early independent era

anonymous asked:

Qui a eu plus de succès entre Pétion et Christophe?

Bonsoir,

Je vous remercie pour cette question qui, je crois, anime encore des débats. Je vous avouerais tout d’abord que je ne suis pas certaine de savoir comment vous répondre. En effet, votre question manque un peu de précision dans la mesure où « succès » est un mot très large dans le contexte d’une comparaison de l’appareil politique sous Pétion puis sous Christophe. (Remarquez que je fais cette observation uniquement parce que j’aurais voulu mieux diriger ma réponse à votre question.)

Historiquement, dans l’historiographie haïtienne, la perception même des régimes de Pétion et de Christophe était accompagnée par une certaine lecture de l’histoire nationale du pays. L’un étant « mulâtre » et l’autre noir, cela venait forcément teinter l’appréciation générale de leur gouvernement respectif. Vu la centralité de la question de couleur en Haïti, cette manière d’appréhender l’histoire n’est pas surprenante.  Si je me permets d’émettre quelques réserves par rapport à ce livre, je vous suggère tout de même From Dessalines to Duvalier Race, Colour and National Independence in Haiti (1979) par David Nicholls. Je crois que l’auteur offre une très bonne synthèse du problème, autant au XIXe siècle avec les premiers historiens haïtiens qu’au XXe siècle avec l’arrivée du mouvement des Griots [au sien duquel François Duvalier, cet intellectuel improvisé] sera une figure marquante). 

Arrivons à l’historiographie plus récente. Depuis vingt ans déjà, on assiste à un « boom » des études sur Haïti particulièrement autour de l’époque révolutionnaire et postrévolutionnaire. Pétion, et surtout Christophe y trouve leur place, autant dans les monographies proposées par les historiens américains (où l’intérêt pour Haïti et très présent) que chez les auteurs haïtiens.

J’en arrive enfin à votre question. S’il l’on doit répondre à l’interrogation « qui a eu le plus de succès » on doit tenir compte des sensibilités historiographiques qui ont influencé la manière de concevoir les deux régimes. Je crois qu’aujourd’hui, bien que les biais existent encore, les historiens s’entendent sur certains points.

 Maintenant, les gouvernements Pétion et Christophe étaient fort différents tant dans leurs caractères « étatiques » qu’au niveau de la personnalité des dirigeants. Tandis que Pétion établit une République dans le Sud et l’Ouest, Christophe, lui, choisit le chemin de la monarchie et dès 1811, établit son royaume dans le Nord du pays. Dans les faits, jusqu’à son suicide en 1820, il y aura deux Haïti. À partir de 1820, Boyer, le successeur de Pétion, entama un processus de consolidation qui finira par englober la République dominicaine actuelle en 1822.

Du point de vue économique, les historiens semblent s’accorder pour dire que la monarchie d’ « Henry » Christophe (parce qu’on le sait, monsieur n’aimait pas trop les Français et finit par angliciser son nom) accusa un plus haut taux de succès. On parle de plusieurs millions de revenues par années et dit-on, jusqu’à 6 millions de surplus à la mort de Christophe. Les ruines du Château Sans Souci et la Citadelle Laferrière permettent encore aujourd’hui d’imaginer la richesse du royaume établi par Christophe.

Cette fortune avait toutefois un prix. Malgré quelques avancées dans le domaine de l’art et même de l’éducation (pour l’élite), Christophe ne se distingua pas beaucoup de ses prédécesseurs Louverture et Dessalines. On assiste encore à un gouvernement pour le moins autoritaire et militarisé. L’élaboration de son Code Henry en 1812 limita les droits déjà restreints de ses sujets.  Les merveilles architecturales laissées par Christophe sont un peu moins impressionnantes lorsqu’on réfléchit à leurs coûts humains.

Au Sud et à l’Ouest, la situation était différente. Si la république de Pétion n’était certainement pas démocratique au sens moderne du terme, on semble néanmoins être plus « libre » qu’au Nord. (Et j’utilise le mot « libre » avec beaucoup de légèreté.) Les principes républicains déclarés, mais jamais vraiment poussés dans le Sud offrirent toutefois un peu d’espace (bien que très peu) pour l’autonomie personnelle des citoyens.  On se souvient surtout de Pétion pour ses politiques agraires et la grande redistribution de terres à la population. Bien que Pétion, tout comme Christophe (et d’ailleurs tous les premiers dirigeants d’Haïti) voulait rétablir le principe de grande culture qui avait fait la fortune de Saint-Domingue pendant l’époque coloniale, il se heurta à la réalité où il ne put contraindre de force les paysans à travailler comme le fit Christophe. Si l’on se laisse aller aux suppositions, on peut dire qu’il était peut-être, jusqu’à un certain point, un républicain convaincu et que son attachement au libéralisme l’empêcha de succomber au despotisme de la monarchie du Nord. Cependant, puisque l’on a déjà établi que ce gouvernement comportait lui aussi sa part d’autoritarisme et que la façade démocratique affichait très clairement des fissures, je crois que l’on peut accepter l’argument de certains historiens haïtiens qui prétendre que Pétion fut moins agressif parce qu’étant « mulâtre » il était très mal placé pour forcer une population majoritairement noire à travailler dans les mêmes conditions que dans le Nord. En effet, le souvenir de l’esclavage et la place ambiguë qu’occupèrent les gens de couleurs libres pendant l’époque coloniale, mais également durant la Révolution haïtienne étaient très vifs dans l’esprit des nouveaux libres. Pétion dut donc trouver d’autres moyens pour assurer la survie de son régime.

