coton tige

Sur mes cahiers d’école, j’écris ton nom

Enfant on m’avait fait comprendre que le monde n’était pas rose. 
On m’avait appris qu’à des époques reculées, 
L’homme avait été un chien pour l’homme.
Qu’on brûlait,
Violait,
Saccageait 
Réduisait en esclavage 
Avec autant de facilité qu’on se ferait la bise aujourd’hui.
On m’avait parlé de la barbarie du moyen-âge. 
Des hommes sans hygiène,
Sans esprits,
De l’ivrognerie qui rongeait les masses,
De la peste noire,
De la traite négrière,
De la Saint-Barthelemy
De la chasse aux sorcières. 

Mais heureusement,
On m’avait fait comprendre aussi qu’un jour la lumière était tombée sur la face cabossée de ces hommes du moyen âge.
Qu’ils s’étaient levé pour couper la tête au Roi
Et que jamais plus ils ne tueraient pour imposer à d’autres hommes
Leurs foi en ce petit Jésus
Qui entre nous à fais couler plus de sang que sauvé de lépreux,
D’aveugles ou de mendiants.  
Alors en grandissant,
J’ai commencé à croire que tout cela était derrière nous.
Que maintenant, les gens étaient éduqués,
Sophistiqués,
Qu’ils avaient inventé la brosse à dents et les cotons-tiges,
Que les femmes avaient des droits,
Que les hommes se reconnaissaient dans d’autres hommes,
Que c’était totalement derrière nous ces histoires de chambre à gaz, D’esclavage
Et puis de conneries digne dans l’an moins un milliard.
Et puis un jour je me suis réveillé au Moyen-Âge.

On avait juste remplacé le petit Jésus par la démocratie.
Et on allait dans d’autres pays imposer notre foi en tuant mère et enfant
En distribuant des incendies aux villages où on meurt de la faim.
Les femmes n’avaient pas plus de droits
Pire encore elles étaient devenues des objets.
On leur imposait des photomontages distributeurs de complexes pour vendre des meubles, du pain, des porte-bics.
On était passé de la chasse aux sorcières, à la chasse aux communistes, puis à la chasse aux musulmans.
En Amérique on tuait des noirs comme à la chasse aux lapins.
Même s’ils n’avaient plus de chaines aux cou.
On leur vendait des images de gangster portant aux cou des chaines en or
Qui les enchainaient à un schéma tout fait  ;
Décrochage scolaire,
Boite de nuit et vente de drogue,
Culture de masse,
Hypersexualisation
Prison.

Un matin je m’étais réveillé dans le monde de mes cauchemars d’enfant. 
Ce monde sans lumière,
Celui de la peste noire, 
Celui de la traite négrière
Et de la chasse aux sorcières. 
On avait inventé le coton-tige,
En apparence,
Mais dans leurs poumons les hommes étaient aussi propres que des caniveaux.
Ils ne mangeaient même plus de la vraie nourriture,
Mais une sorte de cadavre industriel plein de on-ne-sait-quoi pestiféré.
La pollution se répandait sur la Terre et dans nos corps comme une sorte de lèpre urbaine,
Peste non plus noire, mais grise,
Couleur de nos nuages bas et étouffants. 
Bas et grondant d’éclairs.
Nuages en colère.

Et le pire dans tout ça,
Le plus insultant,
C’était que la Liberté pour laquelle la tête du Roi avait roulée
Etait devenue une sorte de dogme.
Sois libre et tais-toi.
Sois libre ou crève sous nos bombes.
On l’avait réclamé,
Ils avaient finit par nous l’imposer,
Mais selon leur prisme.
Liberté de consommer,
De consommer toujours plus,
De travailler,
De travailler toujours plus,
De se consumer,
De se consumer toujours plus.
Vous êtes libre.
Baisez,
Trompez,
Détruisez vos corps,
Vendez vos enfants,
Coupez vous la bite,
Mais en aucun cas ne réclamez la liberté,
La liberté vraie,
La liberté pure…
La Liberté.  

Est interdit l’usage du mot liberté,
Lequel sera supprimé des dictionnaires
Et du marécage trompeur des bouches.

À partir de cet instant,
La liberté sera quelque chose de vivant
Et de transparent
Et sa demeure sera pour toujours
Le cœur de l’homme.