courtoisie

Vivre dans une immense, une orgueilleuse sérénité, toujours au-delà. — Se passionner pour ou contre à sa guise, ou ne pas se passionner, condescendre à ses passions pour quelques heures, monter ses passions comme des chevaux, souvent comme des ânes, car on doit savoir utiliser leur sottise aussi bien que de leur fougue. Conserver ses trois cents avant-scènes, conserver aussi ses lunettes noires : car il y a des cas où personne ne doit pouvoir nous regarder dans les yeux, encore moins scruter notre “fond”. Et vivre dans la société de ce vice ironique et joyeux, la courtoisie. Et rester maître de ses quatre vertus : le courage, le discernement, la sympathie, la solitude. Car chez nous solitude est une vertu ; c'est un penchant sublime à la propreté, tant nous pressentons que le commerce des hommes, — la «société » — est inévitablement malpropre. Où que ce soit un jour ou l'autre, d'une manière ou d'une autre, toute communauté rend — « commun ».
—  F. Nietzsche, Par delà le bien et le mal, “Qu'est-ce qui est noble ?”, 284

Originally posted by dolceblackh

Beaucoup d’hommes confondent la politesse avec la drague parce qu’on les conditionne à penser que toute marque d’intérêt ou simplement de courtoisie, quand elle provient d’une femme, équivaut à de la séduction. A l’opposé on éduque les jeunes filles justement à limiter l’expression de leur intérêt pour éviter de “provoquer” des réactions d’empressement, voire de harcèlement de la part des garçons.

Ainsi, souvent, quand une jeune fille ou une femme est harcelée (ou lourdement draguée) elle n’a pas instinctivement une réaction défensive mais un réflexe d’instrospection: qu’est-ce que j’ai fait, dit, qu’est-ce que je lui ai laissé penser etc.

C’est donc pour ça que beaucoup de femmes peuvent réagir, au contraire, de manière défensive lorsqu’un homme leur témoigne de l’intérêt, de peur justement de déclencher une réaction en chaîne dont elles se blâmeront, et seront aussi blâmées par la suite, même si elle débouche sur de la violence.

Si vous êtes un garçon et que vous déplorez le fait que les femmes soient sur la défensive: agissez différemment. Cessez de penser systématiquement que toute marque d’intérêt d’une femme signifie qu’elle vous veut. Respectez les limites quand elle en pose. Elle ne répond pas à vos messages, semble vouloir prendre de la distance? Ne suivez pas les conseils de Fimina; elle ne veut pas que vous la pourchassiez, elle veut que vous la laissiez tranquille.  Réagir quand un de vos amis est en colère après une femme qui lui “a laissé penser des trucs” c’est aussi nous rendre service, comme être clair sur vos intentions. 

Il faut bien comprendre que l’actualité - et nos vies, nos entourages - sont remplies de femmes qui ont été tuées, violées, frappées, insultées, pour avoir simplement dit non, à un inconnu, mais aussi à un ami, un collègue, un voisin. Les femmes utilisent donc des techniques de détournement, d’apaisement, pour éviter de mettre les hommes en colère, et donc éviter de se mettre en danger. En lisant ça vous vous dites probablement, mais je ne suis pas violent, comme une femme de mon entourage peut penser que je pourrais le devenir, ou que je pourrais me mettre à la harceler? Tout simplement parce que la majeure partie des agresseurs fait partie de l’entourage et que nous avons toutes ou presque eu un ami ou un collègue qui a eu ce genre de phase, et qu’on ne peut pas savoir si ça ne pourrait pas vous prendre aussi. Il faut comprendre qu’on vit dans cette réalité pour comprendre nos réactions. 

Devant une demande formulée avec tant de gentillesse et de courtoisie je m’oblige et vous allez avoir 5 infos :

- J’en ai 2 sur le feu : 1 qui me demande beaucoup d’énergie et un autre plus exutoire qui bizarrement avance plus vite et que je trouve mieux écrit ^^

- J’ai commencé le 1er il y 11 ans et le 2ème il y a 2 ans

- J’ai un univers hyper complet et détaillé pour le premier et tout le deuxième est dans ma tête.

