arbitrair

« Leo Strauss a été le premier à dénoncer sous l’expression de reductio ad hitlerum le procédé consistant, parlant de quelque chose ou de quelqu’un, à l’assimiler de façon polémique au nazisme afin de le discréditer durablement. C’est ainsi, écrit Pierre-André Taguieff, que « la vulgate antinationaliste contemporaine applique à l’objet de sa haine la reductio ad hitlerum, le réduisant à un inquiétant mélange d’irrationnel et de barbarie. Il en va de même, et ce d’une façon paradigmatique, avec les usages idéologico-politiques du terme “racisme”, qui constitue la base privilégiée, car la plus fortement démonisante du “nationalisme” » .
Ce procédé a pris au cours de ces dernières années une extension d’autant plus grande que l’éloignement historique permet, dans une optique de propagande, de donner aux mots une plasticité proportionnelle à leur degré d’indétermination. Ces mots, n’étant plus définis, sont arbitrairement posés comme synonymes. Ne désignant plus rien de particulier, ils peuvent être rapportés à peu près à n’importe quoi, l’absence de rigueur intellectuelle et l’inculture faisant le reste. Des termes génériques comme « nationalisme », « racisme », « antisémitisme », « fascisme », « nazisme », « extrême droite », qui renvoyaient à l’origine à des réalités bien distinctes, en viennent ainsi à former un lexique de mots interchangeables. On crée alors une sorte de trou noir baptisé « nazisme » ou « fascisme », où l’on fait confluer, dans le flou le plus total, n’importe quelle autre référence, afin de discréditer par contiguïté, proximité ou filiation supposée, une série d’opinions dérangeantes, immanquablement dénoncées comme « dangereuses ». La méthode employée est celle du chef de gare : on rattache le wagon « droite » au wagon « extrême droite », le wagon « extrême droite » au wagon « fascisme », on y adjoint le wagon « nazisme » tiré par la locomotive « Auschwitz ». Après quoi, il ne reste plus qu’à faire circuler le train en rase campagne sous le feu des tireurs embusqués. »

Alain de Benoist

« Il naîtra de faux fascismes. Car la démocratie est fourbue. Dans son agonie, elle aura des sueurs et des cauchemars : et ces cauchemars seront des tyrannies brutales, hargneuses, désordonnées. Il y aura des fascismes de l’antifascisme. Il y aura des « dictateurs de la gauche ». Et nous verrons s’élever au nom de la défense des républiques, des régimes qui auront pour maxime de refuser la liberté aux « ennemis de la liberté ». Nous le savons. Et c’est pourquoi nous savons aussi que c’est mensonge et vanité de définir le fascisme par des caractères extérieurs. La suppression de la liberté, les arrestations arbitraires, les camps de concentration, la torture qu’on prétend rejeter sur le fascisme, sont tout aussi bien et tout aussi souvent le propre des régimes dirigés contre le « danger fasciste ». Tous les caractères extérieurs par lesquels les adversaires du fascisme le définissent, ils se retrouvent ou peuvent se retrouver dans les régimes antifascistes : c’est qu’ils ne définissent pas le fascisme qui, finalement, est une manière de réagir, un tempérament, une manière d’être, incarnée dans un certain type d’hommes.

C’est ce type d’hommes, c’est cette attitude devant la vie qui, au fond, commandent toutes les réactions fascistes et les formes, diverses selon les peuples, que le fascisme a prises et prendra dans l’histoire. Là où ces hommes dirigent, là où leur esprit inspire l’action de pouvoir, il y a un régime fasciste. Au contraire, lorsqu’ ils sont persécutés ou combattus, quoi qu’on vous dise et quelque bruit que fasse la trique en tournoyant, reconnaissez les signes de la décomposition, de la décadence et le règne de l’or et des pharaons de l’étranger. Voulez vous reconnaître à coup sûr et instantané le faux fascisme ? Vous le reconnaîtrez à ces signes : il emprisonne au nom des droits de la personne humaine et il prêche le progrès, mais il respecte les milliards et les banques sont avec lui. Ne cherchez pas plus loin. Vous verrez quelques mois plus tard le faux fascisme faire la chasse au courage, à l’énergie, à la propreté. Il vous dévoilera ainsi son vrai visage. Il a besoin d’esclaves assez abrutis pour ne pas trop sentir leur collier. »

Maurice Bardèche. Qu’est-ce que le fascisme ? Les Sept Couleurs.

Vous avez dit que nous devions à la littérature presque tout ce que nous sommes et presque tout ce que nous avons été. Si les livres disparaissaient, l'histoire disparaîtra, ainsi que les êtres humains. Je suis certaine que vous avez raison. Les livres ne sont pas seulement la somme arbitraire de nos rêves et notre mémoire. Ils nous donnent aussi un modèle de transcendance de soi. Certains envisagent la lecture comme une forme d'évasion: fuir la “réalité” de tous les jours et se réfugier dans un monde imaginaire, le monde des livres. Les livres sont bien plus que cela. Ils sont une manière d'être pleinement humain.
—  “Une lettre à Borges”, citée dans “Tout et rien d'autre”, Susan Sontag, conversation avec Jonathan Cott, éd. Climats, 2015, p. 19