angle moi

Elle était dangereuse parce qu'elle était innocente. Elle me l'a dit quand on a commencé à se fréquenter. Je me souviens très bien, je lui avais demandé de quoi elle avait peur, et elle avait dit “de moi”. Elle disait qu'elle faisait du mal aux gens sans le vouloir et que ça lui faisait peur. Moi je croyais qu'elle se faisait surtout du mal à elle même. J'ai fais semblant de ne pas comprendre, j'ai dis “mais non, tu me feras pas de mal”, alors elle a rien dit, même si elle pensait beaucoup de choses. Elle était d'une fragilité à couper le souffle. Elle s'écroulait pour rien, et si je ne l'aimais pas, j'aurais trouvé ça pathétique. Elle pleurait beaucoup, et moi à chaque fois je la prenait dans mes bras. Tu sais, elle faisait ce truc souvent, elle se posait devant le miroir et elle se regarde sous tout les angles. Alors moi je glisse ma bouche dans sa nuque et je lui dis qu'elle est belle. Parfois elle fait ce truc quand elle m'embrasse, de mordre ma joue en riant, un vrai bébé, mais au fond j'aime bien, j'aime bien ses dents sur ma peau. Au fond elle a jamais grandit, c'est toujours une enfant, elle a toujours besoin que je lui donne plein d'attention, que je lui dise que je l'aime, que je la touche en lui répétant qu'elle est belle. Mais moi, moi c'est quand elle veut. Elle dit pas beaucoup qu'elle m'aime, comme si sa présence suffisait à le prouver. Enfin… c'est pas exactement ça. Elle dit qu'elle s'attache plus, plus comme avant, elle dit que ça fait trop mal alors maintenant si les gens partent tant pi. Alors oui, elle m’aime, mais pas comme moi je l'aime, pas aussi fort. Il y a des moments où je me souviens du tout début, quand elle me disait qu’elle était une fille beaucoup trop faible et que je lui disais que je supporterai la tristesse pour deux, que je serais fort pour elle. Je me disais que je deviendrais la personne qui la soutiendrait, mais au fond, au fond c’est moi qui m’accrochais à elle. Évidemment. C’est là que j’ai compris tu vois, elle avait raison, elle était dangereuse. Parce qu’elle était ce genre de fille, on croit être sa bouée de sauvetage, mais finalement elle est une encre qui coule. Je me suis attaché à ses pleurs devant le miroir, à ses insomnies, à son amour pour la poésie, à ses crises de rire et de colère, à ses jeux enfantins, à ses peurs, à ses rêves. Je me suis accroché à l’encre et j’ai coulé avec elle.