- J’ai glissé une référence Harry Potter dans le 1er

- La description d’un de mes personnage correspond à un irlandais pure souche (tout blanc, tout roux) sauf que quand j’imagine le casting je ne vois personne d’autre que Jason Momoa… #reversewhitewashing 

Ruwen Ogien

Il n’est pas exagéré de dire que c’était un homme merveilleux, un homme s’émerveillant de tout, émerveillant tout le monde par son intelligence certes, par cet humour qui lui donnait la force de tourner en dérision ses propres tourments, la sale maladie par laquelle son corps était rongé depuis quatre ans, et surtout par une gentillesse et une courtoisie hors du commun, aussi éloignées que possible de la mièvrerie, qui le rendaient disponible aux choses et aux êtres et faisaient que, devant lui, si attentif, si accueillant, on se sentait plus intelligent, on devenait, ne serait-ce qu’un instant, la personne la plus importante du monde. Ruwen Ogien est mort hier jeudi, en début d’après midi, à l’hôpital Saint-Antoine, à Paris. Il venait de publier Mes mille et une nuits, où, fustigeant le «dolorisme», il parlait de son «cancer capricieux chaotique». C’était un proche de Libération, même si parfois il s’irritait de ce qu’il y lisait (mais généralement il cueillait là l’occasion d’écrire une nouvelle chronique), il écrivait sur le blog «LibéRation de philo», goûtant les «joies et les peines du “blogueur” exposé aux commentaires rarement très sympathiques des lecteurs», avait participé aux «Libé des philosophes», aux Master classes sur la justice, était souvent venu parler aux forums organisés par le journal, envoyait souvent des articles pour les pages «Idées». C’est que rien ne lui était étranger, aucun événement politique, aucun fait de société, aucune question éthique – et que tout excitait sa réflexion, qu’il déployait souvent de façon paradoxale, sinon provocatrice. Il plaçait au-dessus de tout la liberté individuelle. Mais en un sens particulier. A propos de la liberté d’expression, par exemple, il écrivait ici même qu’elle n’était ni «un avantage qu’on réclame pour soi» ni «le droit d’affirmer publiquement ses propres opinions, de vanter ses idées», mais bien «le devoir de respecter celles des autres».

«La magie de leur esprit»
Il se moquait lui-même du fait qu’on sollicite sans cesse les philosophes afin qu’ils donnent des avis. Signe, disait-il, que l’idée qu’ils soient capables «par la magie de leur esprit» de «poser des diagnostics lumineux sur absolument tout» est largement partagée. Aussi se gardait-il d’en «donner», des avis : il proposait plutôt des outils pour éprouver la validité des siens et pour que ses lecteurs testent la solidité des leurs. Avec ce style démonstratif emprunté à la philosophie anglo-saxonne, fluent, épuré et clair, agrémenté de pointes d’humour, Ogien posait en effet ses hypothèses, les démontrait soigneusement, comparait ses thèses à celles d’autres penseurs, tenant toujours compte du point de vue opposé au sien et, sur les questions les plus épineuses concernant le sexe, le clonage, le traitement des animaux, l’excision, l’inceste, l’«amélioration génétique des capacités physiques et mentales humaines», l’euthanasie, l’eugénisme, la tolérance, le terrorisme, l’accueil des réfugiés, arrivait toujours, en douceur, à des conclusions «extrêmes», inouïes, dont le but était de «susciter la perplexité» – par où commence, il est vrai, le libre exercice de la pensée. Et ce n’est pas pour rien, respectant l’intelligence de tous, qu’il l’a fait dans ses ouvrages de plus grand succès : l’Influence de l’odeur des croissants chauds sur la bonté humaine et autres questions de philosophie morale expérimentale (2011), Philosopher ou faire l’amour (2014), Mon Dîner chez les cannibales et autres chroniques d’aujourd’hui (2016), etc.
Ruwen Ogien eût aimé être «possédé» par Montaigne, et le cite souvent, en utilisant sa finesse pour s’orienter au moins dans les plus inextricables questions d’éthique sociale. «Ici, on vit de chair humaine ; là, c’est office de pitié de tuer son père en un certain âge ; […] ailleurs les vieux maris prêtent leurs femmes à la jeunesse pour s’en servir ; et ailleurs elles sont communes sans péché», lit-on dans les Essais. Voilà qui inciterait à penser que tout est relatif.

