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Marguerite Duras au cinéma

Fervente lectrice de Duras, je tenais à vous faire partager quelques unes de ses œuvres qui ont été adaptées à l’écran. Je parle bien ici des adaptations car Duras a elle-même produit dix-neuf films à partir des années 70 mais qui sont pour la plupart introuvables.


Barrage contre le pacifique – René Clément (1958)

Barrage contre le pacifique est disponible en anglais sur youtube (This angry age) car il est tombé dans le domaine public. L’étonnement passé à cause de l’origine du film (italien), j’ai été ravie de voir Anthony Perkins au casting ainsi que Silvana Mangano (Le Decameron, Théorème ou Œdipe roi de Pasolini). Malheureusement le film offre une piètre qualité de l’image (la même année sort Drôle de Frimousse et l’année d’après Vertigo), avec une caméra tremblante et souvent des problèmes de mises au point, mais je ne peux résister au charme du noir et blanc. Le film suit fidèlement le livre (notamment l’histoire d’amour de Joseph, anecdotique dans le film de 2008, ainsi que la visite de la mère à la ville). On découvre un film beaucoup plus joyeux que le livre (Duras s’inspire de son enfance dans les années 20, peut-être que l’époque, presque 30 ans plus tard a une vision moins dramatique du colonialisme). On ressent ce ton léger par exemple dans les musiques que les personnages écoutent, ce sont des musiques très festives (contre du violon très lent chez Panh) ou encore lorsqu’Anthony Perkins chante comme dans une comédie musicale. Enfin, la mère est beaucoup trop dynamique (on retrouve ce « problème » en 2008 également) : dans le livre, la mère est très amorphe est passive, elle a été épuisée par la vie. J’ai particulièrement aimé comment le film développe et approfondit la relation entre Suzanne et Joseph, très différente du livre mais poignante. Cette adaptation reste tout de même à mes yeux la meilleure car plus complète, bien que le ton soit totalement décalé. 


Hiroshima mon amour – Alain Resnais (1959)

Ce film est à part des autres puisque Marguerite Duras elle-même va participer à sa réalisation. Pièce emblématique de la Nouvelle Vague, le film fait preuve d’une grande sensibilité et de la mémoire de l’entre-deux guerres au Japon. L’ambiance nippone se confronte au personnage occidental féminin (Emmanuelle Riva) et montre l’impossibilité de cet amour à cause de souvenir martyrisant de la guerre : « tu n’as rien vu à Hiroshima ». 


L’amant – Jean-Jaques Annaud (1992)

Ayant déjà parlé de ce film je vous renvoie à cet article. Plus je regarde ce film plus je le trouve éloigné du livre et je comprends la désapprobation de Duras à sa sortie. Cependant en tant qu’objet à part entière je l’aime tout autant que le livre, considérant qu’il s’agit de deux productions bien différentes. Jane March est toujours aussi séduisante, et la fin toujours aussi poignante.


Un barrage contre le pacifique – Rithy Panh (2008)

Jamais je n’ai vu deux personnages aussi bien incarnés que les rôles de Suzanne par Astrid Berges-Frisbey (actrice qu’on a découvert dans Pirates des Caraibes 4, puis dans Juliette, que j’aime un peu plus à chacune de ses interprétations), et Joseph par Gaspard Ulliel (Saint-Laurent). Leurs deux prestations sont vraiment à saluer, leurs rôles sont finement étudiés, comme taillés pour eux. Mais ces deux rôles mettent malheureusement en relief le mauvais jeu d’Isabelle Huppert, la mère, qui semble être sur les planches d’un théâtre plus que devant une caméra. L’histoire se concentre, comme le film de 1958, sur le projet de construction de barrages de la mère et seulement en second lieu sur Suzanne (il suffit de lire le synopsis), tandis que le livre fait complètement l’inverse, ou du moins ne met pas la mère au centre de l’histoire. J’ai réellement l’impression d’avoir perdu une sensibilité dans le film, ce contraste doux et violent entre la mère et la fille, cette complexité des relations entre les personnages.