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I recently discovered @commongoodandco and I couldn’t love it more. #nontoxic cleaning supplies that really work, smell great, and are okay to put down my drain. The even have glass bottles and refill stations in certain locations! Cutting down on the use of plastic, the abundance of waste, and making my home truly clean. #greenlife #greencleaning #commongoods #refill #reuse #notoxicchemicals #safeproducts #cleaning #cleanhome #finally!

Super Bowl lottery for the Common Good?

The Super Bowl broadcast has the most expensive commercial airtime of the year due to tremendous viewership. Wouldn’t it be perfect to also use this opportunity to promote more good causes?

The money spent on ads that will be shown during Super Bowl 50 tonight is something between $4.6 million to $5 million for a 30-second space. According to Fortune, this is well worth the money for some advertisers considering the audience reached (a record of 114.4 million people on average in 2015).

Research has shown that the ads indeed have a great power to increase sales, although if two competitors both advertise during Super Bowl, the profit gain does not necessarily cover the advertising costs. But for example, in 2012 Budweiser earned an estimated extra $96 million from their ads, receiving a return on their advertising investment of 172 percent. The producer, Anheuser-Busch, has held exclusive rights to national beer commercials in the Super Bowl for more than 20 years.

Obviously, only big players can afford this air time. But it is great to see that in addition to profit objectives, it is also used for social objectives – such as the anti-drunk-driving ad of Budweiser (btw starring Helen Mirren) and Colgate’s ‘Save Water’ ad for tonight’s Super Bowl.

But here’s an idea for the broadcasting channels – which are CBS, Fox and NBC. How about reserving one ad slot for a non-profit organisation to advertise their cause? NGOs could never afford to spread their message to such a big audience, while a great reach is precisely what they need to have an impact on the world. The winning organisation could be chosen through a competition or a lottery – anyhow the main point is to reserve some airtime for the common good. Wouldn’t this be a win-win situation for everybody?

ALEX : 
UN PROJET ARTISTIQUE DEDIE A LA NOTION DE PERSONNE

Exposition proposée par Pauline Bastard, lauréate 2014 du programme Audi Talents Awards

Par Violaine Hacker & Andrea Zubialde, Initiative Bien commun & Charte de la Terre

Retrouvez cet article dans Bridge-Builder #13, sur la pensée du Bien commun par des intellectuels et praticiens : La Personne et les valeurs

Crédit Photo Alex & crédit Pauline Bastard

Nous avons participé à l’exposition alors proposée par le Collège des Bernardins (http://www.collegedesbernardins.fr/fr/evenements-culture/arts-plastiques/programmation-arts-plastiques/alex-un-projet-de-pauline-bastard.html)

Voir les travaux de Pauline Bastard : http://paulinebastard.com/

Suivez les actions de l’Initiative Bien commun & Charte de la Terre : http://commongood-earthcharter1.strikingly.com/


Commençons par la fin - ce moment où l’on s’interroge quant à l’intérêt d’une expérience artistique et quant à l’originalité des moyens envisagés pour nous interpeller. L’exposition ALEX représente une occasion originale de réfléchir à l’idée de Personne - notion centrale dans la pensée du Bien commun.

A travers un homme créé de toutes pièces pour exister dans notre société, un processus créatif, d’apparence simple mais pourtant multidimensionnel, propose une interface. Par ce biais, l’artiste instaure une expérience où le vécu d’une pluralité d’acteurs permet au concept philosophique de Personne de prendre vie sous différentes formes. En créant les représentations d’un humain d’apparence anodine, ressort un univers à la fois plausible, bien que construit sur une identité a priori non réelle. Quel sens donner alors à ces récurrentes interprétations du réel et du virtuel ?

D’abord, Alex Toddo, personnage a priori imaginaire, est le fruit de la création de plusieurs experts rencontrés par l’artiste via le net. Ceux-ci réunissent des compétences complémentaires, et se montrent surtout engagés à laisser des traces à cette histoire personnelle. Un personnage plutôt banal prend vie dans le corps de François, acteur recruté par Pauline Bastard. Les lieux et actions qui régissent l’expérience Alex ont été pensé par les spécialistes dans le contexte global choisi et proposé par l’artiste. Elle a proposé un projet pour vivre une expérience, bien que sans trop savoir initialement où cela allait l’amener.

