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Cette Féministe Blanche Adorait Ses Dreadlocks - Voilà Pourquoi Elle Les A Coupées

Traduction d’un article d’everydayfeminism écrit par Annah Anti-Palindrome en août 2015. J’ai mis tous les liens qu’il y avait dans l’article, sauf quelques uns qui ne marchaient plus. Ils amènent vers des pages en anglais.
Et tant qu’on est sur le sujet de l’appropriation culturelle, je vous invite à réfléchir aux autres manières dont il est possible de s’approprier des cultures. Par exemple, porter un bindi, se tatouer des symboles qui ont beaucoup d’importance dans une autre culture juste parce qu’on trouve ça joli, adopter “l’esthétique” d’une culture qu’on trouve “exotique” pour se donner un style… etc.

source photo : Istock

J’ai senti la pression sociale de la féminité se faufiler comme la peste.

Il semblait qu’un jour plus tôt j’étais en train de construire des cabanes et d’attraper des lézards, et qu’en un rien de temps je m’étais retrouvée à rentrer le ventre, à tripoter ma peau et à naviguer dans une honte inéluctable de mon corps - une honte que j’ai passé les vingt dernières années à essayer d’esquiver.

Je me souviens d’avoir fait le deuil de mon enfance à l’âge de dix ans - cette courte période de temps où j’avais eu le droit d’exister sans cette préoccupation de mon apparence physique constamment derrière la tête - un moment où mon estime de moi-même n’était pas basée sur le fait d’être jolie ou non, assez mince, assez plantureuse, assez sexy.

Le temps est passé, et plus la féminité hétéronormative oppressive semblait inatteignable, plus je me haïssais et haïssais tous les gens autour de moi.

À la fin de mon adolescence, j’ai enfin abandonné. J’ai bricolé une tenue composée de tissus convenant à toutes les saisons et je ne me suis pas changée pendant une année entière.

J’ai laissé mes poils de jambes et d’aisselles pousser, et j’ai laissé mes cheveux se transformer en un nid de cordes, s’enchevêtrer et s’emmêler (un style de coiffure que j’appellerais ensuite, de manière ignorante et appropriative, des “dreadlocks”).

J’ai fugué de chez moi - commençant à faire du stop à travers le pays, allant à des festivals de musique féministes, me retranchant derrière la compagnie d’autres grrrls* (pour la plupart blanches) qui évitaient les routines d’hygiène féminine (se raser, prendre des bains, se peigner les cheveux, bref tout régime d’entretien de la beauté) dans le but de “dire merde au patriarcat”. (C’était cool, ok ?)

Nous idolâtrions des musiciennes telles que The Slits, Babes in Toyland, 7 Year Bitch, Ani Difranco, L7, et Switchblade Symphony - toutes des féministes qui écrivaient des chansons autour du fracassement des standards de beauté mainstream - et toutes des groupes ayant pour membres des femmes blanches qui avaient porté leurs cheveux en dreadlocks à un moment de leur carrière musicale.

Comment C’était d’Être Une Fille Blanche avec des Dreadlocks

En naviguant au sein d’une subculture punk féministe principalement blanche, je n’ai jamais pensé à me demander si porter des dreadlocks était offensant - du moins envers autre chose que Le Patriarcat.

Porter des dreadlocks était une des choses qui me permettaient de cesser d’être obsédée par mon apparence.

Du moment que je les portais, la pression - du moins la pression faite sur moi, femme blanche cisgenre - pour atteindre les standards de beauté hétéronormatifs et mainstream ne pouvaient pas m’atteindre.

Je suppose que cette façon rebelle de m’exclure moi-même de ces standards me donnait l’impression d’être plus forte (c’était une alternative à l’exclusion forcée, due au simple fait que j’échouais à être féminine).

Bien qu’on m’ait deux ou trois fois insultée dans la rue de “gouine dégueu”, la blancheur de ma peau permettait généralement aux gens de me considérer plutôt comme “originale” et “ayant un style alternatif”.