La distinction entre le juste et le bien
Mais si tout est relatif, pourquoi la proposition «tout est relatif» ne serait-elle pas… relative ? Comment s’en sortir. Ruwen Ogien s’est proposé de repenser la question du relativisme éthique à la lumière de la distinction entre le juste et bien, qui remonte à Kant et que John Rawls a placée au cœur de sa philosophie politique et morale. Le bien, écrit-il «concerne le rapport à soi et le style de vie que chacun adopte ou devrait adopter (sédentaire ou aventurier, ascète ou visant les plaisirs immédiats, etc.)». Dans ce cas, il est légitime d’être «relativiste», parce que les notions de bien et de mal ne sont pas universelles, varient selon les époques, les sociétés, les coutumes, les normes… Quant au juste, il concerne, lui, «le rapport aux autres et les formes d’équité ou d’égalité qui pourraient le régler». Dès lors, il a des formes qui sont universelles. Un rapport d’esclavagiste à esclave, par exemple, n’est jamais juste, quand bien même on tenterait de le «justifier» en invoquant des raisons économiques, la religion, la culture, les traditions locales ou quoi que ce soit d’autre. D’où le «point de vue» qu’Ogien ne cessera de défendre dans tous ses livres, avec les conséquences que cela implique (quant à la non-existence d’un bien ou d’un mal absolus, et à l’existence de normes absolument justes) : «On peut être universaliste à propos du juste et relativiste à propos du bien.»