Ensuite, cette exposition-miroir invite les spectateurs eux-mêmes à devenir des acteurs du processus créatif. Libre à eux de comprendre progressivement la réalité de la Personne d’Alex et les raisons qui déterminent ce qu’est la Personne. Ils la construisent aussi par la représentation qu'ils s'en font, à partir de l'exposition qui laisse assez de place à l'imagination. Certes, Alex est inventé et existe en tant qu’acteur, mais aussi en tant que personnage de fiction reçu, de façon sensible, par les visiteurs. Le projet utilise ainsi l’invraisemblance que l’on peut ressentir face à la réalité.

En outre, d’autres personnes issues de la vie réelle ont rencontré Alex. Il a alors évolué en fonction des événements et des relations successives. Il agit comme révélateur, et absorbe aussi le sens que chacun souhaite lui conférer: l’artiste, les experts, l’acteur lui-même, ainsi que les spectateurs. En effet, tout se passe comme si le spectateur se situait dans un temps réel, bien qu’un peu différent. Alex est dans un présent continu, et remet en question nos actions déterminées.

Un tel processus de création propose une expérience qui permet de vivre le concept de Personne, et ainsi de se l’approprier.

 Nous avons donc adoré ce projet pour deux raisons :

1° La capacité à proposer une expérience artistique collective et multidimensionnelle ;

2° L’intelligence de proposer une expérience adéquate pour vivre le concept philosophique de Personne.

 1ère raison : Créer une œuvre collective multidimensionnelle

Le processus de création collective proposé nous force à apporter une lumière nouvelle sur ce qui fait que nous sommes en société. Nous n’existons pas uniquement en tant que personnes physiques et psychologiques, mais aussi comme identités définies par rapport à une communauté, comme parties de cette société qui doit nous reconnaître pour que nous existions.

L'installation de l'exposition transmet via le numérique l’idée même de la « Personne ». Traditionnellement, les pratiques des nouvelles technologies permettent de fabriquer un personnage fictif et fantasmé dans un monde numérique. Alex propose d’expérimenter le chemin inverse : faire entrer un personnage imaginaire dans la vie réelle grâce à tous les moyens disponibles, et combinant ainsi films, photographies, ou objets. La sélection d’éléments montrée in fine dans l’exposition révèle progressivement ce processus au sein d’une seule salle, une unité correspondant à l'unité qu'est Alex. Cette salle est elle-même composée de plusieurs espaces à la fois délimités par des colonnes, et différenciés par leur propre nature d’unités spatiales. Des écrans et des poufs, des chaises et des canapés rassemblent un même espace et le différencient des autres. 

Ensuite, ce processus créatif trouve son originalité dans son aspect multidimensionnel. La première impression de l’exposition interpelle sur la capacité à circonscrire dans le temps et dans l'espace une projection à plusieurs, et aussi à recréer un décor dans le décor. En outre, Pauline Bastard, les experts, les spectateurs et Alex sont mêlés. L’artiste permet aux spectateurs de se faire leur propre montage, tel un miroir du projet qui retracerait ce que l’on a vécu. Cette opération fait rentrer le personnage imaginaire dans la vie réelle grâce à des films, photographies, récits, ou objets. Par exemple, ces éléments montrent, sur un coin d’un banc où s’assoient les visiteurs, les débats et discussions de l’équipe réunie, à trois, à cinq, ou tous ensemble, afin d’aborder différents éléments de la vie et de l’existence d’Alex. Autour d’une table, les membres de l’équipe discutent par exemple du statut juridique d’Alex, apparemment crucial pour fonder sa personnalité. Sur un écran, l’acteur qui incarne Alex et deux autres membres de l’équipe revoient les statuts de l’association de loi 1901 qu’est Alex. Ensuite, une jeune femme défend l’idée selon laquelle sa personnalité ne doit pas être totalement déterminée par les décisions qu’ils prennent - eux, créateurs -. Ceci doit permettre à Alex de pouvoir se créer, tel un vivant… et d’être ainsi progressivement, au grès des expériences, une Personne.

