aussie san

now that im living with my bro, im making him play Undertale on pacifist because he killed papyrus on his one and only neutral playthrough and i almost disowned him. hes been reading sans’ text. he sounds like an aussie stoner sans 👌

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Tag yourself je suis Valli qui fait semblant de ne pas écouter les insanités que murmure Microbe sur la troisième photo

Une chose est certaine, je préfère la solitude ; j'évite les gens comme le poison ; je ne veux tout simpement pas d'eux ; je prends place à table et réponds aux innombrables questions des petites nouvelles ; je me surprends à être drôle, à les faire rire en décrivant des gens & des événements, et je me demande comment je sais produire un tel effet aussi machinalement, presque sans émotion, me comporter comme quelqu'un de sain se comporte en général, sans être démasquée.
—  “Dessins”, Sylvia Plath, La Table Ronde, 2016 p. 13
Une chose est certaine, je préfère la solitude ; j'évite les gens comme le poison ; je ne veux tout simpement pas d'eux ; je prends place à table et réponds aux innombrables questions des petites nouvelles ; je me surprends à être drôle, à les faire rire en décrivant des gens et des événements, et je me demande comment je sais produire un tel effet aussi machinalement, presque sans émotion, me comporter comme quelqu'un de sain se comporte en général, sans être démasquée.
—  Sylvia Plath
J'ai assisté, incognito, à la déroute progressive de ma vie, au lent naufrage de tout ce que j'aurais voulu être. Je peux dire, et c'est une de ces vérités mortes sans qu'il soit besoin de fleurs pour le dire, qu'il n'est pas une seule chose que j'aie voulue - ou en laquelle j'aie placé, même un instant, ne fût-ce que le rêve de cet instant - qui ne se soit réduite en miettes sous mes fenêtres comme de la poussière, telle une pierre, tombant d'un pot de fleurs du dernier étage. On dirait même que le Destin s'est toujours plu à me faire aimer ou vouloir tout d'abord ce qu'il disposait lui-même pour que je voie bien, dès le lendemain, que je ne le possédais ni ne le posséderais jamais.
Ironique spectateur de moi-même, je n'ai jamais, malgré tout, renoncé au spectacle de la vie. Et puisque je sais aujourd'hui, par avance, que chaque vague espoir sera de toute façon déçu, je souffre du plaisir spécial de savourer la déception en même temps que l'espoir, tel un met amer et sucré tout à la fois, qui rend la saveur sucré plus sucrée par contraste avec l'amer. Je suis un sombre stratège qui, ayant perdu toutes les batailles, trace à l'avance sur le papier, et en savourant chaque détail, le schéma précis de sa retraite finale, à la veille de chaque nouvelle bataille.
J'ai été poursuivi, comme par un malin génie, par le sort qui veut que je ne puisse jamais rien désirer sans savoir aussi que je n'obtiendrai rien. Si, l'espace d'un instant, je vois dans la rue le contour nubile d'une jeune fille et si, même avec une complète indifférence, j'imagine un instant ce que j'éprouverais s'il m'appartenait - immanquablement, à dix pas de mon rêve, cette jeune fille rencontre un homme dont je vois aussitôt qu'il est son mari ou son amant. Un romantique en ferait une tragédie ; un étranger vivrait cela comme une comédie ; mais moi, je mêle l'un et l'autre, car je suis romantique au fond de moi, et étranger à moi-même : et je tourne la page sur une nouvelle ironie.
—  Fernando Pessoa, Le livre de l’intranquillité.
Ses stigmates sont visibles. Comme les nôtres. Cette toile blessée incarne tout ce qui fait notre âme. La noirceur, dans laquelle nous aimons tant nous cacher, la joie intense, derrière laquelle nous courons comme des damnés, l’enfermement, qui est notre seconde nature, la ruse, aussi, sans laquelle nous ne pourrions pas vivre, les blessures insupportables que nous nous infligeons, et pour finir une sorte de résurrection, qui nous laisse hébétés mais vivants au milieu des morts et des gravats.
—  Metin Arditi, La confrérie des moines volants.

J'ai peur de l'obscurité, des abysses, des endroits trop petits, et puis des monstres en moi, et du vide en moi, enfin j'ai peur de moi. J'ai peur de moi sans toi aussi. J'ai peur de la mort, de la fin, de l'échec. J'ai peur.

