bodart

Tous les soirs, quand je me mets au lit, une moitié de moi s’efface pour faire place à une autre. Le moi du jour s’endort. Le moi de la nuit s’éveille. Ce n’est pas un rendez-vous : c’est une relève. Le veilleur diurne passe la main au veilleur nocturne sans qu’ils se soient dit un mot. L’un retourne, à travers la nuit, vers un jour oublié. L’autre se tourne vers un jour qui doit naître. Les deux sentinelles qui gardent un même destin et se relaient, ne veulent pas se connaître. Elles se tournent le dos.
—  Roger Bodart / Approches des vérités qui bougent