Ce constat se perçoit dans la collaboration entre l’artiste et les divers experts. Ces personnes ont été choisies pour leur expertise ou compétences dans un domaine donné, pouvant contribuer à la construction d’Alex. Juriste, photographe, anthropologue, styliste décoratrice, scénariste ou psychanalyste : voici un faisceau de compétences pour bâtir la personnalité du personnage inventé. La cellule ainsi créée - fruit de rencontres sur le net, via les sites Craigslist ou LeBoncoin - doit concilier des points de vue et expériences potentiellement contradictoires afin de créer la « Personne » d’Alex. Cette entité pense et agit ainsi en même temps que naît la personne inventée. Elle confronte divers points de vue afin de lui donner une existence administrative, un comportement social, ou encore une présence physique au sein de notre société. La réalité de son existence ressort de ces confrontations, mais surtout des situations qui pourraient apporter des indices de vécu, ou au moins une impression, une preuve de la réalité de l’existence de ce personnage.

Détachée d’une recherche esthétique, l’expérience est très sensible. De façon surprenante, on se prend à s’oublier, plusieurs heures, à naviguer entre ces différents espaces, et surtout à se plonger à l’intérieur d’eux grâce à de savants poufs’ salvateurs. Une grande partie du contenu de cette exposition tient dans les écrans - au rythme d’un enregistrement vidéo qui se déroulerait presque à la vitesse de notre propre quotidien… et non pas dans celui d’un couloir sur le parcours duquel se trouveraient exposées les pièces à regarder. A travers les petits écrans, tablettes ou téléphones, se mélangent alors à la fois les débats réunissant les experts pour définir le projet de façon collaborative, et la vie d’Alex telle que rêvée par eux-mêmes.

L’installation mêle surtout de façon poétique et facétieuse le réel et l’imaginaire, autour d’objets du quotidien récupérés qui proposent au visiteur d’être acteur d’un monde onirique révélant les histoires virtuelles ancrées dans la réalité. Il y a aussi les grands écrans : la réalité d’Alex apparaît progressivement, vécue par les visiteurs comme des immersions dans des expériences de vie. Par exemple, Alex a un rendez-vous à la banque pour ouvrir un compte : « quel est l’objet de votre association ? – Moi.  – Et quel est l’objectif à long terme de votre association ? – Que je continue d’exister. ». Ou encore, Alex a besoin d’une psychologue : « N’êtes-vous pas perdu sans souvenirs ? ». Il bénéficiera aussi d’un massage dans un centre de beauté asiatique. Enfin, Alex se situe dans ses objets qui pourraient lui appartenir… s’ils n’étaient pas aussi là exposés pour nous comme des objets familiers. Car il vit dans les vidéos qui passent et qui présentent ses expériences et deviennent les nôtres. Oui, il devient une personne de notre société, et nous interroge aussi sur ce que nous sommes et les raisons pour lesquelles nous sommes dans cette société.

Alex est partout, et il est nous, et nous sommes tous lui. Il est une personne de cette société, il est Nous qui sommes des personnes dans cette société. Qu’est-ce qui nous fait « Nous » ? Sommes-nous rapidement réduits à rien sans tout ce que la société fait pour nous reconnaître comme existant, ou plutôt sans tout ce que nous faisons pour être reconnus ?

2ème raison : Vivre le concept philosophique de « Personne » grâce à l’Art

La notion de Personne procède d'une réflexion sur le fondement humain : l’existence faite de situations, d’interactions, de pensées, de paroles et de gestes.

 L’expérience ALEX nous fait vivre ce concept ancien. Certes déjà théorisé ou souvent perçu de façon instinctive, celui-ci reste aussi régulièrement battu en brèche dans l’action quotidienne. Ce malentendu trouve son origine dans la façon dont les penseurs auront décidé d’appréhender l’humain depuis l’Antiquité.

 Deux paradigmes s’affrontent.

1° Le paradigme individualiste

En Europe, l’humain a très longtemps été considéré comme un individu. Le sens de la Personne était relativement embryonnaire, - depuis l’Antiquité jusqu’aux abords de l’ère chrétienne.

a. L’Antiquité et la période médiévale

Le mot « individu » vient du latin « individuum » qui, selon l’usage proposé par le philosophe Ciceron, traduit le mot grec « atome » : ce que l’on ne peut pas couper, d’où le sens de ce qui est indivisible pour désigner un être. La notion d’individu est une invention de la scolastique médiévale sur le fondement d’un héritage païen gréco-latin.