Se rappeler que le monde est immense
Que tout est vain et sans grande importance
Et dans le temps, ne pèse pas beaucoup
Qu’il faut savoir être heureux avant tout.
Aimer la vie avec ce qu’elle a de beau
Et la choisir non pas la supporter.
Lui pardonner ses peines et ses maux
Comme une amie qui se serait trompée
Savoir aussi se pardonner sans gène
Sinon la vie devient une prison.
A chaque jour toujours, suffit sa peine.
Nul n’est parfait, mais qui donc a raison ?
—  Raymond Lévesque
Tu es la réponse à toutes les prières que j'ai adressé. Tu es une chanson, un rêve, un murmure, et je ne sais pas comment j'ai pu vivre aussi longtemps sans toi.
—  Nicholas Sparks - Les pages de notre amour
Je sais qu'il m'a fait du mal, je suis la première à le savoir. Je sais qu'il a fait des erreurs et qu'il peut se comporter comme un vrai connard parfois.
Mais je sais aussi que je l'aime. Je l'aime encore, et je le sais parce que chacune de mes pensées sont pour lui. Même si j'ai la trouille, je sais aussi que sans lui, je ne suis pas heureuse. Alors pourquoi ne pas tenter ? Pourquoi pas essayer de ré-apprendre à s'aimer comme il se doit ?
Partie

Mais je te jures mec, je l’avais jamais vu comme ça. Je me doutais qu'elle allait pas très bien. Elle avait maigri mais je me suis dit que c’était l’été, le sport et tout ça. Mais il y avait autre chose. Je m’en suis pas rendu compte tout de suite. C’est au bout de quelques jours, de quelques nuits. J’avais l’impression que ses cernes s’agrandissaient de plus en plus. Et c’est vrai qu’à chaque fois que je me réveillais, je la trouvais réveillée aussi, en train de fixer le plafond d’un regard absent. Mais ça ne m’a pas alerté. J’aurais du commencer à m'inquiéter pourtant. Mais en journée, elle allait bien. Elle m’a juste dit un soir “ c’est tellement facile de faire semblant.” Mais j’ai pas relevé, elle disait souvent des trucs comme ça, un peu déprimé, sans lien avec le reste de la conversation. Mais il y a ce soir. J’étais revenu dans la chambre, juste après en être sorti parce que j’avais oublié quelque chose. Je l’ai trouvé assise en tailleur sur le lit, fixant le mur face à elle. En m’entendant, elle a tourné son visage vers moi. Elle a essayé de sourire. Mais il y avait tellement de vide, de douleur, de tristesse qu’elle n’a même pas réussi à faire sourire ses lèvres. Je ne te parle même pas de ses yeux, vides comme morts. Je l’ai regardé, choqué. Et les larmes ont commencés à couler le long de ses joues. Elle s’est effondrée, comme une poupée désarticulée. J’ai flippé mec, j’ai rarement eu aussi peur. Elle renvoyait tellement de douleur que je ne savais pas quoi faire. C’est comme si elle n’allait jamais s'arrêter. Je me suis approché doucement et je l'ai prise dans mes bras. Mais je ne suis même pas sûre qu’elle s’en soit aperçue. Elle n'était plus là. C’était comme si elle évacuait les vingts années de sa vie, c’était comme si elle quittait sa propre vie. Le pire dans tout ça, c’est que je l’ai laissé faire. Je n’ai rien dit, rien fait. Je ne lui ai pas dit qu’elle n’était pas toute seule, qu’elle pouvait compter sur moi. J’étais pétrifié. Au bout d’un long moment, ses sanglots se sont apaisés. Elle a finit par s’apercevoir de ma présence. Elle s’est levée, s’est essuyée les yeux et elle est partie. Je l’ai perdue à ce moment. Elle s’est retournée une dernière fois avant de quitter la pièce. Elle avait des fantômes dans les yeux. Je ne voyais plus d’amour, de futur, il n’y avait plus que de la destruction, du passée. Je suis resté immobile pendant un long moment encore avant de réellement m’inquiéter. Ce n’est que quand j’ai vu que la nuit était tombée que j’ai réagit. Je l’ai cherché dans tous les endroits qu’elle aimait mais je ne l’ai pas trouvé. Quand je suis rentrée, elle était là, comme si rien ne s’était passé. Elle faisait tout comme d’habitude, elle avait les mêmes sourires, le même rire particulier. Puis quelques jours plus tard, elle n’était plus là. Elle était partit pour de vrai. Elle avait repris toutes ses affaires et m’avait même redonné les miennes. Elle m’avait laissé un mot “Je suis désolée, tellement désolée. Tu mérites mieux qu’une fille détruite comme moi. Merci d’avoir essayé de recoller les morceaux mais il en manque beaucoup trop. Ne t'inquiète pas, j’irais bien. J’ai tout repris, je t’ai tout rendus. Ce sera comme si je n’avais jamais existé. Je t’aime.” C’est qu’une putain de menteuse ! Comment tu veux faire comme si elle n’avait jamais existé ? Je peux pas, j’avais besoin de plus, plus d’amour, plus de temps, plus de tout. J’ai essayé de l’appeler mais elle n’a même pas gardé son numéro. J’ai essayé d’aller chez elle, elle n’y était plus. J’ai même été voir chez ses parents. Elle a disparu pour eux aussi sans laisser plus de traces que pour moi. Je ne sais même pas si elle est en sécurité, si elle va bien, si elle est en vie. Elle m’a rendue fou, complètement fou.

