cliss

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Il me reste très peu de monnaie, ça sera mon dernier appel du mois. A peine quelques Réaux. Je les clisse dans la cabine téléphonique. Il fait si chaud, je transpire même en débardeur et short, bien sale en y pensant. Ça sonne. Ça sonne. Putain s’il répond pas j’aurai gaspillé l’argent…:

-Allo!

-Jérémy! Cris-je. J’ai cru que t’allais jamais répondre.

-Tu sais l’heure qu’il est! Plus de vingt-trois heures! Je dormais.

-Désolé. Murmure-je. J’oublie toujours le décalage horaire.

Il soupire:

-Toujours pas envie de revenir vieux?

-Non. Je suis bien ici. Il fait toujours chaud, toujours beau…

-Il y a bien un truc qui te manque. Plaisante Jérémy.

On a l’impression qu’il parle de manière saccadé à cause de la distance, ces mots sont comme bouffés par des bruits bizarres:

-Euh..Tu vas me prendre pour un fou, mais ce qui me manque le plus c’est le métro. C’est fou.

-T’as vraiment taré! Rit-il. Le métro, c’est pourri, ça pue, et tout.

-Comment va Adèle?

-Comme d’hab. Elle est terriblement chiante et agaçante.

J’entends une voix familière au loin qui crie un « hey » et Jérémy rit avant de crier un « aie ». Je souris. Adèle a dû le frapper. Ça fait plus d’un an qu’ils sont ensembles, et je crois qu’eux deux c’est pour la vie. J’en suis sûr. On a tous ce couple d’ami dont on sait exactement qu’ils font finir ensemble. C’est écrit. Puis je sens qu’on va être coupé:

-Jérémy, j’y vais. Je vais à la plage.

-Connard!

Et ça coupe. Je raccroche, et soupire. Je sors de la cabine téléphonique. Je marche un peu, dans mes sandales trop petites. Et je rejoints Carlia. Après ma « rupture » ou « dispute » avec Camille dans le métro, j’avais pris la décision de prendre ma vie en main. Je suis retourné chez Oncle Patrick et j’ai décidé de partir, quitter le pays pour trouver quelque chose de mieux. Et le Brésil m’avait semblé être une bonne option, je ne sais pas pourquoi. J’avais lu dans un magasin chez le médecin l’histoire d’un Français qui avait fait fortune là-bas. Ça m’avait marqué. Alors j’avais mis toutes mes économies dans mes billets et le logement. J’ai cherché un boulot et j’ai rencontré Carlia. Une brésilienne:

-Ah te voilà ! Me fait-elle. On va être en retard!

On ne va pas à la plage. On va travailler. Carlia m’avait pistonné pour ce travail dans l’événementiel. On est serveur dans une boîte de traiteur pour riche des beaux quartiers. Uniforme, cravate, chemise, et je suis au bar. Ma gueule de Français avait séduit le directeur, et Carlia était une belle Brésilienne typique qui a un charme fou. On est des potiches de soirée, là pour servir et faire jolie. Mais je gagne de l’argent comme ça. Alors j’essuie une dernière fois les verres avant l’arrivée des invités.