Les langues de l’Antiquité n’avaient pas d’équivalent de la notion d’individu. Le terme latin persona signifie plutôt masque, caractère du personnage, et le mot « individuum » est inconnu du latin classique. Ils ne considéraient pas le besoin d’une notion globale exprimant le fait que chaque homme constitue une personne indépendante, unique, différente de tous les autres hommes. La Renaissance a permis d’élargir les sphères de socialisation en multipliant les occasions de rencontres avec autrui et les possibilités de choix (choix du lieu de vie, du conjoint, du métier).

Certes, l’homme antique est aspiré par la communauté, la cité et la famille, mais il est également soumis au destin aveugle et sans nom, supérieur aux dieux mêmes. Corrélativement, par exemple, l’esclavage trouve une place légitime. La Personne, considérée comme pouvant évoluer et avoir son propre destin choisi, n’y a pas vraiment sa place. Certes les Grecs avaient une certaine sensibilité à la dignité de l’être humain (goût de l’hospitalité, culte des morts), et à son rôle dans la société. Plus exactement, la responsabilité des hommes interpelle l’homme en même temps que sa connaissance (« Connais-toi toi-même »), bien qu’elle ne puisse avoir qu’un effet limité dans les résistances du milieu.

En ce sens, cette conception de l’humain - tantôt individualiste tantôt personnaliste - propose certaines prémisses à la conception de la notion de Personne - en particulier dans l’Ethique à Nicomaque (Aristote) - qui sera affirmée clairement au XXème siècle.

La période médiévale s’appuie toujours sur cet appareil logique et conceptuel hérité des Grecs, axé sur la classe et la généralité (et donc l’individu, perçu de façon statique). Chaque individu est enfermé dans son statut. Il est paysan, il le restera. Le choix ne semble pas à sa portée.

La notion de personne se précisera via les controverses trinitaires et christologiques (IIème au VIème siècles). Elle reste proche de la sensibilité grecque, tout en s’éloignant du juridisme romain.

b. La conception libérale en droit et en économie

La conception libérale consent à devoir protéger la Personne qui doit se préserver, car l’homme est un « loup pour l’homme » (Thomas Hobbes). Cette protection passe alors par la garantie de droits. Au sein du libéralisme juridique de Locke, l’idée d'individu sert à défendre les droits de chacun contre les empiètements des autorités théologico-politiques. Dans le libéralisme économique de Smith, elle impliquait une liberté-indépendance d'entreprendre et de jouir. Les pensées libérales (en particulier A. Smith et J. Stuart Mill) visent à dépasser les apories de l’individualisme radical, tout en restant marquées par une recherche d’indépendance (affranchissement de toute contrainte) liée à la difficulté à assumer une dépendance matérielle, plus que d’autonomie (liberté dans l’interdépendance). Tout en proposant une forme d’individualisme, elles cherchent à le dépasser valorisant le caractère positif de la relation. Pour Adam Smith, adversaire résolu de l’extension des marchés à toutes les sphères de la vie sociale, l’humain est capable de se mettre à distance de ses propres intérêts immédiats et de ses actes. Il est susceptible de s’autocorriger et de marquer une désapprobation morale à l’égard de ses propres actes. Il n’est pas fondamentalement un égoïste rationnel, uniquement intéressé à maximiser son bien-être. La sympathie l’habite, il est capable de décentrement et de se mettre à la place de l’autre.

c. L’individu moderne autocentré

Cette conception semble perdurer actuellement. Depuis cinq siècles, l’idée de l’individu a marqué l’avènement des temps modernes. Avec la Renaissance et les Lumières, la domination des traditions et des vérités imposées a été rejetée, dans l’ordre de la connaissance comme dans celui de l’action. Une nouvelle conception de l’homme est apparue, prônant la possibilité d’un sujet autonome, qui affirme le « Je » face au monde – et aux autres. En célébrant ce sujet réduit à lui-même, l’individualisme conjugue le pouvoir de penser par soi et le droit de vivre pour soi. En conséquence il revendique la liberté de penser à son gré et celle de vivre à son aise. Hegel tente bien de penser la relation dans la personne, mais le mouvement finit toujours par un retour en soi. Pour Marx, la personne n'est qu'une conscience qui représente ou est conditionnée à son insu par un certain état des rapports sociaux ; il y voit une illusion à interpréter, sinon à dissoudre.