Si vous saviez, si vous saviez comme j'ai hâte, hâte de quoi ?Vous diriez vous. J'ai hâte d'avoir mon permis, j'ai hâte de pouvoir bouger moi aussi sans solliciter mes parents à chaque fois que je veux bouger un peu. Puis même j'irai où je veux, sans rendre de compte à personne, rentrer à pas d'heure. J'irai à la plage pour commencer, seule, voir le coucher de soleil, tremper mes pieds dans l'eau, regarder la mer aller et venir sur mon corps, prendre de sable entre mes doigts, m'assoir, lire mon livre, manger une glace, siroter une bière, m'assoir sur un rocher et regarder les gens aller et venir sur la plage, croiser un chien et le caresser. J'ai hâte de sortir, seule, bouger, prendre l'air, partir à l'aventure, sans rien dire à personne, sans donner de compte, sans devoir me justifier.
—  aureliusz,” j’ai hâte.”
“Vous aimez citer de grands républicains, vous vous inscrivez dans cette tradition.(…) Une des figures qui vous sert de référence, c'est celle de Clémenceau. C'est un personnage controversé, y compris au sein de la gauche française. C'est sans doute pour cela que vous l'utilisez. Car vous aimez la controverse. ”
Valls s'est déjà un peu fermé. Il ne fait pas semblant quand il est en colère. Devant ses proches, présents pour l'occasion il aurait aimé un compliment plus éclatant, moins lourd de sous-entendus. Et Hollande porte l'estocade : “ Clémenceau n'est pas devenu président de la République mais on peut aussi réussir son existence sans être président de la République. ”
Valls goûte très moyennement l'instant. (…) Les chroniqueurs ironisent, s'amusent de l'embarras manifeste du 1er ministre : Hollande a voulu rabaisser Valls, lui signifier qu'il ne devait pas lorgner son trône présidentiel. Ou alors plus discrètement.
— 

Un président ne devrait pas dire ça

Le 22 Octobre 2014 François Hollande remet à M.Valls les insignes de l'ordre national du mérite. Ce livre est époustouflant.

Si Marine Le Pen, je forme officiellement une cellule de resistance.

Les politiques à l’Assemblée feront leur tambouille, dans la société civile, je m’occuperais personnellement que nos beaux principes soient respectés.

Soit:

- Si les enfants d’étrangers peuvent pas aller à l’école, je creerais un site avec les programmes de l’Education nationale, cours, exercices et activités disponibles gratuitement, je ferais un forum pour mettre en place des liaisons entre professeurs, il y aura un roulement mis en place par quartier où ils sont le plus en difficultés. Ce sera “ Le Savoir pour Tous “. Sans parler d’un local qui sera aussi une bibliothèque citoyenne. Un endroit où les enfants pourront venir apprendre gratuitement.

- Pour les journalistes, je ferais en sorte qu’un réseau d’informations crypté autre que Télégram soit mis en place sur le net. Les dépêches AFP seront épinglées et les journalistes en détresse seront mis en relation pour qu’il puissent travailler avec un réseau souterrain de prêt et accès. La liberté de la presse sera défendue jusqu’à la fin. Mentions, et sources anonymes mises à disposition. 

- En parlant du net, la resistance commencera par l’hébergement des personnes en galère, réfugiés et autre. mais aussi par la destruction sans procès des ressorts de propagande qui seront forcément mis en place par MLP. Je serais au front aussi là. Je prendrais ma caméra, irais chercher les témoin, expliquerais, détruirait leur communication.