Je n’étais pas suivie par un agent de sécurité à chaque fois que j’entrais dans un magasin. Je n’étais jamais harcelée par des flics simplement parce que je traînais avec mes ami-e-s au coin de la rue. Je n’étais jamais jetée en prison simplement parce qu’on avait supposé que j’étais membre d’un gang en raison de mon apparence non conventionnelle.

Pour mieux vous faire comprendre ce que je veux dire, être une grrrl* blanche avec des dreadlocks, mais aussi une personne qui portait des vêtements rafistolés et tenus par des épingles à nourrices, du fil dentaire et des patchs de groupes, j’étais toujours considérée comme employable et digne de confiance.

Sans jeter un regard à mes qualifications personnelles, et même avec une fiche d’incarcération dans mon casier judiciaire et sans éducation supérieure, je bénéficiais souvent de responsabilités qui me mettaient en position d’autorité sur mes collègues racisé-e-s.

Malgré mon apparence rebelle, je profitais d’un niveau de tolérance de la part des figures d’autorité et de la société en général qui ne pouvaient être attribués qu’à ma peau blanche.

Tout a changé quand j’ai cessé de voyager, que j’ai commencé à m’investir dans des projets activistes locaux, et que j’ai commencé à construire une communauté plus vaste et multiraciale.

Pour la première fois, mes pairs avaient beaucoup de questions et de critiques liées à mon choix de porter des dreadlocks.

Les réactions que les autres activistes avaient concernant mes cheveux allaient d’une légère irritation à une véritable colère.

Les gens faisaient sans cesse des commentaires discrets sur “l’appropriation culturelle” quand ils passaient à côté de moi - je n’avais aucune idée de ce que cela signifiait.

Quelques ami-e-s ont fini par me suggérer quelques lectures et ressources qui m’aideraient à comprendre.

Je les ai lues et j’ai appris plus de choses sur l’histoire et le symbolisme des dreadlocks aux Etats-Unis dans le contexte des mouvements de résistance des Noir-e-s contre la suprématie blanche. J’ai appris que les Noir-e-s qui portaient des dreadlocks aux Etats-Unis n’étaient pas vu-e-s comme “originaux” et “ayant un style alternatifs”, mais comme “dangereuxses” et “militant-e-s”.

J’ai appris à identifier les façons dont les mentalités colonialistes blanches apparaissent dans nos vies quotidiennes, aujourd’hui encore.

J’ai réalisé que je participais à une réalité de merde qui, pendant des siècles, a laissé les blanc-he-s le sentiment de mériter d’avoir tout ce que leur coeur désire - des continents entiers, des corps humains, des ressources naturelles, et, oui, n’importe quels éléments des cultures des communautés qu’iels ont colonisées qui étaient jugés intrigants à cette époque.

Les Messages Négatifs Que Je Faisais Passer dans le Monde en tant que Femme Blanche avec des Drealocks

Au final, j’ai compris que porter des dreadlocks en étant blanche revenait à communiquer de manière non-verbale l’équivalent de cette phrase aux personnes racisées :

“Regarde ! Je peux rejeter les attentes de la société mainstream et toujours être traitée avec plus de respect que toi !”

“Ton héritage de résistance culturelle est tellement insignifiant qu’il est devenu rien de plus qu’un accessoire de mode qui me permet de m’évader des critères de féminité qu’on attend de moi en tant que femme blanche !”

Je m’en fiche que ma présence illicite provoque une gêne et communique parfois ce qui est vu comme un irrespect flagrant !”

“Je m’en fiche que la façon dont je stylise mes cheveux symbolise le genre de sentiment de tout mériter qu’on les blanc-he-s et qui a provoqué des siècles de violence coloniale et globale.”

Etcetera.

J’ai honte de le dire… mais même après avoir réalisé tout ça j’ai toujouuuuurs eu beaucoup de mal à les laisser partir.

