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POST-SCRIPTUM 118

DNA

DNA ON DNA

Non sans avoir préalablement rappelé quelques vérités d’ordre musicologique sur le silence et le bruit, le critique Lester Bangs énumère ses condensés d’électricité favoris dans un article du Village Voice datant de 1981. Y sont célébrés des classiques tels que « L.A. Blues » des Stooges, Vincebus Eruptum de Blue Cheer et Metal Machine Music de Lou Reed évidemment, mais aussi des disques alors aussi peu connus que ceux des Germs, de Jad Fair, de Teenage Jesus And The Jerks, de Mars et A Taste Of DNA – soit, pour les trois derniers, des combos no wave s’attaquant de front à la complaisance du rock américain squattant les ondes dans les années 1970. En fait peu de précédents à ce mouvement salvateur existaient, en dehors de l’album Trout Mask Replica dans lequel Captain Beefheart avait tordu le cou du rock en inventant une grammaire nouvelle ayant essaimé dans les marges. Appartenant au cercle fermé des formations compilées sur le légendaire No New York concocté par Brian Eno, le trio DNA s’est construit autour du guitariste chanteur Arto Lindsay. Dans un premier temps, Robin Crutchfield y tint les claviers avant d’être remplacé par l’ex-bassiste de Pere Ubu, Tim Wright, tandis que la Japonaise Ikue Mori, à la batterie, s’imposait comme l’héritière de Moe Tucker au sein du Velvet Underground, grâce à une technique rudimentaire mélangeant batucada et kabuki. Porté par des rythmiques primitives et constamment mouvantes, Arto Lindsay inventa en leur compagnie une poignée de chansons brèves pour la plupart compilées sur DNA On DNA, et qui ressemblent toutes à de faux départs sur les chapeaux de roues. Ici l’approche distanciée découle du fait que l’on a affaire à des non-musiciens (comme dirait Eno), venus à la musique par le biais des arts plastiques, et qui par exemple se reconnaissaient dans Fluxus. Sans modèle, Arto Lindsay maltraita donc une Danelectro douze cordes, à force de moulinets à contre-courant des arpèges et carillons en général tirés de cet instrument. D’ailleurs, tous les guitaristes de la no wave, souvent des filles, jouaient bizarrement, dans un style leur appartenant en propre (citons Pat Place au sein des Contortions, ou Conny Burg dans Mars). Si DNA laisse peu d’enregistrements, tous se révèlent rétrospectivement essentiels, avec leur mélange de free jazz et de syncopes psychotiques digne d’un Talking Heads sous amphétamines et décharné. A propos d’Ikue Mori, Lester Bangs (encore lui) parlera d’un Sunny Murray puissance dix (batteur free culte) avant d’exprimer combien il aurait aimé, au moment où le groupe sévissait, qu’un Albert Ayler soit encore là et joue avec eux.

( plus ou moins à propos de Lou Reed :

http://merzbow-derek.tumblr.com/search/lou+reed )