au petit matin

Je veux une relation sérieuse qui ne le serait pas réellement. Je veux pouvoir m’endormir dans les bras du même garçon tous les soirs et faire une bataille de cousins avec lui le matin car il aurait ronflé durant la nuit. Je veux pouvoir le voir régulièrement sans en avoir marre. Je veux me sentir libre et ne pas avoir honte de mes petits défauts en sa compagnie. J’ai pas envie d’un coup d’un soir, d’être celle qu’on oublie au petit matin. Je veux de la complicité, du rire et j’aimerais ne pas avoir honte de le présenter à mes parents. Que les gens se disent « Eux, ils vont bien ensemble. » Je veux pouvoir le détester puis regretter. Sortir, rencontrer ses amis et puis danser sous la pluie. Je veux qu’il prenne soin de moi et me sentir en sécurité. J’ai plus envie de m’amuser avec des dates Tinder et de regretter le lendemain.  

Et t'auras beau chercher autant de temps que tu veux et dans les moindres recoins de l'univers, au petit matin et sous la pluie battante, dans l'ombre des rayons du soleil et au lever de la lune, tu ne trouveras jamais quelqu'un qui t'aimera autant que moi je t'aime.

Les invisibles

Maman est morte il y a tout juste un an. Je m’en suis rendu compte ce matin au petit déjeuner, quand l’animateur a dit à la radio que nous étions le 9 février. J’ai bu une gorgée de mon café et je me suis dit que j’allais lui rendre visite. C’est ce qui se fait, non ?

J’y suis allé après le boulot. J’ai dû faire un plus grand détour et je me suis tapé les bouchons. J’ai reçu un sms de Pascal qui me proposait un bowling. J’ai eu la tentation de me dérober, mais je me suis fait violence et j’ai décliné son invitation. Je devais bien ça à Maman quand même.

Au cimetière, il n’y avait personne. Normal, les gens n’aiment pas trop frayer avec le repos éternel. A cause de la pluie d’hier, le sol était glissant. A force de regarder par terre pour ne pas salir mes chaussures, j’avais le dos voûté et je ne regardais pas trop devant moi.

A un moment je me suis redressé pour repérer l’endroit où on l’avait enterrée. J’ai plissé les yeux, parce que j’avais oublié mes lunettes dans la voiture, et c’est là que j’ai vu un homme déposer des fleurs devant la tombe de Maman. Il était en train de pleurer.

Pris de curiosité, je me suis approché pour l’observer plus attentivement. C’était peut-être une vieille connaissance de Maman. Mais son visage ne me rappelait rien. Ce n’était pas vraiment le genre de personnes qu’elle fréquentait à vrai dire.  Il avait la cinquantaine, portait un vieux jogging grisâtre et tenait un vieux filet à provisions, qui, bizarrement, contenait seulement une bouteille d’un litre de javel et un gant de jardinier. Cet homme étrange dégageait également une terrible odeur de sueur que Maman, si délicate, n’aurait jamais supportée.

Un peu mal à l’aise, j’ai rompu le silence qui nous environnait :

« Excusez-moi, monsieur, mais je n’ai pas le plaisir de vous connaître ? »

Il s’est redressé brusquement et m’a regardé avec stupeur.

« Heu non, non, m’a-t-il répondu en bafouillant, je ne crois pas ».

Comme il n’avait pas l’air de vouloir se présenter, j’ai fait un mouvement en avant pour lui serrer la main :

« C’était ma mère. Je suis Jean, son aîné. Vous la connaissiez depuis longtemps ?

-Depuis dix ans. Mais elle, elle me connaissait pas. »

Voyant mon air interloqué, il a poussé un soupir puis a entrepris de m’expliquer ce qu’il voulait dire :

« Mon nom, monsieur, c’est Gérard. Je paye pas de mine et je pense que vous avez compris que je n’ai pas de domicile fixe, comme vous dites, vous autres. C’est comme ça, du jour au lendemain on perd son job, son chez-soi, sa voiture et on se retrouve à demander des petites pièces dans le métro. On a plus de soutien, alors on prend un chien et on attend que le temps passe avec lui devant les boulangeries, les banques. Et on existe pas. C’est cette bâtarde de vie, quoi. »

Ne sachant que trop répondre, j’ai hoché vigoureusement la tête.

« Ouais, vous voyez pas ce que je veux dire. Vous inquiétez pas, faut l’avoir vécu.

-Mais quel rapport avec ma mère ? Je suis désolé d’insister, mais cela m’a un peu surpris de vous trouver là.