- Je conseillerais à tous d’utiliser Télégram pour communiquer. Nicolas Bay sera au pouvoir. La loi renseignement sera forcément utilisée jusqu’à la corde. Essayez de vous procurer un vieux téléphone, il est plus que temps de ressortir vos vieux Nokia.

- Toute l’action devra rester groupée, milimétrée et non-violente. Sauf en cas de violence sur des personnes en danger.

Bref, le plan est prêt si le FN passe. J’avais un futur tout tracé mais croyez-moi je n’aurais plus aucun chill. NO fuck given. Si je dois foutre mes rêves en l’air pour aider le pays, JE LE FERAIS.

Originally posted by artoftheglitch

(btw america, we will fight together. Cause you know… Immigrants… We get the job DONE.)

Originally posted by susannedraws

Le triomphe de la vie et de l’amour

« En système économique parfaitement libéral, certains accumulent des fortunes considérables; d’autres croupissent dans le chômage et la misère. En système sexuel parfaitement libéral certains ont une vie érotique variée et excitante ; d’autres sont réduits à la masturbation et à la solitude. Le libéralisme économique, c’est l’extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société. De même, le libéralisme sexuel, c’est l’extension du domaine de la lutte, son extension à tous les âges de la vie et à toutes les classes de la société. »
Michel Houellebecq


Extension du domaine de la lutte : en l'espace d'un titre Michel Houellebecq avait déjà tout dit du monde qui est le nôtre. À l'ère du post moderne rien ne nous serait plus jamais donné d’emblée. Tout devrait s'acquérir au prix d'une lutte acharnée, d'une incessante guerre de tous contre tous. Et malheur aux vaincus, c'est-à-dire à tous ceux qui n'ont pas su tirer profit du libéralisme-libertaire. Ils n'avaient qu'à être plus beaux, plus riches, plus performants. Or c'est précisément eux qu'ont filmés Benoît Delépine, Gustave Kersvernet et Denys Arcand dans Saint Amour et l’Âge des Ténèbres.


Saint amour (Delépine/Kersvernet, 2016)

L'agriculteur pourrait être le héros parfait des laissés pour compte du monde moderne. Il a perdu sur tous les tableaux. Il est le vestige d'une civilisation qui n'existe plus, où la terre avait de la valeur et être enraciné un sens. 
Aujourd'hui, en France, l’un d’entre eux se suicide tous les deux jours pendant que le citadin moyen moque leur misère sexuelle et affective devant l'Amour est dans le pré. Le personnage de Bruno, interprété par le génial Benoit Poelvoorde, aurait d’ailleurs parfaitement pu être une version extrême des candidats de l’émission diffusée sur M6. Célibataire de très longue date — si ce n’est de toujours —, un problème d’alcoolisme certain, une multitude de tics nerveux et des cheveux terriblement gras qu’il s’acharne à aplatir contre son front: Bruno a tout pour repousser les femmes et elles n’hésitent pas à le lui montrer. 

Le film débute d'ailleurs au salon de l’agriculture où Bruno entraine l’un de ses amis dans leur rituelle (et épique) « route des vins sans sortir du salon » tandis que son père Jean (Gérard Depardieu), sérieux, reste s’occuper de ses bêtes. Toutes les femmes que Bruno abordera sur son chemin, sans jamais se montrer vraiment franches ou insultantes, témoigneront, au mieux, d’une condescendance gênée devant ce pauvre homme saoul, dont on devine sans peine que sur le marché amoureux comme économique il ne vaut rien. Mais — c’est ce qui rend ces situations déchirantes pour le spectateur — Bruno sait tout cela et c’est la conscience même de sa propre valeur, ou plus exactement de son manque de valeur, qui semble l’étouffer, le pousser lentement vers la folie.
À une jeune fille qui tente désespérément de le fuir il finit par déclarer : « vous me prenez pour un pèquenot, un bouseux de merde ? Oui, je suis bourré, mais ça ne m’empêche pas de voir que vous me regardez comme une merde. Mais vous êtes qui ? vous êtes une hôtesse de salon, c’est tout ce que vous êtes ! Vous n’épouserez pas des milliardaires ici et vous vieillirez, comme tout le monde ! » rendant explicite ce que tout le monde avait saisi depuis le début : même celles qui n’ont rien pour elles peuvent se permettre de le rejeter. 
Son père, désolé par la détresse de son fils mais déterminé à le convaincre de reprendre la ferme familiale, décide alors de l’emmener faire la route des vins, pour de bon cette fois. 
Les voilà partis dans le taxi de Mike (Vincent Lacoste). Mike, avec son prénom de « tracteur américain » (comme le dira Jean) et son physique de petit garçon fragile, est l’antithèse parfaite des deux autres hommes. Prétentieux, vantard et arrogant, manquant passablement d’humour, il a tout pour être détesté de nous et jalousé par Bruno, notamment pour son succès (semble-t-il) facile avec les femmes. Frappé par un tel contraste, le spectateur ne peut manquer de comprendre qu’une société qui favoriserait à ce point des types aussi minables et sans reliefs que Mike, au détriment de ceux comme Bruno, est malade. 
Au fur et à mesure que le film avance, le constat se fait plus clair : tout le monde est, à sa façon, misérable. Ce tenancier de chambre d’hôtes (Michel Houellebecq !) qui fait coucher toute sa famille à même le sol juste pour pouvoir louer sa chambre et son salon, cette petite serveuse maladroite et surendêtée, cette autre jeune fille qui hésite à franchir le pas la veille de son mariage parce que le métier de son fiancé (agriculteur) fait trop rire ses copines : tout le monde, dans cette France périphérique, semble empêtré dans une misère spirituelle, sentimentale ou financière. Comme si l’on était témoin d’une débâcle généralisée dont personne ne sortirait la tête haute, sauf peut-être Jean. Lui qui, malgré son chagrin, malgré les difficultés, garde, en plus d’une certaine bonhomie, une fierté et une pudeur à laquelle tous les autres ont renoncé.