Voici quelques exemples des derniers arguments que j’ai pu avoir :

1. “Beaucoup de cultures ont eu des dreadlocks au cours des siècles ! Je suis en partie Scandinave ! Mes ancêtres étaient des vikings !”

Ce à quoi mes ami-e-s ont répondu :

Oui il est vrai que les dreadlocks sont portées dans différentes cultures autour du monde, mais le contexte dans lequel elles sont portées aux Etats-Unis est explicitement ancré dans la résistance symbolique des Noir-e-s (et des Rastafarians en particulier) contre la suprématie blanche.

Lorsque les blanc-he-s aux Etats-Unis portent des dreadlocks, le pouvoir de cette résistance symbolique est réduite à un moment fashion “exotique” au sein duquel l’oppresseur-se peut “jouer”, temporairement, à être “autre” et “exotique” sans prendre en compte ou expérimenter aucune des discriminations quotidiennes auxquelles les Noir-e-s font face.

2. “Nous vivons dans une société interculturelle. Les femmes Noires portent des coiffures de blanches, alors c’est quoi ce double standard ?

Ce à quoi mes ami-e-s ont répondu :

On dit aux femmes Noires qu’afin de paraître “respectables” dans la société américaine, elles doivent investir énormément de temps et d’énergie à “avoir l’air plus blanches”.

En raison de cette pression sociale de merde - et du pouvoir institutionnel que les blanc-he-s ont, leur permettant de déterminer les standards de beauté mainstream - ce n’est pas la même chose.

3. “Personne ne peut me contrôler ! Je fais ce que je veux !”

Ce à quoi mes ami-e-s ont répondu :

… et tu sais quoi ? Tu es blanche, alors c’est tout à fait normal que tu aies ce sentiment.

4. “En portant des dreadlocks, j'abandonne mon privilège blanc pour me tenir aux côtés des racisés.”

Ce à quoi mes ami-e-s ont répondu :

Tu es une touriste de l’oppression - une fille blanche qui aura toujours une voie pour s’échapper, qui pourra toujours retourner se jeter dans les bras grands ouverts de la suprématie blanche une fois qu’elle aura terminé de se rebeller. Tu peux arrêter à tout instant.

Prétendre le contraire ou te considérer comme une martyre est malavisé et offensant.

5. “Mais il y a une différence entre “appréciation” et “appropriation”, non ?

Mes ami-e-s m’ont fait passer des articles comme celui-ci, disant :

J’essaie de penser à des exemples de choses que je respecte et à la façon dont je montre ce respect. J’ai du mal à penser à un moment où j’ai respecté quelque chose, et décidé que la meilleure façon de montrer ce respect était en prenant cette chose. Tu sais comment je montre le respect ?

J’écoute.

J’écoute du mieux que je peux, j’écoute profondément, et j’écoute sans cesse. J’écoute des récits, j’écoute des histoires, j’écoute pour apprendre, et j’écoute pour comprendre le moment où j’ai dérapé. J’écoute pour devenir un être humain plus complet.

6. Mais ce n’est pas ce que je voulais dire ! Que devient la raison pour laquelle je les porte ?

Ce à quoi mes ami-e-s ont répondu :

Que tu aies compté être irrespectueuse ou pas, ce que tu communiques est hors de ton contrôle. Certains symboles culturels auront toujours un poids sémiotique - tu ne porterais pas un pendant avec une swastika juste parce que tu trouves ça joli.

La Coupe de Cheveux

Je les ai finalement coupées - et quand je l’ai fait je me suis sentie (littéralement et métaphoriquement) cent fois plus légère.

Bien que j’aie un style toujours assez “alternatif”, j’ai appris à me battre contre les systèmes d’oppression en faisant des démarches dans ma vie quotidienne. Je n’attends plus naïvement que mon apparence physique (toute seule) fasse cela pour moi.