Dans un camp à sa naissance
Né un 24 décembre à Hofgeismar, près de Göttingen (Allemagne) – à une date qu’il n’a jamais voulu dévoiler publiquement : ses parents, juifs polonais, étaient à sa naissance dans un camp de personnes déplacées, «quelques années après la fin de la Seconde Guerre mondiale» –, venu très jeune en France, Ruwen Ogien, directeur de recherche au CNRS, commence ses études universitaires à Tel-Aviv. C’est là qu’il découvre la philosophie analytique, lit John Rawls, et s’approche des positions, par exemple, de Thomas Nagel, John Harris ou Charles Larmore. Après une année à Cambridge (1984-1985), il revient à Paris, à la Sorbonne. C’est sous la direction de Jacques Bouveresse qu’il fait sa thèse de doctorat, publiée sous le titre la Faiblesse de la volonté (PUF, 1993). Ses premières recherches d’anthropologie sociale, il les consacre à l’immigration et à la pauvreté. Mais c’est en travaillant sur des questions de bioéthique, les émotions, la pornographie, la honte ou l’argent, qu’il élabore peu à peu une «éthique minimale», laquelle, sous ses allures de pas grand-chose, ne vise rien d’autre qu’à miner le moralisme et les morales prétentieuses, le paternalisme et toutes les formes de prohibitionnisme érigées par ceux qui, se disant absolument certains de savoir où sont le bien et le juste, dressent des murs au-delà desquels ils projettent tout le mal. Ce minimalisme se caractérise par une sorte de neutralité à l’égard des diverses conceptions du Bien, et pose que nos croyances morales n’ont pas besoin de se fonder «sur un principe unique et incontestable (Dieu, la Nature, le Plaisir, les Sentiments, la Raison, ou quoi que ce soit d’autre du même genre)», et arrive en fin de comptes à faire tenir toute la morale dans deux petits (mais essentiels) impératifs. «Rien de plus» : accorder la même valeur à la voix de chacun, et «Ne pas nuire aux autres». Qu’est-ce cela implique ? Tout simplement – mais cela a provoqué des discussions infinies – qu’il n’y a pas de devoirs envers soi-même, et qu’on peut mener la vie qu’on veut du moment qu’on ne porte pas tort à autrui : «Les torts qu’on se cause à soi-même, qu’on cause aux choses abstraites ou à des adultes consentants n’ont pas d’importance morale.»
S’en tenir à cette éthique minimale ne va pas de soi. N’ayant aucun devoir envers moi-même, je peux évidemment me laisser aller, ne plus prendre soin de mon hygiène ou de ma santé, me laisser détruire par de dangereuses addictions, céder à toutes les indignités. Mais est-il certain qu’en me comportant ainsi, je ne nuise pas à autrui, je ne fasse pas du tort à ceux qui m’estiment ou m’aiment, et qui se sentent tristes, humiliés, blessés de me voir me dégrader de la sorte? Ruwen Ogien, en exploitant des «petites fictions» morales véritablement infernales – lire l’Influence des croissants chauds – montre non seulement qu’elle est praticable mais apte à protéger des grands discours moralisateurs qui, comme disait Pascal, «se moquent de la morale».
«Est-il permis de détourner un tramway ?»
«Est-il permis de tuer une personne pour prélever ses organes et sauver ainsi la vie de cinq autres personnes en attente de greffe ?», «Est-il permis de détourner un tramway qui risque de tuer cinq personnes vers une voie d’évitement où une seule sera écrasée ?» Est-il juste, quand quatre personnes et un chien sont sur un canot qui coulerait s’il n’était délesté, de jeter le chien à la mer ? La réponse changerait-elle si les quatre hommes étaient des nazis en fuite, coupables des crimes les plus atroces, et le chien un chien de sauvetage qui a permis à des dizaines de personnes de sauver leur vie après un tremblement de terre ? Pourquoi ? «Est-il immoral de nettoyer les toilettes avec le drapeau national ?», «L’inceste peut-il être pratiqué en toute innocence», par des adultes consentants ? A quels arguments rationnels doit-on faire appel pour justifier les réponses qu’on donnerait ? En vertu de quoi un comportement est-il jugé immoral s’il porte atteinte à des «entités abstraites» (blasphème contre les dieux), s’il est un «crime moral ou une faute morale sans victime», s’il «ne cause aucun tort concret à personne» ? Est-ce vraiment être «permissif»que de «limiter le domaine du jugement moral aux fautes avec victime» ? Reste à savoir si une morale minimale appelant uniquement à «ne pas nuire autrui» suffit à faire qu’on vive (bien) en société. Les hommes, écrivait Ruwen Ogien, sont «non seulement plus moraux qu’on a tendance à le dire, mais beaucoup trop moraux, c’est-à-dire beaucoup trop enclins à juger les autres, à faire la police morale, à fouiner dans la vie des gens, et à se prendre pour des saints».

C’était une belle personne, d’une exquise gentillesse : mais son éthique sociale était exigeante et acérée. Il l’exposait avec brio et avec la délicatesse de l’esprit, sachant toutefois qu’elle ferait grincer. Car il n’est guère aisé d’accepter que bien des pratiques qu’on dit «absolument» immorales, sont en réalité simplement contraires à des règles religieuses (ne touchant pas ceux qui n’ont pas de religion) ou des règles sociales (variant selon les sociétés et les époques). Ce que ne vouait pas Ruwen Ogien, c’est qu’on puisse freiner et rogner la liberté des personnes, fut-ce en agitant le drapeau de valeurs «intouchables» telle la «dignité humaine». La dignité humaine implique le devoir moral envers les autres, et cela se comprend, mais aussi les devoirs envers soi-même, plus difficiles à comprendre. A vouloir «protéger les gens d’eux d’eux-mêmes», on finit par les traiter, au nom de la «dignité humaine», comme «des enfants turbulents et irresponsables». Ruwen Ogien en avait un, de sourire d’enfant. C’était l’image de la «jeunesse» et de la hardiesse de sa pensée – l’image de la liberté, toujours fragile et précaire, qu’il a continué à afficher bien que réalisant jour après jour que la maladie viendrait la déchirer. 