-J’y viens, j’y viens. Faut dire que je suis devenu invisible aux yeux de tous. A un moment, je ne pensais même plus. Mon vocabulaire se réduisait…j’étais pas plus humain que mon clebs. Je répétais « pour manger s’il vous plaît » toute la sainte journée et à force ça ne voulait plus rien dire. C’était une rengaine à laquelle je m’accrochais. Et puis, y’a dix ans tout a changé. Je me suis installé devant chez votre mère. Je l’ai pas remarquée tout de suite. Un jour, elle est sortie de son immeuble et elle m’a donné une pièce. J’ai relevé la tête et j’ai été comme frappé par la foudre. Hé, faites pas cette tête. C’était pas comme dans les romans, hein. Pas le coup de foudre. J’en suis plus là. Non, j’ai juste été pris de sympathie pour elle. Elle avait l’air gentille votre maman, toute douce, mais triste aussi, si vous saviez ! J’avais encore jamais vu ça chez quelqu’un. C’est comme ça, dans la rue on pense qu’à sa pomme Je voulais savoir pourquoi elle était comme ça.. Ben là, ça a été un bouleversement. J’étais fasciné. Je voulais connaître sa vie, ses petits déplacements. N’était-ce qu’une forme de voyeurisme ? Je l’ignore, mais je me suis mis à la suivre. J’ai trouvé un carnet et j’ai tout consigné dedans. J’ai longtemps vécu que pour ça. 9 ans à l’observer, à écouter ce qu’elle disait.  J’ai commencé à la comprendre mieux. Elle était si seule, si discrète ! Un peu comme moi, on la voyait pas. Mais je m’imaginais que d’une certaine façon, j’étais là pour elle, un protecteur invisible. Ouais, c’était comme une amie, mais j’ai jamais osé l’approcher. On était pas du même monde et j’avais pas envie qu’elle ait peur. Mais sans le savoir, elle m’a sauvé votre maman. Mon esprit s’est réveillé grâce à elle. J’ai retrouvé les mots et j’ai écrit, écrit…comme j’avais jamais écrit avant. Et puis un jour, ben voilà, elle est partie…

-Oui, ça a été un peu soudain…

-Je viens lui rendre visite de temps en temps. Je nettoie la tombe, je mets des fleurs. Vous êtes occupés, vos frères et vous, alors vous venez pas souvent. C’est normal, vous êtes occupés. Moi, je peux le faire, quand même.

-C’est très gentil à vous. Vous auriez dû vous manifester plus tôt, on vous aurait donné quelque chose…

-Oh, je fais ça pour elle. Je veux rien en retirer. D’ailleurs, j’y pense : c’est à moi de vous donner quelque chose ».

Il a alors fouillé dans son sac et en a sorti un carnet aux couleurs criardes et me l’a tendu.

« Ça vous fera un souvenir de votre Maman…moi, je le connais par cœur à force de l’avoir relu ».

Avec une vive émotion, j’ai pris le carnet et lui ai juré que je le conserverais précieusement. Il m’a alors adressé un sourire triste et m’a serré la main pour me dire au revoir :

« C’était une bonne personne, vous pouvez me croire. Il faudra penser beaucoup à elle. Si vous saviez comme ça me rend triste qu’elle aussi soit devenue invisible ! Je reviendrai la voir si ça ne vous dérange pas ».

J’ai secoué la tête silencieusement pour lui indiquer que cela ne me dérangeait pas, puis ai regardé sa silhouette s’éloigner et s’effacer doucement.

Exercice proposé par @les-toupies-h 

J'aimerais partir loin avec toi, visiter les musées, entrevoir les petites places, arpenter les ruelles, découvrir de nouvelles saveurs, de nouveaux horizons, atterrir dans de jolis bars où se retrouvent tous les habitants du coin, écouter la musique locale et ses danses rythmées, nager au petit matin quand le soleil pointe le bout de son nez, j'aimerais tout voir, tout faire, j'aimerais plus que jamais me sentir vivante, à tes côtés…

Allez je sais que tu en as envie, je le vois bien tu es mouillée”
“Allez on va prendre un bain ça va te détendre”
“Dors pas, j'arriverai pas à dormir sois pas égoïste tu m'as chauffé là”
“Pfff j'avais l'impression de baiser une morte
—  J'avais 18ans c'était mon copain de l'époque il en avait 34. On s'était disputé je voulais le quitter il m'avait suppliée de passer la nuit avec lui pour discuter sauf qu'il ne voulait pas du tout parler. Il m'a demandé de coucher avec lui plusieurs fois j'ai dit non à chaque fois. Ces phrases il les a prononcées plusieurs fois dans la nuit avec des attouchements pour voir si j'étais “mouillée”. Il m'a empechée de dormir toute la nuit, au petit matin je n'en pouvais plus j'ai cédé, je lui ai dit “fais ce que tu veux” et il l'ai fait alors que je restais immobile. La dernière phrase il l'a prononcée après, quand je lui ai dit que je m'étais forcée. Pour info si j'étais si “mouillée” c'est que je venais d'avoir mes règles. Je revois encore les draps couverts de sang.
SENTIMENTS SCIENTIFIQUES