Couper mes dreadlocks a été une forme de responsabilité - une façon de reconnaître les manières dont j’ai bénéficié (et continue de bénéficier) des héritages d’une violence racialisée extrême.

Couper mes dreadlocks n’a pas instantanément fait de moi “une bonne personne blanche” ou même une alliée digne de confiance, mais ça a de toute évidence démantelé certaines des barrières qui se tenaient devant moi pour cultiver des relations profondes et significatives basées sur le respect mutuel, la confiance et la solidarité.

En tant que féministes, nous devons continuer à travailler dur pour démanteler les messages oppressifs de la société sur la féminité, mais nous devons aussi penser aux intersections de race, de classe, et de genre, à la façon dont certaines d’entre nous bénéficient du système dans lequel nous vivons, et de la façon dont on peut avoir du pouvoir et nous libérer sans contribuer à l’oppression de quelqu’un d’autre.

*jeux de mot entre “girl” (”fille” en anglais) et “grrr”

Vous pouvez retrouver l’auteure sur sa page facebook ou sur son site.

À l’occasion de sa 68e édition (13-24 mai 2015), le Festival de Cannes rend hommage à Ingrid Bergman en la choisissant pour figurer sur son affiche.

L’actrice d’Alfred Hitchcock, de Roberto Rossellini et d’Ingmar Bergman, qui a donné la réplique à Cary Grant, Humphrey Bogart ou encore Gregory Peck, se dévoile dans l’évidence de sa beauté, offrant un visage serein qui semble tourné vers un horizon de promesses.

Liberté, audace, modernité, autant de valeurs que revendique le Festival, année après année, à travers les artistes et les films qu’il choisit de mettre à l’honneur. Ingrid Bergman, qui fut Présidente du Jury en 1973, l’encourage dans cette voie…

« Ma famille et moi-même sommes très touchés que le Festival de Cannes ait choisi notre merveilleuse mère pour figurer sur l’affiche officielle, l’année du centenaire de sa naissance, déclare Isabella Rossellini. Son exceptionnel parcours a couvert tant de pays, des petites productions artisanales européennes aux grandes machines hollywoodiennes. Maman adorait son métier d’actrice : pour elle, jouer la comédie n’était pas une profession mais une vocation. Elle disait : “Je n’ai pas choisi de jouer, c’est le jeu qui m’a choisie.” »

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The 68th Festival de Cannes (13-24 May 2015) has chosen to pay tribute to Ingrid Bergman with this year’s poster.

Hollywood star Ingrid Bergman was a modern icon, an emancipated woman, an intrepid actress, and a figurehead for the new realism. She changed roles and adoptive countries as the mood took her, but never lost sight of her quintessential grace and simplicity.

This year’s poster captures the actress, who worked with Alfred Hitchcock, Roberto Rossellini and Ingmar Bergman, and starred opposite Cary Grant, Humphrey Bogart and Gregory Peck, in all her beauty, her face lit up by a calm serenity that seems to herald a promising future.

Liberty, audacity, modernity – values also shared by the Festival, year after year, through the artists and films it showcases. Ingrid Bergman, who was President of the Jury in 1973, encouraged this journey…

“My family and I are deeply moved that the Festival de Cannes has chosen to feature our magnificent mother on the official poster to mark the centenary of her birth,” said Isabella Rossellini. “Her outstanding career covered so many countries, from the smallest European independent films to the greatest Hollywood productions. Mum adored working as an actress: for her acting was not a profession but vocation. As she put it, ‘I didn’t choose acting, acting chose me.’ ”

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© FDC / Lagency / Taste (Paris) / Ingrid Bergman © David Seymour / Estate of David Seymour - Magnum Photos http://www.davidseymour.com

Amour à Poudlard - 01

François desserra sa cravate avant de se laisser lourdement tomber dans un fauteuil. La charge de préfet de Poufsouffle était épuisante. Les autres Maisons les dénigraient, mais personne ne pouvait dire que la loyauté était un défaut. Malheureusement, c’est ce qui lui valait cette surcharge de travail par rapport aux autres préfets. Là où eux ne géraient que les gros problèmes et les manquements au règlement, lui s’occupait de chaque Poufsouffle plus jeune que lui, de chaque petit problème. Mais c’était quelque chose qu’il appréciait, n’allez pas croire ! Il adorait ça. Il espérait pouvoir travailler dans quelque chose qui lui apporterait cette même sensation de bonheur face aux sourires des petits qu’il aidait. Mais c’était crevant. Positivement crevant.