Robert Maggiori

Más difícil que abrigar un cuerpo desnudo es abrigar un pensamiento. Los locos
tienen pensamientos que tiritan, pensamientos óseos, duros como la piedra
en torno a la que dan vueltas, como si se mantuvieran atados a ella por una
cadena de hierro de ideas.
—  Rafael Courtoisie
C’est toi l’dessert

L’article ci-dessous a été écrit pour La Brique et son numéro spécial Féminismes du mois de février 2015. Il y est donc question de sexisme, mais tous les conseils ci-dessous sont applicables à l’homophobie, au racisme et à toute autre violence systémique.

Bisous


Cher lecteur,

Tu as beau m'être sympathique, je suis sure que ça t'est déjà arrivé. Tu as, un jour, fait une blague pourrie, tu as été complice de l'oppression, un jour ou l'autre d'une façon ou d'une autre, parce que, lecteur, tu es humain et que ça arrive. Alors, peut-être, la minorité visée par ton manque ponctuel de jugement, s'est énervée contre toi, s'en est pris à ta face et à ta famille avant de couper court au dialogue.

Et, parce que je te connais, lecteur, et parce que tu es humain, je sais qu'il t'est arrivé de reprocher à la minorité concernée de (attention, roulement de tambour….)

desservir sa cause par son manque de pédagogie.

Cher lecteur, laisse-moi t'expliquer pourquoi ton raisonnement pue le rance. Laisse moi t'expliquer pourquoi il ne relève pas de mon devoir (ni  de celui d'aucun militant en pause café) de t'expliquer la vie.



J'ai pas le temps

Tu vois, moi, en plus de cumuler les tors (femme, racisée, bi/pansexuelle…), je milite pour être à égalité partout et malgré tout. C’est pour ça que je t’écris, lecteur, c’est pour ça que je fais du bénévolat et d’autres trucs par-ci par-là. Je le fais parce que ça me semble important et que j'y tiens… Aux heures de bureau. Le reste du temps, je me divertis et me détends. Et sur ce temps de divertissement, j'ai pas envie de répéter ce que j'ai expliqué à mes collégiens ou ce que j'ai passé ma journée à écrire. Parce qu'en fait, si l'oppression sexiste se déconstruisait en trois phrases et un dessin, je serais pas là, à me casser le cul et à m'agiter dans le vent. S'il suffisait d'un schéma annoté et de 10 minutes de patience, la Terre aurait une autre gueule. Seulement voilà, déconstruire son éducation sexiste, ça prend (en plus d'une bonne dose de bonne foi et d'envie d'évoluer) du temps, beaucoup de lectures et d'échanges. Moi-même, qui me pose la question depuis une petite dizaine d'années, je me surprends encore à comprendre des nouveaux trucs sur le fonctionnement pernicieux du patriarcat.

Donc non, c'est pas entre le fromage et le champagne (je suis pas très dessert) ou entre deux portes ou au cours de ma sortie clope, que je vais t'expliquer pourquoi le féminisme et comment le sexisme. Si ça t'intéresse VRAIMENT, tu pourras toujours aller te faire la bibliographie de Despentes ou de Beauvoir, ou passer ta matinée sur des forums ou participer au prochain festival féministe mixte (tu peux même aller faire un tour sur mon blog!). Si vraiment la cause te touche et le sexisme te répugne, il existe des tas de façons de s'y intéresser qui n'impliquent pas de me tenir le crachoir quand j'ai autre chose (mieux) à foutre. Aucun militant n'est tenu d'être pédagogue sur son temps de pause.



Ma colère ne dessert pas mes arguments, elle est l'argument

(Déjà entendu à maintes reprises par moi-même) : “Non, mais tu vois, quand Unetelle A elle m'explique, je trouve ça intéressant et je comprends plein de choses. Mais Unetelle B, à la moindre blague un peu sexiste, elle s'énerve, elle insulte, et y a pas moyen de discuter avec elle….”

Bah ouais, je vois. Parce que si toi c'est la première fois que tu la fais, ta blague sexiste et probablement pas drôle, Unetelle B, c'est la quinzième blague sexiste et pas drôle à laquelle on lui demande de rire depuis le début de la journée. Du coup, à un moment donné, elle craque, un peu. Et si toi, tu ne peux pas savoir que ta blague, en plus d'être sexiste et violente, elle est pas originale, la réaction d'Unetelle B devrait t'aider à en prendre conscience.