L'individu moderne, qui se construit avec les théories libérales juridiques des XVIIème et XVIIIème siècles, perçoit la valeur absolue de la personne, - valeur qu'il faut préserver par le Droit contre toutes les formes d'exploitation possibles. La Personne est aussi souvent pensée selon une approche autocentrée. Etant le centre de la conscience de soi, elle est libre, mais n’est pas reliée aux autres. Elle semble être isolée et rationnelle, ce qui caractérise plutôt le paradigme individualiste.

En ce sens, la relation à l’autre n’est pas considérée chez les théoriciens du libéralisme juridique. Par exemple, John Locke définit la personne comme un être intelligent et pensant doué de raison et de réflexion, conscient de son identité et de sa permanence dans le temps et dans l’espace. Chez Descartes, la personne est un sujet pensant (cogito) : sum, existo, cogito. Cependant, dans cette conception, la personne reste un individu détaché de toute altérité, et qui n’est pas particulièrement amené à évoluer avec l’Expérience.

Le paradigme de l’individualisme repose sur la reconnaissance du pouvoir de penser par soi et le vouloir de vivre pour soi. L’individu ne représente que la part irréductible, tel un atome, le fragment anonyme de la société où il prend place. La Personne se situe davantage dans la Relation.

2° Le paradigme de la Personne se distingue de l’optique individualiste.

a.    La relation

Rappelons qu’il trouve son origine dans l’Antiquité. Il se construit surtout avec le christianisme. Au plan religieux, la tradition chrétienne conçoit l’Homme comme une Personne, à l’image des Personnes divines. Et ce sont les relations qui deviennent constitutives de la personne humaine.

Considérer la Personne signifie admettre que les humains existent les uns par les autres, et tout au long de leur vie, grâce à leurs relations, et selon un processus de création réciproque et continu. L’autre, dans sa différence, ou dans le danger virtuel ou potentiel qu’il peut représenter, mais aussi dans sa résistance à sa logique souvent expansionniste, représente le compagnon nécessaire au cheminement vers une forme d’humanité.

b.    La liberté, constitutive de l’existence créée

L’Autre ne représente donc pas en premier lieu un ennemi, - tel un « Loup pour l’Homme » (Thomas Hobbes) - ce qui justifierait une contrainte préalable fondatrice. Au contraire, la liberté est constitutive de l’existence créée. La personne humaine répond à la fois à une création ex nihilo et à un destin éternel. Dans cette optique, la personne est plurielle, et n’a pas une identité statique ou figée dans un statut. La notion de Personne - au contraire de celle d’individu -, renvoie à un besoin, une tâche et une tension continuellement créatrices. Elle peut évoluer, au-delà de son statut apparent. Aux facteurs innés (les capacités physiques et intellectuelles touchant à l’hérédité́ génétique) s’ajoutent les contextes de l'environnement familial, du social, et de l’économique qui jouent un rôle dans le développement de la Personne. En ce sens, nous sommes comme « embarqués », c’est-à-dire que nous n’avons pas vraiment le choix sur ces origines. La Personne se situe aussi dans une histoire, avec des rencontres et des situations nouvelles qui vont l’influencer, la construire, la transformer, l’enrichir dans toutes nos dimensions. La Personne est incarnée.

Ainsi l’exposition montre-t-elle à quel point des événements et rebondissements possibles auront une influence sur le destin apparemment décidé au préalable d’Alex.

c.    Quatre champs ayant un impact sur la Personne

On peut ainsi déterminer quatre champs ayant un impact sur la personne :

1.  le champ personnel : quel impact sur moi et sur mes proches, ou autrui;

2.  le champ naturel : quelles contraintes plus ou moins incontournables notre corps et notre environnement nous imposent-ils ?;

3.  le champ socio-économique : comment mes revenus, les moyens de vivre et d'être dans la société́ avec chacun m’influencent-ils ?;

4.  le champ transcendantal : quelle adéquation avec mes valeurs ?


d.    L’Homme interrogé dans quatre relations

 L’homme est interrogé dans quatre relations. Celles-ci ne sont pas réglées d’une façon définitive, mais doivent être résolues pour que l’homme survive et devienne lui-même.