L’âge des ténèbres (Denys Arcand, 2007)

René Guenon l’avait déjà écrit dans La Crise du monde Moderne, en 1927 : il semble bien que, « d'après toutes les indications fournies par les doctrines traditionnelles, nous soyons entré vraiment dans la phase finale du Kali-Yuga, dans la période la plus sombre de cet ‘’âge sombre’’, dans cet état de dissolution dont il n'est plus possible de sortir que par un cataclysme, car ce n'est plus un simple redressement qui est alors nécessaire, mais une rénovation totale. (…) Il suffit de regarder autour de soi pour se convaincre que cet état est bien réellement celui du monde actuel, et pour constater partout cette déchéance profonde que l'Évangile appelle ‘’l'abomination de la désolation’’. »  Or le Kâli-Yuga, dans sa déclinaison québécoise contemporaine, voilà ce que nous montre Denys Arcand.
La vie de Jean-Marc Leblanc — petit fonctionnaire provincial aux ordres d’une supérieure hystérique, mariée à une agent immobilier aigrie et survoltée, père de deux adolescentes aussi affectueuses que des cailloux et propriétaire d’une maison hypothéquée en banlieue de Montréal — est la preuve idéale qu’il ne suffit pas d’avoir fondé une famille pour échapper à la solitude.
Pour survivre au cauchemar qu’est son existence, Jean-Marc se rêve écrivain, acteur ou politicien, de fait hommes à femmes, non seulement désiré d’elles mais aussi aimé, choyé.
Il se sert de ses fantasmes pour tromper sa lucidité. Il sait que sa vie est un désastre, que sa femme ne l’aime pas, qu’il n’a aucune place dans la vie de ses enfants, que sa mère, sénile, ne le reconnait déjà plus, que la bureaucratie dans laquelle il travaille est trop monstrueusement industrielle, bête et méchante, pour répondre à la singularité des malheurs humains.
Alors les fantasmes sont là pour le consoler mais, revers de la médaille, l’enterrent d’un même coup dans sa résignation: le temps qu’il passe à rêver des existences alternatives est autant de temps perdu à ne pas essayer de changer la sienne.
Or, comme il était prédit dans le Vishnu Purânä, à l’âge du Kâli-Yuga « les femmes deviendront indépendantes et rechercheront les beaux mâles. Elles s'orneront de coiffures extravagantes et quitteront un mari sans ressources pour un homme riche. » et l’épouse de Jean-Marc, qui ne fait pas exception, part vivre avec son patron.
Un collègue de Jean-Marc, Chérubin, l’emmène alors dans une soirée de speed-dating où les femmes cherchent manifestement toutes la même chose que son épouse. Des hommes beaux, « massif » comme le dira l’une d’elles qui reproche à notre protagoniste de ne pas faire de musculation, et riche. 
La dernière pourtant, qu’il prévient d’emblée de sa modeste situation, s’empresse à notre grande surprise de lui demander « mais avez vous du coeur ? ». Nous comprendrons par la suite que cette jeune femme se prend pour la comtesse Béatrice de Savoie. 
D’une certaine façon sa vie et celle de Jean-Marc se ressemblent, à ceci près qu’elle ne s’est pas contentée de rêver éveillée, elle a donné corps à ses fantasmes en incarnant son moi idéal à travers des jeux de rôles grandeur nature. Dans cet univers mi-fantastique mi-médiéval où elle entrainera Jean-Marc, les valeurs matérialistes s’effacent pour laisser l’héroïsme et l’amour courtois retrouver le premier rang. Un des joueurs expliquera ainsi à Jean-Marc que les costumes et les combats sont ici secondaires, « ce que cherche le peuple c’est l’ordre, la foi ». Tout se passe comme si, écoeurés par la vacuité du monde qui les entoure, ces gens en avaient créé un autre, le temps d’un week-end par-ci par-là, où ils rejoueraient une époque glorieuse, pleine de sens, où la transcendance était encore possible. Mais la lucidité de Jean-Marc est trop acérée pour qu’il puisse s’en contenter. Aussi agréable que cela puisse être, il ne s’agit malgré tout que d’une farce et non d’une véritable solution. Et cette solution, qu’il connait probablement depuis longtemps, Jean-Marc trouve enfin le courage de s’y résoudre.


