claire bouche

Pendant que tu parcourais la terre
En pensée je parcourais ton corps
Je découvrais Vérone et Cythère
Le Mont Olympe et l'intime Angkor

J'ai marché sur les pas de ton âme
J'ai vu ainsi d'étranges pays
Des mers de glace s'offrant aux flammes
J'ai vu le Vésuve et Pompeï

J'ai suivi le parcours de tes veines
Me suis endormi dans tes cheveux
Ton cœur battait d'inquiétudes vaines
D'un regret sourd, de troublants aveux

En lui j'ai lu les anciennes stances
Des amants de ton passé fougueux
Ceux que tu jugeais sans importance
Peut-être suis-je déjà l'un d'eux?

Dans la paume d'une main secrète
J'ai vu des firmaments s'embraser
Et mon destin aux lignes discrètes
Attendre pour vivre ton baiser

J'ai ouvert ton corps comme un ouvrage
J'ai bercé tes seins au parfum clair
Blotti ma bouche au point des orages
Pour y boire le sang des éclairs

J'ai hanté ton baiser et ta fièvre
Ta chaleur ton souffle sensuel
Goûté ton Rimmel ton rouge à lèvres
La morsure d'un rire cruel

J'ai vu des héliotropes mauves
Dans ton regard et d'ardents braseros
Dans la toison fine d'une alcôve
J'ai laissé le cristal d'un sanglot

Je me suis assis au bord d'un songe
Sur ton ventre j'ai posé ma joue
Je n'ai pas vu en toi de mensonges
Mais tu joues sans savoir que tu joues.

J'ai pénétré dans tes yeux qui brillent
Là où tu déguises tes secrets
J'y ai vu une petite fille
Qui semblait attendre et qui pleurait.

Pendant que tu parcourais le monde
En pensée je parcourais ton corps
Ton âme est une aube si profonde
Même sans toi j'y demeure encor.
—  Jean-Paul Sermonte - Mon voyage