cirrhose

Non, non, rien n’a changé (Les Poppys, 1971)

Cela faisait quelques lurettes que je m’en étais allé traîné ma morosité, mon alcoolisme rampant et mon ironie sous d’autres cieux, laissant ce tumblr, et son cousin, en friche. 

Le temps de tourner quelques feuillets d’éphéméride, de me faire oublier, de voir venir. Le temps de laisser passer la campagne présidentielle, laquelle, pour paraphraser un camarade de comptoir, a beaucoup plus ressemblé à la campagne des betteraves à Nangis (Seine-et-Oise) qu’à celle des Corps-francs de la Baltique (1918-1920).

J’en ai profité pour lire (beaucoup), picoler (avec un sens de la modération que le ministère de la santé réprouve), tenter d’aligner vingt lignes dignes de passer à la postérité (à la relecture, passés les premiers paragraphes, je me suis empressé de m’écrire une lettre d’injures) et essayer d’agrémenter la morosité de ma vie avec la compagnie de quelque sauterelle primesautière, histoire d’oublier dans la parenthèse de ses cuisses veloutées (Guillaume Lévy, Toutes ces choses qui seraient à refaire parce que je t’aime sept ans déjà) que j’ai déjà l’équivalent d’un demi-alexandrin dans la tombe.

Inutile de vous dire que les deux dernières tentatives se sont soldées par des échecs retentissants, libérant d’autant plus de temps pour me consacrer aux activités précédentes. Lesquelles ont le mérite de n’engager à rien, si ce n’est une cirrhose précoce et les regards réprobateurs de l’aide-bibliothécaire emploi d’avenir à mi-temps à la bibliothèque municipale Maurice-Thorez lorsque je lui demande, l’air ingénu, si par hasard elle n’aurait pas en réserve un exemplaire des Beaux Draps, Nouvelles Editions Françaises, 1941.

Bref.

Y a pas à dire, mais la France en marche, c’était mieux avant.

[¾] « Ma mère est morte quand j’avais 17–18 ans, mais j’avais déjà fait mon deuil depuis l’âge d’à peu près 12 ans, quand elle ne venait plus me rendre visite les fins de semaine. Je pense que ça été même plus tôt que ça, je ne comprenais pas pourquoi elle n’étais plus capable d’être une maman pour moi, tout soudainement. À 8 ans je sentais que je la perdais déjà, mais j’avais toujours espoir qu’on redevienne une famille heureuse. À partir de 12 ans j’ai commencé à comprendre qu’elle était malade, et que si elle continuait à boire, c’est vraiment à petit feu qu’elle allait se tuer. La dernière fois que je l’ai vue, c’était après qu’elle ait fait une cirrhose du foie, ou après son AVC je ne sais plus, mais elle était à l’hôpital. Je ne lui ai pas officiellement dit au revoir parce que je ne savais pas combien de temps ça allait durer ; c’est un peu comme quelqu’un qui reste au bord de la porte, et à qui on n’arrête pas de dire ‘bye’. C’est malaisant. Je lui ai juste dis que je l’aimais. Je suppose que je lui ai dis que je l’aimais, je ne me rappelle même plus. C’est juste triste. Je ne lui en veux pas parce que plus je grandis, plus je la comprends. Je ne pense pas que j’aurais jamais d’enfant parce que j’ai de la misère à m’occuper de moi-même, alors m’occuper d’un enfant… Non. Je ne me permettrai pas qu’un enfant soit malheureux à cause de moi, j’aurais trop peur de reproduire ce qui est arrivé à ma mère. Je suis en paix avec ma mère, mais il faut encore que j’entre en paix avec moi-même. »



[¾] “My mother passed away when I was 17-18 years old, but I had already let her go since the age of about 12, when she wouldn’t visit me on the weekends anymore. I think it was even earlier than that, I didn’t understand why she couldn’t be a mom to me anymore, all of a sudden. At 8, I felt I was losing her already, but I had hope we’d become a family again sometime. Past 12 I started to realize that she was sick, and that if she’d keep on drinking, it was really slowly that she’d kill herself. The last time I saw her, it was after she’d gotten a liver cirrhosis, or after her stroke I don’t remember, but she was in the hospital. I didn’t officially say goodbye because I didn’t know how long it would last; it’s kind of like someone staying on your doorstep and you keep saying ‘bye’. It’s awkward. I just told her I loved her. I suppose I told her I loved her, I don’t even remember. It’s just sad. I’m not mad at her because the older I get, the more I understand her. I don’t think I’ll ever have children because I have a hard time taking care of myself, so taking care of a child… Nope. I wouldn’t allow it for a child to be unhappy because of me, I would be to afraid to recreate what happened to my mother. I’m at peace with my mother, but I have yet to make peace with myself.”

Dans tes bras je me sentais toute petite, infiniment petite, comme une mini créature, une enfant bancale qu'on enlace quand elle se sent mal et qu'elle pleure, un cerf volant qu'on laisse tôt ou tard s'envoler.
Et c'est en regardant la nuit trouble et en ayant la tête qui bouge face à la vitesse de la voiture que je me mets à penser à Paris qui défile dans le taxi.
C'est le premier avril et je ne ris plus quand je parle de toi.
J'étais ta rose noire, fragile et délicate mais couvertes d'épines qui parfois pouvait t'égratigner et te faire saigner. Et lorsque je tanguais j'aimais m'agripper à ta force et à ta façon de voir le noir en rose. Et maintenant je bois rouge quand tout n'était pas cirrhose.
—  la louve, le 01/04/2016 quand elle observe la nuit dans une voiture à 22:47.