“00h00 allongée au sol, un souffle en demi-tons violent comme si mon existence entière en dépendait, à m'demander si les scientifiques sauraient l'expliquer
la rage qui rôde autour de moi, qui prend le contrôle de mon corps ainsi que de mon âme, venant me tordre le ventre jusqu'à l'étouffement
la tristesse se joint à elle et dans leur duo tout explose, je n'tient même plus debout, la chao laissé par ton départ me détruit au plus profond d'mon être, je ne suis plus maître de moi-même, explosion torride au petit matin mon corps crie de tout arrêter une douleur d'enfer et des maux insoutenables, t'es parti, mais putain, t'es partout

01h41 allongée au sol, un souffle en demi-tons violent comme si mon existence entière en dépendait, à m'demander si les scientifiques sauraient l'expliquer
blasphème indolore j'pensais naïvement qu'les papillons que tu avais nichés au fond d'mon ventre deviendraient des fleurs, qui deviendraient à leur tour de la poussière, que j'puisse t'oublier en douceur.
scénario mal-compris renversement d'situation, les êtres ailés devenus insoutenables, métamorphose livide, bordel c'est plus des papillons qu'tu m'as laissé j'ai une ruche de douleur coincée au fin fond d'mon âme

03h57 allongée au sol, un souffle en demi-tons violent comme si mon existence entière en dépendait, à m'demander si les scientifiques sauraient l'expliquer
le bourdonnement dans les oreilles et la tête au bord de l'explosion, les idées noires que j'ressasse, les images de nous qui reviennent dans un va et vient incessant, jsais plus quoi dire ni quoi penser
j'voudrais taper très fort pour qu'ça s'arrête, trouver l'bouton pour éteindre ce foutu manège mais seulement y'a pas d'retour en arrière, j'peux que me contenter de ces souvenirs douloureux et tranchants: ta voix qui résonne avec ton doux rire en musique de fond, ton visage angélique et tes putains d'promesses que t'as pas su tenir

05h31 allongée au sol, un souffle en demi-tons violent comme si mon existence entière en dépendait, à m'demander si les scientifiques sauraient l'expliquer
j'me rends compte qu'tu m'as fait salement vivre pendant ces quelques nuits y'a comme un goût de haine quand j'compte les kilometres à présent, p’t'être qu'c'est que du passé mais putain c'était plus que parfait
frénésie d'un dimanche au petit matin le bruit de l'heure au mur, le temps qui passe et toi qui revient pas, jamais

expliquez-moi scientifiquement le comment du pourquoi de tous mes r'sentis que j'apprenne sur le bout des doigts la mécanique du coeur humain et surtout celle du mien”


Encore une magnifique soirée à écrire avec @constellaire merci milles fois

Mon bonheur il s'trouve dans une grasse matinée, il s'trouve dans un bon bain bien chaud, dans un joint un peu trop chargé, dans une promenade en forêt, dans la musique qui résonne dans mes oreilles, dans d'la bonne bouffe, il s'trouve dans une partie d'jambe en l'air, il s'trouve assit avec un livre à la main, dans une téquila, il s'trouve devant une cheminé, il s'trouve perdu dans les bois devant un caisson, il s'trouve dans un feu d'camp au bord de la plage jusqu'au petit matin, il s'trouve un lendemain d'soirée dans l'lit avec ce sourire qui veut tout dire, il s'trouve dans mes photos souvenirs, il s'trouve sur le sourire des gens que j'aime, il s'trouve dans ma vie.
La lettre de Gérard Depardieu à Patrick Dewaere