Si la politique de Pétion autour de la redistribution agraire favorisa d’abord ses proches puis les militaires, à partir de 1810, elle permit toutefois de concentrer dans des mains privées (dont celles de personnes d’origines plus modestes) un certain nombre de terres. On assiste au même moment à une migration de plusieurs individus du Nord vers le Sud précisément à cause de cette politique. Contrairement aux États-Unis où la propriété privée (pour les hommes blancs) se traduit également par une voix politique, on ne fait pas un tel constat dans la République haïtienne. Le principe de redistribution était en partie de politique d’apaisement des masses.

 Sur le plan économique, l’administration de Pétion fut un échec. Haïti ne retrouva jamais le succès qu’elle connut au XVIIIe siècle (encore est-il étrange que le pays se soit donné un tel objectif vu que la richesse de Saint-Domingue reposait sur l’esclavage).  Pétion, comme mentionné plus tôt, n’offrit aucune vraie compétition dans ce domaine à Christophe. Dans les faits, donc, si l’on parle d’économie (ce qui semble généralement intéressée le public) on peut dire que Christophe connut plus de succès. Sur le plan de projet de société et modèle d’État, le débat est encore ouvert!

Maintenant, je vous suggère l’ouvrage collectif Genèse de l'État haïtien (1804-1859) (2009) dirigé par Michel Hector et Laënnec Hurbon qui traite directement des nombreuses questions soulevées dans ma réponse.

Sur ce, j’espère que j’ai en partie répandu à votre interrogation. C’est une réponse très brève pour une question complexe. Je vous invite à visiter notre page de suggestions-lectures. Vous excuserez aussi mes fautes d’orthographe, j’écris sans mes lunettes et puis voilà, pour être honnête, je n’ai pas envie de réviser …

Bonne soirée.

Today in Haitian History - April 2, 1770 - Birth of Alexandre Pétion. Alexandre Sabès Pétion was a Haitian revolutionary and later president of the Republic.

While Pétion sided with André Rigaud’s army (Toussaint Lovertrue’s major opponent) in some of the earlier battles of the Haitian Revolution, he later changed alliance to join Toussaint’s successor Jean-Jacques Dessalines. After Dessalines’ assasination in 1806, the constitutional crisis of 1807 and Haiti’s secession, Pétion became president of Southern Haiti. He died in office in 1818.

Today In History: The Haitian Independence

While the Haitian Revolution initially began as a white planter revolt and a free colored insurgency, largely in response to the French Revolution of 1789, an additional group was soon to be added. Indeed, in 1791, the slaves of Saint-Domingue began their own uprising. Through they originally fought to free themselves form their masters and still held emotional ties to France, with the Leclerc expedition of 1802, the capture of the black leader Toussaint-Louverture and his subsequent death in prison, the slave revolt soon became a complete Revolution to overthrow the colonial order. Although the proclamation of Haitian independence is still regarded as trivial by many today, in 1804, the people of Haiti accomplished what was unconceivable in an 18th and 19th century landscape. On this date, 210 years ago, Haiti became the first country in the modern world to be born out of a successful slave rebellion, the first modern “black” republic, the second independent state of the Americas (after the United States) and the first in the Caribbean and Latin American region. To that list must be added that Haiti was the first country to founded on of three core principals: it was anti-colonial, anti-slavery and egalitarian. Indeed, independent Haiti guaranteed citizenship to all its inhabitants, regardless of color, class or property. Furthermore, Haiti was among the first states to equip itself with a constitution (constitutionalism as a written process being a new development at the time).

* That these facts about the Revolution remain largely unknown to a larger public speaks very well of the silencing of the Haitian Revolution in academia and popular culture.

Today in Haitian History - April 6, 1811 - Henri Christophe passes edit to control and regulate Haitian nobility. After the constitutional crisis of 1807, Haiti secedes in two fractions, the South being governed by Alexandre Pétion and the North by Henri Christophe. In 1811, inspired by European models, Henri Christophe sets up a monarchy in Northern Haiti. While the regime only lasted until 1820, Jean Pierre Boyer (by then president of Southern parts of Haiti and responsible for the re-unification of the country) inherited a 6 million surplus from the Northern treasury.