Le triomphe de la vie et de l’amour

(!) Même si Saint Amour et L’âge des ténèbres ne sont pas franchement des films plein de suspens, il est préférable de savoir que ce dernier paragraphe en dévoile les fins. (!)


« We may call it the drama of the green world, its plot being assimilated to the ritual theme of the triumph of life and love over the waste land…» 
Northrop Frye


Dans son livre The Anatomy of Criticism Northrop Frye théorise le concept de « monde vert » dans l’oeuvre de Shakespeare. Si le monde normal est citadin, commerçant, parfois répressif ou étouffé par son trop grand conformisme, le monde vert est pastoral (on le trouve dans la forêt ou simplement hors des villes) et les relations humaines y sont plus simples bien que la confusion puisse toutefois y régner de part la présence d’éléments magiques. Le monde vert n’est qu’un passage avant que ne lui succède un nouveau monde normal, où les problèmes de l’ancien sont résolus. Malgré quelques différences notables il est difficile de ne pas en voir une sorte de variante dans le dénouement des deux films dont nous avons parlé jusqu’à présent. 


Dans Saint Amour Bruno, Jean et Mike finissent par croiser Venus, une jeune cavalière rousse qui les entraine dans son auberge, au milieu de la forêt, où les chambres sont des cabanes dans les arbres. Elle leur avoue dans la soirée être atteinte de ménopause précoce et n’avoir plus qu’un seul cycle pour concevoir un enfant, elle leur demande alors, à tous les trois, de l’aider à être mère.
Au lendemain de cette nuit passée avec Venus, les trois hommes sont transformés. Le monde semble s’être remis en place, comme si un sentiment nouveau et libérateur s’était imposé à eux, les avait ravi à leurs échecs ou à leur tristesse, pour leur dévoiler un horizon lumineux, plein de vie. À la suite de ce changement radical de perspective l’épilogue nous présente Vénus enceinte, vivant à la ferme en compagnie d’eux-tous. Il est du reste manifeste que l’ordre qui régnait au début du film et nous désignait les agriculteurs comme les derniers des hommes, ceux qui se tuaient à la tâche pour n’être finalement respectés de personne et mourir dans la frustration, a laissé place à un ordre nouveau, où Bruno est fier de ce qu’il est, où Jean est heureux de pouvoir assurer sa succession et où Mike  semble enfin avoir trouvé une place.


Dans l’Âge des Ténèbres, Jean-Marc quitte son boulot, sa femme — tout juste revenue de son aventure prolongée à Toronto — et ses filles pour partir dans le chalet de son père, au bord de la mer. Il abandonne définitivement ses fantasmes pour enfin reprendre le contrôle de son existence, et meuble ses journées de façon modeste: il pêche, s’occupe du jardin avec sa petite communauté de voisins. Comparée à la complexité des problèmes qui étaient les siens leur solution semble d’une sublime simplicité: il suffisait de faire un pas de coté, de ne plus prendre part au chaos du monde et, surtout, de refuser la soumission pour retrouver une vie digne de ce nom.
Les deux films semblent ainsi nous mener vers une unique conclusion, à savoir qu’une vie bonne dans l’époque qui est la nôtre ne cherche pas à se conformer aux critères contemporains de la réussite mais trouve le courage d’imposer les siens.