“Cher Patrick,
En ce moment, on n’arrête pas de nous bassiner avec l’anniversaire de mai 68. Vingt ans après. Après quoi ! Une émeute de jeunes vieux cons, voilà ce qu’on pensait tous les deux, des batailles de boules de neige…
Cette drôle de révolution aura au moins permis de changer les uniformes des flics, et à Bertrand Blier de tourner les Valseuses ! Ce fut un véritable pavé lancé à la vitrine du cinéma français. Avec Miou-Miou, nous avions fait sauter les derniers tabous.
Les Valseuses ! C’était notre bohême à nous, un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître. Qu’est ce qu’on a pu faire chier Bertrand sur ce coup. On ne dormait pas, on débarquait au petit matin sur le plateau avec des têtes de noceurs, de débauchés. On était heureux comme des cons, comme des enfants faisant l’école buissonnière. C’était de la grande voyoucratie, un mélange d’inconscience et d’insouciance. On piquait la D.S. et en avant la corrida nocturne. C’étaient de drôles de nuits. On avait l’impression de travailler, d’étudier nos rôles, de répéter pour le lendemain. Ben voyons !
Je t’ai toujours connu écorché vif, grand brûlé.
Comme Romy Schneider tu confondais ta vie et le métier d’acteur. Tu supportais mal les duretés de ce milieu. Tu étais sensible, sans défense, presque infirme devant le monde. Je te voyais venir avec toutes ces mythologies bidons autour du cinéma, de James Dean ; cela te plaisait, ce romantisme noir et buté. Tu la trouvais belle la mort, bien garce, offerte. Il fallait que tu exploses, que tu te désintègres. Tu « speedais » la vie. Tu allais à une autre vitesse, avec une autre tension. Ce n’est pas tellement que tu n’avais plus envie de vivre, mais tu souffrais trop, de vivre. Chaque jour, tu ressassais les mêmes merdes, les mêmes horreurs dans ton crâne. À la fin, forcément, tu deviens fou. Dans Série noire, tu te précipitais la tête contre le pare-brise de ta voiture. J’ai toujours mal en repensant à cette scène. J’ai l’impression d’un film testamentaire. Tu te débats, tu te cognes contre tous les murs. Il y avait l’agressivité désespérée, l’hystérie rebelle de Série Noire. Il y avait aussi la résignation accablée de Mauvais Fils. Ces deux films, c’est toi.
Je te le dis maintenant sans gêne et sans en faire un drame, j’ai toujours senti la mort en toi. Pis, je pensais que tu nous quitterais encore plus vite. C’était une certitude terrible que je gardais pour moi. Je ne pouvais rien faire. J’étais le spectateur forcé de ce compte à rebours. Ton suicide fut une longue et douloureuse maladie. Quand j’ai su que c’était fini, je me suis dit : bah oui, quoi. Rien à dire. Je n’allais tout de même pas surjouer comme les mauvais acteurs. Et puis je te l’avoue, moi, bien en face, je m’en fous. Je ne veux pas rentrer là-dedans. Je suis une bête, ça m’est égal, la mort connais pas. Je suis la vie, la vie jusque dans la monstruosité. Il ne faut jamais faire dans la culpabilité, se dire qu’on aurait dû, qu’on aurait pu. Que dalle. Il y avait un défaut de fabrication, un vice, quelque chose de fêlé en toi, Patrick.
Malgré tout, malgré moi, je crois que cette lettre, c’était pour te parler de la disparition de mon chat. Il faut subitement que je te parle de lui. Quand il est mort, je me suis mis à chialer comme une pleureuse de tragédie. Je ne pouvais plus m’arrêter de pleurer. Tous les robinets étaient ouverts.
Le matin, je le trouvais avec sa tête sur ma poitrine. Dès que je sentais sa présence, j’étais en paix. J’avais ce chat à qui parler. C’est complètement con. On ne peut pas expliquer la complicité.
Des moments de paix, d’abandon, nous en avons eu (…) ensemble, Patrick, un vrai repos de guerriers. Avec toi, j’aurais aimé avoir une aventure. Te braque pas. Pas l’espèce de sodomie à la godille des Valseuses. Là, ils font ça par ennui, parce qu’ils en ont marre de déambuler. Les mecs se serrent à force de traîner ensemble. Ils s’enfilent parce qu’ils commencent à douter d’eux-mêmes. C’est le problème de la délinquance mal exprimée. On retrouve toute cette misère, toute cette frustration dans le courrier des lecteurs de Libération, dans les récits de taulards.
L’homosexualité, c’est sans doute beaucoup plus subtil que ce qu’on en dit. D’ailleurs, je ne sais pas ce que c’est, à quoi ça ressemble. Je sais seulement qu’il existe des moments. Ils peuvent se produire avec une femme, un homme, un animal, une bouteille de vin. Ce sont des états de grâce partagés.
Ils me font penser à une prise réussie au cinéma. Il y a toujours une part d’irrationnel dans une prise réussie. On travaille des heures, on passe son temps à refaire, à reprendre, à modifier, puis soudain c’est la bonne. On ne comprend pas pourquoi, mais c’est l’éclaircie, c’est la bonne.
Je ne peux pas m’empêcher de penser, Patrick, que si tu n’étais pas parti, c’est peut-être toi que j’aurais embrassé dans Tenue de soirée.”