 1ère relation : celle au monde matériel et à la Nature :

La Personne existe et se construit dans cette relation au monde matériel et à la Nature.

Par exemple, dans l’exposition, Alex découvre enfin qui il est vraiment quand il a l’opportunité de faire un séjour près un agriculteur-pêcheur breton. Celui-ci lui transmet sa passion pour la Nature, et se met en tête de lui apprendre sa technique de pêche préhistorique ! Alex, qui débarque juste de la grande ville bruyante, se prend de passion pour la surprenante nature dans laquelle il est baigné. D’ailleurs, on ne sait plus si le personnage que l’on voit sur l’écran est Alex ou un comédien.

Et le spectateur de se sentir aussi ému de le voir si heureux, soudain à l’aise sur la plage, les bottes dans l’eau de mer ou encore, de retour dans les terres à jardiner paisiblement. L’atmosphère simple qui ressort de la vidéo réveille d’ailleurs des sentiments ou réminiscences qui ne nous laissent pas indifférent. Ceci en vient à interpeller le spectateur lui-même sur son lien agréable ou distant à la Nature par exemple. Le jeu de miroir agit et brouille les pistes. Qui est Alex ? Où se situe-t-il vraiment ? : dans l’expertise, dans la création artistique, dans le jeu théâtral, dans la relation réelle que l’acteur a vécue avec le pêcheur… ou dans notre esprit ?

2ème relation : la relation aux autres

L’humain est donc situé dans un contexte et dans une relation : à la Nature, à l’autre, à la différence. En ce sens, l’existence séparée d’un sujet, qui serait fermé sur lui-même plutôt qu’autonome, apparait artificielle. L’identité de la Personne n’est pas statique, mais liée à la rencontre, à l’altérité et à l’événement.

En l’occurrence, Alex a rencontré environ 100 à 150 personnes (qui ne sont pas toutes apparentes dans les vidéos), qui se sont approfondies parfois. Pauline Bastard a souhaité donner une grande liberté à ces relations, tout en proposant un contexte et un cadre précisément mis en place. Par exemple, elle a instauré le contexte de rencontres via le site web « Onvasortir » qui organise des soirées, mais a laissé Alex vivre son expérience.

L’existence humaine est un mouvement permanent, perçu de façon réaliste, et tenant compte des aspects spirituels et des mécanismes de changement. Les interrelations permettent de concevoir un Bien commun qui ne soit pas seulement un seul intérêt commun ou alors une coïncidence d’intérêts individuels isolés puis compilés. La visée du Bien commun se situe dans l’accomplissement des êtres - nécessairement relationnels - que sont les hommes. L’exposition montre bien de façon sensible cette nécessité relationnelle. La présence d'artefacts, comme les documents ou vêtements, ou draps, représente une mémoire qui s'imprime et que chacun peut s'approprier. Comme des morceaux de puzzle à recomposer, l’exposition a un fort pouvoir d'incarnation et de révélation de l’image.

Enfin, le concept de Personne distingue aussi la Communauté de la Collectivité.

. Une collectivité désigne un ensemble d’individus poussés à former un groupe, avec comme seule unité la totalité du groupe. Elle est fondée sur une organisation extérieure de la vie personnelle.

. Une communauté résulte de la volonté d’une multitude d’hommes d’être les uns avec les autres. Elle est le fruit d’un dialogue véritable. Elle est basée sur la relation entre ses membres. La structure interne du groupe compte davantage que ses effets extérieurs qui importent.

Dans l’exposition, Alex est lancé dans le monde une fois vaguement défini par les experts. Il agit comme le ferait quelqu’un qui débarquerait dans une nouvelle vie. Par exemple, il loue une chambre dans une colocation, la meuble, cherche des petits boulots. Il assiste à des cours de séduction. Il va voir une exposition sur Lascaux. Il se construit à travers ces relations : à la banque, au travail, au cinéma. Il apprend des gestes, par mimétisme, en regardant les autres.