Son ventre gargouilla. A midi, il avait pris sur son temps de repas pour aider un-e gamin-e de onze ans à finir ses devoirs et n’avait pu manger.

Un râle d’ennui jaillit de sa bouche entrouverte.

Il n’avait même pas eu le temps de se reposer les jambes et son corps le pressait de manger. Soit ! Heureusement, les cuisines étaient dans le couloir.


Il eut la surprise de tomber sur une odeur de crêpes et sur son homologue Gryffondor lorsqu’il ouvrit le tableau. Entouré d’elfes bruyants, Valls cuisinait. Valls faisait des crêpes.

François adorait les crêpes.

“Bonsoir”, lui sourit chaudement son condisciple. “Une faim nocturne ? J’ai fait des crêpes.”

“J’ai vu.”

Le préfet de Poufsouffle se flagella immédiatement pour cette remarque éminemment inutile, qui ne sembla pourtant pas déranger l’autre garçon, au vu du sourire qui adoucit la moue qui ne le quittait jamais. Le coeur de François rata un battement.

“Tu en veux ?”

“Oui, merci.”

François s’assit à côté de Manue- de Valls.

Il évitait habituellement de côtoyer le Gryffondor. Il avait trop peur que les sentiments qu’il cachait ne se voient trop. Heureusement qu’il avait Julie pour l’aider à garder ça secret ! Mais, là, il tremblait en sentant la présence chaude à ses côtés, et pas que d’inquiétude.

Il garda le regard figé sur la table, les joues rougissantes, se demandant quoi faire de son corps pataud.

Puis une fourchette sur laquelle était piqué un morceau de crêpe fumante et sucrée entra dans son champ de vision. Il releva la tête et vit Manuel le regarder, l’air presque tendre.

“C’est pour toi. Je sais que tu aimes les crêpes sucrées.”

François déglutit.

Que se passait-il ?


(To be continued…)

(Je suis désolé et mort de rire)

(poke @vallande)

Au Maître de Childebrand

poem from Le Tombeau de Théophile Gautier, full work here
(thanks @edwarddespard for pointing this one out!) 

AU MAÎTRE DE CHILDEBRAND

Entre, fantôme cher. Ô mon beau Gautier, entre
Dans la chambre où tes vers toujours seront aimés,
Et vois, emmanchonnant ses pattes sous son ventre,
Mon chat Vizir qui dort sur mes livres fermés.

C’est mon ami, vois-tu, si probe et si fidèle !…
Toi, tu comprends cela, maître de Childebrand ?
Donc, ce soir, viens céans, tandis qu’à lourds coups d’aile
Le vent lutte, dehors, dans l’ombre, en soupirant.

Ô mon hôte superbe, assieds-toi, je t’en prie,
À côté du foyer. Plus de souci cruel.
Et parlons, si tu veux, d’une bouche attendrie,
De ces chats qu’adorait ton cœur spirituel.

Éponine ! — Enjolras ! — Don Pierrot de Navarre !
Cléopâtre ! — Zizi ! — Maigre Béelzébuth !
Madame Théophile, âme candide et rare !
Tous sincères et fins, Chats-de-Lettres, salut !

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Alzheimer.

Grand-père, il faisait tout le temps des blagues, il disait souvent « qui est cette belle jeune fille dans mon salon ? » à chaque fois que je venais le voir avec mon grand sourire, il racontait beaucoup d’histoires drôles, toujours les mêmes, mais moi je rigolais toujours lorsqu’il me les racontait, t’façon lui il rigolait aux siennes, du coup c’était encore plus drôle, quand il se mettait à hurler de rire.

