il ne sortait guère aux heures de la journée où l'air est brûlant, où le soleil éteint tout, ces peintres espagnoles communiaient avec les soirées…


—Mais tou est fou de leur lire des choses comme ça !”

“Toledo is made of granite. The land around it is dreadful, of a deadly aridity, bare breasts full of shadows in its hollows, the rumbling of a torrent with steep banks, great clouds dragging themselves in the sky. On sunny days, she streams with fire, she is livid like a corpse in winter. Only just, here and there, the greenish uniformity of the stone is brushed by the pale argent of the olive trees, by the light pink or blue stain of a painted wall. But without any rich soil, without the rustling of leaves, it is an emaciated skeleton, where not a living thing moves, a sinister absolute where the soul can only seek refuge in frantic solitude, or cruelty and misery, waiting for death.

With this crushed granite, this horror, this dark flame, El Greco painted his art. It is a frightening and splendid painting, gray and black, lighted by green reflection.”

Elie Faure, French art historian (roughly translated here) about El Greco and Toledo
Excerpt from Histoire de l'art, L'Art moderne I