On peut toujours s'imaginer que toutes ces Unetelles sont un peu soupe au lait et promptes à se fighter pour le plaisir, mais on peut aussi se dire que, peut-être, PEUT-ÊTRE, en partant du principe qu'Unetelle est une personne sensée, se dire qu'elle a de bonnes raisons d'en avoir sa claque. Et peut-être que le fait de ne pas voir où est le problème ne signifie pas qu'il n'y pas de problème. Et peut-être qu’on s’en fout, en fait, que toi tu vois pas le problème. Si Unetelle s’énerve quand tu dis ça, tu peux peut-être (juste une idée, hein), arrêtez de faire la blague. Peut-être que c’est justement parce qu’elle s’énerve qu’il faut faire attention, écouter, prendre en compte. Non, mais parce que si elle se claquait les cuisses, on serait pas en train de discuter….


C’est lui qui a commencé

Pour avoir déjà essayé de rester polie (je le jure), je sais que, souvent, une explication calme ne suffit pas. Parce que, 9/10 fois, après avoir expliqué pourquoi c'est blessant/ pas drôle, on a toujours le droit aux habituels “faut savoir rigoler” “onpeupuriendir” “vous voyez le mal partout” “mé ma libertay d’espression”…

Et il serait vraiment temps, lecteur, que tu prennes conscience de la violence que ces réactions représentent pour les personnes visées. Ces paroles légères, anodines et “pas méchantes” ne font que silencier un peu davantage ceux qui ont déjà plus de difficultés à prendre la parole (comprenez toute personne qui n'est pas Homme, Blanc, valide et cis).

Lorsqu'on vous dit “ça me blesse, ça me fait mal, je me sens humiliéE et léséE par ce comportement/cette blague/cette situation” et que vous nous répondez “mais pas du tout, on déconne”, nous, on le prend un peu comme un gros fuck à notre face. Du coup, on a un peu envie de repasser plus tard pour la pédagogie et de vous rendre votre fuck (sous forme d'insulte, de main dans la gueule ou autre attitude anti-pédagogique…).

La violence des opprimés est une réponse à celle qu'ils subissent. Un bon allié, un VRAI allié, n'est pas celui qui se croit exempt de tout reproche, mais celui qui est capable de les accepter, les entendre et en tenir compte.


Ce que vous dites, ce que nous entendons

Quand l'allié dit :

“J'essaie vraiment de comprendre et de m'intéresser au féminisme, mais comment veux-tu que j'y parvienne si dès que j'essaie on m'engueule?“

La minorité entend :

"Je daigne m'intéresser à vos petits problèmes de meufs/gouines/… alors que je suis même pas obligé, si vous me faites pas des danses et des colliers de fleurs, je vais finir par voter à droite et ça sera votre faute”

Quand l'allié dit :

“Votre agressivité dessert votre cause”

La minorité entends “si les femmes étaient douées de courtoisie, le sexisme n'existerait pas. ”

Ou encore “Je ne suis absolument pas responsable de mon manque de compréhension de vos luttes. C'est tout à cause que vous m'avez pas fait des sourires”.

Ou encore “Gnagna gna gnagnagnagna gnaaaaa gnagna”.

Notre agressivité ne dessert pas notre cause. Nous sommes aggressivfES parce qu'il y a des causes à défendre, parce qu'y  en a marre de se faire marcher dessus et parce que votre condescendance sympathique, votre mépris souriant, votre bienveillance de colon, on en bouffe depuis assez longtemps pour avoir envie de vous les cracher à la gueule.

Alors lecteur, si tu veux faire sourire une féministe, répète après moi :

“ Je ne pensais pas mes propos sexistes, mais tu es mieux placée que moi pour en juger et je m’excuse de t’avoir blessée. À l’avenir, je m’abstiendrai de faire cette réflexion.”

Et si cette déclaration t’arrache la bouche, tu es chaleureusement invité à t’abstenir de l’ouvrir.

Pédagogiquement votre,

Clemmie

Originally posted by georgetakei

(This is me, being pédagogique)