Tout à été sensuel au cours de mon existence : une odeur de fleurs d'oranger au petit matin, la caresse aux chats des rues, le foin coupé de l'été. Boire mon café sur une marche en pierre qui chauffe au soleil, dans un matin qui s'arrache à la fraîcheur nocturne.
—  Simonetta Greggio, La douceur des hommes

TU M'AS DONNÉ L'AMOUR ET ÇA SUFFIT !

A Patricia !

Ah tu vois !
la jeunesse s'en va
comme le noyau
d'un soupir
ou la gorge nouée
dans l'inconfort
des jours

Ah tu vois !
tu m'as donné l'amour et ça suffit !


Au petit matin du café
tu es là
le réveil n'a pas sonné
le téléphone n'est même pas allumé
tu n'attends
ni l'éveil des corps
ni l'adieu des coeurs
tu n'as même plus
de pensées vertueuses
quand le jour
rattrape
les ombres plates
des sommets

Ah tu vois !
la jeunesse s'en va
comme le noyau
d'un soupir
ou la gorge nouée
dans l'inconfort
des jours

Ah tu vois !
tu m'as donné l'amour et ça suffit !


Je prends le chemin
des barrières vermoulues
pose ma main dans la tienne
et là
je sens la pomme chaude
de ton coeur
s'en aller
dans la rivière froide
Plus rien
que le plafond de ma vie
Plus rien
que les enclos souples de l'enfance
Plus rien que toi
réminiscence des jours légers
trop légers
Plus rien que ton visage
dans l'immobilité de ce rien
pénétrant

Ah tu vois !
la jeunesse s'en va
comme le noyau
d'un soupir
ou la gorge nouée
dans l'inconfort
des jours

Ah tu vois !
tu m'as donné l'amour et ça suffit !


Je marche et je suis grand
Je marche et ne suis rien
rien que le contre-jour bruissant de mélèzes
rien que l'interminable coucher
quand le soleil n'est plus fatigué
et suspend ses lèvres sur les crêtes glacées

Ce matin des souvenirs
je le veux à moi
dans l'intimité de mon ventre
quand tes doigts me griffent
entre les glaces
qui se lèvent
et s’entortillent
corolles
jaunes et parfumées
qui observent l'éternité
du haut de leurs racines

Ma vie passe
presqu'immobile
bénie par la tristesse des eaux
et la joie des reflets
sur la neige foudroyée

Ah tu vois !
la jeunesse s'en va
comme le noyau
d'un soupir
ou la gorge nouée
dans l'inconfort
des jours

Ah tu vois !
tu m'as donné l'amour et ça suffit !


Philippe Herren

Publié sur Tumblr
le 6 février 2016
emotionspoetiques

《Et tu sais très bien qu'on est toujours tout seul. Dans les moments vraiment flippants de l'existence, on est tout seul. On est tout seul quand l'amour s'en va, tout seul quand les flics débarquent au petit matin, tout seul face au médecin qui nous annonce un cancer, tout seul quand on crève…》

Et c’était beau tu sais. Nos tentatives ratées de rapprochement au petit matin, ce moment partagé l’un contre l’autre, la journée passée dans le lit, comme l’aurait fait un couple, l’observer dormir pendant que je bossais mes cours et puis notre promenade au bord de l’eau. Nos doigts entremêlés et le regarder avec mes yeux enfantins. Le voir me faire à manger avec mon colocataire et puis l’entendre entrer dans ma chambre tout naturellement, pendant que je prenais ma douche. Le voir rire avec mes colocataires tout en sentant sa main sur ma cuisse. Sentir son corps contre le mien et l’entendre me raconter ses divers voyages. Frémir lorsque ses lèvres se déposent sur mon cou et l’entendre me murmurer qu’il ne veut pas s’en aller. Et puis me réveiller à quatre heures du matin en le sentant me prendre contre lui. Et son regard, si mystérieux, cachant un lourd passé. Et sa manière si particulière de me regarder en souriant, et ses mains mon visage. Et puis le fait qu’il profite de chaque seconde pour me garder contre lui. Et notre longue discussion. Parce que tu vois, ce week-end était le nôtre. Une sorte de rêve que l’on vit éveillé. Une parenthèse dans nos vies pourtant si différentes. C’était un peu comme quand deux chemins se croisent et fusionnent le temps d’une nuit, d’un baiser. En fait, c’était comme quand tu fais un rêve tellement magnifique et que au matin, tu te réveilles de bonne humeur. Voilà. C’était ça. C’était un rêve.