Et l’artiste aussi l’accompagne. Elle filme le personnage imaginé avec un ingénieur du son, l’un des experts rencontré lui aussi via Craigslist. Cette situation est alors très déstabilisatrice. Par exemple, elle a rendu très mal à l’aise « la “love coach” lors des cours de séduction. Alors que celle-ci a toujours beaucoup utilisé l’histoire de ses clients, elle a dû ici affronter l’absence de passé, et donc de relation, de cette personne fictive. A cause de cette absence d’histoire et d’altérité, elle n’a pas voulu lui parler. 

3ème relation : celle à soi, chacun avec lui-même

Alex doit lui-même se construire. Il se définit par rapport à un Soi via son parcours professionnel ou ses choix amoureux par exemple. Peut-il exister s’il n’a pas de famille ? Petit à petit, une personne émerge. Son jour de naissance sera la date de la première réunion, et l’année, la moyenne des années de naissance des participants.

En préparant la création d’Alex, un des experts s’est demandé comment choisir sa date de naissance : par où commencer, quand on veut créer une personne ? Chacun le voyait avec son prisme. L’avocat a tout de suite pensé à créer une personne morale, une association, et à ouvrir un compte en banque. La scénariste voulait d’abord lui créer un passé compliqué, comme elle le fait quand elle écrit des personnages. L’anthropologue, américaine et qui travaille sur les migrants, avait sûrement des choses à dire sur ce que c’est que d’être nouveau en France.

4ème relation : celle à l’existence ou à une forme de transcendance

Cette réflexion sur la transcendance ou sur le sens donné à l’existence est exposée de façon très humoristique, dans un dialogue entre Alex et un SDF. Celui-ci relate sa vie dans son camion de déménagement qui lui sert aussi de lieu de vie, et ce par choix. Ce partenaire lui sert ainsi de miroir lorsqu’il lui raconte son choix de vie et de spiritualité : « Je n’ai plus de projets. Tu vois, j’ai plus de projets depuis 2004. Je dors dans mon camion. On ne voit rien, hein ? [Montrant le camion.] Eh ben pourtant je dors dans le camion. ». Cette « fiction », arrivant dans le réel, fait soudain dérailler la routine. Lui qui n’a pas d’attaches, qui existe à peine, apparaît comme une faille qui survient dans le réel, et propose un événement-catalyseur. On perçoit bien dans cette conversation la relation à une forme de spiritualité choisie au grès des expériences.

La relation est au fond tragique. Prenons cette notion dans son sens propre, où tragique ne veut pas dire triste et malheureux, mais contradictoire. Le philosophe Emmanuel Mounier emploie d’ailleurs l’expression “optimisme tragique" qui signifie « optimisme » pour dire la foi, et « tragique » pour ne pas taire les difficultés. En reconnaissant l'existence d'une raison pratique, raisonnable parce qu'humaine, le concept de Personne réintroduit un principe de réalité au cœur de la rationalité. Au-delà d’un individu désincarné et non situé, il accepte les contradictions, la réalité, le vécu, l’expérience.

                                                                ***

L’exposition Alex montre que penser la place de la Personne dans la Communauté procède donc plus de la dynamique créatrice de l’imagineur que de la pure logique déductive. L’imaginaire social crée le langage, les institutions, la forme même de l'institution - laquelle n'a pas de sens dans la perspective de la psyché singulière. Ici, chacun apporte son langage, ses idées et son expertise, afin de créer une sorte de projection collective.

Comme le révèle la création artistique d’Alex, cet imaginaire est ainsi pensé sous deux aspects :

1° D’une part, l'imaginaire social instituant correspond à l'activité et œuvre créatrice en elle-même ;

2° D'autre part, l'imaginaire social institué, qui désigne le résultat de cette activité créatrice, est rendu visible par les institutions et les significations sociales : normes, langage, lois, représentations, procédures et méthodes de faire face aux choses et de faire des choses.

Retrouvez cet article dans le Bridge-Builder #13  dédiée à la pensée du Bien commun, et plus précisément sur la notion de Personne et les valeurs.