capital elle

BLACK; Him. your enemy. a killer. your own damn father. His fists. the night swallowing His yells. they echo back to you. they come out in puffs of smoke and you can’t breathe. they say, “you were never good enough,“ and “this is all your fault,” and “you’ll never make it out of this house alive, kid.” Him Him Him Him Him and the stench of alcohol and the weight of despair.

RED; the bathroom with its tiled floors and florescent lights and shattered mirror that knows your cuts too well. you, trying to hold a paper towel to where He got you so that the blood doesn’t fall to the floor. after, standing in the shower. trying to remember a time when your body didn’t hurt.

WHITE; the acceptance letter. it comes a day late and your hands shake around the envelope. you open it in your room when you are sure everyone’s asleep and then you stare at it and you’re smiling and you can’t stop and you think, “i’ve made it i’ve made it i’ve made it,”.

ORANGE; the car. a camaro. you stop and you say, “i could help with that, if you want,”. your heart is beating fast and then he says okay and then it’s your car as well.

BLUE; that boy’s eyes. you aren’t allowed to call him your friend yet. he’s a stranger and he’s dangerous and he’s a monster and you can’t stop staring. one day he sits next to you and says, “can i copy your homework? i think i’m finally going to get expelled,” and then you laugh shakily and the pen he writes with is blue and it’s your favorite color.

BEIGE; home. you have four walls and a cardboard box and a mattress on the floor but they are yours. he sits beside you with his back to the wall and holds your hand and he keeps saying, “you’re home now,” and you believe him because in here you can breathe without breaking a rule. He can’t reach you here.

GREEN; the magic. you feel it in your bones. it’s a part of you and it’s strong and powerful and so are you. you’re here and you’re real and never has it felt more exhilarating to be alive.

—  cacophony of colors ;

Aux oasis!


La France est un désert de la pensée politique où, après les suites de l’attentat à Charlie Hebdo, une islamophobie délirante progresse, comme si les Maures arrivaient à Poitiers avec Renaud Camus comme Charles Martel, où le désarroi revient, où le peuple de gauche a dépéri, où la gauche de la gauche dénonce sans énoncer une nouvelle Voie politique, où l’austérité est promue plutôt que la consommation, la croissance plutôt que la relance, où le capital dicte sa loi (elle-même aveugle) dans les décombres de la pensée socialiste, la dégradation du syndicalisme, la compartimentation et l’ethnicisation des classes ouvrières. La recherche de voies nouvelles se fait et s’expérimente au niveau des associations et initiatives de la société civile mais celles-ci n’ont pu se synergiser, et la route sera longue. Continuons à observer, analyser, essayer de comprendre les évolutions mondialisantes et contre-mondialisantes, et, évidemment, à nous prononcer sur la politique et l’absence de politique en France. Sachons que l’activité politico-militaire de la France au Moyen-Orient est non salutaire mais catastrophique.

Aussi dans la conjoncture actuelle, tout en demeurant des citoyens vigilants et actifs, aménageons en même temps dans notre présent des oasis de convivialités pour nous protéger du déferlement des vagues géantes de l’économie techno-bureaucratisée, du calcul aveugle à l’humain, qui nous transforme en objets, de la compétitivité, de la rationalisation, de la marchandisation, du profit qui ont envahi toutes les ramifications de notre société. Encourageons plutôt les initiatives porteuses d’un futur, sachons qu’être responsable et solidaire sont non ­seulement des impératifs éthiques, mais des vertus qui épanouissent nos vies. Sauvegardons, nourrissons, développons ces oasis autant que possible. Privilégions le bien vivre sur le bien-être seulement matériel. Retrouvons notre propre nature en retrouvant la nature, et retrouvons la nature en retrouvant notre propre nature.

Chacun sait au fond de lui-même, même si ce savoir est refoulé ou occulté quand la conscience est préoccupée par le souci économique, que l’amitié et l’amour sont les constituants de la vraie vie. Alternons sobriété et fêtes. Laissons-nous aller à la part ludique de l’existence. Allons vers ce qui nous enchante ou nous exalte. Contrôlons et régulons notre consommation : consommons dans les circuits courts, dont les Amap, nourrissons-nous de produits bio ou fermiers, évitons d’acheter les objets jetables ou à obsolescence programmée, réparons plutôt que jeter, achetons chez les commerces de proximité, soutenons les entreprises citoyennes, branchons-nous sur les mutuelles et coopératives autant que possible, là où l’on respecte le personnel et bénéficie de ses initiatives, utilisons en ville bus et métro, et quand il le faut Vélib’ et Autolib’. Résistons si possible aux normes et contraintes des usines et des bureaux en démontrant que l’obéissance et la soumission diminuent l’efficacité de l’entreprise alors que la satisfaction et l’initiative créent la véritable compétitivité.

Contournons les interdits absurdes, sachons désobéir quand il le faut (cf. Petit Manuel de désobéissance citoyenne, de William Bourdon, qui nous suggère de devenir des lanceurs d’alerte là où nous voyons que la course aux hyperprofits et la multisurveillance menacent nos droits et nos libertés). Produisons là où c’est possible notre propre énergie, devenons jardiniers là où c’est possible, notamment chez les retraités. Quand nos territoires sont désertifiés par la désindustrialisation et l’agriculture/élevage industrialisés, essayons de leur rendre vie fermière, artisanale, à réintroduire boulangeries et bistrots dans les villages.

Cherchons l’épanouissement du Je au sein d’un ou de multiples Nous. N’oublions pas les solidarités locales, sans oublier la grande solidarité qui nous lie à tous les humains.

Nos sommets politiques et économiques ignorent tout des vies quotidiennes : ils vivent dans leur bulle et connaissent du monde les chiffres de leurs experts. Faisons nos propres bulles de vie par rapport à eux.

Sachons jouir esthétiquement des merveilles de la vie et des arts. Trouvons dans le cinéma un moyen pour mieux comprendre l’humanité d’autrui, ainsi qu’un moyen de plonger dans la diversité des cultures. L’amour de la vie et du vivant est ce qui peut nous aider à nous révolter contre la cruauté du monde et des hommes.

Tout cela n’est pas nous désintéresser du sort du monde, c’est au contraire, en créant les nouvelles oasis de vie, sauvegarder tous les germes de salut dans un monde qui se croit en développement et qui est en perdition.


Edgar Morin