Grand-père, il essayait toujours de tricher quand on jouait aux dominos, ça faisait tout le temps enrager grand-mère, et lui ça le faisait rire à en pleurer, il adorait gagner, peu importe si c’est pas avec l’art et la manière. Grand-père il m’a appris à toujours gagner, mais avec le sourire, ça c’est le plus important, faut pas participer, à quoi ça sert ça hein, et pis quand on gagne, faut toujours payer son coup après, sinon c’est pas drôle. Alors, une fois la partie achevée, il me servait mon éternel coca, pendant que lui se buvait son whisky vieilli. Et pis on trinquait avec de grands gestes, et il me disait « la prochaine fois, j’espère que ça sera toi, tu vas me vider la cave toi ! » et il s’esclaffait à n’en plus pouvoir.

Grand-père, il adorait la géographie, quand j’étais petite, je me mettais sur ses genoux pas très stables, et il sortait son si bel atlas, celui qu’a de l’or sur la couverture et des cartes un peu vieillies par le temps, et on jouait au jeu des capitales, lui, il connaissait par cœur celles d’Afrique, celles que personne connaît, s’il savait combien de joints j’ai pu gagner avec ce foutu jeu, il serait pas très fier.

Grand-père, quand c’était le printemps, il venait me réveiller tous les week-ends à 7 heures du matin, avec trois roses rouges. Il venait auprès de mon lit, et il me disait « pour la plus belle des princesses, un petit bouquet, n’oublie pas de les mettre dans l’eau ! Bueno, buenas noches tortola ». Moi ça me faisait toujours plaisir ce réveil, même si c’était en plein milieu de mon rêve. Il en offrait jamais à maman, ni à grand-mère, non, que pour moi, que pour sa préférée.

Grand-père, il connaît par cœur des poèmes, et il adorait les réciter avec toute la tragédie qu’il faut. Son poème préféré, et le mien aussi, c’est celui de Rafael de Leon – Profecia, il est très beau ce poème, encore plus quand il me regardait avec ses grands yeux verts, la voix roque et la main qui tremblait, il me murmurait « Porque sin ser tu marido ni tu novio, ni tu amante, yo soy quien más te ha querido », il scandait ce poème avec toute la passion du meilleur réciteur public. C’est grâce à lui que je suis venue à la poésie, que j’ai su l’embrasser comme personne n’a pu le faire.

Grand-père, il adorait jardiner, planter de belles fleurs pour sa petite fille, pour que l’an qui suivait, je puisse m’éveiller dans le plus beau des jardins. Il plantait aussi des arbres fruitiers, des cerises, des prunes, pour mes petites papilles qu’il me disait. Personne n’est mieux servi que par soi-même qu’il me disait aussi, alors moi, quand c’était les vacances, je mettais un t-shirt déchiré et mes vieilles Stan Smiths que maman m’avait achetée, et je prenais ma pelle que Grand-père m’avait offert, et on s’occupait des fraises. Elles étaient tout le temps bonnes d’ailleurs.

Grand-père, il faisait tous ses trajets à pieds, le jour de sa retraite, il a dit « adieu voiture », il a dit « c’est plus pour moi ce tas de ferrailles », et tous les matins de la semaine, il se levait aux aurores, traversait toute la ville, allait acheter le pain dans cette boulangerie, où y’avait tous ses amis, il s’arrêtait au bistrot lire le journal local avec Mario, un italien qui parle très fort, mais qui m’offrait toujours, quand j’étais enfant, des gâteaux de son village perché dans les Alpes.

