désespoir

Aujourd’hui je veux rester dans mon lit, sous mes draps, dans le noir, dans une nuit prolongée par des pensées sans réponses, sans aucun sens. Je réalise que je ne suis plus rien, qu’il n’y a plus rien en moi de beau, d’attrayant, qu’il n’y a plus de lumière en moi. Rien, quatre mots signifient une vie. Je suis fatiguée de voir des gens partir, de les laisser là toujours sur un quai. Je passe mon temps à perdre tout le monde, et je me perds moi. Je ne sais pas ce qui cloche, pourquoi j’ai l’air d’avoir une tête qui n’inspire pas, qui ne peut pas être sincère, qui ne peut être que noir et malheur. Je voudrais qu’on m’explique pourquoi faut toujours juger, pourquoi faut toujours parler et s’imaginer que tout va bien quand non, rien ne va, tout part en lambeaux et je ne peux que rester là couchée par mon pseudo mal-être. Et puis j’en ai marre d’être ce genre de gamine à se plaindre, à toujours utiliser des “je” partout. Je mets tout ici, ou du moins ce qu’il y a de montrable. J’écris ce que je ressens, du moins ce que je crois avoir dans le cœur. Mais il y a toujours de l’incompréhension, des questions à chaque réponse, des pourquoi à tous les mots. Puis c’est normal que les autres ne me comprennent pas, comment ils pourraient alors que je ne dis rien de profond sur moi-même. Je suis repliée constamment sur mes pensées, sur ce qui se passe en moi, sur ce brasier ardent qui ne cesse de consumer ce que je suis. Je me détruis, je me massacre moi-même, chaque matin je me tire à nouveau une balle. Parce que c’est moi qui comprend pas que le monde est comme ça, que dehors c’est pas comme dans mon lit, dehors il fait froid, dehors rien n’est sans bruit, dehors je suis pas à l’abri. A l’abri de quoi? D’eux, parce qu’au final si j’ai pris goût à me tuer, c’est parce qu’ils sont les premiers à m’avoir montrer comment se briser, comment se réduire à néant. Les insultes, la culpabilité, le faux même lorsqu’il n’y a que du vrai, la remise en question perpétuelle de savoir si je suis aimable ou une pauvre fille. Une pauvre fille, pathétique, qui écrit comme une adolescente en passe de faire une crise de la quarantaine. Je suis un paradoxe, je ne veux pas me cacher derrière des excuses, derrière un passé, derrière une jeunesse que je n’ai pas eu sans des problèmes qui ne devaient pas se trouver là. Et puis, quand je parle de moi, lorsque j’ose parler, la personne en face de moi se retrouve soudain pitoyable, parce que ses problèmes si graves à ses yeux deviennent de simples erreurs, fautes, choses qu’on ne préfère pas dédramatiser parce que le vrai malheur ne s’y loge pas. Je ne veux pas de leur pitié, mais je ne demande pas non plus la fuite. En fait, je demande plus rien, c’est fini, je m’en retrouve dégoutée. Et en même temps il y a de l’amour cousu dans chaque ourlet de mon corps, il y a de l’amour abandonné partout. Je suis toujours dans mon lit, j’y ai passé ma journée. Dehors il pleut, le soleil est caché, le ciel est triste, il n’y a rien qui change de ma chambre; sauf qu’il y a mes draps pour m’entourer, m’enlacer, que je ne peux quitter tant c’est le dernier endroit où je me sens bien.
—  L’oiseau-de-nuit (Tumblr blog)
Il ne se trouvait autour d’elle aucun homme qui pût lui inspirer une de ces folies auxquelles les femmes se livrent, poussées par le désespoir que leur cause une vie sans issue, sans événement, sans intérêt.
—  Honoré de Balzac, Illusions perdues
(Première partie Les deux poètes)
Plus il comprend, plus il souffre. Plus il sait, plus il est déchiré. Mais sa lucidité est à la mesure de son chagrin et sa ténacité à celle de son
désespoir.


The more he understands, the more he suffers. The more he knows, the more he is torn apart. And yet his lucidity grows with his sorrow and his tenacity with his
despair.
—  René Char, excerpt of Crible (Riddled, my translation)
Il n'y a pas que la peur de l'échec, il y a aussi l'envie de réussir. De vaincre ces voix dans notre tête qui nous répètent qu'on ne va pas y arriver. Il n'y a pas que le désespoir. Ce monde est rempli de toutes ces choses qu'on ne voit pas, qu'on ne sent pas, qu'on ne veut pas deviner. Il y a aussi, quelque part, quelqu'un qui nous attend. Qui n'attend que notre âme, notre corps, qui nous attend tout entier. Et même si on arrive près d'elle le cœur brisé, par je ne sais quelle magie elle va les recoller, ces morceaux de notre cœur que l'on tient fermement entre nos mains. Il n'y a pas que la haine, que l'argent, que les médicaments pour vaincre ce quotidien trop lourd, cette routine trop simple. C'est là où je veux en dire.
“Il n'y a pas que […]”.
Ce début de phrase est rempli d'espoir, vous ne trouvez pas ?
—  lespiquresaines