aquafortiste

« Il y a une relation voilée, mais constante, entre l’esthétique générale et la quiétude dans la sincérité ; c’est ce que l’on appelle les heures dorées. La poésie (qui est la pénétration de l’harmonie universelle) est un élément souverain et une légère garantie de l’instable paix entre les hommes. Les chefs-d’œuvre vrais devraient être les anges gardiens de l’humanité. Seulement, on ne les écoute guère, on se détourne d’eux, on les ignore, chez les peuples qui n’ont plus de guides ni de boussoles, ou qui usent de méchants guides ou de boussoles affolées. C’est un spectacle pathétique que celui de la beauté classique, littéraire, musicale, picturale, dramatique, aquafortiste (car l’eau-forte est un art spécial et puissant) venant frapper aux portes de ce siècle maussade et prostré, dont nous relevons ici les faiblesses, et rebutée et repoussée ; alors que ces mêmes portes s’ouvraient toutes grandes devant la sottise et la laideur. Spectacle non moins pathétique, celui du bon sens politique, philosophique, moral, social, économique, chassé comme un galeux, cependant qu’on dressait des autels à l’insanité crue d’un Michelet, ou dubitative d’un Renan, et à cette « doctrine » pour préau de maisons d’aliénés qu’on appelle le démocratisme. Spectacle affreux, mais exemplaire, car le refus conjoint de la beauté et du bon sens a tout de même une haute signification. L’art n’est-il pas un peu le corps de l’esprit : Mens sana in corpore sano ?  »

Léon Daudet, Le stupide XIXe siècle.