Grand-père, dans ses poches, y’avait toujours des sucreries, ou du nougat, mais moi j’aime pas le nougat, honte à moi, alors dès que mes cousins venaient à la maiz’, il leur en donnait par dizaines, me gardant jalousement mes bonbons préférés, ceux à la menthe. Maman, elle hurlait toujours après grand-père, lui disant que j’allais finir avec les dents toutes pourries. Et Grand-père, il répondait avec son grand sourire de mauvais garnement. Ça faisait pas du tout plaisir à maman.

Mais Grand-père aujourd’hui, il m’a dit avec le regard vide et sans rire : « qui es-tu ». Grand-père, il ne joue plus aux dominos, il reste scotché devant son écran de tv, muet et déconnecté de la réalité, il ne sait même plus placer Paris sur la carte, il a cru que c’était dans le sud la dernière fois, il ne pense même plus aux roses qu’il y a en bas de chez nous, il les laisse dépérir sans les regarder, il ne se souvient plus des vers du poème, il ne sort plus de chez lui, ni pour jardiner, encore moins pour voir ses amis, il a peur de se perdre ou ne plus savoir rentrer, alors il reste dans son fauteuil rapiécé et attend sagement son départ qui ne cesse de tarder.


Foutue maladie.

Et elle me raconta l'histoire d'un jeune homme amoureux d'une étoile. Il tendait les bras vers elle sur le rivage et l'adorait. Il rêvait d'elle et lui consacrait toutes ses pensées. Mais il savait, ou croyait savoir, qu'une étoile ne pouvait être embrassée par un homme. Il croyait que sa destinée était d'aimer sans espoir une étoile, et, avec ces pensées, il édifia tout un poème de renoncement, de souffrance muette, d'amour fidèle, qui devaient l'améliorer et le purifier. Mais tous ses rêves étaient pleins de l'étoile. Une nuit, il se trouvait au bord de la mer, sur un rocher élevé, et contemplait l'étoile, tout consumé d'amour pour elle. Et, dans cet instant de nostalgie extrême, il fit le saut et se précipita dans le vide au-devant de l'étoile. Mais, au moment de sauter, il pensa encore, en un éclair : c'est pourtant impossible! Et il vint se briser sur le rivage. Il n'avait pas su ce qu'est aimer. Si, au moment de sauter, il avait eu la force de croire fermement à l'accomplissement de son désir, il eût voler jusqu'à l'étoile et se fût uni avec elle.

Hermann Hesse

J'ai tout fait coupé sur un coup de tête…

Mes cheveux c'est ma vie !!! J'aimais les avoir long. Brillants et raide de nature. J'avais pas trop de boulot à faire pour les entretenir, juste un bon masque une fois pas semaine pour pas que les pointes deviennent dégueullasse et une cure de levure de bière l'hiver pour pas qu'ils cassent.

J'en parlais depuis un moment. Je les avait tout le temps attachés, parce que plus pratique. Puis avec ma thyroïde ils ce cassait trop, je le perdais par poignée, du coup j'ai sauté le pas… “J'ai entièrement confiance en vous. Couper tout”. Mon coiffeur aussi les adorait mes cheveux long.

C'est mon amour de coiffeur, c'est mon préféré de tout les temps. J'ai mis 10 ans pour trouver un comme lui, rafraîchi ma coupe comme je le disais, quand je disais jusqu'aux épaules, c'était aux épaules et pas aux oreilles. C'est entre ses mains, enfin là surtout celles de son employé (qui ressemble à Panayotis Pascot) que j'ai confier ma tête

1979 - L'indice

Mon oncle adorait provoquer ma mère. Comme l'ensemble du côté paternel de la famille, il ne supportait pas qu'elle m'élève comme un poussin.
Placés côte à côte pour un repas interminable, je me suis plaint des rythmes scolaires et des devoirs. Il m'a souri et répondu que lui, devait bien s'acquitter de son devoir conjugal. Ma mère n'a pas eu le temps de me boucher les oreilles et je suis parti réfléchir dans le canapé, en feuilletant le catalogue de La Redoute à la recherche des pages de lingerie.